CHARLY dit "ZIGOUIOUI"

18 octobre 2019

"J'ai decidé d'être immortel, jusque là tout se passe comme prévu"

"La seule chose qui m'ennuie dans la mort c'est d'être absent"

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Tout se passe comme prévu. C'est vite dit ! La vieille veut "rentabiliser" ses vacances, donc pas question de faire relâche. Qui dit souvenirs dit balades à engranger au maximum, quoiqu'il en coûte. Donc, tout le monde sur le pont. Convenez comme moi, qu'il fait une chaleur à régler le problème des retraités ! Ce pourrait-il que sur ses vieux jours, not'vieille soit tentée par le veuvage. Mon pote lui dit souvent "le noir te va si bien" à force, ça lui a peut-être donné des idées... Ça ne me séduit guère et si je peux user de mon influence, je dirais qu'il faut inverser la tendance pour changer. Cette confortable position de veuf-rentier revient à mon pote, lui et moi, serons nous armer de courage, pour survivre à notre chère disparue... Ce scénario idyllique est aussitôt perverti par mon esprit toujours en éveil. Et si "mes deux" venaient à disparaître simultanément, qu'adviendrait-il de moi ? Un frisson me parcourt l'échine, suer ou trembler, voilà où j'en suis rendu...J'entre dans ma treizième année, chiffre qui n'annonce rien de bon. Le temps qui passe me courtise avec assiduité et je suis quelquefois tenté par ses arguments. Le vide que mon départ creuserait, serait compensé par une admiration quasi nationale de l'être exquis que je suis. Je suis tenté mais encore indécis et j'ai bien fait, celui qui mangeait des pommes m'a brûlé la politesse ! La triste nouvelle de mon décès n'aurait pas fait plus de bruit qu'un pétard mouillé. La vie continue... Me voilà suspendu dans le vide mais fort heureusement bien arrimé à ma studette par le poids de mon ennui.

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On me promet la lune et je ne vois que l'astre brûlant. La canicule s'est invitée pour toute la durée des vacances, j'en suis accablé. Il n'est même pas question de prendre de la hauteur, on y tutoie de trop prés le soleil. La patronne nous promet une balade à la fraîche et déjà je flaire l'entourloupe ! Sans perdre de vue le torrent qui m'accompagne, pas à pas, je prends d'autres repères. Les bois environnants offriront ici et là une ombre bienvenue et je ne désespère pas de faire, en chemin, une halte roborative digne de ce nom. Comme d'habitude, ça ne sera pas chose aisée, il me faudra donner un bon coup de collier pour obtenir gain de cause. Mon instinct de survie reprend le dessus. Pour l'heure, mettons nous en route puisque nous n'avons pas d'autres choix. En traversant la passerelle juste en aplomb d'une cascade, notre binôme oscille et mon "ptitjeuner" veut se faire la malle. La patronne veut me réconforter et me prendre dans ses bras, comme ça balance pas mal, je consens à son étouffante affection. De retour sur la terre ferme, je m'empresse de prendre mes distances avant que mon cuir ne s'attendrisse. Je vous aurais volontiers décrit notre paysage environnant, mais les mots me manquent et mon gosier s'assèche. C'est à côté d'un petit pont, à l'ombre d'un feuillu que mon copain et moi avons fait notre première pause. Nous ne sommes plus de la première jeunesse et faisons cause commune. Blotti entre son ventre et ses genoux, j'y ai posé ma bouille. Niché dans ce petit creux confortablement aménagé pour moi, j'ai suivi des yeux, les flots vert d'eau sous la lumière puis gris acier quand l'ombre vient les happer. Quelques éclats argentés me font cligner les yeux, l'écume blanche met le holà à cette taquinerie. Je décide moi aussi de me foutre la paix. Plus question de me mettre la pression, puisque je suis sur la pente descendante, au bout de ma life quoi !

