CHARLY dit "ZIGOUIOUI"

11 mars 2017

"Je suis d'une grande fragilité, c'est ce qui fait ma force"

 

"Je n'ai pas d'autre ennemi à craindre que la peur."


Coucou, me revoilà ! Eu égard à mon grand âge et un hiver rigoureux, ma vieille dans sa grande bonté, m'a laissé profité de mon poil hirsute et mou qui généralement nécessite au moins trois toilettages par an. J'en étais fort aise. Mais déjà le printemps rode et je dois remiser ma fourrure. Je me suis donc livré à l'insu de mon plein gré à la vieille qui a un poil dans la main, pour qu'elle trime enfin. Mon pote dit souvent qu'il n'y a pas pire qu'un fainéant quand il se met au boulot ! Je confirme : ça fait deux jours qu'elle est sur mon dos et croyez moi, il en faut de la patience quand on est confronté à un amateur. Épuisé, mais plus léger, j'ai retrouvé comme une seconde jeunesse et j'en étais content. Je paradais pendant ma sortie pipi, quand j'ai perçu un léger malaise. Certains quatre pattes m'ont dévoré des yeux pendant que leurs maîtres me déshabillaient du regard, moi qui suis presque nu ! En rentrant à la maison, dans l'ascenceur, le miroir m'a renvoyé une silhouette inconnue de moi. Il m'a fallu quelques secondes pour percuter : devant la glace se tenait votre serviteur, relooké d'une coupe un tantinet efféminée. Je me suis même trouvé amaigri et je n'ai pas manqué d'en faire part à mon pote.

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De son côté, mon maître bien marri, venait lui aussi de constater une horrible et impardonnable fourberie de sa vieille et me prend à témoin ! "Tu as vu ce qu'elle a fait ta patronne Charly ?!" Joignant le geste à la parole (comme ça je pige mieux !) il cogne sur le coin de la table un épais morceau de pain d'épices dur comme de la pierre, donc immangeable, qu'il a trouvé planqué dans un tiroir. La vieille est sommée de s'expliquer au plus vite. Notre accusation de haute trahison n'a pas tenu longtemps. Ma patronne est très maligne et elle a de la ressource, ses arguments ont fait mouche et nous ont rabattu le caquet !! Face à deux piranhas(?)rodant autour du pain d'épices à Noël, elle n'a pas eu d'autres choix que d'en prélever une portion pour la manger en suisse et plus tard. Ses dernières justifications sont indiscutables, elle déclare avec force : "je ne connais même pas le goût de ce gâteau, c'est pourtant moi la cuisinière !" Pour se remettre de ces émotions mon pote m'a emmené promené au bord du Rhin, en laissant comme un reproche, l'objet de la discorde, bien en évidence sur la table. De son côté, la patronne s'en est allée à son cours de gym, brûler les calories qu'elle avait oublié de consommer ! Nous nous sommes tous trois retrouvés en fin d'aprés midi dans mon "chez moi" qui embaumait le pain d'épices. L'objet de la discorde s'etait changé en un miraculeux dessert qui a fait le bonheur de nos yeux écarquillés. Après dégustation, le tribunal des septuagénaires a délibéré et déclaré à l'unanimité l'acquittement de la vieille ! Contrairement à ce qu'elle raconte, nous lui avons offert le fruit de son travail, qu'elle a pu dégusté en notre compagnie ! Et, avec générosité, pour lui éviter d'engranger un surplus de calories, nous nous sommes sacrifiés en finissant la dernière part...



LAHR KEHL (312)miel

Cette belle journée a fini par une pesée, la mienne : 6kg300 !  J'ai de suite pensé à ma dernière balade au Tirol, l'année dernière ! Dés notre retour de vacances, mes vieux, persuadés que j'étais bon pour un énième régime, m'ont fait subir le supplice de la balance. J'ai courageusement attendu son verdict sans broncher : le même record qu'aujourd'hui. J'en déduis que manger ne fait pas grossir, au contraire ! Ce n'est que l'inquiétude et la contrariété qui nous gonflent et nous fait prendre du poids...                                                                                                            Mais revenons à ma première préoccupation : il n'en reste pas moins que maintenant je travaille à découvert. Dans le quartier les nouvelles se répandent comme une traînée de poudre et les cancans vont bon train : je ne suis pas couillu, bla-bla,bla-bla, j'en passe et des meilleures !! Pour preuve, lors de ma deuxième sortie pipi de la journée, j'ai pu constaté les dégâts collatéraux causés par le mauvais goût de ma maîtresse. Alors que j'étais en pleine entente cordiale avec un westie, son maître a stoppé net nos échanges de civilités par cette réflexion saugrenue "laisse la petite chienne tranquille !" Après réflexion, l'assiduité de ce lascar m'a semblé suspecte et ce n'est pas un mal, finalement d'avoir écourté ce moment... Il faut que je me fasse oublier. J'ai intérêt à squatter mon panier en attendant que je reprenne du poil de la bête pour revêtir à nouveau ma tenue de camouflage. Le froid s'en est allé, le brouillard est de retour, temps idéal pour passer inaperçu : je n'aurai pas besoin de raser les murs. C'est aussi une bonne occasion pour moi de vous conter ma dernière promenade au Tirol. Prenons un peu de hauteur, histoire de changer d'air...

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...Tout en restant dans l'air du temps qui est bien changeant en montagne ! Lorsque dans la vallée, le brouillard s'infiltre un peu partout, rampe le long des toits pour finalement avaler chaque maison et en faire des cocons, il est temps de monter à l'assaut d'un sommet. Là haut, l'ivresse vous rend euphorique. Le bleu du ciel donne le vertige. L'envie vous prend de marcher sur l'épais tapis nébuleux qui renvoie au soleil, ses éclats de lumière ... Mais ce jour là, la situation allait s'inverser. De mon panier où je profitais d'une grasse matinée, j'observais mes compagnons vaquer aux derniers préparatifs de départ. Puis en fin de matinée, nous avons fait quelques courses et notamment des provisions de miel! C'est à ce moment précis que mes compagnons ont découvert une nouvelle balade via un téléphérique tandem. Le premier départ des cabines étant prévu pour 14 heures, nous avons pique-niqué juste à côté pour profiter de cette dernière aubaine ! Le hasard nous a mené à 1650 mètres d'altitude, via le gerlossteinbahn, pour avoir une dernière fois la tête dans les nuages. Quand à moi, malgré ma préférence à rester les pieds sur terre, j'ai suivi, n'ayant pas d'autre choix. 

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Nous étions seuls lors de la montée. A l'arrivée, le froid et l'humidité nous ont saisi. Face à une multitude de panneaux indicateurs jaunes, mes maîtres sont restés sans voix !! Portés par le vent, quelques échanges verbaux tendus nous parviennent et nous font lever la tête. Quasi à l'aplomb sous une paroi rocheuse enrubannée par les nuages, se tient un petit groupe bien hésitant malgré leur GPS. De mon point de vue et il est limité par ma petite taille, j'opte pour un tout schuss ! De toute façon, sans boussole et sans carte je ne leur demande pas leur avis, j'impose le mien. Le chemin transpire, l'eau suinte de tous côtés. Les ruissellements effacent et emportent les traces de gibier, mais l'humidité magnifie les fragrances de la forêt. Je commence à prendre goût au voyage d'autant plus que je suis dégagé de tous soucis, car j'ai la peau du ventre bien tendue.                       

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Quelquefois, à l'approche de certains passages risqués, nous reprenons nos places respectives. Mon pote ouvre la marche, la vieille la ferme et moi, j'occupe le poste-clé au milieu ! Il y a comme une sauvagerie dans ce paysage, une envie démesurée de vivre. Les rus épris de liberté, se font torrent, grondant et bataillant sur les rochers, tandis qu'à la verticale de nos têtes, de jeunes arbres téméraires, s'accrochent avec assurance à la falaise, tels des équilibristes. Derrière ces guetteurs, s'avance en rang serré et en grand nombre, le bien nommé roi des forêts qui s'impatiente...      

 

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La tension est palpable, la pression exercée par Dame nature est pesante, suffisamment pour que je prenne mes distances. Je ne peux pas toujours être brave et là, j'en ai pas envie et puis je suis pressé par le temps qui me pousse au cul ! Je sursaute bien souvent et suis en vigilance orange : ici un bruit de pierre qui roule et dégringole, là un cri plutôt qu'un chant d'oiseau et le cliquetis enfiévré des bâtons de marche de mon maître qui veille à ne pas glisser ! L'ambiance n'est pas au beau fixe, sauf peut-être chez la vieille, qui mine de rien nous a poussé à la roue pour cette dernière promenade, le hasard a bon dos ... Les jolis chalets isolés s'accrochent à la partie escarpée de la montagne pour faire le guet en se languissant d'une visite. Je frémis à la pensée que ces volets resteront clos malgré notre visite. Plus encore, ce qui me terrifie, c'est l'idée qu'aucune hütte au "fumet" de cheminée qui me met en pâmoison, ne nous accueillera ici...

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Nous entrons dans la phase la plus ardue de cette marche ! Je redoutais ces quelques passages difficiles. En bon guide prévoyant, je me suis rapproché puis placé à la droite de mon père. Comme je l'avais prévu, il m'a aidé à descendre les escaliers de bois transformés en patinoire. Mais l'affaire s'est avérée plus longue et délicate que je ne le pensais et m'a donné matière à réflexion. Faut-il avoir le courage d'être peureux ou être un peureux sans courage ? Pourquoi de se mettre martel en tête, de toutes les façons je dois me retrouver en bas des marches d'une manière ou d'une autre! Je ferme les yeux pour mieux réévaluer mes options : je dévale seul le terrain casse-gueule la peur au ventre ou je reste tétanisé dans les bras de mon compagnon alors que sa stabilité laisse à désirer. Finalement j'ai abandonné la partie, non pas par lâcheté, mais pour rendre la direction des opérations à ceux qui se veulent compétents. Excellent choix, fort judicieux qui m'a permis de franchir le premier obstacle ! Mes vieux tiennent énormément à ma compagnie, probablement parce qu'ils sont conscients qu'à leur âge, ils ne trouveront plus un aussi bon accompagnant que moi. Ils mettent toutefois une condition à notre partenariat, qui échappe à ma compétence et même à ma compréhension : ils ne veulent pas que je perde la vie,j'vois pas pourquoi je la perdrais, vu que je sais même pas de quoi y cause!!

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L'horizon reste bouché, il n'y a que la végétation ébouriffante qui s'impose à nous. Quelques troncs de pins centenaires se sont lourdement couchés sur l'humus, rendant quelquefois le chemin plus aléatoire. Même les maîtres des lieux rendent l'âme, ce n'est pas pour me rassurer ! Je ne suis pas une "couille molle", j'ai beau les avoir bien accrochées (Ben oui, fut un temps...) je n'en mène pas large. J'ai les nerfs à fleur de peau et beaucoup d'imagination, j'aperçois déjà des ombres menaçantes rodant autour de moi. Le vent me fait des messes basses, m'avertissant de je ne sais quel chagrin puis geint à mon oreille. Soudain je ne l'entends plus et le long du petit sentier zigzaguant, un grondement effrayant prend le relais pour me tenir compagnie jusqu'à ce que j'aperçoive en contrebas un pont ! Le torrent est revenu croiser notre route et une deuxième épreuve m'attend: le traverser!                                 

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Heureusement m'a vieille s'est péniblement penchée pour me prendre dans ses bras qui savent si bien me réconforter lorsque j'en ai besoin. La voix de mon maître, presque plus tonitruante que les flots, lui dit : "laisse le, il peut se débrouiller tout seul, c'est un teckel !" J'vois pas le rapport et vous ? Alors comme ça, d'un coup d'un seul, sans prévenir, je ne suis plus le Titi de son papa, le ptit zigouioui ! Mes représailles n'ont pas traîné ! Mon copain dont je me refuse dorénavant à être le servile compagnon, m'exhorte à le suivre. J'ai fait durer le plaisir et tout à fait entre nous, j'ai pas eu à me forcer, because j'étais tremblant et paralysé sur ce foutu pont !! On a été un bout de temps à se jauger, quand ma patronne a dit : " T'as raison, mais tu n'auras pas le dernier mot avec un teckel, il s'est buté et il a la trouille" La bougresse me connaît bien, un peu trop même ! Alors il m'a ôté à l'attachement de cette maudite passerelle en bois. Je suis sûr qu'au moment de me prendre dans ses bras, il a pu saisir dans mes yeux cette lueur narquoise qui disait : j'ai failli attendre!!

