CHARLY dit "ZIGOUIOUI"

24 septembre 2016

"Ca ne fait jamais de mal de dire du bien. Mais ça fait parfois tant de bien de dire du mal"

"Mon but dans la vie est d'être heureux. Parfait, je le suis déjà !"

 

Sachant que quoiqu'il advienne, ma nature optimiste reprend toujours le dessus, j'embarque avec mon pote pour une nouvelle balade concoctée par la vieille. Elle a beaucoup voyagé sur le net pendant les longues journées pluvieuses d'automne. Sans jamais ménager sa peine, avalant les kms sur... google map avec pour aimable compagnie sa petite souris aventurière et moi, endormi sur ses genoux ! C'est donc impatiente de nous faire découvrir un autre paradis, qu'elle prend joyeusement les devants ! Plutôt que de prendre le téléphérique, elle a choisi d'accéder à Steinplatte, via Waidring par une route "privée". Très vite parvenus au parking, nous nous sommes équipés à côté d'une chapelle. Une petite montée à pied sur le dernier tronçon de route goudronnée et l'on arrive chauds comme des bons pains au point de départ de notre périple. Devant une multitude de panneaux jaunes fléchés aux quatre points cardinaux, chacun d'entre eux nous offre au moins trois variantes. Ma vieille se poste devant ce rébus comme un point d'interrogation ! La voix monocorde de mon pote se fait enfin entendre :"Bon, c'est par où ?" Je me tourne vers la réponse qui tarde. Elle préfère consulter ses cartes et ses repères avant de prendre une décision, malheureusement elle ne trouve aucune corrélation avec les options proposées. Désarçonnée et perplexe, comme à chaque fois dans ces cas là, elle privilégie la montée.

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Le but était de rejoindre Steinplatte sur le piton rocheux qui nous jauge avec scepticisme. Mon vieux s'impatiente et se demande pourquoi toujours grimper ! Je les observe avec perplexité : souvent mon pote choisi d'aller à contre courant, plus encore maintenant que ses douleurs le taraudent sans ménagement. Il ne veut n'y monter n'y descendre... La vieille préfère se laisser porter par la vague du net qui lui fait miroiter des horizons nouveaux, faciles d'accés. Elle voyage sur des mots : point de vue, panorama, hütte, lac....Certains n'ont pas sa préférence ; altitude, dénivelé, durée... Tout cela me confirme ce que je pressentais déjà, cette journée va être difficile ! Finalement, mon copain a pris à gauche à "l'instinct" et la vieille a suivi avec sa carte en tournant le dos à son objectif. Dans un premier temps il a hésité devant plusieurs sentiers, deux d'entre eux se sont avérés être des impasses, puis chemin faisant on s'est retrouvé à l'orée d'une forêt, un petit havre de fraîcheur idéal pour nous remettre les idées en place. Dans un silence religieux on a repris notre errance. La forêt est traversée par d'innombrables rus, cachés par des fougères et autres plantes couvrantes et aucun d'entre nous ne s'est laissé tenter par un petit détour dans les bois.  Soudain la vieille en proie à un impérieux besoin se décide quand même à y entrer, mais juste en lisière, quitte à se trouver à découvert ! Tout aussi urgemment, elle ressurgit en faisant la danse de saint gui et pestant d'avoir trempé ses godillots. La distraite avait arrosé une fourmilière !! Mon pote alerté par ses cris, obligé de rebrousser chemin, a pris un malin plaisir à la fouetter de bas en haut pendant qu'elle secouait ses vêtements. J'ai fait le guet, quelques flâneurs auraient pu prendre peur à la vue de ce spectacle apocalyptique. Notre leader, sur un terrain souple et plat qu'il affectionne, marche à belle allure. Il allonge sa foulée, met ses oeillères et s'affûte pour une course d'endurance entre lui et son mal. Il a fort à faire, le dompter ou déclarer forfait : du coup il nous laisse à la traîne !

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l'écart se creuse entre mes deux carnes, le tacticien que je suis décide de se placer juste au milieu. Une fois positionné à égale distance de mes vieux, je peux enfin me détacher de toutes ces complications essentielles aux humains, pour contempler mon environnement. Les arbres au tronc gris et lisse, courts vêtus et semblent identiques, puis en pressant un peu le pas, j'ai eu une étrange impression de voir double. Sans doute une petite faiblesse due à trop d'efforts, je m'assois et mon regard se fait plus attentif. Les racines des arbres serpentent, se courbent et enlacent le tronc le plus proche. Sous mes yeux ébahis, se nouent d'étroites relations, il y a de la romance dans l'air. Reprenant ma balade, je repère ici et là le résultat de ces relations fusionnelles. Dans cette forêt, se cachent des couples de sapins amoureux que personne ne vient déranger. L'eau glacé de la fonte des neiges s'y faufile et rigole. Sur les bancs de terre qui affleurent ces petits canaux, foisonnent les Pétasites et les fougères qui font des haies d'honneur aux parades amoureuses du roi des forêts. La vieille bute sur moi, il me faut quitter ce royaume enchanté et me presser de reprendre ma place !

 

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Nous sortons du bois pour longer un court instant un ruisseau qui fait son lit dans la prairie. J'aperçois au loin de nombreuses maisons en contrebas. La vieille s'inquiète de savoir où l'on est et rattrape notre guide. Au regard de la carte, il semblerait que ce hameau soit probablement en territoire allemand. Elle suggère de faire demi-tour. Sans s'arrêter à ces considérations, il décide toutefois de bifurquer à gauche, pour éviter de palabrer. Nous retrouvons le ruisseau qui dévalait la colline un peu plus haut. La cascade perd de la vitesse, s'infiltre un peu partout et finit par suinter sur la paroi qui surplombe notre chemin, qui n'en ai pas un !! La vieille bougonne qu'il ne figure pas sur la carte, ce n'est pas raisonnable, le terrain n'est pas approprié pour le pauvre titi (c'est moi !) on ne sait pas où ça mène... Et le vieux de répondre, perdant à nouveau patience, ça devrait te plaire toi qui aime bien l'aventure !! L'écart se creuse à nouveau, ce n'est pas le moment de flâner, encore moins celui de revendiquer, je m'intercale à nouveau. J'ai un poste important dans cette équipe de bras cassés, celui de milieu de terrain ! Mes qualités de stratège et mon endurance me placent entre la défense et l'attaque pour une promenade qui n'est pas de santé. Le sol est trempé, l'herbe haute finit par m'engloutir et je n'aperçois plus les membres de mon équipe ! Obligé de progresser comme un lapin bondissant, je suis assuré de retomber sur mes pattes à chaque fois, mais beaucoup moins certain que ce soit sur la terre ferme. Le plus souvent, faute de chance je me retrouve dans un trou d'eau. J'en ai ma claque de cette balade et je n'ai que deux "options". D'un côté, ma vieille à la traîne crie son inquiétude pour mon dos et me rappelle pour me mettre dans ma studette. Hélas, je suis beaucoup trop loin pour faire demi-tour ! De l'autre, (petit plus qui fait la différence !) mon maître porte le ravitaillement. De plus, il trouve toujours le moyen de nous sortir des bourbiers, même quand c'est lui qui nous y met ! J'ai donc choisi celui qui est en tête de file et je m'empresse de le rattraper. Seule ma vieille surveille mon avancée en guettant chacun de mes bonds dans la tourbière. Soulagée de voir poindre une oreille puis deux, mais en apnée et sans voix, à chacune de mes nouvelles disparitions et ainsi de suite !!

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Quand je me suis retrouvé quasi sur les talons du vieux, l'horizon s'est élargi nous laissant quelques espoirs de quitter ce marais ! Lui aussi semblait y croire et n'a pu s'empêcher de le claironner, sûr de lui. Il n'avait pas fini sa phrase, que ses deux pieds se sont retrouvés dans l'eau. Le ruisseau devenu torrent s'était répandu de façon tentaculaire et à peine visible, chaque motte de terre surmontée d'une épaisse touffe herbeuse se révélait un piège instable. Il fallait faire vite car il nous était impossible de rester sur ces frêles esquifs. La tâche fut ardue. Enfin arrivés au sommet de cette première colline, nous avons pu souffler et nous sécher. C'est la mi-temps, ils se concertent et semblent disposés à donner une fin heureuse à cette aventure. Mais je déchante vite, la vieille distingue une route sableuse un peu plus bas et de nombreux panneaux jaunes (rebelote) et opte pour une descente. Mon leader trouve plus judicieux de prendre de la hauteur pour avoir le point de vue le plus large possible et préfère grimper, allez comprendre !!

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On ne m'a rien demandé mais je précise que je voudrais manger, ni en haut, ni en bas, ici tout de suite !! Puisque tout le monde s'en fout, je déclare forfait. Hors de question que je joue la seconde partie, je reste dans mes appartements, emmitouflé dans ma serviette magique. Comme vous l'avez sans doute compris, chez nous, c'est moi le patron et mon pote est seulement celui qui prend les décisions ! La vieille ne dit mot et nous mène vers les hauteurs. Le dos tendu comme un arc, les mains dans les poches, mon sherpa avance rageusement. Devant nous, sur le chemin que nous devons emprunter, se forment de nombreux barrages de vaches potentiellement tueuses, une autre épreuve que je vais vivre à l'abri cette fois ! Mon pote se traîne derrière mais se veut rassurant. Sachant que la vieille a peur des ruminantes, il l'assure de son soutien et de sa protection. Mais ces quelques tentatives d'approche visant à lui faire oublier l'épisode précédent la laisse d'une indifférence glacée. Sans un regard vers l'arrière, elle allonge sa foulée et son air déterminé et buté ont un effet radical sur les bêtes que l'on approche sans faiblir, elles se détournent ou reculent pour nous céder le passage.

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Après quelques essais malheureux pour converser avec la vieille : petites phrases portées par le vent sans jamais recevoir d'échos, mon pote a préféré un interlocuteur plus réceptif avec une capacité d'écoute et un maximum d'empathie, j'ai nommé : votre serviteur ! Tout à la joie d'avoir retrouvé mon maître, redevenu lui-même, j'ai décidé de quitter ma studette, en vérifiant toutefois que la voie était libre et sans danger. Nous avons marché côte à côte, tout en douceur et j'ai compris le pourquoi de son étrange comportement quelque peu bourru, brusque, voir caustique. Il a dû lutter seul contre un ennemi invisible et sournois et n'a pas eu d'autres solutions que de combattre le mal par le mal, la douleur s'est alors enfuie ou peut-être seulement tapie dans un coin. Cette tactique bien que brillante a provoqué quelques dommages dont je me remettrais aisément après un repas digne de ce nom. Quand à la vieille, c'est une autre histoire et je demande à voir...

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En empruntant un chemin sinueux, zigzaguant à travers les pâtures et les petites fermes disséminées ici ou là, nous sommes finalement parvenus laborieusement au sommet. A la vue du petit lac, qui semblait être une des "nombreuses premières" étapes auxquelles la vieille voulait nous convier, un rictus que je nommerais sourire s'est posé sur son visage : un rien prometteur ! Nous nous sommes rapprochés du plan d'eau et j'y ai trouvé un banc juste en face avec une vue magnifique. Ma maîtresse ressort son appareil photo: signe très encourageant ! Mon pote se dévoue pour nous prendre tous les deux en photo, proposition acceptée : on progresse ! J'ai encouragé mon pote du coin de l'oeil, lui montrant une jolie fleur juste sous ma truffe, puis épuisé par tout ces avatars, ayant donné mon maximum comme d'habitude, j'ai regagné mon antre en attendant toujours mon repas. Admirant le paysage en silence, mon maître a glissé doucement son bras autour du cou de ma vieille à fleur de peau, de l'autre lui a tendu une fleurette et voilà l'travail ! On a évité le pire...Pour conforter ces accords de paix et surtout récompenser mes talents de négociateur, la vieille a déposé les armes, mon pote a installé le barda sur le banc que j'avais choisi et on a festoyé dans la joie et la bonne humeur.