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La pause désaltérante est terminée. Je me demande pourquoi la flotte exerce une telle fascination, alors qu'il me semble vital de se focaliser sur la bouffe. Mon pote toujours prévoyant, a rempli nos deux bouteilles, d'eau prélevé à la source, au cas où ! La vieille n'a pas voulu qu'on me baigne dans le torrent trop tumultueux. Craignant pour ma vie, c'est un peu tard pour y penser, elle a chargé notre compagnon de s'arrêter au premier ru qui passe pour que je m'y baigne. Ça ne m'a fait ni chaud ni froid, à peine le temps de faire quelques pas et j'ai déjà le poil sec ! Mieux vaut renoncer aux joies terrestres dans ces conditions, mes appartements m'attendent, c'est mon heure contemplative. Dans ce paysage baigné de lumière, la patronne chemine lentement. Il faut, pour aller loin, ménager sa monture et je me fais léger... Profitant de mon inattention, le torrent a décampé. Les pâtures en friche sont mises en couleur, les fleurs y embaument et pourtant mes amies les vaches se font rares à croire qu'elles ont quitté le pays. Passer sans transition de la neige à la canicule, c'est perturbant, surtout pour les pansus. Je profite de ma position élevée, pour jeter un oeil curieux et perplexe dans les rares étables sur notre passage. Consterné, j'y découvre mes laitières, vautrée au frais ! Elles me fixent hébétées, plus inquiétant encore, je ne distingue même pas leur pis. Si elles se refusent à travailler, le mufle au ras des pâquerettes, s'en est fini des gâteaux, de la vraie crème et de tout ce pourquoi je marchais....J'en ai plein le dos ! Je me débats furieusement pour sortir de ma studette, la vieille qui ne comprend pas mon impatience, m'apporte quand même son aide. À peine sur le plancher des vaches, qui ont pris la clé des champs, je perds le peu de sang froid qui me restait. Laissant mes vieux abasourdis, je sprinte ventre à terre après mon ombre, avec le soleil pour témoin. Aux abois, poursuivi à cor et à cri par mes vieux, je cours à ma perte....Je ne sais si c'est la voix lointaine de mon pote tentant de me faire entendre raison ou mon épuisement, qui m'a fait déclarer forfait, toujours est-il qu'on a eu chaud ! Essoufflée, la vieille nous rejoint et me passent en replay, des "J'ai cru que je t'avais perdu !" et des "j'ai cru que tu allais mourir !" tout en sanglotant. Elle en a fait toute une histoire... Une étreinte suffocante mais ô combien chaleureuse nous a tous trois réunis et j'ai repris contact avec la réalité. Triste réalité tout de même, puisqu'elle me vaut de me retrouver la bride au cou.

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Tant qu'à faire, je marche à mon rythme, pépère et l'impose à mes deux compagnons. De temps à autre, je m'arrête pour gratter mes soucis qui me démangent et me rebattent les oreilles, juste là derrière la tête. Pour couronner le tout, je me retrouve à chacune de mes pauses, avec deux bouilles inquiètes au-dessus de la mienne. Elles m'interrogent du regard et je leur rends, sans réponse. J'ai eu un moment d'égarement qui va me poursuivre toute ma vie, toute ma vie, c'est vite dit ! Dans les yeux de mes vieux je ne vois qu'un mort en sursis. La vieille me met à l'ombre et m'oblige à boire une jatte entière de flotte, une de plus ! Ma serviette magique est imbibée d'eau du torrent puis posée sur mon dos pour me rafraîchir. Ils ont fait de moi, une outre gonflée d'eau et la seule chose que je me demande, c'est s'il me reste encore de la place pour un repas solide !! Finalement un banc, sous la protection divine, nous dispense une auréole d'ombre bienfaisante, le temps d'un piquenique sommaire. Le torrent est revenu se jeter à nos pieds et mon pote refait ses provisions d'eau...Quand à moi, je suis aux abonnés absents. Je me demande pourquoi les deux pattes me disent souvent qu'ils échangeraient volontiers ma vie de chien contre la leur. Je n'ai probablement pas l'art et la manière pour leur expliquer qu'il ne faut pas regarder ma vie par le petit bout de la lorgnette ! A peine sevré, on m'a parachuté chez les deux pattes sans mode d'emploi. Mes compères sont arrivés les premiers et m'ont mis la main dessus. J'ai joué le jeu grâce à ma grande faculté d'adaptation et ils se sont entichés de moi...tel est pris qui croyez prendre ! Puis on m'a retiré tout ou presque ce qui fait l'attrait d'une vie, la bouffe et le sexe... Je suis sûr que j'aurai eu un succès fou en vous racontant ma vie sexuelle, malheureusement, mes absentes m'ont mis en panne d'inspiration et vous vous seriez ennuyé !