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Libéré de toutes angoisses, mais vexé, j'ai exigé de mettre pied à terre pour aussitôt prendre de la distance au point qu'ils me perdent de vue. Cette promenade s'éternise, le manque de perspective et de lumière me file le blues ! Je commence à me lasser de ces bois qui sans cesse se referment sur nous. Comme pour me donner tort, la forêt se désintéresse de moi et m'offre en pâture aux nuages. Ils survolent en rase-mottes les flancs de la montagne et m'ont taquiné un bon moment, me faisant apparaître et disparaître au point que je doute de ma propre existence. Puis, attirés par un autre ailleurs, les petits "moutons blancs" m'ont abandonné l'un après l'autre, devant un spectacle qui vaut la peine qu'on s'y arrête, ce que j'ai fait !

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Le cul sur un tapis de mousse, j'ai fait un tour d'horizon. Mon oeil, s'est immédiatement focalisé sur une lointaine terrasse avec un parfait alignement de table, cette vision a pansé ma blessure d'amour propre.       J'ai forcé l'allure quand un souvenir m'a traversé l'esprit comme une fulgurance et j'ai freiné des quatre fers : le nerf de la guerre !! Sans ce laissez-passer, impossible de prendre une collation. J'avais beau tourner et retourner tout ça dans ma tête, il me fallait revenir sur mes pas, collaborer avec l'ennemi et faire table rase de mes griefs. Non pas question ! La "faim" justifie les moyens certes, mais finassons avant que mes motivations ne soient perçues à jour. Crever de faim, c'est terrifiant, je me l'imagine trop bien.  Pour que ça ne m'arrive pas, je suis même disposé à manger des pissenlits par la racine...

 

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J'ai promptement fait demi-tour pour me poster aux limites de la forêt, guettant l'arrivée de mes adversaires que j'allais duper ! En s'extirpant de la forêt inhospitalière, mes vieux découvrent le triste spectacle d'un teckel boitillant qui dans la foulée se couche difficilement sur le dos pour une caresse. Et mon Titi par ci et mon zigouioui par là, j'en ai eu pour mon argent et n'ai pas boudé mon plaisir ! Inquiet mon maître un peu plus conciliant, me propose le repos dans ma studette ce que j'ai "courageusement" refusé et pour cause.      Je les ai mené, mine de rien, jusqu'au panorama où ma Hütte occupe la place d'honneur : impossible de la manquer ! Et n'y tenant plus, avant d'avoir leur approbation, j'ai dévalé la pente en ligne droite jusqu'au pré jouxtant mon auberge, ravi de les avoir roulé une fois de plus ! 

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En me rejoignant, la vieille s'est fendue d'une remarque déplacée : "Miracle ! Charly n'a pas besoin d'aller à Lourdes, il lui suffit de voir un restau et le voilà guéri..." Elle a même rajouté, que sur mes vieux jours je devenais tyrannique et que dans peu de temps, je les mènerai à la baguette. C'est pas gagné, j'ai encore du boulot avant de mettre la vieille au pas...Mon pote ne s'est pas fait prier et c'est ainsi que nous nous sommes attablés juste à l'heure pour le goûter ! J'ai eu droit à ma capsule de crème et une gaufrette au parfum de framboise que mon pote a prélevé sur la part de la patronne puisque je ne peux manger de chocolat. Elle n'a pas aimé ce partage arbitraire et d'un air revanchard elle nous dit : "vous creusez votre tombe avec les dents !" Ben là tout de suite, j'peux pas ! Je digère, allongé sous la table. Mais plus tard, je dis pas non ! Mais attention, faut pas me prendre pour une truffe, avec les dents c'est plus difficile alors je ne creuse que si il y a un os ou deux !!

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Enfin revenus à notre point de départ, nous avons fait une halte prés d'une jolie chapelle, aux dômes couleur cerise et sous sa protection, mes vieux ont contemplé la vallée. Assis sur un banc, pendant que le soleil se faisait caressant, ils en ont pris plein les mirettes, histoire de faire provisions de souvenirs jusqu'aux  prochaines vacances. Pendant ce temps, dans un petit parc attenant à ce lieu de recueillement, j'ai investi un fauteuil à ma stature. J'étais heureux de vous avoir prés de moi pour m'accompagner, comme ça j'ai pu me remémorer cette balade en père peinard. Elle m'a permis d'y puiser du réconfort et une autre façon de gérer mes prochaines semaines dans mon secteur ! Lorsque l'on est comme moi, pourvu de nombreux défauts et handicaps au point de ne plus pouvoir les cacher, une seule solution s'impose : les revendiquer et m'en faire des atours pour parer l'être exquis que je suis !! Vous verrez qu'on finira par me jalouser dans mon quartier....

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"Ma faiblesse m'est chère. Je tiens à mon imperfection comme à ma raison d'être."

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26 février 2017

« Moi je suis de la race ferroviaire, je regarde passer les vaches »

"Parler, parler pour ne rien dire, parler pour faire peur au silence. Parler pour tout dire. Mais on demande toujours trop aux mots. Plus qu'ils ne peuvent dire."

Et puis pour cette fois, ça m'arrange ! Je vous propose, de mon point de vue, une petite promenade à la Rosshütte de Seefeld au Tirol que j'affectionne et qui fait le plaisir de mes vieux jours....En attendant de vous retrouver pour une de mes nouvelles aventures !

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« Vivre! Ça prend du temps et je n'ai pas une minute à moi. »

à très bientôt !

 

05 février 2017

"Travailler n'a jamais tué personne mais pourquoi prendre le risque !"

 

Fainéhantise : peur obsédante de la paresse, du temps mort, de la durée non remplie...

 

Une chose est sûre, ce n'est pas mon cas. Je savais bien que je n'étais pas fainéant ! Dans mon petit panier, la tête posée sur mes deux pattes croisées, je contemple la multitude d'étoiles des neiges venues me rendre visite sur le balcon. J'ai rassemblé tous mes jouets à côté de moi, pour me tenir chaud sur le flanc droit tandis que le flanc gauche engrange la chaleur de mon copain radiateur, retrouvé avec bonheur, mais qui semble long au démarrage ce matin...

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Dans la pièce d'à côté, ça brasse à mort, pas moyen d'être au calme ! Mon pote rentre et sort de l'appartement, son comportement m'oblige à surveiller ses allées et venues. Quand finalement il nous revient, c'est pour se mettre sur le balcon. Il me bouche la vue et fait rentrer le froid ! la journée commence à peine et déjà je pressens qu'elle va être difficile. Qu'est que je disais ! Je me colle littéralement contre mon "chauffeur" mais je sens qu'il faiblit lentement. Je vais aux nouvelles, voir la vieille, elle est fébrilement accrochée au téléphone et ne daigne pas m'accorder son attention. Puisqu'elle m'envoie paître, je retourne dans mes appartements pour constater avec angoisse que le froid s'est incrusté et que mon radiateur a rendu l'âme. J'ai fait toutes les pièces, les unes après les autres, espérant y découvrir un autre "point chaud" en état de marche. J'ai dû me rendre à l'évidence, ils sont tous en grève !! Plutôt furax, mon pote a décidé que nous serions plus au chaud, à marcher dehors ! J'comprends pas trop comment c'est possible. J'y étais ce matin pour ma sortie pipi éclair et je peux vous dire que je me suis gelé les absentes!!

En très peu de temps, je me suis retrouvé sur le siège arrière en vrac avec ma studette, ma serviette magique, et autres accessoires, enfin bref le début des embêtements !! Je me suis mis en boule et la vieille m'a dit de ne pas ronchonner. Je sais je pourrais être sympa, mais ce serait chiant ! Au bout de quelques minutes, une douce chaleur a rempli l'habitacle et m'a adouci le caractère et celui de mes vieux, un vrai bonheur! 

 

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C'est encore une idée lumineuse de mon copain qui nous sauve la mise. Se mettre au chaud dans la voiture et se promener sans se fatiguer, c'est du grand art, il fallait y penser ! J'avais complètement zappé ce radiateur de secours. Quelquefois je m'inquiète pour mon maître et me dit qu'il devrait lever un peu le pied, maintenant que nous sommes tous les deux retraités. Je ne vois pas pourquoi il faudrait bosser et plus qu'avant ! Ça épuise et c'est mauvais pour la santé. J'ai pris mes désirs pour des réalités ; on s'arrête et mon pote coupe le chauffage ! Mes vieux sortent au froid en oubliant de fermer les portières puis s'emmitouflent comme deux ours polaires. Forcé de mettre pied à terre, chaussé d'une unique mais indispensable bottine, mes pattes ont dansé la gigue, histoire de ne pas geler sur place ! Mon grand ami, qui ne l'est plus, celui que je croyais le plus fidèle, me dit : "une fondue, ça se mérite mon titi !"

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Je ne comprends pas toujours ce qu'on me dit ! Les deux pattes, n'ont aucun problème pour se comprendre... C'est bien plus simple pour eux : Y'en a qui pigent avec des signes, d'autres en lisant sur les lèvres ou sur le papier et même dans les cartes pour certains. Bien sûr, j'ai le son, quelquefois même accompagné d'images décalées ou même pas décodées. Mais je n'ai aucune traduction de tout ce galimatias. Ce qu'il me faudrait c'est un message olfactif, tout de suite ça me parlerait... dans ma langue ! Du coin de l'oeil je les observe, tentant de comprendre cette phrase énigmatique. La mine réjouie de la vieille, son enthousiasme au propos de notre compagnon me met sur la voie. Je n'ai plus besoin d'interprète, je sais avec certitude que la seule chose qui peut la mettre dans cet état, c'est la bouffe ! C'est un point, le seul, que nous avons en commun. Je la soupçonne même de me mettre au régime pour avoir un plus de rab. Elle ne donnerait pas sa part au chien! J'entrevois des réjouissances stomacales qui me font rentrer la tête entre les épaules, d'aise et de plaisir anticipés, à moins que ce ne soit un effet sournois du froid !!

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Il est préférable de prendre la route de suite, histoire de mettre fin à cette corvée vite fait bien fait. Puisqu'il faut en passer par là, allons travailler, bien que ce soit contraire à toutes mes règles de sécurité.. La carotte est trop tentante et je n'y puis résister, je suis mon propre esclave ! Certains de mes congénères, se taperaient des kilomètres la langue pendante pour rendre visite à une louloute, moi ce qui m'excite ce sont les plaisirs de la table!                                                            Jusqu'ici, nous n'avons rencontré âme qui vive, il n'y a dans cette blanche vallée que trois fous en goguette. Par moment et le plus souvent dans les montées, la neige disparaît laissant apparaître une épaisse couche de glace. Ma bottine devient pour moi un handicap, je n'ai plus de prise au sol. Je deviens un patineur désarticulé pour la plus grande joie de mes vieux. Dés qu'on se fout de moi, le retour de bâton est immédiat. Je les foudroie du regard puis prends le large, les laissant en rade, ça leur fait les pieds...

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Le boulot c'est pas mon truc, j'y vois pas d'intérêt ! Au sein de l'espèce canine, toutes races confondues, on trouve des bosseurs, qui s'imposent des régimes draconiens, des entraînements du soir au matin, afin d'obtenir des titres de champion de sauvetage, de chasse, de course ou de beauté. Je leur voue bien évidemment une admiration sans borne ! J'ai bien essayé à mon arrivée dans cette famille devenue mienne, de fournir quelques petits efforts, par exemple dans le fameux exercice de "va chercher la baballe". Mais franchement !! Elle était à nos pieds au départ, on me l'envoie au loin, pourquoi ? Je la retrouve, j'me pose à côté et là c'est limite qu'on me fasse passer pour un abruti parce que je la ramène pas à son point de départ !! Je les trouve bizarres les deux pattes!                                                                                 Mais comme je suis un être exquis, aimant et pas contrariant, après quelques supplications de ma vieille, j'ai ramené la balle. Ce fut la seule et dernière fois, parce qu'aussitôt, elle me l'a relancée au loin. J'ai de suite remis de l'ordre dans tout ça. Je me suis assis pour la regarder et cette fois, c'est elle qui a cherché et ramené ma balle. Au fond de moi, je savais que j'étais né pour exiger et non pour obéir ! Avec mon pote, on s'est de suite compris, me voyant partisan du moindre effort, on a simplement joué à "donne la papatte à son papa". Amusement qui avait lieu habituellement dans la cuisine et le plus souvent sur ses genoux. C'était, je le confesse, peu fatigant. Je pouvais dans le même temps, jeter négligemment un oeil sur son assiette, pendant que je collaborais avec zèle à ce passe-temps. C'est à ce moment là que je me suis découvert une passion pour la bouffe, une sorte de délicieuse idée fixe, pour laquelle je ne dédaignerai pas de mourir, mais comme dit l'autre, de mort lente...