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J'ai ensuite entamé une sieste magistrale doublée d'un massage d'oreilles exécuté par un virtuose et je n'aurais qu'une chose à dire à mes vieux, merci pour ce moment !!

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Soudain derrière nous, les voix de deux hommes se font entendre, se rapprochant rapidement, on ne distingue rien ni personne derrière les futaies et les arbres. D'un seul coup, un de mes congénère surgit des fourrés, suivi de deux magnifiques tyroliens en culottes de peaux et chapeaux à plumes. Samy, le teckel à poil ras noir se précipite vers la vieille qui le caresse avec plaisir. J'ai su de suite que le moment n'était pas approprié pour des contacts amicaux trop rapprochés, mon odorat m'avait averti que ce tyrolien à quatre pattes avait une hygiène plus que douteuse, en bref, il cocotait ! La confirmation nous est venu des deux gardes forestiers avec leurs excuses, Samy s'etait roulé dans la bouse de vache. Un rituel qui lui vaut à chaque fois de prendre un bain dans le lac. La vieille qui n'y a plongé que sa main est revenue grelottante !!

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Mon vieux nous a fait la promesse de revenir faire cette balade l'année prochaine dans son intégralité. Il n'a pas manqué d'avoir le dernier mot : " à toute chose malheur est bon, ils nous restera encore des choses à découvrir" pour les prochaines vacances ! Si tu veux, on peut monter jusqu'à la chapelle mais je ne peux pas faire mieux !" J'ai joué une partie de cache-cache avec ma maîtresse, laissant un temps d'avance à notre compère qui peinait à vue d'oeil dans la montée. Puis, j'ai regagné mes appartements, jugeant que ce handicap pour mon porteur (mes 6 kilos et des poussières) aiderait mes compères à marcher de concert, ce qui fut le cas. Heureusement que je suis là...

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Sachant que son genou droit ne voulait pas monter et que son pied gauche ne voulait pas descendre, nous avons fait une halte juste avant de regagner le parking pour prendre un Kaffeesahne. Pied et genou ont bien voulu se plier pour s'asseoir et faire de nous : trois heureux ! On ne m'otera pas de l'idée, ces tourments viennent du fait qu'un jour un humain a eu l'idée saugrenue de marcher uniquement sur deux pattes et parler une autre langue que la notre. C'est depuis ce jour qu'ils collectionnent les ennuis, par chance nous ne les avons pas abandonné à leur triste sort...

"L’homme est un animal raisonnable à qui la raison sert surtout à déraisonner"

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30 août 2016

"Il est où le bonheur, il est où ? il est là le bonheur, il est là !"

"Eldoradin : qui n'accepte de partager avec personne son petit coin de paradis."

Mais pour vous mes amis, je fais une exception ! Ce matin direction le kitzbüheler Horn par l'Alpenhausstrasse ça ne se prononce pas, ça se déguste. Il fait frais et le regard bovin un peu incrédule des petites grises des Alpes me confirme que nous sommes les seuls à entrer sur leur territoire dés potron-minet. Des pourparlers sont à l'ordre du jour et concernent notre balade. Ce marchandage a lieu dans la voiture et nul doute qu'ils trouveront un accord une fois arrivés au parking. Je me réjouis de dégourdir mes pattes impatientes, les fourmis y ont élu domicile sans que j'y prenne garde, pendant ma journée de repos d'hier. Au fur et à mesure de notre ascension, nous croisons de gros nuages blancs qui ne respectent même pas la priorité ! Ils jouent à cache-cache sans nous, la truffe sur la vitre je les regarde avec envie.

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Un petit coulis frisquet me souffle sur la truffe et s'incruste alors que je m'extirpe de mon cocon douillet. Même pour un teckel, passer de 20 à 5 degrés demande d'être aguerri, un petit échauffement et il n'y paraîtra plus. Au bout d'une demi-heure à marcher au radar, je m'aperçois que mes vieux se comportent bizarrement. Mon pote me cherche un banc alors que je n'ai rien demandé, ce n'est pas de cette façon que je vais dégourdir mes pattes ! On finit par en choisir un. Aussitôt installés, alors que je faisais le guet, les vaches jusqu'alors dispersées un peu partout dans l'alpage, se regroupent en direction du virage, juste en contrebas de notre camp de base. Pendant que j'observais les manoeuvres d'approche des mammifères encore dans le lointain, j'en oubliais la protection rapprochée de mes vieux, trop tard !! Une petite dizaine de peaux de vache, en avant-garde, nous ont assiégé. Il n'y a pas d'issue, derrière nous c'est le vide. Il faut choisir l'affrontement ou la négociation !! Depuis quelques temps on nous parle de vaches-tueuses trés susceptibles qui ne supportent pas qu'on les regarde droit dans les yeux. Il parait qu'elles redeviennent sauvages dans les alpages et plus encore quand elles ont des petits. Du coup, je change de statut : de chien de compagnie je passe à prédateur. Courageux mais pas téméraire, j'ai gardé mes distances. Mais revenons à nos moutons ! Il semble qu'une solution s'offre à nous. La vieille veut emprunter un chemin un peu abrupt sur la gauche, il contourne le sommet du KitzBüheler Horn. Puis on descendra en douceur vers le Harschbichl pour nous restaurer. C'est un trait de génie, je suis partant ! Je me vois déjà là-bas l'estomac plein, tout au bonheur de ma petite sieste digestive, admirer la vue sur le sommet que nous avons quitté. Appâté par cette délicieuse idée, j'en oubliais la voiture garée là haut !! Le ciel s'assombrit pour moi, un court instant seulement, je réalise de suite qu'avec mon fidèle sherpa je pourrais gravir des montagnes. C'est un plan audacieux tout compte fait, on remontera par le chemin opposé à la descente, un peu plus long certes et nous prendrons les mugissantes à revers. Et voilà comment on gagne la bataille !! Mon pote est d'accord à condition  que je voyage dans ma studette, soi-disant que le terrain n'est pas approprié pour un bancal... de qui se moque t-on ? De plus, si le brouillard s'invite et persiste au point de perdre pied, on rebroussera chemin, avant que "l'accro au vide" ne prenne son envol !!

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On a progressé lentement, sur un sol humide et glissant. Comme de bien entendu, le brume est venue s'immiscer dans nos affaires. J'ai même eu l'impression que le vent tournait et que mon compère avait le vertige... Le décor est devenu fantomatique et inquiétant, adieu mon plan de bataille ! On a rebroussé chemin bon gré mal gré. De toutes manières, à l'aller j'étais le nez dans la bruine. Au retour, pas mieux, j'étais collé contre la paroi rocheuse et obligé de rentrer la tête, comme un escargot glissant dans sa coquille. Bravo l'harmonie des programmes !!

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On a regagné notre banc que personne n'était venu revendiquer. J'étais déçu de faire une 2ème journée de repos et ma maîtresse frustrée de cumuler les handicaps : deux éclopés, le brouillard et le vertige !! Le vieux va avoir du mal à rattraper le coup. Alors que j'allais reprendre la surveillance de mes ennemies potentielles, voilà soudain qu'elles battent en retraite sans avoir combattu. Les vaches ! Elles se tirent, cherchant secours et protection auprés de la chapelle, enfin une bonne nouvelle ! Pour m'amadouer et regagner mes faveurs, le chef me propose un en-cas propice à apaiser mon insatisfaction. Il faut dire qu'avec moi c'est facile... Mais ce sera plus mal aisé avec ma copine qui erre comme une âme en peine, contemplant alentour, le désastre blanc se rendre maître des lieux. Après avoir longuement réfléchi, tout en prenant des forces, le vieux suggère d'aller quelques centaines de mètres plus bas au jardin des fleurs alpines. Les nappes de brouillard font la queue, grimpe pour atteindre le sommet et se laissent glisser le long de l'autre versant. Fort bien ! Laissons les à leurs jeux d'hiver et rendons visite au printemps. Le regard de ma maîtresse s'illumine et d'un pas décidé nous partons vers une autre saison. Dans le soucis de lui être agréable, nous l'avons laissé seule avec ses fleurs. Comme mon ami et moi avons les mêmes goûts, on s'est installé à nouveau sur un banc face à la vallée. Un pèlerin solitaire surgi de nulle part est venu nous tenir compagnie, enfin surtout à moi, vu que l'ancêtre est plutôt taiseux !!

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Blasé par le bavardage et les papouilles du pèlerin je suis allé, moi aussi, saluer mes amis les fleurs, laissant ce voyageur au bon soin de mon vieux. Penché sur le délicat myosotis, je lui ai prêté une oreille attentive parce qu'il craint toujours qu'on ne l'oublie. D'autres beautés aux éclatantes couleurs m'entourent et se plaisent à parader dans leurs beaux atours. La renoncule, la primevère et la soldanelle m'accueillent. Puis le pavot,l'orchidée vanille et bien d'autres nous rejoignent. Chacune de raconter sa vie et combien d'efforts il a fallu pour rivaliser avec les étoiles ! Puis, à force, elles ont fini par se plaindre. Nous avons tant lutté pour capter un rayon de lumière, une chaude caresse du soleil alors que nos pieds se glaçaient dans le sol blanc. Nous avons affronté le brouillard taquin qui frôle et fait frissonner nos fragiles pétales. Puis bien souvent, on a subi les coups de milliers de gouttes d'eau qui vous font courber la tête. Pire encore, quand vient la nuit et le vent, nous avons désespéré d'une aube nouvelle. Quand, enfin le petit matin se montre, il faut encore attendre le soleil et des admirateurs pour s'ouvrir à nouveau et faire un coup d'éclat ! Las de ces jérémiades, je leur ai dit qu'ici elles étaient protégées et privilégiées, mais plus haut, leurs copines servaient de pâture à de redoutables prédateurs ! On est bien peu de chose m'a dit mon amie l'anémone...

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Elles ont fini par me faire perdre mon temps, moi qui n'est pas toute l'éternité. Levant la truffe au vent, j'aperçois de grosses volutes blanches cerner le banc de mon vieux. Le brouillard veut le chasser pour s'y installer et il y réussit ! Mon patron se dirige vers moi, nimbé d'une blanche lumière, on dirait qu'il glisse entre ciel et terre, épaté, je le suis du regard. Mais la voix un peu colère de ma copine me fait tourner la tête. Je l'entends, mais ne la vois pas. A peine un peu plus loin, quelques marches contournent un roc imposant et c'est là, que je la retrouve pour constater que, sur ce versant aussi, on a éteint la lumière ! Petit à petit, chaque fleur, les jolis bancs à rajouter dans ma collection, le chalet, le paysage tout entier est englouti dans un linceul blanc. 

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On a quand même réussi à se retrouver tous les trois. Sans même se concerter, décision fut prise de regagner le parking puisque nos projets tombent à l'eau l'un après l'autre. Finalement cette montagne qui promettait monts et merveilles a accouché d'une souris ! A la queue leu leu, on progresse sur le chemin. Soudain le voile se lève un court instant sur l'alpage et m'offre la confirmation de ce que je reniflais depuis un bon moment. En équilibre sur un rocher, à l'aplomb de la vallée, une vigie veille : c'est un beau pépère d'au moins mon poids, un rongeur au pelage brun. Le rideau se referme aussitôt sur ma découverte qui ne m'a pas détecté ! 