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Le soleil n'est pas resté longtemps à son zénith, on a plié bagages alors qu'il continuait sa descente imperturbable sur l'arc du ciel. Sans cesse sur notre dos, il veut nous mettre à genou. Finalement, une heure plus tard, le roi soleil s'est vu refuser l'entrée d'une forêt de feuillus qui nous a ouvert un oasis de fraîcheur. Le sol est recouvert de petasites, sous lesquelles murmure un ruisseau qui peine à faire son chemin. Juste à côté un banc encore visible mais cerné par la végétation, nous invite à la rêverie...Je songe à emporter une de ces larges feuilles et m'en servir de couvre-chef ! Petit à petit mon mal de tête s'évapore et je me sens léger, merveilleux moment que je peux apprécier à sa juste valeur parce que j'ai enduré la fournaise. Hélas, toutes les bonnes choses ont une fin et nous avons encore de la route à faire. Au sortir du bois, échauffée d'avoir été snobé, la chaleur nous a écrasé sans pitié. Sur la longue et sinueuse route blanche, nous avons sué sang et eau. Comme la vieille ne peut résister à un beau point de vue, elle nous en a fait le descriptif. La tête penchée à ma fenêtre, résigné, j'ai suivi son doigt qui faisait écho à son discours. Soudain, un mot, un seul a réveillé mon appétit de vivre : fromagerie ! Aussitôt, je suis descendu de mon olympe pour prendre la direction des opérations et, en un rien de temps, on était aux abords d'un hameau de gourmandises ! Je pourrais vous décrire les lieux, les odeurs etc... mais ce serait en dessous de la réalité et puis surtout je n'ai pas le temps ! Je me suis précipité pour chercher une table disponible, tout en saluant bon nombre de gourmands déjà installés depuis belle lurette. J'ai constaté que ces autrichiens avaient pris le chemin le plus court...en voiture ! Moi j'ai moins de chance, j'suis maqué avec deux vieux qui pensent qu'il n'y a pas lieu de faire simple quand on peut faire compliqué. La preuve, quand ils m'ont rejoint à notre table, ils ont commandé...des gâteaux !! J'ai pas moufté de peur d'être exclu de la dégustation, j'avais déjà du faire l'impasse sur le fromage, dont l'odeur venait taquiner ma truffe par intermittence.

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Lorsque nous avons retrouvé nous aussi notre voiture, garée "un peu beaucoup" plus loin, j'ai pris un grand plaisir à m'installer à l'arrière de ma berline. Trois petits tours sur moi-même ensuite checking habituel, je vérifie que mon coussin, mon accoudoir sont "in ordnung". Pour finir, je renifle mes glandes à phéromone, auxquelles je suis bêtement attaché, on ne sait jamais sur un malentendu ... Mes vieux toujours à la traîne rangent, sacs, bâtons, chaussures et le toutim. Ils sont particulièrement lents et bavards troublant mon repos bien mérité. J'ai râlé, grommelé et on a enfin quitté les lieux. J'entendais mes ronflements réguliers et apaisés, le signal qui ne trompe pas pour me laisser aller et m'assoupir. Au lieu de quoi, la voiture freine, mes vieux s'agitent et mon coeur palpite de peur qu'il remette le couvert... pour une balade ! La truffe collée sur ma vitre, je me retrouve nez à nez si on peut dire avec une ruminante pas aimable pour deux sous, qui nous refuse la priorité, menaçante elle m'a toisé du regard et sans me dégonfler je lui ai dit :

 "Mourir ! Pourquoi faire, j'ai pas le temps !"

