CHARLY dit "ZIGOUIOUI"

13 août 2016

"L'impondérable est ce qui vous pend au bout du nez."

 

"J'ai trop pensé pour daigner agir."
 

Les pattes bien ancrées dans le lit du ruisseau glacé, je laisse le soleil chauffer mon épine dorsale pour éviter la déperdition de chaleur. J'observe mon pote en face de moi, se reposer sous la caresse de l'astre du jour. La vieille a repris ses habitudes et mitraille à tout va, évidemment je reste sa cible préférée mais c'est le prix à payer pour qu'elle nous laisse rêvasser ! La chaleur se fait plus vive et à moins de plonger et rester en apnée, je ne peux y échapper. Je guette mon pote, espérant le voir faire l'effort de passer au banc suivant, légèrement ombragé, afin que je puisse me vautrer sur ses jambes, ce qui ferait mon bonheur ! La vieille, plus rapide que moi, vient lui tenir compagnie et bavarder, tout en faisant dorer ses guiboles. Il va falloir que je m'arme de patience !! Je pose mon cul dans l'eau, mes pattes sur la terre ferme, prêtant l'oreille à ce qui se dit. Mon instinct ne m'avait pas trompé, ça se confirme, c'est la journée de récupération pour mon copain, en gros un jour sur deux si tout va bien ! Du coup, je me couche sur le flanc, tranquille ! J'ai déjà fait cette balade autour du Pillersee, terrain plat et léger, très cool et pépère, y a donc pas urgence à décaniller dés maintenant ! Soudain mon vieux aperçoit au loin dans les hauteurs, une croix géante. Il montre une curiosité aussi grandissante que mon inquiétude ! La vieille saisit au vol cette option inespérée et lui assure que cette balade est prévue mais, ça dépend de son état !! Et voilà, emballez, c'est pesé !!

P1340605P1340597

On ne peut pas faire de projet avec la vieille, c'est toujours elle qui a le dernier mot ! Effectivement quand on est arrivé devant le téléphérique, on ne l'a plus entendu, un rien fébrile en attendant l'embarquement. Le télésiège nous happe et nous perdons pied ! Mon maître a rabattu la barre de protection devant nous et je me suis installé confortablement sur ses genoux pour admirer la vue. J'ai tourné la tête pour une vision panoramique et là, horreur !! En poussant un cri de frayeur je découvre à côté de moi, une horrible bonne femme au visage déformé et grimaçant, qui grinçait des dents. Passé le premier moment de frousse et de rejet, j'ai réalisé que c'était la vieille, qui s'acrochait tétanisée à son sac à dos comme à un parachute ! Étant un grand humaniste, je l'ai rassuré comme j'ai pu mais mon aide s'est avérée inefficace : ses yeux sont restés exorbités. Finalement son imitation du carlin que je croise souvent prés de chez moi était très réussie, c'était amusant et je n'ai pas boudé mon plaisir !!

P1360487P1360503

Enfin débarqués au sommet, la vieille reprend des couleurs et visage humain. J'adopte un train de sénateur pour cette promenade improvisée. Le petit sentier est étroit mais fort bien délimité. En montant faire la cour au soleil on s'est mis, plus encore, sous les feux de ses projecteurs. Déjà je n'en peux plus de son ardeur à me chauffer la couenne. Les pins même nains sont touffus et me cachent la vue. Bonne excuse pour regagner mes appartements et du même coup m'abriter du soleil, voilà une affaire rondement menée ! En fin de compte mes vieux ont plutôt flâné et moi aussi par la force des choses. Seul mon estomac psychorigide dont je suis l'esclave servile, ne cesse de grogner : l'heure, c'est l'heure ! oui mais quelle heure ?

P1340453P1340452

 

P1340459P1340463

Un des avantages à fréquenter la vieille, c'est qu'elle a bon dos ! Il suffit que je prenne ma démarche chaloupée, tanguant soudain légèrement à droite et aussitôt elle me porte sans rechigner...enfin presque ! Nous voyageons, installés dos-à-dos, façon boudeuse. On arrive enfin à découvert et une fois encore, me voilà pénalisé. Je n'ai que la vue sur le sous-bois que je viens de quitter, tandis qu'elle admire un grandiose panorama à l'opposé. Je réclame avec insistance une escale et on me débarque avec, me semble-t-il, une pointe d'agacement. Dans la vallée, le joli village de Sankt Ulrich longe le Pillersee. Le lac lissé par la brûlure du soleil, miroite et me parle par intermittence. Je me rends compte alors qu'il est malgré tout plus judicieux de s'élever ne serait ce que pour profiter du petit coulis frais qui circule de-ci de-là. Ma patronne à raison, ne restons pas au ras des pâquerettes alors qu'ici l'on peut contempler les primevères et les raiponces. Leur senteur et leur goût est incomparable. Deux puis trois papillons farandolent et se courtisent non loin de ma truffe et me font loucher. Je m'ébroue, éternue et me retrouve au milieu des champignons dont les bords se sont retroussés pour montrer des dessus de dentelles et me tenter ! Le chapeau s'est creusé, puis posé délicatement en équilibre sur son pied. Dans ce petit calice on peut encore y goûter la rosée du matin. Je fonctionne un peu comme un diesel, au matin mon enthousiasme est limité, encore froid puis doucement je ronchonne par principe, bougonne par habitude puis finalement ronronne par plaisir ! D'une certaine façon, je me demande si la vieille n'a pas sa part d'utilité dans tout cela, car somme toute, sans le savoir elle me délivre de moi-même. Le plaisir est double parce que je ne me suis jamais vraiment perdu et lorsqu'arrive le soir, lové dans mon panier, je me retrouve !

P1340524P1340529

 

P1340469P1340493

 

P1340508P1340475

Dés que je me laisse attendrir, mon esprit vagabonde et s'emporte. La réalité s'évanouit, le seul fil conducteur qui me rattache à la terre ferme, c'est mon panel de parfums dans lequel il manque soudain celui de mes vieux, je ne les respire plus ! Je fonce comme un dératé, pour finalement les rater de peu, c'est un sifflement qui m'a stoppé net dans mon élan. Un rapide examen des lieux m'a permis de les découvrir allongés dans l'herbe ! Je ne me suis pas fait prier et pour être sûr qu'ils ne repartent pas sans moi, je me suis calé contre mon vieux pour le rejoindre au pays des songes. Quelques bruits insolites m'ont fait hausser les sourcils, trop ensommeillé pour ouvrir l'oeil, je me suis dit que mon chef de meute me tiendrait au courant ! Ça n'a pas tardé, la vieille qui revenait d'explorer les environs, s'est mise à bavarder toute seule, peut-être un peu envieuse de notre sieste majestueuse. On avait pourtant convenu que c'était la journée de repos des deux éclopés ! Mais en levant les yeux au ciel, j'ai aperçu deux gaillards suspendus au-dessus de nous qui réparaient pour l'hiver prochain, les lignes du télésiège !

P1340486

MoyenneP1340488P1340492

 

P1340495P1340497

 

Il a fallu plier bagages à nouveau. Cette journée d'errance ne me convient pas du tout. Je sais bien que je voyage souvent à dos de sherpa, mais le nomadisme très peu pour moi. Autant je peux être un jeune chien plein de vitalité, autant quand il s'agit de survie, je peux prendre un coup de vieux et ressembler à un clebs sur le déclin ! Étrangement cette fois ça n'a pas marché, mon pote est passé à côté de moi sans un regard. Aurais-je un peu trop tiré sur la corde ? Il va falloir la jouer fine pour rattraper le coup. Au prix d'un effort considérable, j'ai pris les devants. La chance éclaire mon chemin et me guide droit sur un lac avec en option deux bancs, l'un avec vue sur l'eau bleu azur, l'autre sur la vallée ! C'est donc fièrement que j'ai rejoint mes compagnons pour les mener à cette troisième étape, de loin la plus jolie. Troisième station ! On s'installe, mon estomac et moi-même attendons vainement que l'on déballe le picnic, mon copain fait le mort et la vieille, la sourde oreille. En désespoir de cause, je me couche au milieu d'eux et ne dors que d'un oeil parce que jamais deux sans trois ! Je me console en regardant les nombreux itinéraires que nous aurions pu emprunter et dont je laisse volontiers à d'autres pèlerins, la primeur de la découverte. Je songe à cette fameuse croix géante, probablement une illusion d'optique qui a permis à ma maîtresse de nous traîner ici. Mon estomac et moi sommes en stand-by. L'oreille largement ouverte, étalée sur le banc, je suis aux aguets. Je capte, le souffle du vent, quelques insectes bourdonnants, une cloche dans le lointain, un beuglement qui fait frémir ma peau. Je m'assoupis à nouveau, quand soudain, je crois percevoir dans le lointain une note ou deux de musique portées par le vent. Elles s'éloignent et reviennent se glisser dans mon pavillon, jouant à cache-cache avec ma patience, hop ! Mon esgourde se referme pour emprisonner ces sons que j'analyse au plus vite. Je dois dire que parmi mes nombreux talents, j'ai l'oreille musicale ! Une excellente mémoire aussi qui me confirme que la musique est toujours accompagnée par le boire et le manger ! Je mets mon radar olfactif au boulot pendant que je relâche les deux notes d'accordéon auquel j'ai extorqué toutes les infos dont j'avais besoin ! Le retour est plus que prometteur : il y a une fête qui n'attend plus que nous ! Reste à me mettre sur mes quatre pattes histoire d'être plus rapide que mes vieux et en route mauvaise troupe !!

 P1340480P1340546

 

 

 P1340581

 

On ne peut avoir raison à tous les coups, en suivant des effluves qui me mettent l'eau à la bouche, je reste un instant à l'arrêt, impressionné, une croix gigantesque surplombe la montagne et me jauge. Il était là comme un nez au milieu d'une figure et nous ne l'avions pas vu ! Il parait que c'est la maison de Jakob le vieux je ne le connais pas, mais la vieille tient absolument à lui rendre visite ! Il parait qu'il y a un peu partout des chemins qui portent son nom ils aboutissent tous au même endroit : Saint Jacques de Compostelle. les humains marchent des jours et des jours, pour finalement arriver trop tard, parce que le vieux monsieur à force d'attendre a rendu l'âme. Le pire dans cette affaire, si j'ai tout bien compris, c'est que les gens ne nourrissent que de mollusques pendant le trajet !  Hors de question que je me fasse avoir, je ne marche que pour une seule raison, la seule, l'unique, la vraie : remplir mon estomac de plaisir ! En attendant la vieille, on a patienté au premier étage. Mon pote m'a consolé en me prenant dans ses bras, lui aussi peu disposé à poursuivre l'aventure et nous avons contemplé de cette hauteur un repas tant mérité mais toujours inaccessible !

P1340450P1340454

 

P1340572P1340446

 

P1340569

 
 "Ceux qui ne savent pas où ils vont sont surpris d'arriver ailleurs."