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Je suis en transe, mon instinct me dit "taïaut" ! Mais presque aussitôt je devine les silhouettes de jeunes inconscients au culot monstre. Ils sont persuadés de la protection du brouillard et de leurs sentinelles et jouent une partie endiablée qui me donne envie de me joindre à eux. La vieille a suivi mon regard et émerveillée comme moi, les observe se renifler les joues. Avant même que je ne me décide à prendre part à leurs jeux, elle m'attache ! Ça fait la deuxième fois qu'on me prend pour un prédateur. Je trouve ce verdict injustifié et hâtif, si elle me laissait faire, je pourrais lui prouver que mes intentions sont tout à fait amicales !! On progresse doucement et silencieusement et au fur et à mesure, on repére d'autres membres de la colonie qui se fondent dans le décor. Certains espérant se "soleiller" se dressent, comme une chandelle vers le ciel, quémandant qu'il s'ouvre pour chauffer leurs pistes. Ma frustration grandissait dans le même temps et à bout de patience j'ai commencé à geindre pour attirer leur attention. Je n'ai pas reçu leur invitation tant attendue, au contraire, l'une d'elles a tourné sa tête, poussé un cri strident et houps tout ce petit monde a disparu comme happé par les entrailles de la terre !

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On est reparti silencieusement, en direction du parking, encore sous le coup de cette merveilleuse représentation. J'étais un peu penaud et peiné à la fois. Mais d'un réflexe unanime, à la vue d'un banc, on s'est installé espérant sans trop y croire que le spectacle reprenne. Mon vieux a sorti les ponchos pour nous isoler du froid, ma copine m'a recouvert de ma couverture magique et on a fait un petit pique-nique improvisé. Nous étions face au vent et mes cousines avec qui j'ai beaucoup de points communs ; un beau pelage, la gourmandise, une vue basse mais le nez fin, n'ont plus voulu le montrer ! Il est vrai qu'avec un temps pareil, on serait tenté d'hiberner à nouveau. Enfin rassasié, on a goûté au silence dense et glacé, si lourd qu'il en devenait assourdissant. Pour calmer mon coeur qui bat la chamade, j'ai scruté le paysage sous la brume dansante au point de m'hypnotiser, ici l'écoulement du temps n'a plus cours. Une odeur de bête, autre que la notre, m'est apportée par le vent. Dans la pairie en pente douce, les sifleux, acteurs amateurs certes mais de talent, nous annoncent la reprise de la représentation. Le bonheur est dans le pré...

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Puisqu'en toutes choses il faut une fin, les marmottes outrées que l'on baillonne le silence, ont mis fin à leur exhibition en baissant le rideau. Lorsque que le grand voile blanc s'est relevé, nous avons aperçu, puis perçu plus bas, des prédateurs à deux pattes poussant des cris et brassant des mains et du bâton. Bref ils se se donnaient en spectacle, sans grand attrait celui là ! Nous avons plié bagages emportant avec nous ce moment enchanteur dont nous étions les témoins privilégiés. Puis enfin installés au chaud dans la voiture, moment simple mais de grand plaisir il faut bien le dire, le vieux s'est tourné vers nous, cherchant à nouveau une solution pour que notre frustration ne nous laisse pas abattus et mécontents. Mais ils nous a trouvé satisfaits et heureux, alors avec brio, il a mis une touche finale à ce moment de grâce en s'exclamant : "et si on allait manger des gâteaux ?" mon vieux a soudain disparu et j'ai retrouvé mon pote !!

 

"En route le mieux c’est de se perdre. Lorsqu’on s’égare, les projets font place aux surprises et c’est alors, alors seulement que le voyage commence"

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13 août 2016

"L'impondérable est ce qui vous pend au bout du nez."

 

"J'ai trop pensé pour daigner agir."
 

Les pattes bien ancrées dans le lit du ruisseau glacé, je laisse le soleil chauffer mon épine dorsale pour éviter la déperdition de chaleur. J'observe mon pote en face de moi, se reposer sous la caresse de l'astre du jour. La vieille a repris ses habitudes et mitraille à tout va, évidemment je reste sa cible préférée mais c'est le prix à payer pour qu'elle nous laisse rêvasser ! La chaleur se fait plus vive et à moins de plonger et rester en apnée, je ne peux y échapper. Je guette mon pote, espérant le voir faire l'effort de passer au banc suivant, légèrement ombragé, afin que je puisse me vautrer sur ses jambes, ce qui ferait mon bonheur ! La vieille, plus rapide que moi, vient lui tenir compagnie et bavarder, tout en faisant dorer ses guiboles. Il va falloir que je m'arme de patience !! Je pose mon cul dans l'eau, mes pattes sur la terre ferme, prêtant l'oreille à ce qui se dit. Mon instinct ne m'avait pas trompé, ça se confirme, c'est la journée de récupération pour mon copain, en gros un jour sur deux si tout va bien ! Du coup, je me couche sur le flanc, tranquille ! J'ai déjà fait cette balade autour du Pillersee, terrain plat et léger, très cool et pépère, y a donc pas urgence à décaniller dés maintenant ! Soudain mon vieux aperçoit au loin dans les hauteurs, une croix géante. Il montre une curiosité aussi grandissante que mon inquiétude ! La vieille saisit au vol cette option inespérée et lui assure que cette balade est prévue mais, ça dépend de son état !! Et voilà, emballez, c'est pesé !!

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On ne peut pas faire de projet avec la vieille, c'est toujours elle qui a le dernier mot ! Effectivement quand on est arrivé devant le téléphérique, on ne l'a plus entendu, un rien fébrile en attendant l'embarquement. Le télésiège nous happe et nous perdons pied ! Mon maître a rabattu la barre de protection devant nous et je me suis installé confortablement sur ses genoux pour admirer la vue. J'ai tourné la tête pour une vision panoramique et là, horreur !! En poussant un cri de frayeur je découvre à côté de moi, une horrible bonne femme au visage déformé et grimaçant, qui grinçait des dents. Passé le premier moment de frousse et de rejet, j'ai réalisé que c'était la vieille, qui s'acrochait tétanisée à son sac à dos comme à un parachute ! Étant un grand humaniste, je l'ai rassuré comme j'ai pu mais mon aide s'est avérée inefficace : ses yeux sont restés exorbités. Finalement son imitation du carlin que je croise souvent prés de chez moi était très réussie, c'était amusant et je n'ai pas boudé mon plaisir !!

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Enfin débarqués au sommet, la vieille reprend des couleurs et visage humain. J'adopte un train de sénateur pour cette promenade improvisée. Le petit sentier est étroit mais fort bien délimité. En montant faire la cour au soleil on s'est mis, plus encore, sous les feux de ses projecteurs. Déjà je n'en peux plus de son ardeur à me chauffer la couenne. Les pins même nains sont touffus et me cachent la vue. Bonne excuse pour regagner mes appartements et du même coup m'abriter du soleil, voilà une affaire rondement menée ! En fin de compte mes vieux ont plutôt flâné et moi aussi par la force des choses. Seul mon estomac psychorigide dont je suis l'esclave servile, ne cesse de grogner : l'heure, c'est l'heure ! oui mais quelle heure ?

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Un des avantages à fréquenter la vieille, c'est qu'elle a bon dos ! Il suffit que je prenne ma démarche chaloupée, tanguant soudain légèrement à droite et aussitôt elle me porte sans rechigner...enfin presque ! Nous voyageons, installés dos-à-dos, façon boudeuse. On arrive enfin à découvert et une fois encore, me voilà pénalisé. Je n'ai que la vue sur le sous-bois que je viens de quitter, tandis qu'elle admire un grandiose panorama à l'opposé. Je réclame avec insistance une escale et on me débarque avec, me semble-t-il, une pointe d'agacement. Dans la vallée, le joli village de Sankt Ulrich longe le Pillersee. Le lac lissé par la brûlure du soleil, miroite et me parle par intermittence. Je me rends compte alors qu'il est malgré tout plus judicieux de s'élever ne serait ce que pour profiter du petit coulis frais qui circule de-ci de-là. Ma patronne à raison, ne restons pas au ras des pâquerettes alors qu'ici l'on peut contempler les primevères et les raiponces. Leur senteur et leur goût est incomparable. Deux puis trois papillons farandolent et se courtisent non loin de ma truffe et me font loucher. Je m'ébroue, éternue et me retrouve au milieu des champignons dont les bords se sont retroussés pour montrer des dessus de dentelles et me tenter ! Le chapeau s'est creusé, puis posé délicatement en équilibre sur son pied. Dans ce petit calice on peut encore y goûter la rosée du matin. Je fonctionne un peu comme un diesel, au matin mon enthousiasme est limité, encore froid puis doucement je ronchonne par principe, bougonne par habitude puis finalement ronronne par plaisir ! D'une certaine façon, je me demande si la vieille n'a pas sa part d'utilité dans tout cela, car somme toute, sans le savoir elle me délivre de moi-même. Le plaisir est double parce que je ne me suis jamais vraiment perdu et lorsqu'arrive le soir, lové dans mon panier, je me retrouve !

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Dés que je me laisse attendrir, mon esprit vagabonde et s'emporte. La réalité s'évanouit, le seul fil conducteur qui me rattache à la terre ferme, c'est mon panel de parfums dans lequel il manque soudain celui de mes vieux, je ne les respire plus ! Je fonce comme un dératé, pour finalement les rater de peu, c'est un sifflement qui m'a stoppé net dans mon élan. Un rapide examen des lieux m'a permis de les découvrir allongés dans l'herbe ! Je ne me suis pas fait prier et pour être sûr qu'ils ne repartent pas sans moi, je me suis calé contre mon vieux pour le rejoindre au pays des songes. Quelques bruits insolites m'ont fait hausser les sourcils, trop ensommeillé pour ouvrir l'oeil, je me suis dit que mon chef de meute me tiendrait au courant ! Ça n'a pas tardé, la vieille qui revenait d'explorer les environs, s'est mise à bavarder toute seule, peut-être un peu envieuse de notre sieste majestueuse. On avait pourtant convenu que c'était la journée de repos des deux éclopés ! Mais en levant les yeux au ciel, j'ai aperçu deux gaillards suspendus au-dessus de nous qui réparaient pour l'hiver prochain, les lignes du télésiège !

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Il a fallu plier bagages à nouveau. Cette journée d'errance ne me convient pas du tout. Je sais bien que je voyage souvent à dos de sherpa, mais le nomadisme très peu pour moi. Autant je peux être un jeune chien plein de vitalité, autant quand il s'agit de survie, je peux prendre un coup de vieux et ressembler à un clebs sur le déclin ! Étrangement cette fois ça n'a pas marché, mon pote est passé à côté de moi sans un regard. Aurais-je un peu trop tiré sur la corde ? Il va falloir la jouer fine pour rattraper le coup. Au prix d'un effort considérable, j'ai pris les devants. La chance éclaire mon chemin et me guide droit sur un lac avec en option deux bancs, l'un avec vue sur l'eau bleu azur, l'autre sur la vallée ! C'est donc fièrement que j'ai rejoint mes compagnons pour les mener à cette troisième étape, de loin la plus jolie. Troisième station ! On s'installe, mon estomac et moi-même attendons vainement que l'on déballe le picnic, mon copain fait le mort et la vieille, la sourde oreille. En désespoir de cause, je me couche au milieu d'eux et ne dors que d'un oeil parce que jamais deux sans trois ! Je me console en regardant les nombreux itinéraires que nous aurions pu emprunter et dont je laisse volontiers à d'autres pèlerins, la primeur de la découverte. Je songe à cette fameuse croix géante, probablement une illusion d'optique qui a permis à ma maîtresse de nous traîner ici. Mon estomac et moi sommes en stand-by. L'oreille largement ouverte, étalée sur le banc, je suis aux aguets. Je capte, le souffle du vent, quelques insectes bourdonnants, une cloche dans le lointain, un beuglement qui fait frémir ma peau. Je m'assoupis à nouveau, quand soudain, je crois percevoir dans le lointain une note ou deux de musique portées par le vent. Elles s'éloignent et reviennent se glisser dans mon pavillon, jouant à cache-cache avec ma patience, hop ! Mon esgourde se referme pour emprisonner ces sons que j'analyse au plus vite. Je dois dire que parmi mes nombreux talents, j'ai l'oreille musicale ! Une excellente mémoire aussi qui me confirme que la musique est toujours accompagnée par le boire et le manger ! Je mets mon radar olfactif au boulot pendant que je relâche les deux notes d'accordéon auquel j'ai extorqué toutes les infos dont j'avais besoin ! Le retour est plus que prometteur : il y a une fête qui n'attend plus que nous ! Reste à me mettre sur mes quatre pattes histoire d'être plus rapide que mes vieux et en route mauvaise troupe !!