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Je partage bien volontiers mes escapades et mes découvertes importantes. Mais je ne suis qu'un éternel étudiant qui chaque fois revient à la case départ, avec cette fatigante impression d'être à nouveau ignorant ! Mes vieux ont pris le temps, que j'ai perdu à chercher un abri, pour me rattraper. Je reste persuadé que c'est finalement le temps qui nous aura à l'usure et c'est justement à cette évocation, que je me suis retrouvé quasi enseveli sous la poudreuse en essayant d'atteindre un banc bien abrité et...hors neige ! D'abord compatissant, mon pote m'a débarrassé d'envahissants glaçons qui squattaient mon pelage. Puis il m'a pris sous le bras, sans me demander mon avis, pour me remettre sur le droit chemin que je venais de quitter.

 

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La marche reprend et nous ne sommes plus que des silhouettes qui loin d'être éphémères, grandissent entre ombre et lumière. La forêt s'éclaircit au détour du chemin et nous contemplons le beau spectacle qui s'offre à nous. La première chose qui me saute aux yeux, c'est la disparition de la neige sur les autres versants en contrebas. Elle y est plus rare et bien moins épaisse et je me demande ce que je suis venu faire ici ! Entre mes deux oreilles sommeille un vent de liberté, il ne tient qu'à moi de lui laisser prendre son envol. A chaque fois, que ma laisse m'abandonne et me livre à moi-même, je me laisse griser. Je voudrais n'en faire qu'à ma tête, quitter mon ancrage pour ne suivre que les parfums de ce monde. Mon odorat battrait la chamade en suivant de mystérieux fumets, je me laisserais mener par le bout du nez, jusqu'à m'enfièvrer et finalement me rendre à quelques appâts attractifs. Ainsi, esclave consentant, je vivrais de plaisirs furtifs et troublants. Teckel déserteur, infatigable vagabond... mais qu'est ce que j'raconte ! Bon dieu ! Où sont mes vieux, même pas foutu de me tenir la bride, je ne peux compter que sur moi-même et encore pas trop...

Devant moi des traces sanguinolentes m'inquiétent, chasseurs ou gibiers !! J'vais pas rester pour le découvrir. J'ai rapidement retrouvé mes maîtres après quelques minutes d'égarement et comme à mon habitude lorsque je suis désemparé, je m'amarre à mon pote, la discipline y'a qu'ça de vrai !! Toutes ces divagations m'ont refroidi, frissonnant je cherche refuge vers des questions-réponses plus terre à terre : quand est-ce qu'on bouffe ? 

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la croisée des chemins ! Grand dilemme pour mes compagnons, dans ce décor immaculé, tout leur semble familier et cependant pas tout à fait pareil ! Autrement dit, on s'est encore paumé... J'aime Durbach parce que, quoiqu'il advienne lors de nos balades, on trouve toujours une planche de salut. Ça me permet de partir confiant, surtout quand je suis peu motivé et contraint à l'effort ! Et ça n'a pas loupé, une table débarrassée en partie de son épais manteau neigeux, puis recouverte d'un imperméable, a accueilli ma modeste et frileuse présence. Évidemment, qui dit table dit manger ! C'est tout naturellement que mon maître, dont je suis l'heureux propriétaire, m'a chargé de tenir compagnie au garde-manger. Le soleil compatissant est venu réchauffer mes vieux os. Pendant que je "fondais" doucement, mon pote a réparti les rations avec un manque d'équité frisant la discrimination. Je contesterai plus tard, l'heure est grave, mes vieux sont en conférence et délibère sur la conduite à tenir pour repartir du bon pied. Pendant qu'ils répondent à la question "c'est quand qu'on va où ?" Je m'interroge sur un sujet autrement plus important, cette halte improvisée, fort bien au demeurant, sera t-elle unique ou est-elle l'avant-goût d'une prochaine étape plus roborative ? Du genre qui tient au ventre quoi !

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Je ne vous cache pas que j'ai dédaigné et laissé aux chiens errants quelques résidus de viande de gibier découvert ici et là sur mon chemin. Je ne pouvais prendre le risque de me couper l'appétit et ne plus avoir assez d'estomac pour m'attabler au fameux "repas qui se mérite" J'espère avoir fait le bon choix ! Une harde de cervidés se tient aux aguets dans le sous-bois juste en face à nous, séparée par un fossé. Ils m'attendent pour sprinter dans la neige. J'ai toujours été fidèle en amitié, tout le monde vous le dira. Les bêtes à cornes sont de bons compagnons de jeux que j'apprécie, tout autant d'ailleurs, que lorsqu'ils finissent malencontreusement dans ma gamelle. Que voulez vous je suis un fan inconditionnel !! Dans ce froid polaire, j'essaie de discipliner ma truffe, pour qu'elle réduise au minimum, ses inspirations et expirations mais rien n'y fait elle s'emballe toute seule. Le message me parvient enfin, hé oui c'est moi le cerveau ! Je gère, j'analyse, je donne les ordres et de mon propre chef, je m'exécute. Donc je fais corps avec mon pisteur et dévale la pente. Au bout du chemin, je découvre ce que ma truffe a senti : le Hummelswälderhof ! Autrement dit le bourdon de la vallée, mon restau préféré dont je vous parle de temps à autre et qui propose à l'occasion... du cerf ! J'ai couru si vite, que mon cul a failli passer par dessus ma tête. Je virevoltais sur place quand mon enthousiasme a été coupé net par un sifflement de rappel. J'en croyais pas mes oreilles, une trahison de plus, je suis revenu vers eux, traînant la patte et comme à chacune de mes contrariétés qui sont nombreuses, j'ai regagné ma studette pour bouder.

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Tremblant dans le dos de ma vieille, je me faisais la réflexion... Hé voilà, c'est là où le bât blesse : réfléchir, toujours réfléchir !  A force je n'ai plus le temps de trouver des idées pour me venger. Le retour s'est déroulé sans encombres, au chaud. Au passage, mes vieux se sont arrêtés à Offenbourg faire des achats. Dans la voiture, quelques arômes de clémentines et pommes me sont venus au nez, rien de folichon en somme ! Ma truffe et moi nous nous sommes mis en sommeil jusqu'au retour à la maison. Une fois toiletté, rituel immuable, j'ai regagné mon panier et passé ma rancoeur sur mon poêt-poêt, avec en mode avertisseur, mon oeil noir pour qui passerait trop prés ! Puis, las, je me suis endormi à côté de mon radiateur enfin disposé à travailler. Je songeais aux jours bénis de mon enfance, du sortir du ventre de ma mère jusqu'au moment où j'ai adopté de façon inconsidérée mes deux vieux. Tout n'était que jeux et rêveries pour moi, électron libre, qui jouissait de l'instant présent. Parce que je me suis pris d'un amour fou pour mes deux lascars, je suis asservi et sans cesse au travail. D'après la vieille, ce qui me fatigue le plus, c'est ne rien faire !! Mais moi, je sens bien le poids des ans, rien à voir avec mes 6kg600 dont on me rabat les oreilles... Je crains même de ne pas pouvoir passer l'hiver ! J'étais en plein délire de persécution, cauchemardant à ma fin prochaine ou pire à une fugue qui me laisserait démuni et solitaire, quand mon odorat m'a rappelé à la raison. Je m'suis précipité à la cuisine où mon chef cuistot officiait avec talent et de suite les effluves ont traduit avec force la phrase obscure "une fondue ça se mérite". Finalement, cette balade m'aura rassuré sur un point : être insoumis au sein d'une famille tout confort, c'est ce qui me convient le mieux, l'idéal quoi ! Fort de cette conclusion, l'estomac plein,j'ai mis un point final à cette aventure en ronflant...

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"Le véritable travail, c'est de savoir attendre"

 

 

 
 
   
 

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18 janvier 2017

"J’ai un don… celui de ne rien avoir à dire et d’en parler pendant des heures !"

 

"La vie est une douche écossaise et ça dit bien ce que ça veut dire : dés qu'une chose vous fait plaisir, faut qu'il y en ait une qui vous déplaise !"

J'étais tranquille peinard, sur le dos, les quatre fers en l'air contre le radiateur quand soudain, j'ai été pris en otage par deux vieux hurluberlus en train de se faire la belle avec le carrosse de mes potes ! Tapi à l'arrière de la voiture j'ai désespérément essayé de me faire discret. Mon museau frémissant s'est niché contre mon ventre. Ma respiration, centrée sur moi-même, m'a finalement apaisé. Ce petit souffle léger, ponctué de petits bruits que certains malfaisants appellent ronflements, m'a emmené en douceur au pays des rêves ! toute chose a une fin et je me suis fait débarquer sans ménagement d'un voyage onirique, pour me retrouver les pattes collées à l'asphalte. Nous ne faisons plus qu'un, me voilà statufié ! Je lève les yeux vers mes kidnappeurs pour qu'ils prennent conscience de mon état. Mais je prends très vite la mesure de leur détermination à vouloir battre campagne, vaille que vaille. Je ne suis plus qu'un petit être tremblant et fragile entre leurs mains impitoyables. Façon de parler ! Entre leurs mains, même de tortionnaires, j'aurais bien voulu. J'étais plutôt au bout, du bout de la laisse, tenue par deux fous. Et déjà, je ne suis plus que l'ombre de moi-même, c'est rien de le dire !!

 

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J'ai eu beau traîner la patte aux approches d'une ferme, rien n'y a fait. En quémandant quelques secours ou chaleur animale alentour, j'ai perdu toute dignité. Même les moutons m'ont battu froid ! Après un temps qui m'a paru bien long, j'ai fini par accepter l'épreuve qui était la mienne. En approchant des bois, je jetais un coup d'oeil perçant et attentif sur les panneaux perdus au milieu des feuilles mortes. Je n'ai rien compris à ces hiéroglyphes, ce qui m'a rendu encore plus inquiet. Était-ce de mauvais augure ? J'ai repris espoir en apercevant, installé sous un cyprès, un oracle que je décidais de consulter en douce. Mais soudain comme un présage, le vent glacé s'est enroulé autour du saint homme pour s'engouffrer sous mes oreilles, apportant avec lui la réponse prémonitoire que je redoutais "vous qui entrez ici abandonnez tout espoir !". La peur m'a saisi et toute honte bue, j'ai gratté la jambe de mon ravisseur, le priant de me sauver ! Pris de remords, il m'a installé sur le banc pour me rassurer. Instinctivement, j'ai su que c'était auprès de lui que mes chances de survie seraient les plus grandes. Je lui ai léché la main, plein de reconnaissance et il m'a servi une tambouille goulûment avalé. Me voilà déjà à fraterniser avec l'ennemi : sans doute le syndrome de stockholm ! En y regardant de plus prés, je lui ai trouvé une mine avenante presque familière. On ne peut pas en dire autant de sa comparse!

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Je suis finalement devenu le chien soumis et fidèle de ce grand gaillard un peu voûté. Malgré notre fuite en avant, il m'a délivré de mon joug, pour que je puisse enfin aller où bon me semble. Mais c'est bien beau tout ça ! La seule chose dont j'ai envie, c'est d'être à côté de mon radiateur qui chauffe mes vieux os sans jamais ménager sa peine. J'ai senti dans mon dos une présence. Sa complice a longuement posé ses yeux sur moi avec insistance. Je reste sur mes gardes, scrutant sa petite tête chafouine en me demandant ce qui pourrait bien en sortir. Elle voulait que je pose pour la photo, une véritable obsession ! Pour cela, elle m'a fait essayé tous les bancs environnants. Cet étrange comportement a un temps parasité ma réflexion. Après ce petit moment de flottement, j'ai compris le pourquoi de cette mise en scène. C'est pour prouver à mes maîtres que je suis encore en vie et obtenir une rançon. A moins qu'ils ne veuillent , mais je n'ose y songer, me vendre pour dieu sait quel odieux trafic !! Je me sens un peu vaseux, il y a comme un grand brouillard dans ma tête, peut-être à cause des excès pendant les fêtes, je ne vais pas tarder à me réveiller...Je suis en plein cauchemar !!                     