 

 

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer


25 juillet 2016

« La vie est faite d'imprévus, il fallait le prévoir ! »


"Il est doux à tout âge de se laisser guider par la fantaisie"

 

Noella

Confortablement installé entre deux grosses valises et autres trucs envahissants, j'ai pu récupéré tant bien que mal, la moitié de mon accoudoir pour poser ma tête de façon à garder mes deux vieux dans le collimateur. Épuisé, à force de ne rien faire, ma caboche dodeline. Ce petit remue-méninges des plus confidentiels, me permet d'affiner le merveilleux planning de vacances, concocté par mes soins lors de ma dernière balade à Durbach. Finalement mon pote s'est vu cantonné à la maison, la jambe au repos pour trois semaines, pile-poil en même temps que les vacances, comme je l'espérais ! C'est une tendinite de la "patte d'oie" qui l'oblige à essayer tous les bancs du Tirol, avec moi et les coin-coin... Son acharnement à vouloir reprendre l'entrainement malgré tout, a été stoppé net par un ongle incarné bien infecté une semaine avant de partir ! A deux jours du départ, je fus sauvé bien malgré moi, de quelques projets insensés de balades en duo dont ma vieille m'a rebattu les oreilles avec moultes descriptions !! J'ai cru perdre, à cause d'une infection, la partie la plus précieuse de mon anatomie après mon estomac : ma virilité...enfin disons ce qui m'en reste! J'en tremble rétrospectivement. Tout deux sous antibiotiques et anti-inflammatoires, avec l'interdiction de crapahuter pour mon vieux et pour moi, celui de "jouer" avec mon panier, nous sommes enfin assurés de passer nos vacances cool à manger et dormir ! Mais trêve de bavardage, me voilà enfin arrivé "chez nous" à la Pension Noella. Andrea, notre hôtesse, m'accueille et me cajole de mots doux. Nous nous installons confortablement et je vérifie que rien ne me manque ; mon jouet, mes paniers, ma serviette, mon os etc... Pour notre premier jour, j'accepte de me soumettre à deux corvées : une pause pipi qui détient le record de vitesse, puis un passage obligé en "soins infirmiers" aÏe ! Soulagé et pressé de me rouler en boule dans mon panier, je me suis fait servir mon repas en chambre tout en n'étant pas dupe ! Je "sentais" que mes potes allaient se repaître en terrasse d'un barbecue dont Roeland, notre hôte, a le secret ! Couché sur le balcon au dessus des effluves de lard grillé, de saucisses, j'en passe et des meilleurs, j'ai préféré m'endormir sans demander mon reste sachant que demain est un autre jour !!

Le lendemain, après un très court trajet, nous nous sommes retrouvés au pied du téléphérique à Ellmau. J'ai pris une cabine rien que pour nous, afin de contempler tranquillement le paysage environnant. Ma vieille me serre dans ses bras, un peu trop fort, murmurant comme une litanie "n'aie pas peur mon Charly" ce n'est pourtant pas moi qui tremble !! Ouverture des portes : le fond de l'air est frais, j'aime ! Le taux d'humidité m'affole un peu mais la pluie est restée en France et c'est tant mieux ! Le petit sentier qui traverse la forêt de pins est tout propret, les dégâts causés par la neige et le ruissellement sont déjà bien réparés. Je m'engage sur une pente descendante en suivant le ruisseau qui doit forcément me mener à mon lac ou à défaut, un petit étang. Je suis obligé de travailler à l'instinct, mes vieux n'ont pas pris de carte !

P1330702P1330723

 

P1330731P1330736

 

P1330738

 

Quelque chose me chagrine, mais quoi ! J'ai vite trouvé ce qui me cause de la peine, c'est le mot "travailler" tout à fait inapproprié pour des vacances ! Au sortir du sous-bois, c'est l'enchantement et j'oublie les tracasseries. Les premières fleurs sont là tapissant la prairie, mon côté poète en a humé chaque fragance. Elles manifestent leur appartenance en se regroupant par couleur, rose, jaune, blanche...Bien vite enivrées par un vent de liberté, elles s'évadent comme moi et se dispersent en bouquets harmonieux et multicolores, tout en séduction : comme moi !

P1330772P1330775

P1360011P1360023

D'une primevère au trolle, puis d'une centaurée à l'arnica, les petites inquiétudes qui planaient sur mon coeur se sont envolées et sans y prendre garde je suis rentré dans le droit chemin qui longe... mon lac ! Courte accalmie pour mon palpitant, parce qu'au moment où plein de bonne volonté je m'apprêtais à en faire le tour, à la recherche d'un banc, je fus rappelé au pied. Je lève ma patte avant pour interrogation et la vieille me répond en montrant du doigt de gros nuages blancs et noirs qui farandolent. Quel étrange manie de vouloir tout prévoir, de contrôler, ça fait fuir le plaisir. Il suffit tout simplement de prendre en compte mes envies et mes avis, c'est tout de même simple ! Voilà que pour me contredire, le ciel fait son ménage et égoutte ses nuages sur nos têtes. Mes compères ne sont pas bien rapides, probablement un manque d'entrainement, entre perte d'équilibre et fou rire, ils ont quand fini par s'harnacher pour la pluie : j'ai failli attendre ! C'est ainsi que, quelque peu imbibé, j'ai pris mes quartiers dans ma studette pour voir lentement s'éloigner mon lac. La pluie a délavé tout mon joli décor et le brouillard a baissé le rideau sur ce lamentable fiasco : la pluie alsacienne nous avait bel et bien suivi à la trace !!

P1330747P1340709

 

P1330778P1330789

On entend plus que moi qui ronchonne dans ma casbah tandis que la vieille progresse un sourire béat sur la figure. Au bout d'un temps qui me parut une éternité, je regagne la terre ferme, pendant que mes partenaires se débarrassent de leurs vêtements fantomatiques et dégoulinants ! Là, sous un timide rayon de soleil, se tient devant moi un magicien à qui j'ai tout de suite quémandé des infos météos pour les prochaines heures. Ce n'était qu'un charlatan, voyant certes, mais pas extralucide ! Après avoir pissé à titre de représailles contre une de ses chaises, je me suis finalement adressé à la plantureuse grenouille vautrée sur un plongeoir en bois. Sa réponse m'a donné le frisson "un orage se prépare mon lapin, tu ferais mieux de rentrer chez toi" Une chose est sûre sa vue baisse et à mon avis, ses compétences aussi : Une grenouille hors de l'eau c'est beau temps sec assuré ! Effectivement, le soleil sèche les nuages, ils rétrécissent sous mes yeux, s'éloignant pour chaque fois revenir un peu plus petits et plus blancs jusqu'à devenir vaporeux et même transparents. Je suis confiant, la chaleur petit à petit gagne du terrain à tel point que c'est un bonheur d'entrer à nouveau dans la forêt. Les fougères d'un vert tendre et acidulé se sont regroupées en bouquet le long du sentier. Elles se balancent tout en douceur sur mon passage et m'offrent une petite brise bienvenue. Elles font soudain un léger écart et me guide gentiment vers un banc, invitation que j'ai dû bien à regret, refuser. En retard à force de sollicitations, j'ai finalement rejoint mes compagnons qui marchaient d'un bon pas. Lorsque nous sommes parvenus au bout du chemin, le paysage s'est ouvert sous la lumière se déroulant à perte vue, j'en avais le souffle coupé !

P1340612

P1340614

P1340700P1340619

P1340622

En premier plan, des vallées verdoyantes où des serpents d'eau couleur menthe glaciale viennent sinueusement en caresser la gorge. Viennent ensuite des pâtures fleuries parsemées de taches brunes, rousses et grises. Puis s'élançant un peu plus haut, de magnifiques pins et épicéas qui grimpent à l'assaut des montagnes. Plus loin encore, je discerne des vallons téméraires où se nichent quelques villages accueillants et pittoresques. Il restent sous la garde de sommets vigilants couleur d'acier, là où les neiges éternelles étincellent au soleil. Disséminées à l'envie, d'imposantes fermes aux toits surmontés d'aigles sculptés, se réfugient sous la protection d'églises au clocher à bulbe rouge ou vert, qui me font penser à quelques gourmandises ! Je songe alors à me nourrir et dans ce beau tableau, je devine ça et là en bordure d'un chemin pentu, les "hüttes"* chères à mon coeur ! Comme une touche finale, j'entends des cloches dans le lointain qui se répondent, l'une venant d'un clocher, l'autre d'un troupeau ou peut-être d'une ferme qui nous appelle à table ! Cet harmonieux paysage qui happe toute mon attention, n'est même pas troublé par cette musique champêtre et le silence lui-même ne s'offusque pas d'en être accompagné. Il n'y a là que le souffle léger et apaisant de la nature qui respire à son rythme. L'air vivifiant gonfle mes poumons et enflamme mon coeur. Je me sens porté, allons conquérir quelques sommets ! Pourquoi pas celui qui nous propose trois sièges confortables ? La montagne puissante et majestueuse me rappelle aussitôt qu'elle est seule maîtresse des lieux et recouvre mon objectif d'un grand voile blanc. M'en fous, c'était bien trop haut de toute façon ! En contournant cette crête inhospitalière, mon décor s'est à nouveau élargi, un autre possible s'offre à moi et je prends de la hauteur tout en surveillant quelques cumulus d'un blanc éclatant. Je suis bien vite rassuré parce qu'ils m'annoncent du beau temps. Le ciel est à nouveau encombré et la circulation se fait intense. La tête dans les nuages, impossible d'en suivre un seul, ça file, glisse, s'emmêle ou se télescope et je rêve d'en connaître le goût. Quelques uns sont petits et mignons comme des petits moutons, on dirait de la crème, celle qui décore les gâteaux que mes vieux dévorent avec délectation ! Tout cela m'a mis en appétit, je cours tentant d'en attraper un et arrivé en haut de mon chemin...ô joie ! J'aperçois avec plaisir que trois d'entre eux sont tombés dans le pré, je suis sûr qu'ils ont une saveur sucrée !!

P1340703P1340632P1340635P1340631

Tout cela n'était qu'un leurre pour me faire avancer. Le ciel est devenu azur, les fauteurs de troubles s'en sont allés plus loin et je suis resté avec trois gros moutons qui bêlaient bêtement ! Vous me direz qu'un rien me déstabilise, certes ! Je me suis emporté, ma nature optimiste me faisait entrevoir tant de choses alléchantes que mon imagination a fait le reste. Me voilà assis sur le culot d'une pipe encore chaude, tournant le dos à ce cadre prometteur qui laisse à désirer ! Je suis très peu disposé à poursuivre l'aventure, de plus, mon pote semble avoir le pied sûr, nouvelle déception pour moi ! Tous mes beaux projets disparaissent un à un, se flouant sous les rayons du soleil comme des mirages. En pleine bouderie, je fixe obstinément le sol mais l'appel de mes compagnons me fait lever la tête, ils sont déjà repartis et je ne capte que le son "ou". Je suis certain qu'il m'appelle enfin pour la soupe. Et dans un dernier effort, je force l'allure me réjouissant de les trouver en train de déballer notre picnic.