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On ne peut avoir raison à tous les coups, en suivant des effluves qui me mettent l'eau à la bouche, je reste un instant à l'arrêt, impressionné, une croix gigantesque surplombe la montagne et me jauge. Il était là comme un nez au milieu d'une figure et nous ne l'avions pas vu ! Il parait que c'est la maison de Jakob le vieux je ne le connais pas, mais la vieille tient absolument à lui rendre visite ! Il parait qu'il y a un peu partout des chemins qui portent son nom ils aboutissent tous au même endroit : Saint Jacques de Compostelle. les humains marchent des jours et des jours, pour finalement arriver trop tard, parce que le vieux monsieur à force d'attendre a rendu l'âme. Le pire dans cette affaire, si j'ai tout bien compris, c'est que les gens ne nourrissent que de mollusques pendant le trajet !  Hors de question que je me fasse avoir, je ne marche que pour une seule raison, la seule, l'unique, la vraie : remplir mon estomac de plaisir ! En attendant la vieille, on a patienté au premier étage. Mon pote m'a consolé en me prenant dans ses bras, lui aussi peu disposé à poursuivre l'aventure et nous avons contemplé de cette hauteur un repas tant mérité mais toujours inaccessible !

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 "Ceux qui ne savent pas où ils vont sont surpris d'arriver ailleurs."

 

 

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25 juillet 2016

« La vie est faite d'imprévus, il fallait le prévoir ! »


"Il est doux à tout âge de se laisser guider par la fantaisie"

 

Noella

Confortablement installé entre deux grosses valises et autres trucs envahissants, j'ai pu récupéré tant bien que mal, la moitié de mon accoudoir pour poser ma tête de façon à garder mes deux vieux dans le collimateur. Épuisé, à force de ne rien faire, ma caboche dodeline. Ce petit remue-méninges des plus confidentiels, me permet d'affiner le merveilleux planning de vacances, concocté par mes soins lors de ma dernière balade à Durbach. Finalement mon pote s'est vu cantonné à la maison, la jambe au repos pour trois semaines, pile-poil en même temps que les vacances, comme je l'espérais ! C'est une tendinite de la "patte d'oie" qui l'oblige à essayer tous les bancs du Tirol, avec moi et les coin-coin... Son acharnement à vouloir reprendre l'entrainement malgré tout, a été stoppé net par un ongle incarné bien infecté une semaine avant de partir ! A deux jours du départ, je fus sauvé bien malgré moi, de quelques projets insensés de balades en duo dont ma vieille m'a rebattu les oreilles avec moultes descriptions !! J'ai cru perdre, à cause d'une infection, la partie la plus précieuse de mon anatomie après mon estomac : ma virilité...enfin disons ce qui m'en reste! J'en tremble rétrospectivement. Tout deux sous antibiotiques et anti-inflammatoires, avec l'interdiction de crapahuter pour mon vieux et pour moi, celui de "jouer" avec mon panier, nous sommes enfin assurés de passer nos vacances cool à manger et dormir ! Mais trêve de bavardage, me voilà enfin arrivé "chez nous" à la Pension Noella. Andrea, notre hôtesse, m'accueille et me cajole de mots doux. Nous nous installons confortablement et je vérifie que rien ne me manque ; mon jouet, mes paniers, ma serviette, mon os etc... Pour notre premier jour, j'accepte de me soumettre à deux corvées : une pause pipi qui détient le record de vitesse, puis un passage obligé en "soins infirmiers" aÏe ! Soulagé et pressé de me rouler en boule dans mon panier, je me suis fait servir mon repas en chambre tout en n'étant pas dupe ! Je "sentais" que mes potes allaient se repaître en terrasse d'un barbecue dont Roeland, notre hôte, a le secret ! Couché sur le balcon au dessus des effluves de lard grillé, de saucisses, j'en passe et des meilleurs, j'ai préféré m'endormir sans demander mon reste sachant que demain est un autre jour !!

Le lendemain, après un très court trajet, nous nous sommes retrouvés au pied du téléphérique à Ellmau. J'ai pris une cabine rien que pour nous, afin de contempler tranquillement le paysage environnant. Ma vieille me serre dans ses bras, un peu trop fort, murmurant comme une litanie "n'aie pas peur mon Charly" ce n'est pourtant pas moi qui tremble !! Ouverture des portes : le fond de l'air est frais, j'aime ! Le taux d'humidité m'affole un peu mais la pluie est restée en France et c'est tant mieux ! Le petit sentier qui traverse la forêt de pins est tout propret, les dégâts causés par la neige et le ruissellement sont déjà bien réparés. Je m'engage sur une pente descendante en suivant le ruisseau qui doit forcément me mener à mon lac ou à défaut, un petit étang. Je suis obligé de travailler à l'instinct, mes vieux n'ont pas pris de carte !

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Quelque chose me chagrine, mais quoi ! J'ai vite trouvé ce qui me cause de la peine, c'est le mot "travailler" tout à fait inapproprié pour des vacances ! Au sortir du sous-bois, c'est l'enchantement et j'oublie les tracasseries. Les premières fleurs sont là tapissant la prairie, mon côté poète en a humé chaque fragance. Elles manifestent leur appartenance en se regroupant par couleur, rose, jaune, blanche...Bien vite enivrées par un vent de liberté, elles s'évadent comme moi et se dispersent en bouquets harmonieux et multicolores, tout en séduction : comme moi !

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D'une primevère au trolle, puis d'une centaurée à l'arnica, les petites inquiétudes qui planaient sur mon coeur se sont envolées et sans y prendre garde je suis rentré dans le droit chemin qui longe... mon lac ! Courte accalmie pour mon palpitant, parce qu'au moment où plein de bonne volonté je m'apprêtais à en faire le tour, à la recherche d'un banc, je fus rappelé au pied. Je lève ma patte avant pour interrogation et la vieille me répond en montrant du doigt de gros nuages blancs et noirs qui farandolent. Quel étrange manie de vouloir tout prévoir, de contrôler, ça fait fuir le plaisir. Il suffit tout simplement de prendre en compte mes envies et mes avis, c'est tout de même simple ! Voilà que pour me contredire, le ciel fait son ménage et égoutte ses nuages sur nos têtes. Mes compères ne sont pas bien rapides, probablement un manque d'entrainement, entre perte d'équilibre et fou rire, ils ont quand fini par s'harnacher pour la pluie : j'ai failli attendre ! C'est ainsi que, quelque peu imbibé, j'ai pris mes quartiers dans ma studette pour voir lentement s'éloigner mon lac. La pluie a délavé tout mon joli décor et le brouillard a baissé le rideau sur ce lamentable fiasco : la pluie alsacienne nous avait bel et bien suivi à la trace !!

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On entend plus que moi qui ronchonne dans ma casbah tandis que la vieille progresse un sourire béat sur la figure. Au bout d'un temps qui me parut une éternité, je regagne la terre ferme, pendant que mes partenaires se débarrassent de leurs vêtements fantomatiques et dégoulinants ! Là, sous un timide rayon de soleil, se tient devant moi un magicien à qui j'ai tout de suite quémandé des infos météos pour les prochaines heures. Ce n'était qu'un charlatan, voyant certes, mais pas extralucide ! Après avoir pissé à titre de représailles contre une de ses chaises, je me suis finalement adressé à la plantureuse grenouille vautrée sur un plongeoir en bois. Sa réponse m'a donné le frisson "un orage se prépare mon lapin, tu ferais mieux de rentrer chez toi" Une chose est sûre sa vue baisse et à mon avis, ses compétences aussi : Une grenouille hors de l'eau c'est beau temps sec assuré ! Effectivement, le soleil sèche les nuages, ils rétrécissent sous mes yeux, s'éloignant pour chaque fois revenir un peu plus petits et plus blancs jusqu'à devenir vaporeux et même transparents. Je suis confiant, la chaleur petit à petit gagne du terrain à tel point que c'est un bonheur d'entrer à nouveau dans la forêt. Les fougères d'un vert tendre et acidulé se sont regroupées en bouquet le long du sentier. Elles se balancent tout en douceur sur mon passage et m'offrent une petite brise bienvenue. Elles font soudain un léger écart et me guide gentiment vers un banc, invitation que j'ai dû bien à regret, refuser. En retard à force de sollicitations, j'ai finalement rejoint mes compagnons qui marchaient d'un bon pas. Lorsque nous sommes parvenus au bout du chemin, le paysage s'est ouvert sous la lumière se déroulant à perte vue, j'en avais le souffle coupé !

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En premier plan, des vallées verdoyantes où des serpents d'eau couleur menthe glaciale viennent sinueusement en caresser la gorge. Viennent ensuite des pâtures fleuries parsemées de taches brunes, rousses et grises. Puis s'élançant un peu plus haut, de magnifiques pins et épicéas qui grimpent à l'assaut des montagnes. Plus loin encore, je discerne des vallons téméraires où se nichent quelques villages accueillants et pittoresques. Il restent sous la garde de sommets vigilants couleur d'acier, là où les neiges éternelles étincellent au soleil. Disséminées à l'envie, d'imposantes fermes aux toits surmontés d'aigles sculptés, se réfugient sous la protection d'églises au clocher à bulbe rouge ou vert, qui me font penser à quelques gourmandises ! Je songe alors à me nourrir et dans ce beau tableau, je devine ça et là en bordure d'un chemin pentu, les "hüttes"* chères à mon coeur ! Comme une touche finale, j'entends des cloches dans le lointain qui se répondent, l'une venant d'un clocher, l'autre d'un troupeau ou peut-être d'une ferme qui nous appelle à table ! Cet harmonieux paysage qui happe toute mon attention, n'est même pas troublé par cette musique champêtre et le silence lui-même ne s'offusque pas d'en être accompagné. Il n'y a là que le souffle léger et apaisant de la nature qui respire à son rythme. L'air vivifiant gonfle mes poumons et enflamme mon coeur. Je me sens porté, allons conquérir quelques sommets ! Pourquoi pas celui qui nous propose trois sièges confortables ? La montagne puissante et majestueuse me rappelle aussitôt qu'elle est seule maîtresse des lieux et recouvre mon objectif d'un grand voile blanc. M'en fous, c'était bien trop haut de toute façon ! En contournant cette crête inhospitalière, mon décor s'est à nouveau élargi, un autre possible s'offre à moi et je prends de la hauteur tout en surveillant quelques cumulus d'un blanc éclatant. Je suis bien vite rassuré parce qu'ils m'annoncent du beau temps. Le ciel est à nouveau encombré et la circulation se fait intense. La tête dans les nuages, impossible d'en suivre un seul, ça file, glisse, s'emmêle ou se télescope et je rêve d'en connaître le goût. Quelques uns sont petits et mignons comme des petits moutons, on dirait de la crème, celle qui décore les gâteaux que mes vieux dévorent avec délectation ! Tout cela m'a mis en appétit, je cours tentant d'en attraper un et arrivé en haut de mon chemin...ô joie ! J'aperçois avec plaisir que trois d'entre eux sont tombés dans le pré, je suis sûr qu'ils ont une saveur sucrée !!