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Faut vous dire que la période des fêtes avec les deux pattes, à force d'être attablé, avait fini par me donner un certain embonpoint ! N'ayant plus la force de traîner mon ventre que je trouve encombrant, uniquement pendant la marche, j'ai choisi de le porter à l'envers. Allongé sur mon dos, ce qui le protège, je me soulage dans le même temps d'un lourd fardeau. Ma bedaine fièrement levée vers le ciel, prés de mon "chauffeur" personnel, je peux me tordre comme un vermisseau, m'étirer voluptueusement et m'endormir heureux d'avoir trouvé pour mes vieux jours un havre de paix. Sensation vite écourtée par quelques fusées et autres artifices, la belle rouge, la belle jaune, bing, bang, boum, très peu pour moi !! Manque de chance, pas de pluies diluviennes pour stopper ce déluge de feu ! Pour être honnête, j'ai eu le soutien d'une pilule ou deux, voire trois, j'sais plus ! Ce qui m'a permis de passer sans encombre le deuxième épisode des festivités. Peut-être en reste t-il encore quelques traces hallucinatoires...

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Mes deux ravisseurs, sont toujours là et moi au milieu ! Je suis bel et bien dans le monde réél. Nous parvenons finalement au sommet de cette maudite colline. Le vent givré me fouette l'arrière train, du coup je presse le pas. Je tente de me situer de ce paysage brumeux où il n'y a pas âme qui vive. On se croirait sur un petit îlot flottant sur les nuages ce qui me laisse peu d'espoir d'évasion. Aussitôt mes vieux réflexes reprennent le dessus, je pars en repérage, laissant mes cerbères réfléchir devant une carte. En faisant le tour de la petite chapelle si accueillante, j'aperçois, regroupés prés de la porte, des cailloux et autres objets en remerciements pour voeux exaucés. A ce moment là, j'ai pensé à mon sweet home et mon radiateur puis forcément à mes chers maîtres ! Vous n'allez peut-être pas me croire, mais la porte de cette petite église s'est ouverte pour céder le passage à mes deux vieux !!! Tout à ma joie de ce miracle, j'ai passé l'éponge sur les réflexions médisantes de ma vieille, faisant état de ma sénilité précoce. Je leur ai fait une fête endiablée. Heureux de ces retrouvailles, je n'ai pas cherché à comprendre la soudaine et mystérieuse disparition des deux voleurs qui m'avaient mené jusqu'ici.

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En descendant l'autre côté de la colline alors que je fermais la marche, je n'ai pu m'empêcher de jeter quelques regards furtifs derrière moi, histoire de m'assurer que nous n'étions pas suivi ! Au fur et à mesure de notre progression, le brouillard se prosterne devant nous un peu lèche-botte et lentement glisse vers la ville. Petit à petit, il dévoile et met à nu, le paysage, les clochers et se fait rassurant. Le froid m'avait, tout ce temps, retenu captif et anesthésié l'esprit. Maintenant que mon coeur se réchauffe lentement rien qu'à contempler mes compagnons, j'en viens à m'interroger sur l'étrange ressemblance qu'il y a avec mes kidnappeurs disparus ! Tellement frappante, qu'en heurtant deux étranges ivrognes n'ayant même plus la peau sur les os, la vérité toute nue m'est apparue. Tout cela n'était que délire, pure invention, je me suis fait un film tout seul ! Depuis le début il s'agissait de mes potes qui ont eu une furieuse envie de prendre la clé des champs...

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Sur le chemin de croix, pour le moins original, j'ai enfin retrouvé toute ma tête. Arrivés en ville, j'ai de suite remis les pendules à l'heure et j'ai eu la dent dure ! Ils ont compris qu'un teckel de 70 printemps, ne doit pas inconsidérément être "jeté" dehors pendant les grands froids soi-disant pour prendre l'air. Je fais déjà suffisamment d'efforts pour descendre faire pipi en bas de chez moi ! J'exige le respect et la considération qu'on doit aux anciens. J'ai repris tout doucement du poil de la bête et la direction des opérations et comme de bien entendu, on a pris au plus court en traversant un joli jardin de curé. La brume revenait en force et mes bougonnements aussi. En arrivant centre ville, quel bonheur de découvrir bon nombre de chalets toujours en place, nous faire un appel du pied. La bruine qui s'est très vite invitée a rendu le pavé luisant. Frigorifiés, nous avons tous trois cédés à la tentation de déguster, debout sous un bel auvent bleu, les plus délicieuses saucisses chaudes accompagnées d'une compotée d'oignons.... Né chien, certes ! Mais pas chien, dans mon infini bonté, je leur ai pardonné même ce dont ils n'étaient pas coupables...Tout compte fait cette balade n'était pas inintéressante et mérite qu'on remette le couvert... Aux beaux jours, cela va sans dire !

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L'espèce de bonheur qu'il me faut, ce n'est pas tant de faire ce que je veux que de ne pas faire ce que je ne veux pas.  

 

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28 décembre 2016

"Un égoïste, c'est quelqu'un qui ne pense pas à moi !"


"On n'est jamais aussi bon qu'on le craint ni aussi méchant qu'on l'espère."

J'ai eu un petit souci de santé qui m'a obligé à me ménager. La vieille pense que je me repose tout le temps, c'est un jugement bien hâtif ! Comme c'est elle qui me sort l'après-midi, je reste seul aux commandes d'un itinéraire... minimaliste. Mon pote quand à lui, me balade aux aurores et au fil de l'eau pour m'aérer longuement. Je ne peux, le plus souvent en cette saison, jouir du spectacle et dois me contenter de cheminer avec une paire de gros godillots, vu qu'au dessus de mes oreilles il n'y a que le brouillard ! Mais, depuis peu, mon pote se languit d'exercices et se porte volontaire pour la deuxième sortie. Il a repris les rênes et je ne suis plus le maître : il me faut à nouveau faire "le grand tour". Une toux persistante, de nombreux éternuements et quelques épisodes où je me suis violemment entruché, ont mis la maisonnée en émoi. Du même coup les ambitions sportives de mon pote ont été revues à la baisse ! Evidemment, je n'y ai pas coupé, direction le toubib malgré mon véto ! Ils n'étaient pas de trop, à eux deux sur la bête, pour me faire ingurgiter de force un immonde sirop ! De peur de me voir m'étouffer à nouveau, je n'ai eu que mes croquettes à becqueter et rien d'autre. Forcément, j'ai fondu comme neige au soleil et me suis retrouvé tout affaibli. C'est donc de mon petit panier douillet que je vous relate les faits. Comme souvent lorsque je suis au repos, mon esprit vagabonde parmi mes souvenirs, un bruit, une odeur, une couleur et soudain un paysage se déroule sous mes pas...

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Je me revois, installé dans la voiture, supervisant et vérifiant la cargaison, ayant eu grand soin de m'installer le premier ! J'essaie de ne pas montrer d'impatience, jusqu'à ce que mon staff prenne place avec moi dans l'habitacle. Une fois en route, j'ai fait mon repérage pendant tout le trajet. Malgré ma truffe collée en alternance contre la fenêtre droite puis gauche, je n'étais pas plus avancé qu'au départ. Mais j'avais toutefois la certitude que nous n'avions pas quitté le Tirol. De belles vaches nous regardaient passer d'un air perplexe, mais contrairement aux ruminantes, je suis (quelque fois c'est à mon désavantage) doté d'éclairs d'intelligence. C'est pourquoi je me suis demandé : "à quelle sauce vont-ils me manger ?"

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Le voyage n'en finissait plus et de guerre lasse, j'ai mis la tête sur l'accoudoir et me suis endormi. Il faut dire que la traversée de cette vallée encaissée est impressionnante. Le soleil encore timide vient raser les cascades et dégringole sur les verts pâturages. Ici et là au pied des massifs rocheux, quelques troupeaux de laitières et de chèvres se partagent un harassant travail des champs au rythme cadencé d'une cloche ou deux : broutez, mangez, broutez, mangez....

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Un ralentissement soudain, me tient à nouveau en alerte. La vallée s'étale au grand jour, mais très rapidement bute sur un grand mur gris qui emprisonne en partie un paisible plan d'eau. Il est cerné, des deux côtés opposés, par les montagnes qui déversent des trombes d'eau en continu pour le nourrir. Aucune échappatoire possible pour ce lac artificiel, sauf à prendre de la hauteur et tenter un débordement ! Pendant que la nature règle ses comptes, on se gare pour très vite rejoindre une terrasse des plus accueillante. Je tente de me faire une petite place au soleil en suivant de prés mes vieux et leurs paquetages. Dans un premier temps, ils ont disparu, chacun leur tour un petit moment, puis nous nous sommes installés, ma vieille et moi dans un minibus garé prés du restaurant. Drôle d'idée ! Il fait chaud, rien ne bouge et nous sommes seuls dans ce véhicule, pendant que mon pote fait les cent pas dehors...

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Il faut savoir raison garder, je ne vous cache pas que ce n'est pas mon fort, j'ai souvent tendance à perdre patience assez vite. Pour contrer ce léger défaut, j'adopte une technique qui me réussit plutôt bien. Je m'assoupis pendant que mon intelligence réfléchi. Puis j'ouvre les yeux et reçois un condensé en général rassurant, de ce remue-méninges. Je vous le livre tel quel : il est vrai qu'au Tirol on aime bien les vieux, on les promène un peu partout en minibus, pendant que d'autres crapahutent (suivez mon regard !). Et à mon sens , c'est surtout les arrêts qui sont intéressants  : pile poil devant des hüttes !! Le baume au coeur, j'ai eu confirmation de la chose en voyant des anciens sortir du restaurant "wasserfall" attenant à la fameuse terrasse dont je faisais allusion avec insistance. Ils ont pris d'assaut le bus comme une nuée d'étourneaux pour me donner raison, in extremis mon pote a pris la dernière place. Le doute ne subsiste plus, nous roulons vers le paradis !

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C'est quelques kilomètres plus loin que nous avons débarqué comme je l'avais prévu, devant le Grüne-wand Hütte. Je me suis précipité le premier, histoire de réserver une table, on est jamais trop prudent, les autochtones avaient déjà un temps d'avance sur moi. Mes vieux m'ont rappelé au pied et j'ai eu droit à ma laisse. Sans un regard en arrière, mes compagnons ont dédaigné cette halte alléchante. Le pas traînant et le regard en coin, j'ai contemplé anéanti la bande de morfalous investir les "lieux saints" sans moi ! Une fois de plus, je me suis fait enflé, j'avais pourtant étudié tous les paramètres, mais bon sang que les humains sont imprévisibles ! Une chose est sure : je n'aurai jamais dû descendre du bus... En marchant au pas aux côtés de mon pote j'ai aperçu, assis sur un rocher, un vieux tyrolien maigrichon puni lui aussi. On a échangé un long regard triste. Devant moi, se profilent à l'horizon de hauts sommets enneigés qui ne font qu'ajouter à mon désarroi ! Mon vieux a enfin daigné me rendre ma liberté, mais elle n'avait plus d'attrait, jusqu'à un  détour du chemin où j'ai aperçu un joli veau qui semblait bien pressé. Il rentrait à la maison se reposer sur la paille, le soleil étant à son zénith. Tout prés quelques poules bavardes se régalaient de grains tout en tenant compagnie au jeune herbivore. J'ai voulu faire plus ample connaissance, surtout avec les poulettes, mais la vieille m'a engueulé. Pour être franc, je n'ai pas eu l'impression que ma visite pourtant amicale leur faisait plaisir...