P1340705P1340658

On ne peut rien contre sa nature, je tarde un peu stoppé dans mon élan par quelques senteurs. La truffe au sol, puis frémissante et levée vers le ciel, j'en perds la tête et ne sait plus quelle direction prendre. Mais teckel suis et teckel reste, pas besoin de suivre leur trace, il me suffit de penser à ma vieille et son leitmotiv "toujours plus haut" qui m'indique plus sûrement le chemin pour les retrouver. Un banc confortable mais solitaire m'accueille en haut du sentier, je m'installe un instant à son ombre. Un étrange bruit métallique et insistant me laisse perplexe, rien à droite, rien à gauche, puis un trait de lumière aiguisé vient frapper le sol juste au dessus de mes oreilles. N'écoutant que mon courage et j'en ai beaucoup, je lève la tête pour apercevoir une libellule au gabarit impressionnant me fixer de ses gros yeux globuleux. Il y a des fréquentations que je ne goûte guère et c'est pourquoi j'ai décampé. Le deuxième banc tout proche, lui aussi délaissé, a beau s'installer sur la butte avec aplomb, je ne lui tiendrais pas compagnie. Je préfère éviter l'ombrage de ce cairn imposant en équilibre instable. En l'observant à distance, je réalise qu'il est là pour m'indiquer la piste à suivre ! A force de réflexion et de ténacité j'ai retrouvé mon pote, abandonné lui aussi, avec je ne vous le cache pas, un immense soulagement. Il était en pleine discussion avec un tyrolien installé dans une cabane perchée. Je l'ai aimablement salué et il nous a confié que la seule personne qu'il a vu de la journée était une vieille causant toute seule. Elle s'est juchée dans un arbre, pas très loin, semblant chercher quelqu'un ! Enfin réunis, nous avons pris le parti, d'un commun accord, de fuir cette étrange contrée mystérieuse.....

P1340653P1340683

 

P1340673P1340646

 

P1340682P1340668

Je n'avais plus d'énergie pour continuer, j'ai donc regagné mes quartiers le temps de me remettre de mes émotions. Il me semble que mes amis pressent le pas, avec un peu de chance, c'est la faim qui les taraude ! Quand j'ai passé la bouille hors de mon antre, nous étions parvenus à un énième sommet. De prime abord je distingue une bâtisse dans le lointain, au fur et à mesure de notre progression, les contours se font plus précis. Puis prenant le relais, mon flair énumère et répertorie quelques émanations volatiles que je vous dévoile en vrac : patates, lard, bière, gâteaux, crème...Une hütte !!! Je frétille, me tord dans tous les sens et exige de retrouver la terre ferme. Arrivé le premier, j'ai salué tout le monde, réservé notre table, avant d'être rejoint par mes vieux. Installé sous la table, je surveille le ballet gracieux et incessant des dames au parfum de vanille et chocolat. Leurs jolis jupons de dentelles me frôlent à chacun de leur passage, faisant monter la tension : quand s'arrêteront-elles devant ma table ? Le regard narquois d'un petit oiseau, peu farouche et un brin voleur me jauge. Je mets de suite les chose au point : "Pointe pas le bout d'ton bec ici mon poussin, chasse gardée !" Il me rétorque: "Ta vue baisse le vieux! pas de soucis y'a à manger pour deux "

P1340720

 

P1340718P1340724

Deux petits souliers ont stoppé net devant moi, on a passé aux choses sérieuses et j'ai oublié le poussin ! Pendant que sereinement j'attendais le retour de ma tyrolienne avec quelques douceurs, mes vieux m'ont servi mes croquettes en apéritif ! Pour calmer mon impatience j'ai admiré mon nouveau décor. La silhouette presque incongrue d'un cycliste se dessine sur la crête, lui aussi fasciné par les hautes cimes. Le soleil lutte à nouveau pour garder sa place. Les nuages dont je m'étais désintéressé se rappellent à moi, plus volumineux et ombrageux, peut-être un peu rancunier. le plaisir n'attend pas et efface tout : un "bon appétit" superflu servi avec un copieux en-cas à fait de nous, trois attablés heureux en pleine régalade. Enfin repus, euphoriques, face à la nature en grand écran, on baisse la garde ! L'azur perd du terrain et se retrouve cerné puis avalé. les volutes épaisses et blanches envahissent la scène et en prennent à leurs aises. Elles finissent par s'asseoir et aplatir les sommets, histoire d'observer ce nouveau territoire conquis de haute lutte. Tout est en mouvement, quelques moutons noirs sournoisement tapis au sol, s'élèvent puis s'accrochent aux faîtes des arbres pour chevaucher les forêts.  Ils sont légion et défilent, balayant d'une étrange luminosité l'alpage, alors devant nous s'étalent une palette de couleurs tranchées... Un soudain remue ménage nous distrait du spectacle, les quelques personnes attablées comme nous se lèvent et disparaissent à l'intérieur de l'auberge ! Je constate que mon poussin et rival s'est envolé, bizarre ! Mes vieux en pleine béatitude, semble bien loin ! Soudain, un éclair zèbre le ciel, puis deux, trois , le ciel s'embrase d'une aveuglante et menaçante lueur et notre charmante serveuse apparaît devant nous. Elle s'inquiète de notre but final, mon pote lui explique, elle se fait rassurante :  vous avez juste assez de temps pour rentrer !! On s'équipe, l'orage à la bougeotte, gronde puis tonne, la foudre s'abat, effrayant même les nuages, c'est le chaos! Tels deux fantômes glissant sur la prairie, mes maîtres courageusement s'avancent vers les éléments déchaînés tandis que je trottine désespéré tentant de regagner ma studette, vite Charly, vite !!

P1340716P1340710

 

P1340732

Quand les premières grosses gouttes ont claqué sur mon dos, le ciel s'est assombri puis ouvert pour déverser son trop plein, alors la vieille a eu pitié de moi et m'a laissé rentrer chez moi ! Mon sherpa progresse sans faiblir et au travers du poncho ouvert sur les côtés, j'assiste au plus saisissant spectacle. Dans ce théâtre en demi-cercle, se découpe une portion du paysage baignée par une lueur diaphane, à l'abri des intempéries. Je rentre la tête un peu plus confiant. Dans le téléphérique qui nous ramène à la voiture, mes deux vieux, hilares et contents d'eux, commentent cette belle journée et moi,au fond de mon sac, j'ai comme la sensation d'avoir été berné une fois de plus !!

P1340738P1340735

 "Celui qui sait qu’il ne sait pas, sait beaucoup."

 

 * Hütte : Auberges d'alpage ou refuges de haute montagne !

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

30 juin 2016

"C'est un jardin extraordinaire....il suffit pour ça d'un peu d'imagination."

  "On s'étonne trop de ce qu'on voit rarement et pas assez de ce qu'on voit tous les jours"



ORANGERIE (5)

ORANGERIE (9)

ORANGERIE (15)

ORANGERIE (216)

ORANGERIE (218)

 

CHARLY (375)

"Il y a toujours deux personnes dans chaque image : le photographe et le spectateur."

ORANGERIE (83)ORANGERIE (70)

ORANGERIE (76)

 

ORANGERIE (96)

ORANGERIE (97)ORANGERIE (95)

 

ORANGERIE (117)

ORANGERIE (197)

ORANGERIE (23)

ORANGERIE (18)

« Ce n'est pas dans la nouveauté, c'est dans l'habitude que nous trouvons les plus grands plaisirs. »

ORANGERIE (54)

ORANGERIE (26)ORANGERIE (150)

 "Si l'on ne disait que des choses utiles, il se ferait un grand silence dans le monde"

ORANGERIE (156)

ORANGERIE (157)

ORANGERIE (177)

ORANGERIE (104)

 

« Le discours est comme un remède, une petite dose guérit, une forte dose tue. » 

 

ORANGERIE (186)

 

ORANGERIE (19)ORANGERIE (260)

ORANGERIE (27)

ORANGERIE (136)

ORANGERIE (203)

039

LAHR KEHL (203)

ORANGERIE 320 (2)

ORANGERIE 320 (5)

LAHR KEHL (203)

 

"Le temps s'éparpille
Le temps se gaspille
De fil en aiguille
Les jours font les nuits..."

 

 

 

Enregistrer

Enregistrer

04 juin 2016

« Ce n'est pas tout d'avoir raison, encore faut-il attendre son heure. »

"Le véritable metteur en scène de notre vie est le hasard."

Et c'est reparti, la truffe sur les talons de mon leader, avec un enthousiasme certain, l'un comme l'autre avançons à petits pas ! Le torrent dans sa course effréné, exhale un petit coulis frisquet qui se glisse subrepticement entre les lattes en bois du pont. Je m'éveille doucement sans rompre pour autant le rythme que nous avons adopté d'un commun accord mon pote et moi. Je prends lentement conscience du fouillis végétal qui m'entoure. Ces derniers jours, accaparé par un objectif disproportionné à atteindre, je n'ai pas vraiment porté attention à ce qui m'entourait. Je me suis surpassé, tenez vous bien : 6,500 kg au prix d'un effort démesuré ! Plus que 200 grammes à perdre ce qui ne serait tarder sous les rayons de l'astre luisant. Maintenant que le soleil éclaire au plus prés et guide mes pas, je côtoie étroitement mon ombre, espérant une protection qu'elle me refuse systématiquement, à toutes mes tentatives d'approche ! Ça commence à m'échauffer les oreilles. Pour me rafraîchir, je me laisse tenter par quelques touffes d'herbe bien grasse : une sorte de petit en-cas végétarien dont je me régale pour parfaire mon régime. La végétation se glisse sournoisement hors de son territoire, devenant invasive au point de rendre mon sentier plus étroit par endroit ! J'ai l'impression qu'une multitude de petites mains cherchent à me retenir et j'ai bien du mal à résister à tant d'invitations.