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Tout cela n'était qu'un leurre pour me faire avancer. Le ciel est devenu azur, les fauteurs de troubles s'en sont allés plus loin et je suis resté avec trois gros moutons qui bêlaient bêtement ! Vous me direz qu'un rien me déstabilise, certes ! Je me suis emporté, ma nature optimiste me faisait entrevoir tant de choses alléchantes que mon imagination a fait le reste. Me voilà assis sur le culot d'une pipe encore chaude, tournant le dos à ce cadre prometteur qui laisse à désirer ! Je suis très peu disposé à poursuivre l'aventure, de plus, mon pote semble avoir le pied sûr, nouvelle déception pour moi ! Tous mes beaux projets disparaissent un à un, se flouant sous les rayons du soleil comme des mirages. En pleine bouderie, je fixe obstinément le sol mais l'appel de mes compagnons me fait lever la tête, ils sont déjà repartis et je ne capte que le son "ou". Je suis certain qu'il m'appelle enfin pour la soupe. Et dans un dernier effort, je force l'allure me réjouissant de les trouver en train de déballer notre picnic.

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On ne peut rien contre sa nature, je tarde un peu stoppé dans mon élan par quelques senteurs. La truffe au sol, puis frémissante et levée vers le ciel, j'en perds la tête et ne sait plus quelle direction prendre. Mais teckel suis et teckel reste, pas besoin de suivre leur trace, il me suffit de penser à ma vieille et son leitmotiv "toujours plus haut" qui m'indique plus sûrement le chemin pour les retrouver. Un banc confortable mais solitaire m'accueille en haut du sentier, je m'installe un instant à son ombre. Un étrange bruit métallique et insistant me laisse perplexe, rien à droite, rien à gauche, puis un trait de lumière aiguisé vient frapper le sol juste au dessus de mes oreilles. N'écoutant que mon courage et j'en ai beaucoup, je lève la tête pour apercevoir une libellule au gabarit impressionnant me fixer de ses gros yeux globuleux. Il y a des fréquentations que je ne goûte guère et c'est pourquoi j'ai décampé. Le deuxième banc tout proche, lui aussi délaissé, a beau s'installer sur la butte avec aplomb, je ne lui tiendrais pas compagnie. Je préfère éviter l'ombrage de ce cairn imposant en équilibre instable. En l'observant à distance, je réalise qu'il est là pour m'indiquer la piste à suivre ! A force de réflexion et de ténacité j'ai retrouvé mon pote, abandonné lui aussi, avec je ne vous le cache pas, un immense soulagement. Il était en pleine discussion avec un tyrolien installé dans une cabane perchée. Je l'ai aimablement salué et il nous a confié que la seule personne qu'il a vu de la journée était une vieille causant toute seule. Elle s'est juchée dans un arbre, pas très loin, semblant chercher quelqu'un ! Enfin réunis, nous avons pris le parti, d'un commun accord, de fuir cette étrange contrée mystérieuse.....

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Je n'avais plus d'énergie pour continuer, j'ai donc regagné mes quartiers le temps de me remettre de mes émotions. Il me semble que mes amis pressent le pas, avec un peu de chance, c'est la faim qui les taraude ! Quand j'ai passé la bouille hors de mon antre, nous étions parvenus à un énième sommet. De prime abord je distingue une bâtisse dans le lointain, au fur et à mesure de notre progression, les contours se font plus précis. Puis prenant le relais, mon flair énumère et répertorie quelques émanations volatiles que je vous dévoile en vrac : patates, lard, bière, gâteaux, crème...Une hütte !!! Je frétille, me tord dans tous les sens et exige de retrouver la terre ferme. Arrivé le premier, j'ai salué tout le monde, réservé notre table, avant d'être rejoint par mes vieux. Installé sous la table, je surveille le ballet gracieux et incessant des dames au parfum de vanille et chocolat. Leurs jolis jupons de dentelles me frôlent à chacun de leur passage, faisant monter la tension : quand s'arrêteront-elles devant ma table ? Le regard narquois d'un petit oiseau, peu farouche et un brin voleur me jauge. Je mets de suite les chose au point : "Pointe pas le bout d'ton bec ici mon poussin, chasse gardée !" Il me rétorque: "Ta vue baisse le vieux! pas de soucis y'a à manger pour deux "

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Deux petits souliers ont stoppé net devant moi, on a passé aux choses sérieuses et j'ai oublié le poussin ! Pendant que sereinement j'attendais le retour de ma tyrolienne avec quelques douceurs, mes vieux m'ont servi mes croquettes en apéritif ! Pour calmer mon impatience j'ai admiré mon nouveau décor. La silhouette presque incongrue d'un cycliste se dessine sur la crête, lui aussi fasciné par les hautes cimes. Le soleil lutte à nouveau pour garder sa place. Les nuages dont je m'étais désintéressé se rappellent à moi, plus volumineux et ombrageux, peut-être un peu rancunier. le plaisir n'attend pas et efface tout : un "bon appétit" superflu servi avec un copieux en-cas à fait de nous, trois attablés heureux en pleine régalade. Enfin repus, euphoriques, face à la nature en grand écran, on baisse la garde ! L'azur perd du terrain et se retrouve cerné puis avalé. les volutes épaisses et blanches envahissent la scène et en prennent à leurs aises. Elles finissent par s'asseoir et aplatir les sommets, histoire d'observer ce nouveau territoire conquis de haute lutte. Tout est en mouvement, quelques moutons noirs sournoisement tapis au sol, s'élèvent puis s'accrochent aux faîtes des arbres pour chevaucher les forêts.  Ils sont légion et défilent, balayant d'une étrange luminosité l'alpage, alors devant nous s'étalent une palette de couleurs tranchées... Un soudain remue ménage nous distrait du spectacle, les quelques personnes attablées comme nous se lèvent et disparaissent à l'intérieur de l'auberge ! Je constate que mon poussin et rival s'est envolé, bizarre ! Mes vieux en pleine béatitude, semble bien loin ! Soudain, un éclair zèbre le ciel, puis deux, trois , le ciel s'embrase d'une aveuglante et menaçante lueur et notre charmante serveuse apparaît devant nous. Elle s'inquiète de notre but final, mon pote lui explique, elle se fait rassurante :  vous avez juste assez de temps pour rentrer !! On s'équipe, l'orage à la bougeotte, gronde puis tonne, la foudre s'abat, effrayant même les nuages, c'est le chaos! Tels deux fantômes glissant sur la prairie, mes maîtres courageusement s'avancent vers les éléments déchaînés tandis que je trottine désespéré tentant de regagner ma studette, vite Charly, vite !!

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Quand les premières grosses gouttes ont claqué sur mon dos, le ciel s'est assombri puis ouvert pour déverser son trop plein, alors la vieille a eu pitié de moi et m'a laissé rentrer chez moi ! Mon sherpa progresse sans faiblir et au travers du poncho ouvert sur les côtés, j'assiste au plus saisissant spectacle. Dans ce théâtre en demi-cercle, se découpe une portion du paysage baignée par une lueur diaphane, à l'abri des intempéries. Je rentre la tête un peu plus confiant. Dans le téléphérique qui nous ramène à la voiture, mes deux vieux, hilares et contents d'eux, commentent cette belle journée et moi,au fond de mon sac, j'ai comme la sensation d'avoir été berné une fois de plus !!

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 "Celui qui sait qu’il ne sait pas, sait beaucoup."

 

 * Hütte : Auberges d'alpage ou refuges de haute montagne !

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30 juin 2016

"C'est un jardin extraordinaire....il suffit pour ça d'un peu d'imagination."

  "On s'étonne trop de ce qu'on voit rarement et pas assez de ce qu'on voit tous les jours"



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"Il y a toujours deux personnes dans chaque image : le photographe et le spectateur."

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« Ce n'est pas dans la nouveauté, c'est dans l'habitude que nous trouvons les plus grands plaisirs. »

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 "Si l'on ne disait que des choses utiles, il se ferait un grand silence dans le monde"

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« Le discours est comme un remède, une petite dose guérit, une forte dose tue. » 

 

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LAHR KEHL (203)

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LAHR KEHL (203)

 

"Le temps s'éparpille
Le temps se gaspille
De fil en aiguille
Les jours font les nuits..."

 

 

 

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04 juin 2016

« Ce n'est pas tout d'avoir raison, encore faut-il attendre son heure. »

"Le véritable metteur en scène de notre vie est le hasard."

Et c'est reparti, la truffe sur les talons de mon leader, avec un enthousiasme certain, l'un comme l'autre avançons à petits pas ! Le torrent dans sa course effréné, exhale un petit coulis frisquet qui se glisse subrepticement entre les lattes en bois du pont. Je m'éveille doucement sans rompre pour autant le rythme que nous avons adopté d'un commun accord mon pote et moi. Je prends lentement conscience du fouillis végétal qui m'entoure. Ces derniers jours, accaparé par un objectif disproportionné à atteindre, je n'ai pas vraiment porté attention à ce qui m'entourait. Je me suis surpassé, tenez vous bien : 6,500 kg au prix d'un effort démesuré ! Plus que 200 grammes à perdre ce qui ne serait tarder sous les rayons de l'astre luisant. Maintenant que le soleil éclaire au plus prés et guide mes pas, je côtoie étroitement mon ombre, espérant une protection qu'elle me refuse systématiquement, à toutes mes tentatives d'approche ! Ça commence à m'échauffer les oreilles. Pour me rafraîchir, je me laisse tenter par quelques touffes d'herbe bien grasse : une sorte de petit en-cas végétarien dont je me régale pour parfaire mon régime. La végétation se glisse sournoisement hors de son territoire, devenant invasive au point de rendre mon sentier plus étroit par endroit ! J'ai l'impression qu'une multitude de petites mains cherchent à me retenir et j'ai bien du mal à résister à tant d'invitations.

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La nature, force tranquille, contemple son oeuvre. Une débauche de teintes vertes se bouscule, zigzague, rampe et grimpe jusqu'à rejoindre le bleu du ciel. Même les fruits à peine ébauchés se mettent au vert ! Les discrètes violettes se pâment dans cet écrin, enivrées par leur propre parfum. Le pollen disséminé par une bise légère vient poudrer les délicates pétales. Ainsi fardées de poussière d'or, métamorphosées, pleines d'audace et d'assurance, elles se tendent sous la caresse du soleil. les herbes hautes de la berge aidées par le vent, ont ployé sous leur propre poids. Elles se sont couchées dans le lit du torrent, formant une longue chevelure. Opportuniste, le cours d'eau serpente, prend ses aises et glisse sur le tapis ondoyant. Tout en caressant, il s'octroie mine de rien, un peu plus de territoire ! Le temps presse, allez savoir pourquoi, la débordante rivière scintille et prend des reflets métalliques, il me semble qu'elle me lance quelques clins d'oeil au passage ! Mais la vieille capte soudain, mon attention "Alors mon crapaud, tu tiens la forme maintenant que tu as perdu du gras !" Je ne sais pas d'où lui vient cette fâcheuse habitude de m'affubler de petit nom ridicule et autres que le mien ! "Titi", "Zigouioui", passe encore! "Clafoutis" je ne dédaigne pas! mais "Crapaud"...D'ailleurs les sons en ô, je déteste ! L'eau on en sort à peine, depuis Janvier on a vu que ça. Mes os finissaient par devenir spongieux et mon coeur menaçait de s'engourdir. J'étais sur le point de prendre la tangente, afin de ne pas prolonger cet échange stérile quand elle a rajouté : " Maintenant que tu as la ligne tu pourras partir au Tirol avec nous." Je sais bien qu'en ce qui la concerne, il faut lui expliquer les choses longtemps pour qu'elle comprenne vite.  Mais pour ce qui me concerne il suffisait d'aller à l'essentiel, me donner le "pourquoi" du "comment" et l'affaire aurait été réglée en 48 heures avec une petite grève de la faim pour les besoins de la cause. J'ai tenu comme ça presque une semaine au chenil : au garde à vous que je les ai mis ! On m'a finalement nourri avec du "fait maison" et du jambon, à mon bon plaisir...très chouette endroit pour des vacances ! La vieille ne veut plus m'y envoyer, j'avais trop grossi....