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Le chemin soudain disparaît et se fond dans le contrefort du massif montagneux. Ce cul de sac est un heureux présage, j'amorce un demi-tour honorable, il n'y a point de honte à changer d'avis. Mais notre leader persiste dans l'erreur et veut explorer les prairies jonchées de roches plus ou moins grosses, avec nous autres à sa suite. J'entends par moment le grondement des chutes d'eau pendant que le soleil réchauffe la place avec ardeur. Je ne sais pas ce qu'ils cherchent, mais en les surveillant de plus prés, je les ai surpris à ramasser des vieux bouts de bois malmenés puis abandonnés par le torrent. Qu'est ce qu'ils mijotent encore, mes vieux ne vont quand même pas bâtir un maison de bric et de broc ici !! On va de mal en pis, j'suis proche de l'état de choc. Il faut vous dire que par certains côtés, je diffère de mes congénères, notamment en ce qui concerne mon extrême sensibilité à tout ce qui est contrariant ou incompréhensible... pour môa. J'ai l'épiderme sensible voire chatouilleux, au sens propre comme au figuré ! Pour vous la faire courte : je suis un être fragile et délicat. Ma tension s'est mise à grimper en flèche, mon palpitant s'est emballé. La langue pendante et l'oeil fou me voilà en perdition. C'est l'affolo chez les vieux, dans l'urgence ils bâtissent tant bien que mal un cagibi, pendant que je rends l'âme à quelques pas de là...

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Ma vieille est restée sur le qui vive après m'avoir installé dans cet abri de fortune. Comme de bien entendu, nous sommes partis sur de mauvaises bases, ils ont pris mon "malaise" pour un coup de chaleur.  J'ai eu toutes les peines du monde à me faire comprendre et pour cela j'ai puisé dans mes dernières ressources. "Demandez et vous recevrez, car celui qui demande, reçoit" qu'il dit Matthieu ! (je le connais pas mais on m'en a beaucoup parlé !) J'ai réclamé à manger et j'ai reçu à boire !! Mon refus m'a valu un reproche. Finalement, j'ai rampé, l'échine souple et j'ai eu ma ration. Qu'est ce qu'on peut perdre comme temps en formalités !! Là encore, je prouve ma faculté d'adaptation en toutes circonstances. Puisqu'ils sont dans l'ignorance et l'incompréhension quand à mes états d'âme, je vais en profiter pour obtenir leur reddition. Notre repas terminé, j'ai feint une grosse fatigue et tout est rentré dans l'ordre comme je le souhaitais. Nous sommes retournés sur nos pas, moi devant, eux derrière ! Je n'étais pas contre une petite cuillère de caféine pour me requinquer, voire plus si affinités ! Il est toujours judicieux de faire quelques réserves, surtout après avoir avalé sa maigre pitance. Mais parvenus devant le grune-wand hütte, plus de goinfres, plus de bus...L'heure est grave !

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Mes compagnons ne sont pas plus perturbés que ça et d'un pas cadencé, se mettent en route gaillardement ! Un grand rayon de lumière glisse sur les blanches cimes. Il vient répandre sa lumière sur la prairie où j'avançe désemparé pour m'éclairer d'une cruelle évidence ! Je suis victime d'un complot fomenté par mes vieux, encore chancelant sous le coup de cette félonie, je rumine lentement ma vengeance. Mes moyens sont beaucoup plus limités que mon imagination, aussi j'ai opté pour du simple mais efficace. Ils m'ont pourri mon voyage aller, je pourris leur voyage retour ! Soyons clairs, à défaut d'être juste, il faut diviser pour régner donc je ne punirai que la vieille. Je garde toujours une certaine tendresse pour mon pote, lui et moi avons en commun de grandes qualités que certains médisants qualifieraient de défauts, je n'en dirai pas plus. De plus, mon côté opportuniste, me dit qu'il est sage de ne point se mettre à dos quelqu'un qui a le sens de l'orientation, bien utile de ce cas de figure... 

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J'ai voyagé, perché dans ma studette, le plus souvent la gueule à la fenêtre ! La promenade s'est bien passée, quoique un peu inconfortable par moment, à l'impossible nul n'est tenu ! Les rafraichissements n'étaient pas à la hauteur de mes attentes. Le service rustique et désinvolte... Tout va à vau-l'eau. Nous avons suivi le torrent qui recueille le flux des nombreuses cascades environnantes. Nous restons bien éloigné de lui au fur et à mesure qu'il prend de l'ampleur pour finalement se déverser dans le lac. J'ai fait une petite pause sur ses rives pour profiter du spectacle et me dégourdir les pattes.

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Puis enfin le bout du tunnel ! Je somnole bien au frais dans les bras de mon pote pendant que mon histoire prend fin. Un petit carillon fait soudain entendre sa voix, aurais-je oublié un chapitre ? Je ne peux résister aux sons des cloches, j'ouvre un oeil ! Tout va bien, je suis toujours dans mon petit couffin douillet. Un remue-ménage m'incite à aller aux nouvelles. Je me rue vers la cuisine, pousse la porte et me prend des bouffées de musique, de couleur et d'odeurs réjouissantes. Tout cela est follement excitant !! Il parait qu'on fête l'anniversaire d'un bébé né depuis belle lurette, je ne le connais pas, mais déjà je sens qu'il va me plaire !! Il parait qu'il est devenu immortel et le centre du monde, ça m'aurait bien plu, quoique c'est un job à plein temps. Sans faire de nombrilisme, ce n'est pas mon genre, je ne suis que le centre de l'univers...de mes vieux et c'est déjà pas mal !! Bon qu'est qu'on mange ? Où sont mes cadeaux ?

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"Je suis d'une grande fragilité, c'est ce qui fait ma force" 

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04 décembre 2016

"Ô temps ! suspends ton vol ; et vous, heures propices suspendez votre cours !"

 

"Une heure n'est pas qu'une heure, c'est un vase rempli de parfums, de sons, de projets et de climats."

 

J'ai reçu, avec grande joie, la visite éclair de mon frère, dont je vous ai déjà parlé (le 10.09.2013). Un froid de canard a fait son entrée lors de notre balade au marché de Noël de Strasbourg, nous nous sommes réchauffés aux parfums de vin chaud et tartes flammées !! J'en rêve encore blotti dans mon panier prés du radiateur. Mes vieux m'ont extirpé de mon antre, sous le pretexte d'une toux ou plutôt d'un éternuement et même d'une sorte "entruchement" qui les inquiète, pour m'emmener vite fait chez mon ...bienfaiteur, malgré mon véto !! Anti-inflammatoire, sirop que je recrache et postillonne à celui ou celle qui veut m'empoisonner...Donc, je suis aux abonnés absents, mais vous souhaite à toutes et tous un bon dimanche et une belle semaine. Voici, une promenade au pays des fleurs et des couleurs à qui je laisse la vedette pour une fois, pendant que je profite de ma convalescence !

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Ce "tableau" a été élaboré avec la participation de la ville de Dole à la fête des chrysanthèmes à Lahr (Allemagne).

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N'oubliez pas vos mitaines et cache-col et prenez soin de vous, à tantôt !!

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16 novembre 2016

"Celui qui vit d'espérance court le risque de mourir de faim."

« Je suis beaucoup moins sage que mon image ! »

 

Tôt ce matin, mon pote et moi-même sommes sortis, pour mon pipi du matin. Je n'ai pas voulu que cette incursion frileuse, de mon point de vue, s'éternise, le taux d'humidité étant beaucoup trop élevé. De plus, je déteste quitter mon chez moi juste au moment où la vieille se lève, le cheveu en bataille pour s'assoir devant son bol de café chaud, fixant avec une inertie qui me fait gémir d'impatience, le pot de miel ou de confiture de fruits rouges...Comme elle est longue à la détente et ayant été entraîné de force hors de chez moi, je n'ai pu lécher la cuillère tant convoitée comme à mon habitude, après chaque fin de petit déjeuner. Je suis rentré trop tard, tout était consommé ! Je suis allé me réfugier dans un de mes paniers et mon choix s'est porté sur le plus réconfortant. C'est le plus petit et aussi celui qui m'a accueilli lorsque j'ai débarqué dans cette maison il y a 9 ans. Il est un peu défraîchi et rafistolé, mais je lui suis très attaché ! Consciencieusement, je me suis acharné sur mon jouet pour calmer ma frustration, sans plus prêter attention à mes vieux. Depuis un bon moment déjà, j'ai pris mes quartiers d'hiver et vis sur mes acquis et nombreux souvenirs. Situation que j'affectionne, car je peux à l'envi vous emmener promener au Tirol sans effort, au risque peut-être de vous lasser ou pire de vous fatiguer !

Pour nous tirer de cette douce somnolence, mes vieux ont fait tout récemment, sous ma houlette, quelques virées dans le coin, que je m'en vais vous conter histoire de vous faire changer d'air et de saison. Mais je préfère vous prévenir, je n'en ai pas encore fini avec les sommets du Tirol et il vous faudra à nouveau chausser vos godillots et prendre vos bâtons pour me suivre. Comme je ne suis pas chien et que vous êtes mes plus fidèles amis, on va se faire cette promenade en douceur. Le temps de m'installer confortablement dans mon ptit panier et je vous raconte.... Ben oui ! Il faut pas abuser des bonnes choses, je préfère rester au chaud pour mieux en profiter, pas vous ?

 

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Il était une fois... un beau et vaillant teckel en goguette (on est jamais mieux servi que par soi-même !). 

Au sortir de la voiture, je m'ébroue et piétine pour que la froidure ne me saisisse pas d'un coup, d'un seul. Juste à côté du parking, quelqu'un de bien intentionné a exposé un assortiment décoratif et gourmand qui m'a donné l'eau à la bouche. Il flottait déjà sous ma truffe, le fumet d'une soupe de potimarron et chorizo grillé. J'ai du me faire violence pour quitter ce bon coin. Je débarque chez dame nature en plein déménagement. L'été indien s'en va traînant en longueur ramassant ici et là ses couleurs chaudes sous un ciel assombri, lors même que l'hiver s'impatiente, ses bagages déjà grands ouverts... Dans ce meli-mélo, je chemine foulant aux pattes de beaux tapis de feuilles, épais et moelleux à la fois. Puis je me retrouve saisi par la fraîcheur de la rosée. Elle perle sur l'herbe grasse et mon ventre pour finalement s'égoutter sur la route menant au vignoble. Le temps n'est jamais au point mort et poursuit sa moisson, printemps, été, automne, hiver et ça continue encore et encore...

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Certains versants du vignoble d'un vert encore vif, se refusent à céder le pas devant l'automne trop indécis. Un rayon de soleil rebelle et fugueur s'amuse à quelques diableries ! Tour à tour, il me titille l'oeil de son éclat puis donne de l'intensité aux grappes de raisins vermeils. Hors de ma portée, elles ont le parfum de la tentation et me narguent. Je les guette du coin de l'oeil, assis prés de mon pote qui contemple le paysage. Peut-être pensent t-elles que je leur voue une grande admiration, mais moi je sais que bientôt, elles perdront de leur superbe et seront à mes pattes....

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Il est vrai que lassé d'attendre, j'ai tourné le dos à mes amuse-gueules. Le hasard fait bien les choses, devant moi sur la pente descendante où le raisin est déjà récolté, la vigne a laissé pour moi, bien en évidence sur un lit de paille et de feuilles, une belle grappe acidulée ! On dit que l'espoir fait vivre, n'en croyez pas un mot, mes vieux m'ont privé de ce don providentiel et déjà je me sens faible et vacillant ! Ils ont dégusté ma trouvaille et se sont gorgés de sucre sans jamais partager avec moi. J'ai eu droit à un de ces arguments fallacieux qui donne bonne conscience à mes deux égoïstes. Il parait qu'ils m'ont sauvé la vie en m'empêchant de déguster ce nectar. "C'est du poison" disent-il... Mensonge ! Mon instinct m'en aurait averti. Cette promenade démarre très mal pour moi : temps d'chien pour les teckels ! J'ai fait bande à part jusqu'à ce que l'on atteigne les vergers.

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Encore affaibli et un peu démoralisé, j'ai observé mon pote si peu soucieux de moi, creuser l'écart entre nous. Un ou deux Krâa bruyants, bataillent au sommet d'un prunier ! Je crois rêver mais il me semble pourtant que les branches ploient sous le chargement des fruits, affleurant le sol pour je puisse m'en repaître. Inutile de partager cette aubaine avec mes vieux filous, la vengeance est un plat qui se mange froid. En m'approchant de mon festin, je n'ai perçu aucune odeur et les fruits étaient tous décolorés, je ne parlerai même pas de la dégustation qui m'a plutôt refroidi, beurck !! Encore un repas qui m'échappe !