004

007

009010

 

022

La nature, force tranquille, contemple son oeuvre. Une débauche de teintes vertes se bouscule, zigzague, rampe et grimpe jusqu'à rejoindre le bleu du ciel. Même les fruits à peine ébauchés se mettent au vert ! Les discrètes violettes se pâment dans cet écrin, enivrées par leur propre parfum. Le pollen disséminé par une bise légère vient poudrer les délicates pétales. Ainsi fardées de poussière d'or, métamorphosées, pleines d'audace et d'assurance, elles se tendent sous la caresse du soleil. les herbes hautes de la berge aidées par le vent, ont ployé sous leur propre poids. Elles se sont couchées dans le lit du torrent, formant une longue chevelure. Opportuniste, le cours d'eau serpente, prend ses aises et glisse sur le tapis ondoyant. Tout en caressant, il s'octroie mine de rien, un peu plus de territoire ! Le temps presse, allez savoir pourquoi, la débordante rivière scintille et prend des reflets métalliques, il me semble qu'elle me lance quelques clins d'oeil au passage ! Mais la vieille capte soudain, mon attention "Alors mon crapaud, tu tiens la forme maintenant que tu as perdu du gras !" Je ne sais pas d'où lui vient cette fâcheuse habitude de m'affubler de petit nom ridicule et autres que le mien ! "Titi", "Zigouioui", passe encore! "Clafoutis" je ne dédaigne pas! mais "Crapaud"...D'ailleurs les sons en ô, je déteste ! L'eau on en sort à peine, depuis Janvier on a vu que ça. Mes os finissaient par devenir spongieux et mon coeur menaçait de s'engourdir. J'étais sur le point de prendre la tangente, afin de ne pas prolonger cet échange stérile quand elle a rajouté : " Maintenant que tu as la ligne tu pourras partir au Tirol avec nous." Je sais bien qu'en ce qui la concerne, il faut lui expliquer les choses longtemps pour qu'elle comprenne vite.  Mais pour ce qui me concerne il suffisait d'aller à l'essentiel, me donner le "pourquoi" du "comment" et l'affaire aurait été réglée en 48 heures avec une petite grève de la faim pour les besoins de la cause. J'ai tenu comme ça presque une semaine au chenil : au garde à vous que je les ai mis ! On m'a finalement nourri avec du "fait maison" et du jambon, à mon bon plaisir...très chouette endroit pour des vacances ! La vieille ne veut plus m'y envoyer, j'avais trop grossi....

039052

 

INSECT (112)057

Je continue cette charmante promenade sur mon petit nuage, le coeur en fête. Dans ma tête, des images bucoliques de l'été dernier viennent se coller au paysage dans lequel j'évolue présentement. Durbach et Tirol s'entremêlent, le soleil se met de la partie et m'éblouit un instant, en rouvrant les yeux je crois percevoir un changement de décor !! Loin au dessus des sapins, je devine quelques vertigineux sommets emmitouflés d'un blanc manteau neigeux... Le frou-frou endiablé des abeilles accompagne le gazouillis des oiseaux. Porté par ce charmant babillage, je ne sens plus de raideurs dans mes membres, une douce fraîcheur s'installe dans les bois et me voilà bien léger.

060067

J'étais tellement plongé dans mes souvenirs que l'eau m'est venu à la bouche. Je me suis mis en route pour mon paradis avant l'heure, avec les abeilles qui m'amènent au miel, les prairies aux vaches, les vaches à la crème, la crème à....Catastrophe !!! Je refais surface alors que j'allais déguster un kaiserschmarren, pour apercevoir mon pote en difficulté. Quelques troncs d'arbres abattus sont heureusement bienvenus et permettent à mon maître de s'asseoir pour examiner de plus prés la situation : les nouvelles sont inquiétantes, son genou ne répond plus ! Je suis chargé de veiller sur mon pote éclopé. La vieille s'en va en repérage, disparaît après le virage pour presqu'aussitôt réapparaître en criant : "une cabane !"  Nous la rejoignons. Aidé de ses deux bâtons, il progresse à l'allure d'escargot. Notre tandem boitillant fini par s'installer avec soulagement dans cet abri confortable. Nous profitons de cette halte forcée pour manger, sage décision !

022024

 

 

Mon copain a plus d'un tour dans son sac, je sais qu'il va trouver une solution comme à chaque fois. Il est très organisé, méthodique et prévoyant, pas comme ma vieille qui s'embarque souvent sans biscuit ! Il vide son sac, y trouve des onguents et cachets, boussole, couteau, serviettes, gel désinfectant, à manger pour trois, mon café et...des biscuits ! (Qu'est ce que j'vous disais, je les connais par coeur !)  Après plus d'une bonne heure de pause bien agréable, vient le moment de vérité. Le souffle coupé, ma vieille et moi suivons du coin de l'oeil ses premiers pas...

053035030

Puisque tout semble en ordre, nous repartons. Le retour se fait sur le mode de la flânerie ce qui nous satisfait tous les trois. Le ruisseau qui jusqu'alors naviguait en conquérant, voit soudain son cours, partiellement et arbitrairement détourné. En passant au travers d'un tuyau, bon gré malgré, il rejaillit en cascade sur un bassin à truites qui une fois oxygéné et filtré, déverse le trop plein d'eau dans un deuxième bassin légèrement en contrebas. Aussitôt le job fait, le ruisseau retrouve sa moitié, reprend sa trajectoire et s'enfuit sans demande son reste, pendant que les poissons heureux s'ébattent dans l'eau froide.

076075

A regarder Dame nature se la couler douce, je me dis que c'est une belle journée qui s'achève tout en douceur. Mais en y réfléchissant, je me dis qu'il serait bien téméraire de retenter le diable à mon tour. Je double la vieille, m'arrête pile devant elle et lui bloque le passage. Évidemment elle rouspète alors qu'il serait plus simple de regarder où elle met ses pieds ! "Déjà fatigué, l'asticot !" je m'appelle CHARLY, nom d'un chien !! Après un bref échange de point de vue, j'ai obtenu gain de cause...comme à chaque fois, mais il faut pourtant que j'en passe immanquablement par ce rituel qui me fait perdre mon temps ! Confortablement installé dans ma studette, rasséréné, je ne peux que me féliciter de cette heureuse initiative qui me permettra de vivre intensément des vacances au Tirol, après tous les renoncements que je me suis imposé pour les mériter...

                                                                             

078

086

 

 

 

 

 

092

 

 

090

 

 

 

 

 

 

 

Cette balade délicieuse s'est poursuivi sans anicroche. J'ai du m'arrêter chez l'un de mes vieux amis, un bouc, heureux papa de deux petits devenus grands. Impossible d'y échapper, il m'a vu arriver de loin. Chacun leur tour, sollicitant mon attention de leur regard insistant, ont cancané d'une voix chevrotante. Soudain une mère poule égarée et inquiète de cette agitation, y a mis un terme au pas de course en gloussant. J'en ai profité pour planter tout ce beau monde, les laissant à leur cacophonie pour reprendre le cours de ma promenade, haut perché et au calme !

113

 

 

 

 

 

 

 

 

 

055

 

Lorsque nous sommes arrivés prés de l'Hotel restaurant le Rebstock, mon pote a réclamé une pause. Je me suis allongé sous le banc tout prés du jardin des délices, odorant et coloré. Au dessus de nous un seringat au parfum de jasmin balance ses effluves. L'éléphanteau, infatigable, arrose de sa trompe, les plantes environnantes qui finissent par le masquer. Tout en contemplant les nénuphars qui oscillent sous les rides de l'eau, je guette l'endroit où les carpes jaunes et rouges viendront respirer l'air pur ! Un puzzle d'odeurs taquine ma truffe sous forme de quizz. Je ne me lasse pas de faire le tri des molécules sucrées, salées, des épices et arômes qui me mettent sens dessus dessous ! Un vertige me prend soudain et m'oblige à m'étendre sur l'herbe tendre et rafraîchie. Le léger clapotis de l'eau accompagne le pépiement des moineaux, ils sont bien paresseux à faire leur nid, certains piaillent et exigent que le printemps s'affirme enfin ! Sous l'oeil bienveillant de ma bonne fée, je me laisse aller, une douce torpeur m'envahit... 

012

010

102

105   

 

C'est le parfum des fraises qui m'a réveillé ! La vieille nous avait abandonné à notre... triste sort et pour se faire pardonner, elle est revenue avec ce délicieux dessert, juste de quoi nous donner un regain d'énergie pour franchir les derniers mètres menant au parking...

057

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vous connaissez mon grand coeur, je compatis bien évidemment au malheur de mon maître, mais soyons clair mes amis, la chance est avec moi. J'peux bouffer aux deux râteliers, j'suis gagnant dans l'ordre ou le désordre ! Soit mon vieux déclare forfait et je me la coule douce chez moi, à me remplumer et m'engraisser en attendant l'hiver, soit il sort vainqueur de l'épreuve et vive le Tirol ! Il reste une dernière option qui a ma préférence et qui frise l'apothéose, partir malgré son handicap. La vieille ira crapahuter et distraire les "pauvres" marmottes, toute seule. Vous connaissez mon don d'empathie surtout envers mon pote : la preuve nous sommes tous deux boiteux ! Alors à nous les bouffées d'oxygène, le banc prés du lac, la sieste ronflante prés des coin-coin, les gâteaux, le paradis tout simplement, what else ?

CHARLY (297)

 

  "Pour être le meilleur, il suffit parfois que les autres soient moins bons."

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Enregistrer

Enregistrer

13 mai 2016

« Ce n'est pas que la vie soit courte, c'est que le temps passe vite... »

« Vivre! Ca prend du temps et je n'ai pas une minute à moi. »

Ce matin j'ai encaissé une très mauvaise nouvelle, moi qui suis réduit à glaner quelques charognes pour survivre, je suis revenu à mon point de départ : 6 kilos 800...Je n'y comprends rien !! Mon pote, par exemple, est comme moi, grand et fort et ne va jamais à la pesée ! Il dit que la personne qui le mettra au régime n'est pas encore née et que se priver de plaisir est néfaste à notre santé. Il me trouve de plus en plus triste, je confirme ! A force de réflexion, la solution m'est enfin apparue. Ma vieille ne jure que par le sport et la diététique, il me parait judicieux et plus facile, qu'elle maigrisse de trois ou quatre kilos, puisque c'est elle qui me porte ! On fera d'une pierre, deux coups, je lui semblerai plus léger et j'aurai une petite marge de manoeuvre pour me remplumer ! Après ce fâcheux incident qui a finalement tourné à mon avantage, je suis retourné dans mon panier pour attendre sereinement mon avenir. Le temps que j'me roule en boule, il pointait déjà le bout de son nez ! La vieille me sollicite pour garder nos affaires sur le palier pendant qu'elle se chausse, elle a compris mon message, le projet semble lui tenir à coeur ! Le cul sur le paillasson, je surveille le casse croûte dans le sac à dos, que voulez vous, je ne travaille que lorsque je vois une carotte au bout du bâton ! Une étrange intuition me susurre que cette affaire va se retourner contre moi. J'ai manqué de flair et me suis fait avoir dans les grandes largeurs : j'ai l'impression qu'elle me fait marcher...

042

brume (12)

La jolie maison postée en arrière-garde du village nous oriente vers un chemin de terre battue bien large et sec qui me convient à merveille. Un gros volatile bien étrange me fixe du coin de l'oeil, un petit vent frais balance sous ma truffe des odeurs capiteuses de giroflées, je me sens euphorique ! Mon pote et moi sommes en confiance car à peine avons nous fait quelques enjambées que bon nombre de panneaux nous confirme la marche à suivre. Tant de possibilités s'offrent à nous que l'on reste un moment perplexe !