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Je continue cette charmante promenade sur mon petit nuage, le coeur en fête. Dans ma tête, des images bucoliques de l'été dernier viennent se coller au paysage dans lequel j'évolue présentement. Durbach et Tirol s'entremêlent, le soleil se met de la partie et m'éblouit un instant, en rouvrant les yeux je crois percevoir un changement de décor !! Loin au dessus des sapins, je devine quelques vertigineux sommets emmitouflés d'un blanc manteau neigeux... Le frou-frou endiablé des abeilles accompagne le gazouillis des oiseaux. Porté par ce charmant babillage, je ne sens plus de raideurs dans mes membres, une douce fraîcheur s'installe dans les bois et me voilà bien léger.

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J'étais tellement plongé dans mes souvenirs que l'eau m'est venu à la bouche. Je me suis mis en route pour mon paradis avant l'heure, avec les abeilles qui m'amènent au miel, les prairies aux vaches, les vaches à la crème, la crème à....Catastrophe !!! Je refais surface alors que j'allais déguster un kaiserschmarren, pour apercevoir mon pote en difficulté. Quelques troncs d'arbres abattus sont heureusement bienvenus et permettent à mon maître de s'asseoir pour examiner de plus prés la situation : les nouvelles sont inquiétantes, son genou ne répond plus ! Je suis chargé de veiller sur mon pote éclopé. La vieille s'en va en repérage, disparaît après le virage pour presqu'aussitôt réapparaître en criant : "une cabane !"  Nous la rejoignons. Aidé de ses deux bâtons, il progresse à l'allure d'escargot. Notre tandem boitillant fini par s'installer avec soulagement dans cet abri confortable. Nous profitons de cette halte forcée pour manger, sage décision !

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Mon copain a plus d'un tour dans son sac, je sais qu'il va trouver une solution comme à chaque fois. Il est très organisé, méthodique et prévoyant, pas comme ma vieille qui s'embarque souvent sans biscuit ! Il vide son sac, y trouve des onguents et cachets, boussole, couteau, serviettes, gel désinfectant, à manger pour trois, mon café et...des biscuits ! (Qu'est ce que j'vous disais, je les connais par coeur !)  Après plus d'une bonne heure de pause bien agréable, vient le moment de vérité. Le souffle coupé, ma vieille et moi suivons du coin de l'oeil ses premiers pas...

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Puisque tout semble en ordre, nous repartons. Le retour se fait sur le mode de la flânerie ce qui nous satisfait tous les trois. Le ruisseau qui jusqu'alors naviguait en conquérant, voit soudain son cours, partiellement et arbitrairement détourné. En passant au travers d'un tuyau, bon gré malgré, il rejaillit en cascade sur un bassin à truites qui une fois oxygéné et filtré, déverse le trop plein d'eau dans un deuxième bassin légèrement en contrebas. Aussitôt le job fait, le ruisseau retrouve sa moitié, reprend sa trajectoire et s'enfuit sans demande son reste, pendant que les poissons heureux s'ébattent dans l'eau froide.

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A regarder Dame nature se la couler douce, je me dis que c'est une belle journée qui s'achève tout en douceur. Mais en y réfléchissant, je me dis qu'il serait bien téméraire de retenter le diable à mon tour. Je double la vieille, m'arrête pile devant elle et lui bloque le passage. Évidemment elle rouspète alors qu'il serait plus simple de regarder où elle met ses pieds ! "Déjà fatigué, l'asticot !" je m'appelle CHARLY, nom d'un chien !! Après un bref échange de point de vue, j'ai obtenu gain de cause...comme à chaque fois, mais il faut pourtant que j'en passe immanquablement par ce rituel qui me fait perdre mon temps ! Confortablement installé dans ma studette, rasséréné, je ne peux que me féliciter de cette heureuse initiative qui me permettra de vivre intensément des vacances au Tirol, après tous les renoncements que je me suis imposé pour les mériter...

                                                                             

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Cette balade délicieuse s'est poursuivi sans anicroche. J'ai du m'arrêter chez l'un de mes vieux amis, un bouc, heureux papa de deux petits devenus grands. Impossible d'y échapper, il m'a vu arriver de loin. Chacun leur tour, sollicitant mon attention de leur regard insistant, ont cancané d'une voix chevrotante. Soudain une mère poule égarée et inquiète de cette agitation, y a mis un terme au pas de course en gloussant. J'en ai profité pour planter tout ce beau monde, les laissant à leur cacophonie pour reprendre le cours de ma promenade, haut perché et au calme !

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Lorsque nous sommes arrivés prés de l'Hotel restaurant le Rebstock, mon pote a réclamé une pause. Je me suis allongé sous le banc tout prés du jardin des délices, odorant et coloré. Au dessus de nous un seringat au parfum de jasmin balance ses effluves. L'éléphanteau, infatigable, arrose de sa trompe, les plantes environnantes qui finissent par le masquer. Tout en contemplant les nénuphars qui oscillent sous les rides de l'eau, je guette l'endroit où les carpes jaunes et rouges viendront respirer l'air pur ! Un puzzle d'odeurs taquine ma truffe sous forme de quizz. Je ne me lasse pas de faire le tri des molécules sucrées, salées, des épices et arômes qui me mettent sens dessus dessous ! Un vertige me prend soudain et m'oblige à m'étendre sur l'herbe tendre et rafraîchie. Le léger clapotis de l'eau accompagne le pépiement des moineaux, ils sont bien paresseux à faire leur nid, certains piaillent et exigent que le printemps s'affirme enfin ! Sous l'oeil bienveillant de ma bonne fée, je me laisse aller, une douce torpeur m'envahit... 

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C'est le parfum des fraises qui m'a réveillé ! La vieille nous avait abandonné à notre... triste sort et pour se faire pardonner, elle est revenue avec ce délicieux dessert, juste de quoi nous donner un regain d'énergie pour franchir les derniers mètres menant au parking...

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Vous connaissez mon grand coeur, je compatis bien évidemment au malheur de mon maître, mais soyons clair mes amis, la chance est avec moi. J'peux bouffer aux deux râteliers, j'suis gagnant dans l'ordre ou le désordre ! Soit mon vieux déclare forfait et je me la coule douce chez moi, à me remplumer et m'engraisser en attendant l'hiver, soit il sort vainqueur de l'épreuve et vive le Tirol ! Il reste une dernière option qui a ma préférence et qui frise l'apothéose, partir malgré son handicap. La vieille ira crapahuter et distraire les "pauvres" marmottes, toute seule. Vous connaissez mon don d'empathie surtout envers mon pote : la preuve nous sommes tous deux boiteux ! Alors à nous les bouffées d'oxygène, le banc prés du lac, la sieste ronflante prés des coin-coin, les gâteaux, le paradis tout simplement, what else ?

CHARLY (297)

 

  "Pour être le meilleur, il suffit parfois que les autres soient moins bons."

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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13 mai 2016

« Ce n'est pas que la vie soit courte, c'est que le temps passe vite... »

« Vivre! Ca prend du temps et je n'ai pas une minute à moi. »

Ce matin j'ai encaissé une très mauvaise nouvelle, moi qui suis réduit à glaner quelques charognes pour survivre, je suis revenu à mon point de départ : 6 kilos 800...Je n'y comprends rien !! Mon pote, par exemple, est comme moi, grand et fort et ne va jamais à la pesée ! Il dit que la personne qui le mettra au régime n'est pas encore née et que se priver de plaisir est néfaste à notre santé. Il me trouve de plus en plus triste, je confirme ! A force de réflexion, la solution m'est enfin apparue. Ma vieille ne jure que par le sport et la diététique, il me parait judicieux et plus facile, qu'elle maigrisse de trois ou quatre kilos, puisque c'est elle qui me porte ! On fera d'une pierre, deux coups, je lui semblerai plus léger et j'aurai une petite marge de manoeuvre pour me remplumer ! Après ce fâcheux incident qui a finalement tourné à mon avantage, je suis retourné dans mon panier pour attendre sereinement mon avenir. Le temps que j'me roule en boule, il pointait déjà le bout de son nez ! La vieille me sollicite pour garder nos affaires sur le palier pendant qu'elle se chausse, elle a compris mon message, le projet semble lui tenir à coeur ! Le cul sur le paillasson, je surveille le casse croûte dans le sac à dos, que voulez vous, je ne travaille que lorsque je vois une carotte au bout du bâton ! Une étrange intuition me susurre que cette affaire va se retourner contre moi. J'ai manqué de flair et me suis fait avoir dans les grandes largeurs : j'ai l'impression qu'elle me fait marcher...

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La jolie maison postée en arrière-garde du village nous oriente vers un chemin de terre battue bien large et sec qui me convient à merveille. Un gros volatile bien étrange me fixe du coin de l'oeil, un petit vent frais balance sous ma truffe des odeurs capiteuses de giroflées, je me sens euphorique ! Mon pote et moi sommes en confiance car à peine avons nous fait quelques enjambées que bon nombre de panneaux nous confirme la marche à suivre. Tant de possibilités s'offrent à nous que l'on reste un moment perplexe !

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C'est finalement l'attrait d'un ruisseau fardé de mousses et de fougères odorantes qui obtient notre faveur. Il serpente et gazouille dans le sous bois puis vient se glisser tout prés d'une maisonnette à roulettes ornée d'une cheminée bancale. Cette charmante roulotte me laisse rêveur et m'emmène vers quelques voyages confortables, voilà un repli idéal pour les vieux jours d'un teckel ! Après un virage sinueux, on débarque à découvert sur un contrefort. Une grande prairie s'y repose et le chemin la traverse en son milieu. De chaque côté, en rang serré, se pressent des fruitiers. Les uns, sur le versant ensoleillé, tendent allégrement leur parure blanche, les autres sur le penchant ombragé, peinent encore à quitter l'hiver avec à leur pied les oripeaux aux couleurs passées de l'automne. Un court instant, dissimulé sous le chemin, le ruisseau opportuniste surgit tel une source. Il se déverse, à force d'esquives, dans un lit hospitalier sous l'ébauche du printemps...Il ne s'est pas trompé, j'entends tout à côté, comme un frémissement, un vibration, une nouvelle relayée par le rucher, qui se répand d'un battement d'ailes ; c'est le renouveau !  