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La vieille m'appelle, je me méfie ! Je fends la bise et rejoins mon pote, avec lui je ne risque rien. Il me parle de soupe qui serait au fond d'un trou. Là, je m'interroge, je dirais même plus, je l'interroge. Qui va aller la chercher ? La patronne s'en mêle pour se préoccuper uniquement de l'hypothétique locataire de ce terrier : un joli lapin que l'on ne doit pas effrayer ! Je n'ai aucune intention de déranger qui que ce soit. Je n'irais sous terre qu'à mon dernier souffle rendu et pis c'est tout ! J'attends un soutien de mon vieux. Il déclare avec aplomb que je suis né pour ça : aller au charbon et ramener ma pitance et quoi encore, on touche le fond !!

J'ai un corps de rêve, un poids idéal, suis musclé et doté d'un fort caractère. J'ai aussi quelques autres critères atypiques.... Bon, je vous en fais la liste mais vite fait et c'est la dernière fois : pas de couilles (mais chien, quand même !) et boiteux : ce qui me donne un démarche virile et conquérante ! Enfin bref, je ne vais pas tout vous énumérer, vous me connaissez par coeur maintenant. Par conséquent, vous en conviendrez avec moi, mon pote a une vision un peu rétrograde du teckel à poil dur. De nos jours et c'est comme ça que ma mère m'a élevé, j'ai la fonction exclusive de chien de compagnie polyvalent : pour les sportifs et pour les sédentaires... Et franchement, je suis à la hauteur et fais du bon boulot.

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Il faudrait peut-être de temps en temps songer au pôvre Charly que l'on voudrait envoyer au casse-pipe ! Pour quelle raison irais-je me perdre dans les entrailles de la terre et me retrouver au milieu de 4 ou 5 affamés les yeux luisants de gourmandise, ravis de me garder comme garde manger pour y piocher à l'envi pendant l'hiver. A cette idée insupportable, un frisson me parcourt l'échine, je n'ai pas pu me soumettre à ce diktat. Malgré tout mon courage, j'ai pris la fuite manquant de tomber dans un piège tout aussi barbare. Il y avait devant moi un banc où je pensais me réconforter en prenant de la hauteur. Ce n'était qu'un appât cerné par une armée de hérissons qui m'attendait sans broncher. Après un volte-face magistral, j'ai quitté ces lieux hostiles avec un horrible soupçon, je vous le livre tout net mes amis : la chasse aux teckels est ouverte !! Et si ça continue je vais finir au fond du trou !

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Lorsque j'ai enfin eu la certitude d'être à l'abri de mes prédateurs, j'ai repris goût aux choses qui m'entouraient. Malheureusement, je n'ai pu me défaire de cette idée fixe qui se balance comme un métronome dans ma petite tête et s'avère impossible à déloger : manger !! Une odeur reconnaissable entre toutes s'enroule autour des brins d'herbe. Les gouttelettes d'eau en transportent les molécules fongiques qui s'éclatent sur mon poil et me racontent des histoires. Moi, ça me parle ! Vous n'avez pas idée du trip que je me fais la truffe au sol. Ça sent bon la mousse et le champignon, quelquefois ça pue bon, d'autres moins, c'est affaire de goût. Des relents de viande...de pieds... De punaise mais aussi d'abricot, de noisette et de topinambour, j'arrête de vous mettre l'eau à la bouche, à table !! "Charly ! pas toucher aux champignons !" Encore des menteries rabâchées par mes deux mielleux. J'ai repris mon bonhomme de chemin sans même un regard en arrière, espérant envers et contre tout, trouver quelque chose à me mettre sous la dent. Quelle vie de chien !!     

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Soudain, on exige de moi que je reste en retrait à cause d'une visite inopinée que je qualifierais d'intrusive. Puis bouquet final, mes vieux s'en vont à tour de rôle, caresser et flatter un âne qui fait le bête et ne l'est pas du tout. Trop c'est trop, je suis d'une humeur de chien et j'en viens à me demander quel est le maître qu'il me faut suivre pour obtenir ce que je veux. Je les jauge tous les deux un bon moment et réalise qu'ils sont indissociables. Ce n'est pas encore aujourd'hui que j'obtiendrais gain de cause mais l'espoir fait vivre !

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Finalement, en se rapprochant du village, je me suis rabattu sur une dernière opportunité de me nourrir. J'ai aperçu une belle pomme qui se baignait à la fraîche dans le ruisseau. Je ne voulais pas mouiller mon chausson, alors moi aussi j'ai fait l'âne pour obtenir mon fruit. Mon pote a essayé à l'aide de son bâton de me ramener à manger, tout en pestant ! La chance tourne, il perd l'équilibre, mouille ses chaussures et fait fuir une grue que la vieille tentait de photographier...  J'ai savouré la mine déconfite de mes deux vieux avec le même plaisir que j'aurai eu à déguster ma pomme, finalement emportée par les eaux glacés.

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Enfin installés sur un banc, je n'y croyais plus, je me suis couché dans ma studette. Mais très rapidement, alléché par les victuailles que mes vieux ont disposé entre eux, je suis sorti de ma retraite pour réclamer ma part. Ils m'ont refilé les sempiternelles croquettes pour chien que je suis tout prêt à partager avec eux ! Il y a des aliments qu'on engouffre presque sans s'en rendre compte et qui n'ont que peu d'intérêt, sauf à vous remplir sans aucune joie. Ce que je veux c'est : manger ! Pas beaucoup, encore que! Mais surtout, que ce soit prometteur, festif, jouissif et empreint de réciprocité, très important la réciprocité...

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J'ai été clair pourtant, je croyais m'être bien fait comprendre. Je me suis pourléché les babines avec ostentation, puis j'ai attendu sagement, soumis et admiratif : je n'ai rien eu ! Je connais des ingrats qui n'hésitent pas à mordre la main qui les nourrit, mais ce sont des mal élevés, ce que je ne suis pas ! Poussé dans mes retranchements, je me suis servi tout seul... Alors que j'avais perdu tout espoir, j'ai finalement pu manger à ma faim. Épuisé par toutes ces batailles que j'ai livré pour survivre et garder ma place, j'ai fini le reste de cette balade dans ma studette. ce petit roupillon s'est prolongé sur le siège arrière de la voiture, avec deux gros potirons dont j'ai bien volontiers accepté la compagnie. Je savais qu'ils allaient faire mon bonheur ce soir dans ma gamelle et je leur devais bien ça !!

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"Vivre sans chien est possible...mais insensé !"

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01 novembre 2016

"Tout compte fait quel bonheur d'être heureux !"

"Comme rien n'est plus précieux que le temps, il n'y a pas de plus grande générosité qu'à le perdre sans compter."

 

Alors que je dormais si bien, le temps de digérer mon petit déjeuner, ma vieille m'a réveillé sans ménagement. Je suis allé ronchonnant et d'un démarche claudicante vers le plus proche de mes paniers, pour reprendre le cours de ma rêverie. La patronne déambule tout en récapitulant à voix haute une sorte d'inventaire, dans quel but ? mystère ! J'appelle ça : brasser de l'air. Tout ce chambardement m'oblige à ne dormir que d'un oeil et ça me fatigue. Mon vieux, sirote son café, attendant patiemment de faire le bilan de cette agitation. Elle récapitule à nouveau : carte, nerf de la guerre, vêtement pour la pluie, le froid, le chaud et tutti quanti... Me voilà enfin prête dit-elle, elle nous embrasse et disparaît, ma studette sur son dos, sans moi !! Je n'ai même pas eu le temps de me préparer. D'habitude je dispose toujours d'une bonne marge d'avance et j'en piaffe d'impatience, attendant le signal du départ. Interloqué je regarde mon pote, il semble détendu et reprend même une tartine à la délicieuse confiture de framboise. je m'extirpe du panier, m'étire et demande ma part du gâteau. Puisqu'elle nous a lâchement abandonné, nous n'avons pas d'autres choix, mon pote et moi, que de vaquer à nos occupations respectives. Lui, excellent au travail manuel : vaisselle du petit déjeuner et moi plus performant dans la réflexion ! Le thème de ce matin étant : pourquoi tout ce bouleversement ? La position allongée ainsi que l'observation de mes proches sont une aide précieuse. Tout bien réfléchi je peux, dés à présent, partager avec vous le fruit de mes cogitations : mon père nourricier et moi-même avons enfin obtenu une journée de repos....

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Mais voilà, ma mère protectrice excelle aussi dans son domaine : celui de parler pour ne rien dire, tout un art... Elle seule, sait me bercer de son bla-bla jusqu'à l'endormissement et c'est pourquoi quand elle s'en va, j'en perds le sommeil. Ceci explique que malgré mon jour de congé, je ne peux ronfler toute la journée sur mon coussin ! J'opte alors pour une surveillance des faits et gestes de mon partenaire, espérant qu'il me trouve un divertissement à la hauteur de mes attentes. Mes désirs sont des ordres : la préparation d'un pique-nique est en cours. Je suis rassuré et comblé. Cette balade sera dilettante, reposante, j'en ai la certitude car la chef est partie avec ma studette (ils sont devenus inséparables ces deux là !). On fera enfin le tour du lac comme j'en rêvais ! C'est une charmante promenade qui me permet de discuter avec bon nombre de volatiles, ils connaissent les bons coins pour se nourrir ! je m'essaierai à une partie de cache-cache avec les écureuils, mais je ne gagne jamais et ce petit jeu me lassera bien vite. Ma préférence, c'est de m'installer sous un banc en face du Seerose ; ma maison jaune, et d'y méditer longuement, bercé par le chant des roseaux.

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Tout s'est effectivement déroulé comme prévu ! De ma ptite tête, je nous voyais gentiment rejoindre le centre de Seefeld pour y choisir un encas un peu crémeux, il n'est pas interdit de faire des projets ! Mais, mon pote a décidé de prolonger la balade du Wildsee en prenant un chemin opposé au village. Derrière moi le lac rétrécit à vue d'oeil, au fur et à mesure que la forêt nous engloutit. Le sentier s'ouvre à nouveau largement un peu plus loin, pour nous déposer au pied de la montagne nommée Gschwandtkopf. Là, mon seigneur et maître a pris place sur un télésiège et m'a installé sur ses genoux, ma promenade s'est prolongé dans les airs, je me suis montré à la hauteur et n'ai point failli ! Profitant de ce poste d'observation idéal, j'ai tenté de repérer la vieille, alentour. Connaissant son aversion pour le vide, elle ne pouvait être que les pieds sur terre ! Nous étions seuls, personne en l'air, personne au sol et le ciel s'assombrissait lentement pendant notre progression. Je dodeline, fataliste. Une fois échoué au sommet, j'ai pris mes marques, déposant ici et là quelques infos pour d'autres naufragés.

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Suivant de multiples traces, j'ai cru un instant percevoir celles de ma vieille, tant je l'espérais. Mais, attiré par un champ de fleurs multicolores du plus bel effet, mon esprit vagabond à changer d'horizon. La truffe aspirant jusqu'au vertige des senteurs évoquant mille et un souvenir, je poursuis jusqu'à en perdre la tête, la parade colorée qui se répand, incontrôlable, d'un alpage à un autre. Seule ma queue reste visible, au-dessus de ce fouillis printanier, comme un jalon, histoire de guider mon pote un peu à la traîne. J'avais déjà perdu la notion du temps, il n'était pas question que je paume mon compagnon de route. Une sorte de gloussement étouffé m'a fait sortir la tête hors de mon pré carré. A contre-jour, une silhouette noire, adossée aux barrières, m'observe impassible. Je plisse les yeux et n'y vois guère, une embellie vient soudain m'éclairer : ma vieille est revenue !! Je me sais victime d'un complot, mais peu importe trois est mon chiffre porte bonheur. La preuve, juste à côté, pour fêter nos retrouvailles, se trouvent table et chaises pour faire ripaille. J'attends, content de moi, que ma maîtresse finisse son shooting photo, pendant que mon pote sort de quoi nous désaltérer dans un premier temps... Cette journée s'est enfin décidée à se mettre au beau. En contrebas, les vaches sortent du bois pour regarder les aventuriers enfin de sortie, se balancer dans leurs nacelles, au dessus de leurs têtes. Une occupation à plein temps, qui ne leur coupe pas l'appétit ! Sujet d'importance qui me ramène illico vers mes vieux. Mais, stupeur, ils ont remballé et fermé les sacs et sont sur le départ !