018

073

 

031023

025010

C'est finalement l'attrait d'un ruisseau fardé de mousses et de fougères odorantes qui obtient notre faveur. Il serpente et gazouille dans le sous bois puis vient se glisser tout prés d'une maisonnette à roulettes ornée d'une cheminée bancale. Cette charmante roulotte me laisse rêveur et m'emmène vers quelques voyages confortables, voilà un repli idéal pour les vieux jours d'un teckel ! Après un virage sinueux, on débarque à découvert sur un contrefort. Une grande prairie s'y repose et le chemin la traverse en son milieu. De chaque côté, en rang serré, se pressent des fruitiers. Les uns, sur le versant ensoleillé, tendent allégrement leur parure blanche, les autres sur le penchant ombragé, peinent encore à quitter l'hiver avec à leur pied les oripeaux aux couleurs passées de l'automne. Un court instant, dissimulé sous le chemin, le ruisseau opportuniste surgit tel une source. Il se déverse, à force d'esquives, dans un lit hospitalier sous l'ébauche du printemps...Il ne s'est pas trompé, j'entends tout à côté, comme un frémissement, un vibration, une nouvelle relayée par le rucher, qui se répand d'un battement d'ailes ; c'est le renouveau !  

 

019

 

030

031

035

 

 

036

 

Tout à cette nouvelle exaltante, la truffe frémissante et levée vers le ciel, je capte toutes les saveurs que le vent traîne dans son sillage et j'en oublie d'être vigilant. Nous avons quitté cette mi-hauteur protégée par la douce chaleur d'un soleil encore timide. Nous prenons de l'altitude, ignorant quelques bancs accueillants, pour s'enfoncer dans les bois. Je fais un tour d'horizon, au loin, quelques nuages noirs ne présagent rien de bon. Le terrain se fait plus lourd et même boueux par endroit, les sentiers se croisent et se séparent à m'en donner le tournis. J'ai soudain l'impression de voyager dans le temps, l'automne est revenu, certains feuillus portent encore leur frondaison couleur feuille-morte, mais semblent figés, ce qui leur donne un air guindé. Le feuillage jonche le sol d'un camaïeu de marron et se désagrège lentement, bientôt poussière qui attend le vent froid de l'hiver pour visiter un ailleurs... Le monde ne tourne plus rond ! J'en tremble comme une feuille et songe avec envie, au ruisseau qui dévale avec appétit la prairie et qui doit être arrivé au village à l'heure qu'il est !! Le temps passe, au loin le bruit d'un tracteur, me fait tendre l'oreille, une grande bâtisse s'est niché au creux d'un vallon, un chemin tout en descente comme je l'aime m'y mènerait aisément. Des biquettes que l'on a laissé au champ sont en train de paître, j'observe leur travail de défrichement et reste admiratif devant leur insatiable appétit et le travail fourni...et me voilà de nouveau à ruminer sur mon besoin dévorant de me goinfrer! Je rattrape mes vieux dont le pas s'est accéléré, cette fois nous avons le même but, chercher un coin pour pique-niquer. Il me semble reconnaître en face de nous, haut perché, le mooskopfturm en partie sous la neige...

 

034

038

039

041

 

Une odeur nous prend à la gorge et crée une certaine excitation dans les rangs, mes vieux calfeutre nez et bouche avec un vêtement, moi je hume à pleins poumons, histoire d'analyser la situation ! Le sol est encore imbibé du purin que l'épandeur à lisier a déversé sur tout le pourtour de notre paradis ! Manger n'est plus à l'ordre du jour !! Je me console, sachant que ces nauséabondes vitamines vont nourrir mes cerisiers qui jalonnent ce parcours. On a repris la route cette fois de façon plus hasardeuse, espérant trouver un peu de confort et d'air frais, nous avons obtenu les deux, au delà de nos espérances...En continuant de monter, le chemin s'est élargi jusqu'à devenir une route où sont entreposés, sur plusieurs mètres des poteaux de bois à la découpe régulière. Cette réserve, alignée avec méthode, m'a fait penser à des hivers rigoureux au point que j'en ai perdu le nord ! Je voudrais bien toucher un mot au vendeur des quatre saisons : serait-il possible de monter dans le carrousel de la vie uniquement à l'aube du printemps et à l'automne... de ma vie ? Quel merveilleux raccourci pour un éternel recommencement ! L'odeur du bois fraîchement scié m'a taquiné les sens, un vent glacial s'est enroulé sous mon ventre peut-être pour se réchauffer. Puis, contre toute attente, le bout du voyage : un banc impressionnant et un point d'eau de source nous invitent à casser la croûte. Mes vieux s'arrêtent enfin. Le déballage du sac se fait en toute hâte, ils s'emmitouflent de quelques vêtements d'hiver et me font perdre la boule quand je les vois remballer le reste et se remettre en route... Mauvaise troupe !!

 

042

043

087

 

099075

 

Un peu que je l'ai mauvaise !! Des petits filets d'eau glacé ruissellent sous mes pattes, le sol devient plus frais et même glissant par moment, mais bon sang, quand est ce qu'on mange ? Mes désirs sont des ordres, à peine formulés et déjà sous mes yeux ébahis, j'entrevois dans la dernière montée , un toit, puis au fur et à mesure de ma progression, se dessine un refuge pour nous tout seul ! Il faut bien dire qu'à part nous, personne ne serait assez fou pour se hisser vers l'hiver alors que le printemps se propage et prend ses aises en bas dans la vallée ! Mes compagnons préfèrent se geler sur le banc, adossé à ma cabane au "Canada" pour profiter de la vue en mangeant. Dans mon dos, stoïque, un irréductible bonhomme de neige, surveille mes arrières. L'esprit libre, je peux me concentrer sur la répartition équitable de nos rations de survie ! J'ai observé ma maigre pitance, sachant qu'une fois de plus on se foutait de moi, je suis monté d'un cran, pour faire valoir mes droits. La bataille fut âpre, on ne me laisse pas d'autre choix que d'être un pique-assiette. Dans un premier temps mon pote m'a ignoré, puis la vieille s'est éloignée faire quelques photos et s'aérer les idées en faisant une pause pipi... et là, tout a changé !! J'ai aidé mon copain à finir ses biscuits et pris ma petite cuillère de café revigorante. Au retour de la vieille, le teckel discipliné et obéissant que je suis a fini sans broncher sa galtouse...

051

054

 

053062

070

078

 

 

Cernés par le froid, qui sournoisement nous grignote les extrémités, ils ont remballé les affaires, sous mon oeil vigilant d'inspecteur des travaux finis. Je n'ai pas besoin, comme certain, de panneaux indicateurs. En faisant un dernier tour d'horizon, j'ai repéré deux chemins possibles pour rentrer. Tous deux sont en pente, ni mauvaise ni savonneuse, juste comme je les aime : descendante !! Cette balade m'a beaucoup désorienté, j'avais l'impression d'avancer et reculer dans le temps au point de le perdre. On raconte qu'il n'y a plus de saisons, c'est faux, elles sont toutes là au même moment, il suffit de monter et descendre du manège du temps pour se servir. Maintenant que j'ai compris comment tourne le monde, je peux rentrer chez moi me reposer, demain nous avons une belle journée devant nous, c'est jour de pesée pour la vieille. Et c'est encore moi qui ai le mot de ...la faim !!!

091

093047

 

 

"C'est déjà grand savoir que s'orienter dans le dédale de ses ignorances"

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


23 avril 2016

"le temps perdu c'est le temps pendant lequel on est à la merci des autres"

 

"Je me suis mis au régime : en quatorze jours, j'ai perdu deux semaines."

La vie est bien étrange et souvent source de questionnement quand je me perds à la comprendre au lieu de la vivre. Dans mon panier, écoutant avec passivité le tic-tac qui patiemment me menait du jour à la nuit et de la nuit au jour, je laisse le temps au temps, pour qu'il fasse son oeuvre. Qui dort dîne, autrement dit le sommeil nourrit celui qui n'a pas de quoi manger !! Comme vous l'avez compris, je suis dans une phase de stabilisation...tous les cent grammes perdus. Le temps se déroule à petits pas devant moi avec indolence et m'incite au repos, enfin je le croyais ! Mais il cache bien son jeu, sa quête d'immortalité est sans pitié, pas de temps mort, il égrène les secondes avec une implacable certitude. Bref, cela n'a pas échappé à la vieille qui s'est mis en stand by ! En deux temps, trois mouvements, elle nous a embarqué pour une balade, prétextant la vision d'un rayon de soleil inespéré. Je l'ai cherché en pure perte tout au long de la promenade

002

005

Le démarrage en côte, s'est fait douloureusement et silencieusement. Nous avons lutté contre nous-mêmes et sommes parvenus victorieux, en haut de cette première pente. La vieille en arrière garde fait son boulot de reporter, tout en nous prodiguant quelques réflexions malvenues concernant notre état de fraîcheur ! Tant et si bien que mon pote quelque peu taciturne, las de son bavardage, lui tend la carte : "Pour une fois, tu n'as qu'à nous promener à ton gré" ce qui a mis un point final à son arrogance. J'ai fini par rire jaune en réalisant que notre vie était entre les mains d'un guide "déboussolé" Je crains que cette petite vengeance ne se retourne contre nous ! La chance est de notre côté, pas de possibilité de s'orienter à droite ou à gauche, je prend avec plaisir, ce petit chemin solitaire qui me mène bien vite à découvert. Encerclée par la forêt, une prairie verdoyante s'étale grassement. Comme une cicatrice, en son centre, des fruitiers bien alignés, nus et fiers y sont enfermés. Ce petit nombril protégé est l'origine de bien des convoitises. Le verger nous fait tous languir à coup de promesses sucrées, pas étonnant qu'il se prenne pour le centre du monde. Chacun est sur les rangs : des abeilles aux oiseaux puis des lapins aux sangliers. Patiemment, j'attendrais mon heure pour me glisser entre tout ce beau monde. Quand les fleurs en auront enivré plus d'un, le fruit alors apparaîtra. Puis chauffé et coloré par le soleil, il répandra son odeur, la note sucrée sera alors à son apogée et je serais là... Enfin, gavé mais charitable, je laisserai blettir au sol les restes de mon festin, pour nourrir les cochons... Ce projet bien réjouissant m'a redonné courage pour aller de l'avant.  

007013

014

 

Une jolie jument s'est éloignée à mon approche, mais le poney qui l'accompagne a bien voulu converser quelques minutes avec moi, tout en gardant ses distances. J'ai retrouvé, dans une trouée de brume, mon ami le cerf si attentif à mes visites qu'il affectionne. Tout en passant ma truffe sur les herbes perlées de rosée, je contemple la couleur crème du coucou des bois qui profite de la fraîcheur. Je me détends tout doucement me sachant en pays de connaissance, la vieille s'assagit en prenant de l'âge, il était temps ! Je déteste quand elle sort des sentiers battus, on s'égare, on s'enfonce dans les bois et soudain...ça sent le sapin !