 

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Tout à cette nouvelle exaltante, la truffe frémissante et levée vers le ciel, je capte toutes les saveurs que le vent traîne dans son sillage et j'en oublie d'être vigilant. Nous avons quitté cette mi-hauteur protégée par la douce chaleur d'un soleil encore timide. Nous prenons de l'altitude, ignorant quelques bancs accueillants, pour s'enfoncer dans les bois. Je fais un tour d'horizon, au loin, quelques nuages noirs ne présagent rien de bon. Le terrain se fait plus lourd et même boueux par endroit, les sentiers se croisent et se séparent à m'en donner le tournis. J'ai soudain l'impression de voyager dans le temps, l'automne est revenu, certains feuillus portent encore leur frondaison couleur feuille-morte, mais semblent figés, ce qui leur donne un air guindé. Le feuillage jonche le sol d'un camaïeu de marron et se désagrège lentement, bientôt poussière qui attend le vent froid de l'hiver pour visiter un ailleurs... Le monde ne tourne plus rond ! J'en tremble comme une feuille et songe avec envie, au ruisseau qui dévale avec appétit la prairie et qui doit être arrivé au village à l'heure qu'il est !! Le temps passe, au loin le bruit d'un tracteur, me fait tendre l'oreille, une grande bâtisse s'est niché au creux d'un vallon, un chemin tout en descente comme je l'aime m'y mènerait aisément. Des biquettes que l'on a laissé au champ sont en train de paître, j'observe leur travail de défrichement et reste admiratif devant leur insatiable appétit et le travail fourni...et me voilà de nouveau à ruminer sur mon besoin dévorant de me goinfrer! Je rattrape mes vieux dont le pas s'est accéléré, cette fois nous avons le même but, chercher un coin pour pique-niquer. Il me semble reconnaître en face de nous, haut perché, le mooskopfturm en partie sous la neige...

 

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Une odeur nous prend à la gorge et crée une certaine excitation dans les rangs, mes vieux calfeutre nez et bouche avec un vêtement, moi je hume à pleins poumons, histoire d'analyser la situation ! Le sol est encore imbibé du purin que l'épandeur à lisier a déversé sur tout le pourtour de notre paradis ! Manger n'est plus à l'ordre du jour !! Je me console, sachant que ces nauséabondes vitamines vont nourrir mes cerisiers qui jalonnent ce parcours. On a repris la route cette fois de façon plus hasardeuse, espérant trouver un peu de confort et d'air frais, nous avons obtenu les deux, au delà de nos espérances...En continuant de monter, le chemin s'est élargi jusqu'à devenir une route où sont entreposés, sur plusieurs mètres des poteaux de bois à la découpe régulière. Cette réserve, alignée avec méthode, m'a fait penser à des hivers rigoureux au point que j'en ai perdu le nord ! Je voudrais bien toucher un mot au vendeur des quatre saisons : serait-il possible de monter dans le carrousel de la vie uniquement à l'aube du printemps et à l'automne... de ma vie ? Quel merveilleux raccourci pour un éternel recommencement ! L'odeur du bois fraîchement scié m'a taquiné les sens, un vent glacial s'est enroulé sous mon ventre peut-être pour se réchauffer. Puis, contre toute attente, le bout du voyage : un banc impressionnant et un point d'eau de source nous invitent à casser la croûte. Mes vieux s'arrêtent enfin. Le déballage du sac se fait en toute hâte, ils s'emmitouflent de quelques vêtements d'hiver et me font perdre la boule quand je les vois remballer le reste et se remettre en route... Mauvaise troupe !!

 

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Un peu que je l'ai mauvaise !! Des petits filets d'eau glacé ruissellent sous mes pattes, le sol devient plus frais et même glissant par moment, mais bon sang, quand est ce qu'on mange ? Mes désirs sont des ordres, à peine formulés et déjà sous mes yeux ébahis, j'entrevois dans la dernière montée , un toit, puis au fur et à mesure de ma progression, se dessine un refuge pour nous tout seul ! Il faut bien dire qu'à part nous, personne ne serait assez fou pour se hisser vers l'hiver alors que le printemps se propage et prend ses aises en bas dans la vallée ! Mes compagnons préfèrent se geler sur le banc, adossé à ma cabane au "Canada" pour profiter de la vue en mangeant. Dans mon dos, stoïque, un irréductible bonhomme de neige, surveille mes arrières. L'esprit libre, je peux me concentrer sur la répartition équitable de nos rations de survie ! J'ai observé ma maigre pitance, sachant qu'une fois de plus on se foutait de moi, je suis monté d'un cran, pour faire valoir mes droits. La bataille fut âpre, on ne me laisse pas d'autre choix que d'être un pique-assiette. Dans un premier temps mon pote m'a ignoré, puis la vieille s'est éloignée faire quelques photos et s'aérer les idées en faisant une pause pipi... et là, tout a changé !! J'ai aidé mon copain à finir ses biscuits et pris ma petite cuillère de café revigorante. Au retour de la vieille, le teckel discipliné et obéissant que je suis a fini sans broncher sa galtouse...

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Cernés par le froid, qui sournoisement nous grignote les extrémités, ils ont remballé les affaires, sous mon oeil vigilant d'inspecteur des travaux finis. Je n'ai pas besoin, comme certain, de panneaux indicateurs. En faisant un dernier tour d'horizon, j'ai repéré deux chemins possibles pour rentrer. Tous deux sont en pente, ni mauvaise ni savonneuse, juste comme je les aime : descendante !! Cette balade m'a beaucoup désorienté, j'avais l'impression d'avancer et reculer dans le temps au point de le perdre. On raconte qu'il n'y a plus de saisons, c'est faux, elles sont toutes là au même moment, il suffit de monter et descendre du manège du temps pour se servir. Maintenant que j'ai compris comment tourne le monde, je peux rentrer chez moi me reposer, demain nous avons une belle journée devant nous, c'est jour de pesée pour la vieille. Et c'est encore moi qui ai le mot de ...la faim !!!

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"C'est déjà grand savoir que s'orienter dans le dédale de ses ignorances"

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

23 avril 2016

"le temps perdu c'est le temps pendant lequel on est à la merci des autres"

 

"Je me suis mis au régime : en quatorze jours, j'ai perdu deux semaines."

La vie est bien étrange et souvent source de questionnement quand je me perds à la comprendre au lieu de la vivre. Dans mon panier, écoutant avec passivité le tic-tac qui patiemment me menait du jour à la nuit et de la nuit au jour, je laisse le temps au temps, pour qu'il fasse son oeuvre. Qui dort dîne, autrement dit le sommeil nourrit celui qui n'a pas de quoi manger !! Comme vous l'avez compris, je suis dans une phase de stabilisation...tous les cent grammes perdus. Le temps se déroule à petits pas devant moi avec indolence et m'incite au repos, enfin je le croyais ! Mais il cache bien son jeu, sa quête d'immortalité est sans pitié, pas de temps mort, il égrène les secondes avec une implacable certitude. Bref, cela n'a pas échappé à la vieille qui s'est mis en stand by ! En deux temps, trois mouvements, elle nous a embarqué pour une balade, prétextant la vision d'un rayon de soleil inespéré. Je l'ai cherché en pure perte tout au long de la promenade

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Le démarrage en côte, s'est fait douloureusement et silencieusement. Nous avons lutté contre nous-mêmes et sommes parvenus victorieux, en haut de cette première pente. La vieille en arrière garde fait son boulot de reporter, tout en nous prodiguant quelques réflexions malvenues concernant notre état de fraîcheur ! Tant et si bien que mon pote quelque peu taciturne, las de son bavardage, lui tend la carte : "Pour une fois, tu n'as qu'à nous promener à ton gré" ce qui a mis un point final à son arrogance. J'ai fini par rire jaune en réalisant que notre vie était entre les mains d'un guide "déboussolé" Je crains que cette petite vengeance ne se retourne contre nous ! La chance est de notre côté, pas de possibilité de s'orienter à droite ou à gauche, je prend avec plaisir, ce petit chemin solitaire qui me mène bien vite à découvert. Encerclée par la forêt, une prairie verdoyante s'étale grassement. Comme une cicatrice, en son centre, des fruitiers bien alignés, nus et fiers y sont enfermés. Ce petit nombril protégé est l'origine de bien des convoitises. Le verger nous fait tous languir à coup de promesses sucrées, pas étonnant qu'il se prenne pour le centre du monde. Chacun est sur les rangs : des abeilles aux oiseaux puis des lapins aux sangliers. Patiemment, j'attendrais mon heure pour me glisser entre tout ce beau monde. Quand les fleurs en auront enivré plus d'un, le fruit alors apparaîtra. Puis chauffé et coloré par le soleil, il répandra son odeur, la note sucrée sera alors à son apogée et je serais là... Enfin, gavé mais charitable, je laisserai blettir au sol les restes de mon festin, pour nourrir les cochons... Ce projet bien réjouissant m'a redonné courage pour aller de l'avant.  

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Une jolie jument s'est éloignée à mon approche, mais le poney qui l'accompagne a bien voulu converser quelques minutes avec moi, tout en gardant ses distances. J'ai retrouvé, dans une trouée de brume, mon ami le cerf si attentif à mes visites qu'il affectionne. Tout en passant ma truffe sur les herbes perlées de rosée, je contemple la couleur crème du coucou des bois qui profite de la fraîcheur. Je me détends tout doucement me sachant en pays de connaissance, la vieille s'assagit en prenant de l'âge, il était temps ! Je déteste quand elle sort des sentiers battus, on s'égare, on s'enfonce dans les bois et soudain...ça sent le sapin !

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Ce froid doux et modéré est somme toute bien agréable, j'en profite pour glaner quelques bricoles à avaler et dans ce domaine je suis moins exigeant et même aventureux. Je patrouille beaucoup vers les guérites de chasseurs et donc du passage d'un gibier potentiel, l'un ou l'autre me laisse forcément quelque chose. Ayant fort à faire, mais ne pouvant être sur deux fronts en même temps, j'avais confié à mon pote, la lourde tâche de surveiller les débordements de la vieille. Toujours en avant poste, ne faisant qu'une brève halte aux bifurcations afin de connaître le chemin à emprunter, il s'est fié totalement à notre GPS humain, qui n'avait pas eu de mise à jour depuis belle lurette. A chaque sollicitation, elle tournait la carte dans tous les sens, arguant que sur celle ci, il était indiqué deux voies et là devant nous, il y en avait quatre et un petit sentier...que dans ces conditions on ne peut pas faire du bon boulot..gna gna..gna gna ! La réponse de mon pote ne se fait pas attendre : "imagine que tu es sans aide, isolée !  Je suis seul à mesurer la précarité de notre situation ! Quand un méthodique côtoie une dilettante, il faut s'attendre à tout. L'un marche pour le silence, la cadence sans dépassement de soi !! L'autre pour la nouveauté, les hauteurs en prenant son temps ! Et toi Charly ? Bonne question, merci de l'avoir posé. Je marche parce qu'il faut bien que je les suive, mais sans laisse et pour un repas à la clé !

                    

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On s'est retrouvé de sentiers non répertoriés en lieux-dits fantomatiques, pour déboucher une ou deux fois sur des voies balisées de jaune ou de bleu, perdues de vue, tout aussi rapidement. Nous progressons sans but depuis deux heures et demie et le chant des oiseaux est bien réconfortant ! Après un énième arrêt qui a eu le mérite de nous montrer que la navigation à vue avait ses limites, ma vieille, paumée, a pris le petit sentier pentu, fort joli ma foi. Raisonnant tout haut, en espérant une résonance positive de notre part, elle explique que prendre de la hauteur pour avoir une vue d'ensemble, nous indiquera plus clairement la marche à suivre. Rien n'est simple ! Ce point culminant se révèle plus obscur encore qu'en contrebas, parce que nous sommes cernés par des sapins d'une imposante stature. Il me semble déceler chez mon pote, une sorte d'exaspération, son dos s'est contracté, presque renfrogné puis la marche a repris à une allure plus soutenue. Sans percevoir la tension qui s'installe, la vieille, persiste dans son monologue : "Pourtant, j'ai comme l'impression de reconnaître les environs, on devrait trouver un abri barbecue, normalement !" Dans cette belle nature, pas un écho! Le silence se fait pesant, je sens que je dois prendre les devants avant qu'ils ne se prennent la tête. Ce que j'ai fait tout en douceur, puis armé de mon courage, j'ai joué aux éclaireurs. Je dois dire que le mot "barbecue" m'a fortement impressionné, au point que j'ai fini par sentir de vieux relents de suif animal, de cendres et de fumée !! Je parcourais si rapidement le petit chemin que j'ai failli manquer, dans un recoin sur la gauche, le brasero qui nous attendait patiemment. Enfin l'heure du rata...Je bats le rappel et m'octroie le bénéfice de cette trouvaille. Pendant tout le repas, j'ai observé la vieille du coin de l'oeil, je l'avais sous-estimé. Un déclic s'est fait dans ma tête, il y a en elle quelque chose de...d'instinctif !! Autant vous dire que ça m'a laissé sur l'cul, la vieille a du chien !!  