 


28 septembre 2019

"Quand le meilleur ami de l'homme est un chien, ce chien a un sacré problème"

 

A Nadine qui s'inquiète et s'impatiente, je l'en remercie, me voilà enfin, fidèle au poste !

 

"Quand je vois ce que je vois et que j'entends ce que j'entends, je suis bien content de penser ce que je pense" 

Au saut du lit, la vieille me tombe déjà sur le râble. Elle dit que j'ai la langue bien pendue alors que je n'ai pas dit un mot... Mais par contre, j'ai la langue qui fait la quête et ça personne ne le voit. Pourtant, j'enchaîne depuis un bon moment des allées et venues entre leur champ de vision et mes rations, tentant avec l'énergie du désespoir de rappeler à mes vieux, leurs obligations envers môa. Depuis douze ans déjà, je persiste à revendiquer trois repas par jour comme mes compères et à ce jour, je suis toujours victime de discrimination ! J'étais donc sur le point de renverser ma boite à croquettes pour faire avancer le schmilblick, quand mon pote a finalement pris les choses en main. Il m'a fait l'obole d'un petit déjeuner minimaliste, trois croquettes pour être précis, le reste ayant fini dans le sac à piquenique. Ma pension alimentaire se réduit comme une peau de chagrin ! La vieille me toise du regard avec insolence tout en ingurgitant, sans partage, sa dernière tartine. Le sourire en coin, du genre qui mijote un mauvais coup, elle me dit :" Ne plus t'avoir sur le dos mon choupinet, serait un bonheur à nul autre pareil !" Je crois déceler un double sens à ses propos, pas vous ?!

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Comme d'hab, à l'arrière de ma berline, j'ai tenté de me repérer, la truffe collée contre la vitre. Un virage à angle droit m'a remis à ma place, le temps pour moi d'apercevoir une licorne installée à la sortie de Seefeld où je suis en villégiature pour quelques jours. Aujourd'hui, je me sens tout à fait disposé à mettre pied à terre car ma patronne veut nous emmener au Brunschkopf, endroit magnifique selon ses dires. "Entre Leutasch et  Mösern" dit-elle, pour situer le plus largement possible son petit paradis. Elle en dévoile le moins possible pour que notre surprise soit totale et s'ajoute à la magie des lieux. On va prendre le chemin des écoliers direction Mittenwald. J'ai repéré deux parkings le long de la route qui ne devraient plus être bien loin dit-elle. Elle ne s'est pas trompée. Le premier avec quatre places... déjà prises et l'autre exclusivement réservé... aux voitures attelées. Notre virée prend une tournure hasardeuse. Mon pote se consacre exclusivement à la recherche d'une place pour se garer, le long de cette jolie route qui relie le Tirol à la Bavière toute proche. A force de chercher où stationner, on en a oublié notre but, non géolocalisé, qu'il nous faut atteindre. Je me demande si on ne va pas finir par se garer à côté ou en être beaucoup trop éloigné ....Comble de malchance, au sortir de la voiture enfin garée, une chape de plomb de 36° nous assomme. Je sentais bien que cette journée n'amènerait rien de bon... Mais, il n'y a pas plus grande marque de fidélité à son maître que de lui montrer un attachement sans faille. Alors, sans faiblir, sans faillir à mon devoir, tel un bernard l'hermite attaché à sa coquille, je suis monté dans mes appartements...