015

020

022

029

034

Ce froid doux et modéré est somme toute bien agréable, j'en profite pour glaner quelques bricoles à avaler et dans ce domaine je suis moins exigeant et même aventureux. Je patrouille beaucoup vers les guérites de chasseurs et donc du passage d'un gibier potentiel, l'un ou l'autre me laisse forcément quelque chose. Ayant fort à faire, mais ne pouvant être sur deux fronts en même temps, j'avais confié à mon pote, la lourde tâche de surveiller les débordements de la vieille. Toujours en avant poste, ne faisant qu'une brève halte aux bifurcations afin de connaître le chemin à emprunter, il s'est fié totalement à notre GPS humain, qui n'avait pas eu de mise à jour depuis belle lurette. A chaque sollicitation, elle tournait la carte dans tous les sens, arguant que sur celle ci, il était indiqué deux voies et là devant nous, il y en avait quatre et un petit sentier...que dans ces conditions on ne peut pas faire du bon boulot..gna gna..gna gna ! La réponse de mon pote ne se fait pas attendre : "imagine que tu es sans aide, isolée !  Je suis seul à mesurer la précarité de notre situation ! Quand un méthodique côtoie une dilettante, il faut s'attendre à tout. L'un marche pour le silence, la cadence sans dépassement de soi !! L'autre pour la nouveauté, les hauteurs en prenant son temps ! Et toi Charly ? Bonne question, merci de l'avoir posé. Je marche parce qu'il faut bien que je les suive, mais sans laisse et pour un repas à la clé !

                    

032

035

036

039

 

 

 

On s'est retrouvé de sentiers non répertoriés en lieux-dits fantomatiques, pour déboucher une ou deux fois sur des voies balisées de jaune ou de bleu, perdues de vue, tout aussi rapidement. Nous progressons sans but depuis deux heures et demie et le chant des oiseaux est bien réconfortant ! Après un énième arrêt qui a eu le mérite de nous montrer que la navigation à vue avait ses limites, ma vieille, paumée, a pris le petit sentier pentu, fort joli ma foi. Raisonnant tout haut, en espérant une résonance positive de notre part, elle explique que prendre de la hauteur pour avoir une vue d'ensemble, nous indiquera plus clairement la marche à suivre. Rien n'est simple ! Ce point culminant se révèle plus obscur encore qu'en contrebas, parce que nous sommes cernés par des sapins d'une imposante stature. Il me semble déceler chez mon pote, une sorte d'exaspération, son dos s'est contracté, presque renfrogné puis la marche a repris à une allure plus soutenue. Sans percevoir la tension qui s'installe, la vieille, persiste dans son monologue : "Pourtant, j'ai comme l'impression de reconnaître les environs, on devrait trouver un abri barbecue, normalement !" Dans cette belle nature, pas un écho! Le silence se fait pesant, je sens que je dois prendre les devants avant qu'ils ne se prennent la tête. Ce que j'ai fait tout en douceur, puis armé de mon courage, j'ai joué aux éclaireurs. Je dois dire que le mot "barbecue" m'a fortement impressionné, au point que j'ai fini par sentir de vieux relents de suif animal, de cendres et de fumée !! Je parcourais si rapidement le petit chemin que j'ai failli manquer, dans un recoin sur la gauche, le brasero qui nous attendait patiemment. Enfin l'heure du rata...Je bats le rappel et m'octroie le bénéfice de cette trouvaille. Pendant tout le repas, j'ai observé la vieille du coin de l'oeil, je l'avais sous-estimé. Un déclic s'est fait dans ma tête, il y a en elle quelque chose de...d'instinctif !! Autant vous dire que ça m'a laissé sur l'cul, la vieille a du chien !!  

050048

043

049

054

062

Après un repas bien mérité, nous avons repris la route ! Mon pote plus avenant, face à de nombreux panneaux indicateurs, décide que le chemin le plus court sera le meilleur, comme la plaisanterie !! Nous cheminons dans une forêt où la lumière peut s'aventurer jusque sous nos pas. Les arbres se sont dégarnis en bas mais ont gardé la densité du feuillage pour les hauteurs, se protégeant ainsi du vent froid qui leur fait courber la tête. Le gibier ne s'aventure pas dans ce bois trop clairsemé qui laisse apparaître une charmante maisonnette, sortie tout droit d'un coffre à jouet !

059

066

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                  

Mon pote m'observe, pensant bien faire me soulève et m'installe dans ma studette. Je n'ai pas voulu y rester et à force de gigoter, j'ai eu gain de cause. Il m'a remis sur la terre ferme tout en me faisant la conversation. "Charly ! faut savoir ce que tu veux t'es fatigué oui ou non ? t'es chiant en tout cas !" J'adore quand il me dit des mots qui sonnent gentiment ! Paisiblement, chacun reprend ses habitudes : la vieille, l'oeil rivé sur l'objectif, moi la truffe au sol et devant, mon complice donnant le tempo ! Ce qui devait arriver, arriva : on a perdu le balisage bleu...Ni une, ni deux, la vieille, mauvaise élève, s'empresse d'expliquer : "Il fallait prendre le long du ruisseau, parallèlement au chemin, mais il y a trop de gadoue.  Ce qui m'embête maintenant, c'est l'écart qui s'est creusé entre nous en haut et le ruisseau fort beau, qui s'éloigne en bas, j'vais faire une photo." elle a bien fait ! le ruisselet a fini par disparaître ....J'ai refait l'éclaireur et encore une fois je nous ai sauvé la mise en retrouvant le ptit cours d'eau. Il coulait au pied d'un panneau de parking. Mais se jouant de nous, il a pris à nouveau la poudre d'escampette à notre arrivée pour s'engouffrer dans les profondeurs de la terre. La vieille s'écrie " ça m'parle, on est déjà venu ici il y a longtemps en voiture...gna gna gna.." Mon pote se raidit, il est d'une humeur de chien et bougonne "J'ose même pas imaginer où l'on peut être"

La lassitude semble gagner la troupe, sauf pour la vieille qui ne s'en laisse pas conter. Fort heureusement, au bout de quelques minutes, nous arrivons dans une vallée. Droit devant nous, perché sur la colline en face, un hameau se veut rassurant. Face à nous, une scierie artisanale, un amoncellement de troncs, de souches et autres branchages bloquent le passage. A côté, le ballet de bulldozers et pelleteuses me fascine. Jetant un autre coup d'oeil alentour, je suis horrifié par l'état des lieux, boueux à souhait, hors de question que je patauge là dedans même pour accéder aux fermes nichées plus haut. Notre coach a enfin senti le mécontentement monter dans les rangs. "Les engins sont bien venus par une route !" dit-elle en longeant le théâtre des opérations, elle a raison ! Dans un virage, enlaçant quelques sapins fugueurs, elle était là, cachée, sinueuse et... goudronnée ! Nous avons taillé la route, à la queue leu leu. La vieille, émerveillée par des tapis de violettes qu'elle n'a pas eu le temps de photographier, s'écrie au bout d'un dizaine de minutes "Pas d'soucis, ça m'parle, dans pas longtemps on arrivera pile-poil devant notre parking !" Vivre avec mes deux maîtres n'est pas toujours facile, je me donne un mal de chien pour les aider et malgré tous mes efforts nous voilà à battre le bitume !!

075071070

 

022

004

On pensait avoir fait le tour des lieux après plus de trois ou quatre cent repérages sur un territoire d'une trentaine de kilomètres carrés, preuve que lorsqu'on croit tout connaître, il reste encore à découvrir ! Toujours est-il que "pas longtemps" après, on est arrivé exactement comme prévu. Et comme d'habitude, c'est toujours le même qui va au chagrin et qui n'est pas payé de retour....

 

"Ne demander pas ce qu'un teckel peut faire pour vous, mais demandez vous ce que vous pouvez faire pour un teckel"

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

29 mars 2016

« Moi ce que j’ai eu d’important à dire dans ma vie, je l’aurais dit avec mes yeux »

"Faut-il vivre pour manger ou manger pour vivre ?"

CHARLY (140)

CHARLY (95)

047

On s'en fout ! donnez nous à becqueter et pis c'est tout. Mes amis,je vous livre l’info tel quel : on est en pleine récession, on nous rationne, on nous ratiboise, on nous les brise menu ! Vous avez remarqué comme moi que plus on est nécessiteux, plus on nous demande d’efforts. Y’en a qui font des effets de manche, vous annonce que vous aurez tel ou tel avantage et mine de rien en loucedé, y vous pique le peu que vous aviez déjà péniblement gagné ! J’explique : une fois attablé, on vous donne trois croquettes et l’on vous retire un bout de fromage, bonus acquis de longue date, après d'âpres négociations ! Vous noterez au passage le "on" en référence au fameux adage guerrier d’une haute portée philosophique: "on" c’est un con, il a pas de matricule ! Tout le monde l’aura compris, ma vieille nous a mis au garde à vous, mon pote et moi. Je vis les heures les plus sombres de ma chienne de vie. Elle me prépare des lendemains qui déchantent : à partir de maintenant je pense, je dors, je vis : croquettes light. Elle a mis la barre haut : 6,300 kg parce que je suis tombé bien bas : 7 kg !

023

033

066

Mon pote devant son assiette, moi à côté les yeux fixés sur six croquettes, seules friandises qu’il est autorisé à me distribuer, je contemple le repas dont je suis privé alors que j’en ai suivi et supervisé l’élaboration. Nous nous jetons quelques regards complices mais toute tentative de fraude est irrémédiablement réprimées. Mon pote et moi on se comprend sans mot dire : on maudit la vigilance sans faille de notre tortionnaire , son angle de vision est égal à celui de la mouche ! La vengeance est un plat qui se mange froid, certes, mais je suis affamé et peu patient. J’ai donc opté pour une stratégie plus immédiate : je boycotte mon pote, because il est le maillon faible...je boude et fait bande à part !

020

CHARLY (15)

                                                                                                        Pendant les repas où je suis toujours convié, je ne suis plus qu’un courtisan qui assiste au dîner de « ses majestés » . Pour montrer mon désaccord, je tourne plusieurs fois sur moi-même, ensuite je tremble de tout mon corps en levant la patte et pour finir après un regard noir vers mes vieux, je leur tourne le dos en râlant pendant tout le repas, couché sur mon coussin rouge. Forcément, j'ai dû écourter mes sorties hygiéniques, dix minutes montre en main, hors de question que je m’épuise alors que je crève de faim !