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Après un repas bien mérité, nous avons repris la route ! Mon pote plus avenant, face à de nombreux panneaux indicateurs, décide que le chemin le plus court sera le meilleur, comme la plaisanterie !! Nous cheminons dans une forêt où la lumière peut s'aventurer jusque sous nos pas. Les arbres se sont dégarnis en bas mais ont gardé la densité du feuillage pour les hauteurs, se protégeant ainsi du vent froid qui leur fait courber la tête. Le gibier ne s'aventure pas dans ce bois trop clairsemé qui laisse apparaître une charmante maisonnette, sortie tout droit d'un coffre à jouet !

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Mon pote m'observe, pensant bien faire me soulève et m'installe dans ma studette. Je n'ai pas voulu y rester et à force de gigoter, j'ai eu gain de cause. Il m'a remis sur la terre ferme tout en me faisant la conversation. "Charly ! faut savoir ce que tu veux t'es fatigué oui ou non ? t'es chiant en tout cas !" J'adore quand il me dit des mots qui sonnent gentiment ! Paisiblement, chacun reprend ses habitudes : la vieille, l'oeil rivé sur l'objectif, moi la truffe au sol et devant, mon complice donnant le tempo ! Ce qui devait arriver, arriva : on a perdu le balisage bleu...Ni une, ni deux, la vieille, mauvaise élève, s'empresse d'expliquer : "Il fallait prendre le long du ruisseau, parallèlement au chemin, mais il y a trop de gadoue.  Ce qui m'embête maintenant, c'est l'écart qui s'est creusé entre nous en haut et le ruisseau fort beau, qui s'éloigne en bas, j'vais faire une photo." elle a bien fait ! le ruisselet a fini par disparaître ....J'ai refait l'éclaireur et encore une fois je nous ai sauvé la mise en retrouvant le ptit cours d'eau. Il coulait au pied d'un panneau de parking. Mais se jouant de nous, il a pris à nouveau la poudre d'escampette à notre arrivée pour s'engouffrer dans les profondeurs de la terre. La vieille s'écrie " ça m'parle, on est déjà venu ici il y a longtemps en voiture...gna gna gna.." Mon pote se raidit, il est d'une humeur de chien et bougonne "J'ose même pas imaginer où l'on peut être"

La lassitude semble gagner la troupe, sauf pour la vieille qui ne s'en laisse pas conter. Fort heureusement, au bout de quelques minutes, nous arrivons dans une vallée. Droit devant nous, perché sur la colline en face, un hameau se veut rassurant. Face à nous, une scierie artisanale, un amoncellement de troncs, de souches et autres branchages bloquent le passage. A côté, le ballet de bulldozers et pelleteuses me fascine. Jetant un autre coup d'oeil alentour, je suis horrifié par l'état des lieux, boueux à souhait, hors de question que je patauge là dedans même pour accéder aux fermes nichées plus haut. Notre coach a enfin senti le mécontentement monter dans les rangs. "Les engins sont bien venus par une route !" dit-elle en longeant le théâtre des opérations, elle a raison ! Dans un virage, enlaçant quelques sapins fugueurs, elle était là, cachée, sinueuse et... goudronnée ! Nous avons taillé la route, à la queue leu leu. La vieille, émerveillée par des tapis de violettes qu'elle n'a pas eu le temps de photographier, s'écrie au bout d'un dizaine de minutes "Pas d'soucis, ça m'parle, dans pas longtemps on arrivera pile-poil devant notre parking !" Vivre avec mes deux maîtres n'est pas toujours facile, je me donne un mal de chien pour les aider et malgré tous mes efforts nous voilà à battre le bitume !!

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On pensait avoir fait le tour des lieux après plus de trois ou quatre cent repérages sur un territoire d'une trentaine de kilomètres carrés, preuve que lorsqu'on croit tout connaître, il reste encore à découvrir ! Toujours est-il que "pas longtemps" après, on est arrivé exactement comme prévu. Et comme d'habitude, c'est toujours le même qui va au chagrin et qui n'est pas payé de retour....

 

"Ne demander pas ce qu'un teckel peut faire pour vous, mais demandez vous ce que vous pouvez faire pour un teckel"

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

29 mars 2016

« Moi ce que j’ai eu d’important à dire dans ma vie, je l’aurais dit avec mes yeux »

"Faut-il vivre pour manger ou manger pour vivre ?"

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On s'en fout ! donnez nous à becqueter et pis c'est tout. Mes amis,je vous livre l’info tel quel : on est en pleine récession, on nous rationne, on nous ratiboise, on nous les brise menu ! Vous avez remarqué comme moi que plus on est nécessiteux, plus on nous demande d’efforts. Y’en a qui font des effets de manche, vous annonce que vous aurez tel ou tel avantage et mine de rien en loucedé, y vous pique le peu que vous aviez déjà péniblement gagné ! J’explique : une fois attablé, on vous donne trois croquettes et l’on vous retire un bout de fromage, bonus acquis de longue date, après d'âpres négociations ! Vous noterez au passage le "on" en référence au fameux adage guerrier d’une haute portée philosophique: "on" c’est un con, il a pas de matricule ! Tout le monde l’aura compris, ma vieille nous a mis au garde à vous, mon pote et moi. Je vis les heures les plus sombres de ma chienne de vie. Elle me prépare des lendemains qui déchantent : à partir de maintenant je pense, je dors, je vis : croquettes light. Elle a mis la barre haut : 6,300 kg parce que je suis tombé bien bas : 7 kg !

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Mon pote devant son assiette, moi à côté les yeux fixés sur six croquettes, seules friandises qu’il est autorisé à me distribuer, je contemple le repas dont je suis privé alors que j’en ai suivi et supervisé l’élaboration. Nous nous jetons quelques regards complices mais toute tentative de fraude est irrémédiablement réprimées. Mon pote et moi on se comprend sans mot dire : on maudit la vigilance sans faille de notre tortionnaire , son angle de vision est égal à celui de la mouche ! La vengeance est un plat qui se mange froid, certes, mais je suis affamé et peu patient. J’ai donc opté pour une stratégie plus immédiate : je boycotte mon pote, because il est le maillon faible...je boude et fait bande à part !

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                                                                                                        Pendant les repas où je suis toujours convié, je ne suis plus qu’un courtisan qui assiste au dîner de « ses majestés » . Pour montrer mon désaccord, je tourne plusieurs fois sur moi-même, ensuite je tremble de tout mon corps en levant la patte et pour finir après un regard noir vers mes vieux, je leur tourne le dos en râlant pendant tout le repas, couché sur mon coussin rouge. Forcément, j'ai dû écourter mes sorties hygiéniques, dix minutes montre en main, hors de question que je m’épuise alors que je crève de faim !

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Tout ça pour dire, que le parcours du combattant c’est maintenant ! La fonte des neiges a laissé ma chef, un petit moment dans le flou car elle avait planifié la fonte de ma masse graisseuse aux petits oignons ! Mais comme elle est pleine de ressources et d’imagination, nous sommes partis marcher dans la gadoue. Que ce soit d’un côté ou de l’autre du Rhin, ils se sont donnés le mot, les arbres sont étêtés, déracinés, sous le prétexte de préparer le printemps. Les grumiers ont creusé dans le sol de profondes ornières. Ces bourbiers dont j’ai peine à m’extirper me rendent ma liberté après m’avoir traîné dans la boue. Je poursuis mon chemin de croix, tout crotté et plus lourdaud qu’avant ! D’autres sorties, brèves mais tout aussi éprouvantes, m’ont conduit, entre autres, dans une forêt « sauvage » où certains arbres se sont fossilisés. D'autres, sous le joug de l'hiver, se sont dégarnis. le gui parasite s'est invité sur ces peupliers tremblants, puis à son tour  s'est vu dépossédé de ses fruits qui ont fait le bonheur des grives et des mésanges pendant tout l'hiver. J’ai cru comprendre que ce bois primitif était infesté de sangliers belliqueux menés par des laies!! Je soupçonne ma vieille de m’avoir traîné là, dans l’espoir que je me fasse courser par une de ces hordes de cochons sauvages, histoire d’accélérer ma cure d’amaigrissement!!

 

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Au retour, ayant échappé à toutes les embûches, j'ai aperçu un messager au plumage coloré, porteur d'espoir. Encore une promesse non tenue, car, à peine rentré, la vieille m‘a passé en revue : toilettage, épilation, bain ! Je ne peux m'empêcher, souvent à juste titre, de râler, de me vautrer dans la rouspétance avec constance et délectation jusqu'à ce que mes plaintes et mes contrariétés cessent de me démanger, puis je me secoue et me soulage de cette fange. Finalement, épuisé mais allégé d'un lourd fardeau, je me réfugie dans mon panier. Il faut que je me surveille, ça pourrait devenir une addiction !!

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De mon point de vue je me sens fondre à vue d’œil ! Tous les lundi matin, je vais à la pesée le cœur léger et plein d’espoir. Camarades! On nous spolie, on nous ment, même la balance, qui malgré tous mes efforts et mes souffrances, affiche honteusement : 6,8 kg! Mon pote attendri, négociait déjà quelques douceurs pour moi mais le sarcasme du bourreau lui a coupé l’herbe sous le pied. Cherche pas, dis la vieille en se marrant, les deux cents grammes, c’est le poids des poils que je lui ai retiré. Il a de la chance, je suis bon prince, je mets ça sur le compte d’un régime bien amorcé !!! 

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Une charmante amie m’a dit: Charly tu as perdu ta plume?! Non, je ne la prête plus! La muse a pris son congé! Mes conditions sont posées : l’inspiration contre une bouchée de pain! Je sais combien vous aimez me tenir compagnie pendant mes balades et pour rien au monde je ne voudrais perdre votre amicale présence en plombant l’ambiance aussi j'ai bon espoir que tout rentre rapidement dans l'ordre. En moi sommeille un svelte teckel, mais je n’arrive pas à le tenir éveillé bien longtemps. J’ai pu dégusté quelques miettes "malencontreusement" tombées de table juste sous le siège de mon pote. Ma vieille, en préparant une tarte aux pommes, a fait tomber sans s'en rendre compte une pelure de ce fruit délicieux entre mes pattes ! Je nous sens sur la bonne voie, il semblerait que l’on s’oriente doucement vers une issue heureuse. Le chien étant le plus fidèle ami de l'homme, je ne peux résister à vous présenter mes vieux. Comme, moi aussi je suis bon prince, les voici sous leurs plus beaux jours (c'était il y a vingt ans!). Reconnaissez qu'il faut beaucoup de courage et de persévérance pour les suivre et les aimer. Ma modestie m'empêche de parler de môa, je préfère que d'autres s'en chargent, mon scribe par exemple, quand il aura retrouvé la voie de la sagesse et de l'inspiration!

 

 

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« Quand on a un cœur d'or, il faut le garder pour soi. »

 

 

 

14 mars 2016

« Il n'est pas nécessaire de parler quand on a un regard qui en dit long. »

 

« Si on dit trop de mots, on les use, on les gaspille. »

 

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« Personne n'est heureux tout le temps. Ce n'est pas joli d'être gourmand... Après, on a mal au cœur. »