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A mon sens, je n'ai pas démérité ! Je suis resté fidèlement à ma place, même si ma nuque était constamment en surchauffe. Je me suis autorisé une halte vitale pour boire un coup et me rafraîchir un peu. Une chose en entraînant une autre, ma vessie s'est rappelée à mon bon souvenir avec insistance et j'ai fait escale pour m'alléger de ce fardeau. Puis très rapidement, coincé entre les 36° de l'extérieur et les 37,5° de chaleur corporelle de la vieille, j'ai été pris de faiblesse, déshydraté, presque à bout de souffle. J'ai demandé une pause pour boire un coup et me.... Vous me suivez ? Pris dans cette engrenage infernal, contre lequel j'étais impuissant, la vieille m'a achevé en me traitant de "chiant" de fainéant et de gnan-gnan. J'ai un métier pas facile et bien peu de mes collègues veulent s'y coller. Je fais de l'aide à la personne, aux seniors pour être précis et c'est pas de la tarte !! A ce rythme là, toujours dans le renoncement de soi, je crains de ne pouvoir un jour prendre ma retraite pour être enfin payé de retour.... Malgré tout, j'ai persisté à grogner à son oreille des encouragements aussi bien dans les montées que dans les descentes. Souvent, je me demande ce qui me pousse à soutenir ce cas désespéré. Si la canicule s'est liguée contre nous, je n'en suis pas la cause. Je ne peux tout de même pas porter tous les tourments d'une ingrate, sur mes frêles épaules. Lasse de son excédent de bagage, la vieille m'a mis à pied sans préavis et s'en est allée faire une pause pipi. Faisant preuve d'abnégation, comme toujours, je ne lui en ai pas fait le reproche. J'ai tenu à l'accompagner, malgré ses nombreuses tentatives pour m'évincer, craignant qu'elle ne se perde, livrée à elle-même. Ça nous aurait gâché les vacances ! Je prends mon travail très au sérieux, même s'il n'a pas toujours des côtés agréables. Je suis resté assis à ses côtés puis l'ai ramené dans le rang. Un rien la contrarie, je me demande pourquoi elle râle quand je lui tiens compagnie. Est-ce que je proteste moi, lorsque, pour une obscure raison, il lui arrive de me garder sur son dos pendant sa pause pipi, jouant à l'équilibriste avec ma vie ? La meilleure approche, c'est quand même la mienne !

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La voiture remisée, chacun s'était laissé bercer par le spectacle de la nature, la chaleur neutralisant toutes réflexions. Toute à la joie de nous dévoiler son "Brunschkopf", elle est partie sans carte. Sa mine perplexe, le sourcil froncé ne présage rien de bon. Mon pote et moi restons sur la réserve et avançons à l'ombre, c'est déjà ça de pris ! Une fois à découvert, un peu abrutis, nous n'avons pas de suite perçu "un je ne sais quoi" de familier. Le paysage printanier nous offre, cette fois, son lot de fleurs et d'insectes, de quoi distraire notre guide pendant un petit moment. Finalement, des panneaux jaune, indicatifs et bienvenus, nous ont permis d'y voir plus clair... Mon pote s'exclame : v'là ton "Gründkopf" !! La vieille s'approche et rétorque que ce n'est pas celui-là, ça ne s'écrit pas comme ça...bla-bla-bla..."Tant mieux, car on lui tourne le dos" répond mon pote qui examine le deuxième panneau. Et toc ! Toujours pas de paradis en vue...Puis vient l'estocade : "Droit devant c'est le Ferchensee et le lautersee". Je remue la queue et mon compère se bidonne. La vieille est sur l'cul, la nouvelle lui a scié les pattes, nous vlà en Bavière. On ne va pas l'entendre avant longtemps et ça va nous faire des vacances !