052

066

ornières

028

032



005

063

Tout ça pour dire, que le parcours du combattant c’est maintenant ! La fonte des neiges a laissé ma chef, un petit moment dans le flou car elle avait planifié la fonte de ma masse graisseuse aux petits oignons ! Mais comme elle est pleine de ressources et d’imagination, nous sommes partis marcher dans la gadoue. Que ce soit d’un côté ou de l’autre du Rhin, ils se sont donnés le mot, les arbres sont étêtés, déracinés, sous le prétexte de préparer le printemps. Les grumiers ont creusé dans le sol de profondes ornières. Ces bourbiers dont j’ai peine à m’extirper me rendent ma liberté après m’avoir traîné dans la boue. Je poursuis mon chemin de croix, tout crotté et plus lourdaud qu’avant ! D’autres sorties, brèves mais tout aussi éprouvantes, m’ont conduit, entre autres, dans une forêt « sauvage » où certains arbres se sont fossilisés. D'autres, sous le joug de l'hiver, se sont dégarnis. le gui parasite s'est invité sur ces peupliers tremblants, puis à son tour  s'est vu dépossédé de ses fruits qui ont fait le bonheur des grives et des mésanges pendant tout l'hiver. J’ai cru comprendre que ce bois primitif était infesté de sangliers belliqueux menés par des laies!! Je soupçonne ma vieille de m’avoir traîné là, dans l’espoir que je me fasse courser par une de ces hordes de cochons sauvages, histoire d’accélérer ma cure d’amaigrissement!!

 

016

019

020

045

 

Au retour, ayant échappé à toutes les embûches, j'ai aperçu un messager au plumage coloré, porteur d'espoir. Encore une promesse non tenue, car, à peine rentré, la vieille m‘a passé en revue : toilettage, épilation, bain ! Je ne peux m'empêcher, souvent à juste titre, de râler, de me vautrer dans la rouspétance avec constance et délectation jusqu'à ce que mes plaintes et mes contrariétés cessent de me démanger, puis je me secoue et me soulage de cette fange. Finalement, épuisé mais allégé d'un lourd fardeau, je me réfugie dans mon panier. Il faut que je me surveille, ça pourrait devenir une addiction !!

DUROBER (143)

005

053

026

 

 

 

 

 

 

 

De mon point de vue je me sens fondre à vue d’œil ! Tous les lundi matin, je vais à la pesée le cœur léger et plein d’espoir. Camarades! On nous spolie, on nous ment, même la balance, qui malgré tous mes efforts et mes souffrances, affiche honteusement : 6,8 kg! Mon pote attendri, négociait déjà quelques douceurs pour moi mais le sarcasme du bourreau lui a coupé l’herbe sous le pied. Cherche pas, dis la vieille en se marrant, les deux cents grammes, c’est le poids des poils que je lui ai retiré. Il a de la chance, je suis bon prince, je mets ça sur le compte d’un régime bien amorcé !!! 

CHARLY (82)

Une charmante amie m’a dit: Charly tu as perdu ta plume?! Non, je ne la prête plus! La muse a pris son congé! Mes conditions sont posées : l’inspiration contre une bouchée de pain! Je sais combien vous aimez me tenir compagnie pendant mes balades et pour rien au monde je ne voudrais perdre votre amicale présence en plombant l’ambiance aussi j'ai bon espoir que tout rentre rapidement dans l'ordre. En moi sommeille un svelte teckel, mais je n’arrive pas à le tenir éveillé bien longtemps. J’ai pu dégusté quelques miettes "malencontreusement" tombées de table juste sous le siège de mon pote. Ma vieille, en préparant une tarte aux pommes, a fait tomber sans s'en rendre compte une pelure de ce fruit délicieux entre mes pattes ! Je nous sens sur la bonne voie, il semblerait que l’on s’oriente doucement vers une issue heureuse. Le chien étant le plus fidèle ami de l'homme, je ne peux résister à vous présenter mes vieux. Comme, moi aussi je suis bon prince, les voici sous leurs plus beaux jours (c'était il y a vingt ans!). Reconnaissez qu'il faut beaucoup de courage et de persévérance pour les suivre et les aimer. Ma modestie m'empêche de parler de môa, je préfère que d'autres s'en chargent, mon scribe par exemple, quand il aura retrouvé la voie de la sagesse et de l'inspiration!

 

 

019

 

053

« Quand on a un cœur d'or, il faut le garder pour soi. »

 

 

 

14 mars 2016

« Il n'est pas nécessaire de parler quand on a un regard qui en dit long. »

 

« Si on dit trop de mots, on les use, on les gaspille. »

 

LAHR KEHL (45)

LAHR KEHL (49)

LAHR KEHL (50)

LAHR KEHL (59)

LAHR KEHL (70)

 

 

 

 

LAHR KEHLL (2)

LAHR KEHLL (18)

LAHR KEHLL (22)

LAHR KEHLL (33)

LAHR KEHLL (74)

LAHR KEHLL (70)

LAHR KEHLL (62)

LAHR KEHLL (111)

LAHR KEHLL (114)

 

 

 

 

 

LAHR KEHLL (104)

LAHR KEHLL (106)

LAHR KEHLL (107)

LAHR KEHLL (120)

LAHR KEHLL (122)

LAHR KEHLL (131)

LAHR KEHLL (133)

LAHR KEHLL (138)

LAHR KEHLL (139)

LAHR KEHLL (144)

 

LAHR KEHLL (142)

LAHR KEHLL (143)

LAHR KEHLL (52)

LAHR KEHLL (53)

LAHR KEHLL (50)

LAHR KEHLL (44)

LAHR KEHLL (46)

LAHR KEHLL (54)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LAHR KEHL (84)

LAHR KEHL (85)

LAHR KEHLL (91)

LAHR KEHLL (93)

LAHR KEHL (273)

LAHR KEHLL (77)

LAHR KEHLL (156)

« Personne n'est heureux tout le temps. Ce n'est pas joli d'être gourmand... Après, on a mal au cœur. »

 

 

 

 

 

28 février 2016

"Il est bon d'être charitable ; mais envers qui ? c'est là le point."

 

  "Dans la vie, il n'y en a qu'un qu'il ne faut pas gêner : c'est soi-même."

Nous sommes bien nombreux embarqués dans la même galère. Je contemple avec un certain dégoût, les milliers de gouttelettes qui viennent ruisseler sur la vitre. Dehors c'est pire encore, la pluie fait des claquettes et bat la mesure, arrêtez cette musique ! Je retourne à mon panier prés du radiateur, malgré ma nausée, j'ai décidé de mettre les voiles vers des cieux plus accueillants ; je vais rendre visite au printemps. Je vogue sur mon arche pour échapper au déluge, snobe les giboulées de Mars. Avril est versatile, je fais l'impasse. Mon choix est fait, j'accoste en Mai...hé oui ! je fais ce qu'il me plaît !! Venez vous joindre à moi, bienvenus et en route pour une balade ensoleillée...

B (30)

BALA (24)

DUROBER (36)

HOLZWALD SEEBACH (28)

BADPETERSTAL GRIESBACH (5)

 

 

 

 

 

 

 

  

Je rouvre les yeux et me voilà à côté d'un ruisseau, mais cette fois la mélodie est toute autre, enjouée, spontanée ! la petite digue laisse le trop plein s'évader en contrebas et le soleil qui s'invite passe au travers et donne de la légèreté au tableau. Les pierres astucieusement posées sur le lit de la rivière, affleurent à la surface et permettent de gagner les deux rives au gré de nos envies. Un petit ru vient se noyer dans la rivière et me dévoile un trésor : des fraisiers échappés de quelques jardins sont venus s'installer loin de toute pollution. Il ne fait pas trop chaud, l'air est léger, mes os se réchauffent au contact du sol, je folâtre gaiement sur le chemin. Le sous-bois est encore clairsemé et de temps à autre, les feuillus laissent apparaître à claire-voie, de grandes fermes au milieu des vergers. J'ai fait fi du banc qui m'aguichait entre ombre et lumière, trop heureux et pressé de vivre cette nouvelle aventure !

GENGENBACH SASBACHWALDEN (36)

GENGENBACH SASBACHWALDEN (75)

GENGENBACH SASBACHWALDEN (83)

 

GENGENBACH SASBACHWALDEN (137)

Soudain le chemin s'est fait plus discret, un peu moussu. Nous étions indécis sur le point de faire demi-tour car en face de nous, une rangée de magnifiques cyprès faisait barrière à tous regards intrusifs. Mais un bruissement et le joli chant d'un oiseau m'a incité à me faufiler sous les rameaux buissonnants du conifère. Mes vieux acolytes m'ont emboîté le pas pour me rejoindre et découvrir une jolie clairière ! Nous y faisons une étonnante découverte : un lieu de recueillement qui semble à première vue abandonné. Il y règne un petit brin de folie...très étudié. La nature que l'on a voulu discipliner a repris ses droits et sans rancune a apporté sa touche de poésie, un je-ne-sais-quoi ! Nous sommes restés un instant auprès des tombes qui jalonnent la clairière, ma vieille égrenant les prénoms des religieuses qui reposent ici. Puis nous avons quitté presque à regret cet accueillant cimetière et la forêt qui le ceinture. Ce coin me plaît beaucoup il est à mon bon plaisir. Je choisis tel ou tel banc, me désaltère à quelques fontaines, j'y ai même rencontré un rouquin écossais des highlands qui s'est exilé en Allemagne ! Il avait l'air heureux, un peu bigleux mais je me suis gardé de lui en faire la remarque, sa belle paire de cornes aurait eu vite fait de me soulever pour m'envoyer paître ailleurs. Il m'a d'ailleurs confié qu'il était issu d'une longue lignée rustique, engraissée aux résidus de distillerie de whisky, histoire de tenir le coup dans la neige ou les marécages. Ça me laisse rêveur et je vois sous un autre angle cette masse musclée et protéinée... qui me fait penser que l'heure tourne et midi n'est pas loin !!

BAL (25)

 

BAL (23)

 

 

 

 

 

 

 

Nous avons gravi la petite colline bordée d'arbres en fleurs. La chapelle comme un poste avancé et protecteur, faisait le guet au dessus du village qu'on aurait cru presque endormi. Évidemment, ça n'a pas manqué, à chaque fois je dois montrer pattes blanches et ce n'est pas facile croyez moi. J'essaie toutefois d'être persuasif et de faire état, moi aussi, d'un descendance des plus dignes. Certes ma branche s'est égaré ici ou là et pour ma part, au pays des fromages qui puent, bon sang c'que j'ai faim! Mais, j'ai d'indéniables origines germaniques, je ne suis pas sûr que certains de ces gardiens peuvent en dire autant, enfin j'dis ça, j'dis rien... Ayant finalement reçu mon laisser passer, j'ai pu rejoindre mes maîtres qui avaient pris un peu d'avance.