 

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Je me suis consolé comme j'ai pu, en batifolant à droite et à gauche. Je renonce à patauger dans la mare au canard, deux coin-coin y sont déjà. Ils glissent sous une lumière céleste, le cou voluptueusement niché dans leur plumage. J'ai préféré m'aventurer seul dans les bois, butant quelquefois sur un bovin aussi étonné que moi. Ma truffe au ras des pâquerettes et lui le mufle au vent, nous n'avions pas la même ligne d'horizon ! On a entamé une partie de cache-cache, qui m'a beaucoup plus ! Les bovins pas bien futés se sont fait repérer à cause de leurs cloches, victoire facile d'accord, mais combien consolatrice ! Pour me faire pardonner, je les ai mené droit à la pâture fleurie, ils étaient si impatients que certains m'ont coursé peut-être un peu revanchard !

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Le soleil est resté en notre compagnie, d'une tape chaude et amicale dans le dos, il nous a encouragé à aller plus loin. Un dernier regard pour contempler la Rosshütte, le Seefelder Joch et Spitze juste en face de nous et je tourne le dos aux sommets, pour continuer notre balade en lisière de forêt en direction de Mösern. Ce fut plaisant et bucolique, je n'ai pas boudé mon plaisir, je n'ai fait qu'apparaitre et disparaître au gré de mes découvertes et des magnifiques point de vue qui me laisse sur le cul.

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La forêt s'est fait moins dense et s'est réduit à de multiples bosquets éparpillés le long du chemin. Les prairies un peu plus nombreuses m'offrent quantités de cachettes et d'envies d'escapade, mais la vieille me rappelle au pied à l'approche de quelques fermes. L'une d'elles attirent son attention. Elle a, sous son immense balcon de bois sculpté qui la ceinture, la plus étonnante collection de cloches qui plastronne et décore l'ensemble. Un peu plus loin, au-dessus du village dont je devine le clocher, je découvre un banc idéalement orienté, surplombant la vallée. J'étais justement sous le charme du paysage, quand j'entends mes compagnons discuter de moi. Il serait question de mettre une cloche à mon collier pour ne pas me perdre...  Je m'en trimbale déjà une et une vieille, c'est quelquefois lourd à porter ! Ha, les vaches ! D'ailleurs ça me fait penser qu'il faut que je m'économise, je m'étends à l'abri du soleil sous mon banc, exprimant clairement ma réprobation. Mon pote, toujours solidaire, déclare que je n'ai pas besoin de bling bling autour du cou, car je ne vais pas bien loin, la preuve ! J'accepte volontiers ma tambouille comme signe de ralliement à ma cause, ainsi qu'un petit shoot d'anti-inflammatoire, avant de piquer un roupillon. A titre de représailles, je veux et j'exige que ma maîtresse, qui ne peut faire autrement, m'installe dans ma studette pour une durée que je n'ai pas encore déterminé...

 

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Finalement, elle m'a déposé, devant l'église et nous sommes allés voir de prés la "Friedensglocke" symbole de la paix entre voisins alpins. Cette cloche pèse plus de 10 tonnes et sonne tous les jours à 17 heures, j'ai refusé tout net de poser pour la postérité en dessous du gros bourdon, pas folle la guêpe !! Plus question de traîner, il reste de la route à faire, je prends la direction des opérations car la faim me tenaille et c'est elle qui dicte sa loi. Nous quittons Mösern, perché à 1245 mètres d'altitude et profitons une dernière fois de sa vue fascinante sur la vallée de l'Inn jusqu'à l'Arlberg. Ce village se niche au creux de la belle forêt que nous traversons et nous voici de l'autre côté : celui des trois lacs ! On fait l'impasse sur le plus grand, le Möserer see. Mes vieux sont eux aussi très pressés, par pour la même raison que moi, mais pour découvrir si le Lottensee et le wildmoosee ont daigné se montrer !!

 

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Déçus, nous contemplons son lit, vide ! La nature fait ce que bon lui semble et les eaux se montrent et disparaissent sans véritable explication : c'est un lac périodique et son frère jumeau et à 2kms de là. On pique-niquera juste après ! En attendant, je regarde le Höhe Munde s'enrouler dans son étole blanche, boudant du haut de ses 2662 mètres, lui qui rêvait de se mirer dans le lac... Soudain, j'ai cru apercevoir au loin deux étranges animaux avec deux bosses sur le dos ... On s'éloigne doucement en longeant le petit sentier bordé d'une barrière en bois. Je préfère rester à l'ombre des bouleaux et des mélèzes, le soleil m'a tapé trop fort et j'ai des hallucinations ! La vieille semble, elle aussi, sujette aux mêmes berlues, mon pote en est bien amusé. Il se marre tellement, qu'elle exige un demi-tour pour en avoir le coeur net et cette fois j'y souscris. A notre tour, nous avons pu avec plaisir, contempler la bouille stupéfaite de notre compagnon : il y avait bien des chameaux en goguette au tirol !!

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Après cette amusante récréation, il n'était plus question de lambiner, on a un peu forcé l'allure, marchant le long du beau parcours de golf de Seefeld-Wildmoos. Je suis parti en éclaireur pour finalement découvrir notre troisième lac évaporé, tant pis ! Il est tant maintenant de trouver un joli banc et j'ai pris les devants, car c'est un boulot qui demande des compétences ! Fièrement posté devant notre camp de base, j'attends mes vieux. Les canards et les libellules bleues ont investi les marais. La belle clairière est nimbée de soleil et les vaches descendent des forêts environnantes pour changer de pâtures. Cataclop, cataclop, les beaux chevaux noirs trottent jusqu'au Wildmoosalm, terminus gourmand pour des randonneurs vétérans qui préfèrent les balades en carriole. Ils vont après tant d'effort manger et boire à la Hütte ! Après un repas léger mais vitaminé, j'ai entamé une sieste majestueuse avec mon "papa". Ne croyez pas que j'abandonne ma maîtresse pour autant, mais l'ayant sollicité du regard, elle a refusé mon invitation, préférant tenir compagnie au temps qui passe, d'où son surnom de la vieille ! Ma recette secrète c'est perdre la notion du temps : ça me fait rajeunir !

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Étrangement et comme à chaque fois, j'ai du mal à mettre un point final à mes balades ! je râle au départ, par principe et par paresse, puis petit à petit j'apprivoise l'effort à fournir, je goûte aux petits plaisirs et amusements qui jalonnent mon itinéraire et suis content de moi. J'aime être en ma bonne compagnie ! Mais plus que tout, ce qui m'enchante c'est d'avoir mes deux copains. Chaque jour et depuis 8 ans déjà, je fais le plus extraordinaire des voyages ! Ils me propulsent dés potron-minet dans le monde fascinant des humains que je n'ai pas fini d'explorer...

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Nous avons regagné la forêt pour rentrer à Seefeld, un chemin trés instructif qui nous raconte l'histoire du ski à travers le temps, tout un programme... épuisant. Le dôme de la Sainte Chapelle (Seekirchl) me conforte, je vais prendre un peu de repos au Seerose, demain sera un autre jour !

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"Les choses qui vont sans dire, vont mieux en les disant" 

 

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16 octobre 2016

Interlude !

"Une heure n'est pas qu'une heure, c'est un vase rempli de parfums, de sons, de projets et de climats"

 

Sur notre route, quittant Ried im Zillertal direction La pension Seerose à Seefeld in Tirol, nous faisons une petite halte à Volders, pour visiter l'église abbatiale St Charles. Elle est de style Rococo. Construite de 1620 à 1654, elle présente la particularité d'avoir six coupoles et un clocher à bulbe. les fresques du plafond datent de 1765 et sont les oeuvres du fameux peintre baroque Martin Knoller. Dans les années 1970, l'église fut rénovée.

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Nous n'avons pas beaucoup de route à faire, moins de 100 kms, avant d'arriver à destination ! Alors nous avons pris le chemin des écoliers. Deuxième halte à Hall in Tirol, ville médièvale, qui était au Moyen Âge un lieu économique de premier ordre dans le nord du Tyrol, grâce à l’extraction du sel. Il y a tant de choses à voir et à visiter et tout compte fait si peu de temps, qu'il nous faudra revenir ! Voici tout de même un petit aperçu de notre promenade apaisante. L'église des Jésuites fondée en 1571.

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Quelques façades de la ville,

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Et pout finir, la Chapelle Ste Magdalene qui existait déjà en 1330, avec ses peintures du jugement dernier (1400-1610) et son triptyque (1490).

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On a repris la route. Arrivés à Seefeld, pour nous remettre de nos dernières visions apocalyptiques, nous avons choisi un petit coin de paradis...

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 « Les heures préfèrent le silence pour fuir. »

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08 octobre 2016

"Je n'ai qu'une qualité : je suis modeste et je m'en vante !"

 

"Aujourd'hui je me suis levé de bonheur"

 

La persévérance est une qualité. L'obstination peut être un défaut : celui de ma maîtresse qui persiste et signe. Elle nous réserve une nouvelle balade, encore un territoire vierge à fouler. Je trouve cette deuxième tentative tout à son honneur mais je qualifierais son acharnement de kamikaze. Je suis un être simple et pragmatique et pour ma part, j'aurais proposé plusieurs anciennes balades avec variantes à redécouvrir. Ce travail d'équipe m'aurait dédouané de toutes responsabilités. Mais, comme on ne m'a pas demandé mon avis, j'ai chaussé ma bottine et emboîté le pas à la décideuse. Son programme démarre au parking qui jouxte le Hintersteinersee. Le temps s'est considérablement rafraîchi. Hier mes vieux m'ont donné à réfléchir sur la complexité de l'humain : étude qui m'a laissé sur les rotules ! Aujourd'hui, c'est la nature qui veut me faire part de ses états d'âme. Alors pour que ce soit clair pour tout le monde, je ne souffrirai d'aucun contretemps. Cette promenade doit être pastorale et je ne veux entendre que la douce musique qui serine dans ma tête rythmant en douceur, les battements de mon coeur ! Un petit sentier contourne les quelques fermes et maisons au pied du lac. Nous le suivons doucement en lisière de forêt, chevauchant tantôt à droite, tantôt à gauche, un petit filet d'eau qui a élu domicile dans une ornière. Il se régale à dévaler la pente que nous montons. On se quitte bons amis parce que nous avons pu garder nos pieds au sec, ce qui nous change ! Dans ce charmant paysage, je ne sais qui, du lac ou du ciel prend son air maussade. Chacun se renvoie sa part d'ombre, les nuages de brume ainsi ballottés, s'enfuient en file indienne se réfugier derrière les montagnes. Sous la blancheur du ciel, la végétation d'un "vert autrichien" à nul autre pareil est d'une netteté presque factice. Quelques taches mouvantes, blanches et noires, viennent en rompre l'effet hypnotique. C'est un troupeau de brebis, autonome, qui a décidé de nous tenir compagnie un court instant.

 

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Très vite, nous nous séparons, le troupeau emprunte un chemin vaguement pierreux. Ils vont patrouiller dans le champ d'à côté, riche en centaurée et nigelle. Généreusement, ils laissent quelques engrais pour que les champignons puissent eux aussi s'y installer et prendre le relais : une sorte de rotation des cultures ! Nous voici arrivés au premier palier. Un crachin s'invite à la promenade et nécessite une pause pour mettre les Kway. Par deux fois, la bruine a fait mine de s'arrêter , puis a repris de plus belle. Nous avons décidé de l'ignorer afin qu'elle se lasse de ses plaisanteries de mauvais goût. Une piste large et sinueuse s'offre à nous et traverse une forêt dense. Elle continue de grimper, chemin faisant elle se scinde en deux ou trois, pour à nouveau se retrouver et natter le flanc de la montagne. Un bruit d'eau qui se déverse et ruisselle quelque part se fait clairement entendre. De temps à autre, on peut apercevoir au travers d'une trouée, la vallée qui doucement s'éveille d'une cécité nocturne. Dans le même temps, les nuages, pauvres balluchons renvoyés de part et d'autre, rendent les armes et déversent leur fardeau, ce qui nous vaut une belle rincée !! Dans l'urgence, mes maîtres déballent les surpantalons et panchos. Ils se débattent entre agacement et fou rire, tentant d'être rapide et efficace, bien qu'en équilibre précaire ! Bien mouillés mais finalement abrités, surtout moi dans mon "logimobile" nous reprenons notre marche pépère. La pluie s'arrête, nous aussi devant un nouvel obstacle et de taille : deux chemins balisés de...flèches jaunes ! Ces panneaux indicateurs posent un problème sans en être un, puisqu'ils proposent la même destination... Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué me direz vous : c'est exactement ce que j'ai pensé ! Je me suis rendormi, pensant que mes compagnons allaient choisir mon ptit bout de chemin qui tournoie, qui tournoie et nous fait dormir en marchant. Mes vieux ont choisi l'autre option...