GENGENBACH SASBACHWALDEN (138)

BADPETERSTAL GRIESBACH (7)

DUROBER (5)

DUROBER (806)

DURBACH (13)

Le petit chemin s'épanouit doucement sous la chlorophylle des feuillages. Une multitude de fleurs blanches aux parfums subtils se penchent au dessus de nous pour nous souhaiter la bienvenue ou bien pour faire la conversation aux pissenlits et jolies pâquerettes. Nous avons trouvé un petit coin idyllique pour un repas des plus classique sur lequel je ne m'étendrais pas : car il n'a pas été à la hauteur de mes attentes et de mon imagination ! Une sieste réparatrice a tout de même fait de moi un teckel comblé ! En reprenant la route, je me suis retrouvé face à un autre rouquin, moins encombrant celui-là, quoique... Pot de colle, sans arrêt dans mes pattes, il essayait de me faire croire qu'il s'était perdu. J'le vois venir celui là, jeune, beau, le port altier et mince de surcroît, il a toutes les chances de trouver preneur! Non mais, perdu? à qui veut-il faire avaler un bobard pareil? A mon pote pardi!!

GENGENBACH SASBACHWALDEN (139)

DUROBER (76)

DUROBER (471)

HIST (38)

Ça n'a pas loupé, il le prend en pitié, l'écoute et le caresse. Soudain mon pote découvre sur le collier de ce "clébard" abandonné, une cachette secrète avec un petit message dedans. Il est rusé, le bougre, en plus de son collier on lui met MA laisse au cou. Teckel ou pas, c'est un parasite efflanqué, voilà c'qu'il est ! Mon vieux s'est fait avoir et il est de mon devoir de l'en avertir. Je me positionne devant lui et entame un long travail de persuasion, d'autant plus difficile que dans le même temps il reste collé à son téléphone ! Finalement l'appareil est remisé au fond du sac, une brève causerie se tient entre mes deux complices, puis un long regard sur votre serviteur et le "sans domicile fixe" et nous rebroussons chemin !! J'en tremble d'inquiètude, je ne suis pas jaloux mais ça m'a pris beaucoup de temps à vivre seul, faire le deuil d'un frère ou d'une soeur que je n'ai pas eu ! Alors maintenant c'est trop tard, je suis fils unique et pis c'est tout !!

HIST (28)

HIST (40)

DUROBER (444)

 

 

 

 

 

 

 

A mon grand soulagement, après avoir tourné, viré, hésité entre ce chemin ou celui-ci, nous sommes finalement arrivés devant une ferme imposante. Il y avait là un beau jardin avec pelouse, une balançoire  et un verger à perte de vue, mon coeur a fait un bond ! J'avais réussi à convaincre mon pote que faire le bonheur du rouquin en le ramenant chez nous ferait mon malheur ! Compatir c'est notre credo et je reconnais bien là, mes vieux futés. Donner un jeune teckel pour adoption à des paysans, dans son pays d'origine : quel beau cadeau pour les deux parties ! Mes vieux ne se sont pas foutus de lui, il a eu de la chance de tomber sur nous. On l'a laissé attaché devant sa maison en bon gardien, en attendant ses maîtres qui n'allaient plus tarder. Je l'ai longuement regardé, bizarrement, j'ai eu l'impression qu'il connaissait parfaitement les lieux et qu'il appréciait notre choix. J'ai repris la route du retour, le coeur en joie !

108

104

SCHILTACH (58)

CHARLY (68)

 

Vous me connaissez, le principe de précaution est un droit et un devoir, j'y souscris. Aussi, lorsque j'aperçois une guérite de chasseur alors que nous sommes sur le point de quitter la forêt, je me dis que prendre de la hauteur ne serait pas un mal, histoire de voir si il y a d'autres âmes perdues aux environs et si nous ne sommes pas suivis... J'ai longuement fait le guet, rien n'est venu troubler ma quiétude retrouvée. J'ai reçu auprès d'un angelot qui gardait les lieux, approbation à notre bonne action et sous le joyeux gazouillis des oiseaux, le coeur en paix je suis rentré chez moi. Vous conviendrez avec moi que c'était une bonne décision, il n'y avait pas de place pour deux, la preuve : une seule vieille et deux bras pour me porter, un seul pote qui partage déjà avec môa, un seul os et un seul poêt-poêt. Je n'allais pas sacrifier, huit années d'un long et difficile apprentissage au bout duquel mes vieux compères ont fini par me comprendre rien qu'en me regardant, sauf peut-être la vieille qui est encore un peu hermétique à l'instruction....

CHARLY (203)

BALA (3)

 

 « Se voir soi-même c'est être clairvoyant. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

14 février 2016

"La vie se goûte à l'appétit de tous les jours"

"Tout moment passé m'habite de sorte que je ne tiens au présent que pour m'en faire un souvenir"

 

Pendant de longues et interminables journées, mes compères accrochés désespérément à leurs mouchoirs, n'étaient plus que l'ombre d'eux mêmes. Les brèves sorties d'usage, le plus souvent sous une pluie battante, m'ont laissé abattu et fatigué, j'ai réalisé que j'avais pris un coup de vieux ! Pour me rassurer, je tentais un rapprochement auprès de l'un ou l'autre de mes compagnons, je réussis finalement à squatter les genoux de mon pote. Cette assise réconfortante ainsi que le léger mouvement fébrile de son corps me berçait et me réchauffait. Ce charmant moment dont l'organisation m'avait pris un temps fou, était perturbé par des éternuements qui me donnaient l'impression d'être jeté en plein sommeil sur un trampoline, un vrai supplice de Tantale ! Le temps passant, monotone, je me suis senti ignoré, transparent et plus que tout, inutile...   étrange et nouvelle sensation pour moi . Cette question existentielle de l'inutilité de mon utilité ou de l'utilité de mon inutilité a occupé le reste de mon temps jusqu'à la guérison de mes deux vieux, il était temps, j'étais sur le point de tomber malade !

A (16)A (13)

Mes maîtres à peine rétablis, sans avoir pris en compte ce coup de semonce de l'hiver qui les avait affaibli, ont décidé de prendre l'air pour rompre le confinement imposé par la grippe. J'espérais, quand à moi, me changer les idées. A l'orée du bois, début de notre balade, la neige n'avait pas trouvé preneur et peinait à s'installer. Mes amis porcins, fort bien nourris et logés, manquaient pour autant d'une chaleureuse présence. Je me suis dévoué pour leur tenir compagnie un instant, d'autant plus que j'avais sur eux un avantage, celui de connaître leur avenir ! Évidemment, je n'en ai pas fait mention dans nos échanges, leur destin déjà scellé, était tout à mon avantage... dans un très bel établissement surmonté d'une girouette expressive ! Là encore, pas besoin de s'interroger sur l'utilité du porc, par contre me concernant, la question se pose encore !!

A (8)A (24)

B (48)B (34)

La neige s'est mise à tomber avec persévérance pour combler les vides et recouvrir toutes choses encore apparentes. La mission fût remplie aisément, puisqu'en prenant de la hauteur, la couche blanche et ancienne s'était figée et glacée pour accueillir avec joie la jolie poudreuse, qui ne lâchait pas ma truffe !!  J'ai lamentablement glissé sur le chemin gelé par endroit et ma maîtresse a gentiment ébouriffé mon museau et mes sourcils pour j'y vois un peu plus clair ! C'est profitable d'avoir une vieille à soi, elle soigne, console et cuisine et moi je suis un parasite collé à ses basques, me voilà mis au rencart alors que je ne demande qu'à servir !

008016

Tout en marchant, je me faisais la réflexion que parmi les quatre pattes, dont j'ai l'honneur de faire partie, il y a un bon nombre d'utilitaire : le chien d'aveugle ; pas un boulot pour moi, mes vieux sont seulement myopes ! Chien de chasse : je rapporte pas et pis j'suis trop gourmand ! Sauveteur : je suis trop petit et à cause de mon dos j'ai été réformé ! J'avais le coeur bien triste et tourmenté, prenant conscience d'avoir fait mon temps avant même de commencer ! D'un autre côté, utile c'est bien beau, mais pas trop, sinon ça devient un boulot ! Inutile, on se la coule douce, mais pas trop, sinon on vous zappe ! Je suis perdu, impossible de me positionner et la nature elle-même ne peut me répondre.

022030

Tout autour de moi, l'on s'habille d'hiver. Une pauvre vieille petite feuille, persiste et rêve encore à quelques splendeurs passées. Se croyant immortelle, elle parade, revêtue de fantaisie, mais bientôt son effeuillage clôturera ce petit sursis accordé par dame nature. Les bourgeons en mal de printemps, se sont déjà débarrassés de leurs ancêtres et bientôt parés des atouts de leur jeunesse, les tendrons n'auront cure de ces brillants atours, superflus qui fondront bien vite sous la beauté du diable. Éternel recommencement où tout le monde se presse et l'on ne sait qui part ou revient !

029026

Je me trouvais cerné par un paysage en habit perlé, mon seul point d'ancrage étant ma patronne dans son habit obscur. Elle a bien du mal à mettre un pied devant l'autre, telle du vieux bois mort, elle craque et tangue à chaque pas ! Elle m'appelle pour me prendre dans ses bras et j'hésite à embarquer sur ce frêle esquif, la plupart des voyages réconfortants et pleins de tendresse se sont faits dans ses bras et fort de ces souvenirs, je me soumets, stoïque, à son bon vouloir et celui de mon pote qui fait la prise de vue.

 

062067

J'ai fini par trouver mon banc préféré, j'ai insisté pour m'y installer, pensant à tord y faire une pause à l'abri des intempéries ! Ma déconvenue est à la hauteur de cette triste journée, la neige fond sous le peu de chaleur qui reste en moi et dégouline le long des pics à glace, mon pote me trouve drôle et se marre, il veut que je tienne la pose, je suis dégoutté !

076

054

C'est ma patronne qui vient me délivrer de ma prison gelée, au risque de s'étaler de tout son long. Malgré mon manque d'entrain, je me précipite vers elle, histoire de la guider et me rendre utile. Avoir quatre pattes et de l'expérience n'a pas suffit et ma vieille après quelques figures acrobatiques, a fini par ressembler à un pantin désarticulé et s'est retrouvée cul par dessus tête. J'ai aboyé de frayeur et de colère, pourquoi prendre des risques quand on est convalescent, je me suis rendu compte que ces derniers jours, j'avais vécu dans l'inquiétude, craignant d'être orphelin. Tout cela m'avait rendu morose, l'inspiration m'avait quitté, mon scribe s'était mis en disponibilité et résultat des courses je ne savais plus où j'en étais !!

043041

 

 

 

045

046

047

J'étais transi, emmitouflé dans ma serviette, les yeux perdus vers un ailleurs, ma gueule tétanisée par le froid. Soudain des mots doux à mon âme, tendres à mon coeur, me parvinrent comme dans un brouillard, me faisant revenir à la vie et déjà je fondais sous le regard affectueux de mes maîtres : mon ptit zigouioui, tristounet, qu'est que tu as ? tu nous as si gentiment tenu compagnie pendant qu'on était malade, heureusement que tu es là pour nous faire rire,tu vas pas nous lâcher hein ? J'avais enfin ma réponse, j'étais un chien de compagnie. Alors utile ou inutile, ce n'est pas l'essentiel, car l'essentiel : c'est moi !

083

 

080

 

 "Réfléchir permet de se tromper judicieusement."