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Il est vrai que celui ci est plus rustique et non dénué de charme. Le sol est jonché de feuilles d'automne, les odeurs fortes d'humus réveillent mes sens, mais je décide toutefois de renoncer à l'appel de la forêt, car le sol est fuyant. Des racines proéminentes se propagent un peu partout et recouvrent le sentier sur lequel mes vieux se déplacent, on se croirait sur une patinoire. J'aurais pu m'éclater en assistant au ballet quelque peu pataud de mes vieux, mais participant, bien malgré moi, à cette représentation, j'ai préféré m'enraciner tremblant et silencieux, à ma studette. Nous avons franchi deux ou trois ponts de bois et finalement, en levant les yeux un peu plus haut, j'ai perçu dans cette sombre forêt, une lumière opalescente et diffuse. C'était comme un message de l'au-delà, m'annonçant un supplément de vie, une fois de plus je m'en tirais à bon compte !!

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Deuxième station ! On retrouve notre large piste en équilibre entre prairie et forêt. Nous faisons une petite halte, histoire de boire un coup, quand une affiche à l'entrée d'un pâturage attire notre attention. La vieille pense que ce panneau a pour effet de dissuader les promeneurs de traverser le champ : la preuve, il y a quand même un passage prévu à cet effet. On utilisera ce raccourci au retour pour éviter les racines plutôt casse-gueule. Mon pote lui propose de poser devant l'écriteau, sans moi, j'ai déjà mis pied à terre. Ils plaisantent allègrement au sujet d'un mystérieux Bruno, champion de course à pied, qui aime le rouge parce que ça le motive !! Dans le silence embrumé de la montagne, un terrible beuglement, puis un mugissement relayés par l'écho, nous fait sursauter et dresser les poils !! On ne s'est pas concerté mais nous avons répondu, tous les trois, à la question subsidiaire du panneau* : résultat des courses, on lui a mis la pâtée au Bruno !! Y peut toujours fanfaronner, c'est nous qui détenons le record maintenant ! Histoire de se reposer, on a repris un rythme plus lent, non sans avoir surveillé nos arrières, on est jamais trop prudent des fois que Bruno soit un mauvais perdant !

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Nous sommes enfin arrivés à ce qui pourrait s'apparenter à un sommet. Et c'est avec soulagement que nous progressons à découvert, le ciel ne nous est pas pour autant favorable. En peu de temps, après avoir franchi deux, trois collines, j'aperçois les premiers repères qui ne trompent pas : un calvaire, une cabane un peu vieillotte, tout ce qui présage au retour vers l'humain. Reste à savoir si, ils seront nombreux ! J'ai remarqué que lorsqu'ils sont en grand nombre, la tendance est au regroupement et de préférence là où il y a à boire et à manger ! Je ne cause pas beaucoup, mais je suis un fin observateur et ne suis pas né de la dernière pluie... La chose se confirme, quand une brebis que je crois reconnaître, vient prendre l'air sur le pas de la bergerie. Elle m'assure que le couvert est excellent, dans le gasthaus de Walleralm. C'est parait-il, facile à trouver, il y a deux vaches vautrées devant. Je la crois sur parole, parce qu'elle est plus futée que nous et plus rapide que Bruno, elle a pris la jolie route en lacet, paisible et endormante...

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Moyenne

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Devant la jolie Hütte, les vaches nous jettent un regard blasé, un fumet de saucisses et de soupe vient caresser ma truffe. J'ai le coeur en fête comme mon pote, bien content de s'assoir ! Comme j'ai déjà eu l'occasion de vous le dire, de nous trois, c'est moi le chef, mon pote prend les décisions et en ce qui concerne ma vieille, c'est spécial... Elle a les cartes (on ne sait pas pourquoi, vu que le nord elle le perd souvent !) mais elle a aussi un truc que mon copain appelle "le nerf de la guerre". C'est une pochette, pleine de bout de papier, dés qu'elle en montre un, on lui donne à manger !! C'est comme un "sésame ouvre toi" qui me laisse bouche bée et qui explique que je lui suis entièrement dévoué. On pose nos sacs, prêts à passer commande. Mon sherpa s'agite et retourne ma studette dans tous les sens, ouvrant et refermant les poches sur le côté. L'inquiétude grandit dans les yeux de mon pote, la panique chez la vieille et quand à moi, le désespoir me submerge ! Tout fout l'camp ! Ma maîtresse a perdu le nerf de la guerre, on est foutu, c'est la misère, ils vont finalement y arriver à me faire maigrir ! Décision est prise de refaire le même chemin à l'envers et au plus vite, le nez au sol. Je jette un dernier regard envieux et désespéré aux voraces attablés à la terrasse et m'enfuit comme un voleur pour rejoindre mes deux patrons. Elle nous assure que, pas une seule fois pendant le trajet, elle n'a ouvert la fermeture éclair de ma studette : donc notre monnaie d'échange ne peut être que dans la voiture ! Dans ce cas, inutile de se presser, surtout sur un terrain glissant avec peut-être à la clé, Bruno guettant notre retour pour prendre sa revanche... Sachant qu'avec mon pote prévoyant, on ne part jamais les mains vides, il y a de quoi faire dans son sac, quelques croquettes et un peu d'eau ! "Pas question" dit-il "faut foncer et mettre toutes les chances de notre côté" Nous voilà en train de dévaler la route en lacets, glisser sur les racines casse-gueules, jusqu'au moment où, la vieille fait sécession. Elle veut boire, faire une pause pipi et ne voit pas pourquoi Charly (C'est moi !) devrait payer les pots cassés. Il faut qu'il boive et mange, ensuite on le mettra dans la studette, c'est mieux pour son dos. Moi, pas fou, je pose mon cul par terre, espérant tirer parti de la situation. Mais attention, hors de question que je prenne position tant que je n'aurais pas eu mes croquettes. J'ai englouti ma maigre pitance et me suis retiré dans mes appartements, les laissant se dépatouiller tout seul. Ma décision était prise, tout compte fait, c'est à moi et à moi seul, que je dois en toute partialité, allégeance !

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Après avoir refait tout le chemin à l'envers, sans avoir retrouvé notre "précieux", les deux bougons ont fini par se calmer. La brume persiste à nous faire de l'ombre. Nous n'étions plus très loin du parking, j'ai traînassé avec plaisir autour des jolies maisons bâties sur une terre au parfum fleuri. Les barrières de bois gris, vieillies par le temps qui passe, ne servent qu'à enjoliver le plus naturellement possible ce tableau. Mais trés vite, j'ai dû quitter à regret ce joli petit coin et rejoindre la route gravillonnée. Elle longe les sapins qui bordent le lac. De l'autre côté, des fermes imposantes au milieu des champs, cachent des animaux bien étranges, que j'ai approché au plus prés. J'aperçois la voiture et m'en approche, mon pote s'écrie : il est là ! Sur le siège passager, visible par tous, est posé bien en évidence, mon argent, notre bel argent !!Je reprends goût à la vie, tout heureux des nombreux festins qui me restent à faire... Le sourire aux lèvres, mon compère se tourne vers la vieille : "c'est encore Alzheimer qui te joue des tours !" J'ai découvert depuis peu le secret de ma maîtresse, grâce à mon pote. Il semblerait que ce "Al" squatte dans la tête de ma vieille mère et lui pique un paquet d'infos régulièrement, du coup elle ne se rappelle plus de ceci ou de cela ! Cette fois je n'ai pas l'intention de la coacher, ce n'est pas une élève docile. Je vais plutôt profiter de cette opportunité pour obtenir double ration le plus souvent possible, personne n'est parfait !!

 

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Nous étions à peine sortis du parking, qu'un magnifique rayon de soleil a balayé la route devant nous. Un pied de nez, pour parfaire cette balade ! Mais mon pote ne s'en laisse pas conter et trouve une nouvelle place pour se garer, juste à côté d'une auberge. Le ciel se fait de plus en plus azur. A proximité, les bestiaux se regroupent en plein champ autour des petits veaux pour siester sous la chaleur du soleil. Mon compère propose de prendre un petit encas sur la terrasse avec vue sur le lac, à l'abri d'un parasol. On s'installe, chacun plongé dans sa rêverie. Je contemple stupéfait un somnambule en balade sur le toit juste en face de nous, légèrement en contrebas. Mon pote déclare que cette balade lui a beaucoup plu, un sourire éclaire le visage de la vieille, elle sort enfin de sa léthargie ! Un dialogue s'installe. "Il me semble qu'en me garant, j'ai aperçu des indications pour rejoindre Walleralm par une voie plus praticable et adaptée à mon handicap. "Alors pourquoi pas refaire cette promenade demain en commençant par le tour du lac, histoire de faire quelques photos ensoleillées cette fois !" Cet heureux dénouement, me fait retrouver l'appétit et j'ai aidé à finir le pain et saucisse de mes vieux. Alors que je me roule en boule pour me reposer, un gros balourd passant par là, m'oblige à me tenir en alerte. Il taxe avec constance auprès de chaque tablée, la pitance qui lui est dû, puisqu'il est le "fils" de la maison ! L'étreinte de la jalousie me serre le coeur un court moment. J'ai cru un instant qu'il y avait plus heureux que moi, mais un dernier coup d'oeil avant de tomber dans les bras de morphée, m'a rassuré : lui, il était gros et laid !!

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"Que l'égoïste est heureux ! il possède sans partage l'affection absolue du seul être qui lui est cher." 

 

* Notre Bruno court le 100 mètres en 9 secondes et 4 dizième. Et vous ? à quelle vitesse courrez vous ?

 

 

Comme je vous sais avide de connaître la suite de cette aventure, je ne vais pas vous faire attendre plus longtemps ! Cela s'est passé comme dans mes rêves, de la meilleure façon qui soit. On a démarré par le tour du lac. Cette préparation physique était indispensable avant de partir à nouveau vers Walleralm. Pour se faire, on a testé plusieurs bancs et nous avons jeté notre dévolu sur un emplacement idéal. J'ai pu admiré les poissons qui sont venus flirtés à la surface de l'eau, venant lustrer leurs écailles sous le soleil. Quand à l'astre luisant, il a passé son temps à lancer ses rayons en ricochet sur la surface émeraude et lisse du lac, faisant de larges cercles irisés. L'échauffement terminé, nous avons pris le joli chemin qui avait attiré mon oeil de professionnel de la marche, ce qui nous a évité de réveiller chez Bruno, le cuisant souvenir de sa défaite à la course à pied !

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Sous le soleil, le décor était plus avenant et forcèment, nous étions moins seuls. Nous avons décidé de boire un coup, sur la fameuse terrasse (à peine entrevue hier !) mon pote ayant pris quelques piécettes de ses fonds secrets, au cas où ! Quand fièrement, la vieille a brandi le nerf de la guerre, nous n'avons pas pu résister à une invite aussi alléchante. A la table à côté, deux randonneurs sont tombés en amour pour moi et m'ont généreusement nourri. Ils m'ont même trouvé beau ! Çà se confirme, il n'y a pas que moi qui le pense !

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Aprés notre repas, nous avons réparti les tâches : celle qui a mangé léger, grimpera pour satisfaire notre curiosité. Quand à nous deux, ayant profité des généreux bienfaits d'une nourriture de terroir, nous sommes allés vers le banc le plus proche pour pratiquer quelques étirements nécessaires aprés l'effort !

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Aprés avoir repris quelques forces, lentement mais surement, nous nous sommes à nouveau retrouvés tous les trois pour rentrer au bercail, non sans prendre quelques photos de fleurs des champs...

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"Être "bête", égoïste et avoir une bonne santé, voilà trois conditions voulues pour être heureux. Mais si la première vous manque, tout est perdu"

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