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Le hasard s'est mis sur le chemin de notre "guide de montagne" pour contrecarrer ses plans. Mon pote et moi sommes satisfaits de son choix. Seule la penaude couve sa mauvaise humeur pendant la dernière grimpette tout en suée. Une trouée dans la forêt nous fait miroiter notre lac préféré. De mon côté, j'estime ma mission comme  accomplie et je sors ma botte secrète. Une méthode traître mais imparable : je fais le mort ! Ça marche à tous les coups, sauf avec la vieille trop soupçonneuse. Mon pote me soulève avec précaution, me rassure avec un brin d'inquiétude dans la voix "Viens mon titi". Puis il m'installe dans mon sweet home, sans demander son avis à la patronne, d'ailleurs il n'y a aucune raison de le faire, je voyage toujours "all inklusive" ! Heureux, je m'ébroue dans ma petite studette avec de piquer un roupillon. La vieille bougonne sans arrêt et trouble mon repos. Elle s'est plantée et refuse d'accepter l'évidence, cherchant le "pourquoi du comment" et peut-être même qui c'est-t'y qui a "m....". Moi, le Brunschkopf, ça m'en touche une sans remuer l'autre et pour cause, j'en ai point ! N'ayant pas l'ambition d'être sa tête de turc, je me suis fait tout petit...Finalement, notre chef de file s'est résigné, le silence lui a coupé le sifflet et nous a enveloppé comme une caresse. Il descend avec nous au travers des bois, censure le chant des oiseaux à notre passage. Aux abords du lac, il s'étale de tout son long, ferme le bec aux canards qui s'en vont cancaner ailleurs.             

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Lorsque j'ai vu la jolie cabane en bois, posée sur l'herbe tendre, j'ai eu un vrai coup de foudre et dans ma tête un merveilleux programme a vu le jour. De peur que la vieille, par esprit de contradiction, refuse de me laisser mettre le nez dehors, je me suis passé de sa permission. Tentant de m'amincir, j'ai essayé de passer à travers la fenêtre de ma studette où je suis resté coincé. Personne n'a pu faire obstacle à mon projet, ni les moqueries, ni les remontrances. Rien à cirer ! Une fois à pied d'oeuvre, j'ai humé deux, trois fleurs, histoire de focaliser l'attention de notre râleuse de service sur son addiction. La vieille enfin casée, j'ai pris le chemin le plus direct, en marchant dans le petit ru bien pressé de se faufiler sous la cabane. J'en ai bu l'eau claire et rafraîchissante pour finalement accoster à l'ombre de mon petit paradis (chacun le sien !). Les grands esprits se rencontrent, mon pote plus à l'aise sur la terre ferme m'avait rejoint dans la foulée.

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Nous étions sur la même longueur d'onde et sitôt la couverture étalée, j'y ai posé mon fondement, pour m'attabler. Soudain, face à moi, sur ma verte prairie, se découpe la silhouette ombreuse d'un géant. Mon coeur a fait un raté et mon estomac s'est contracté à l'idée de cet invité surprise. Dégoûté, j'ai tourné la tête pour découvrir avec soulagement, la vieille venue réclamer son dû. C'est moins grave que si c'était pire... À table ! Mais voilà, on ne peut jamais être tranquille. Avez-vous déjà remarqué cet étrange phénomène, qui fait que, chaque fois que quelqu'un s'installe à côté de vous, c'est un  c... ? Là, en l'occurence, il s'agit de deux "pingouins" qui me prennent pour un pigeon et veulent casser la graine chez moi sans invitation !! Ils ont juste eu le temps de décoller en mode hélicoptère. Les coin-coin je les aime au loin, lorsqu'ils voguent sur l'eau parce que ça me repose. Je les aime aussi de près, pour leur faire des léchouilles surtout quand ils sont accompagnés d'une sauce à l'orange, ça me réconforte...Je suis la tolérance incarnée, l'ami des bêtes à 2 ou 4 pattes, mais faut pas pousser.

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Puisque la patronne est là, on est obligé de partager notre maigre repas. J'étais tout disposé à lui refiler mes croquettes en échange de sa tambouille, mais peine perdue... Quand elle a sa bouille des mauvais jours mieux vaut ne pas entamer de négociation. J'ai rarement l'occasion d'en placer une et ce n'est pas toujours facile pour moi de gagner mon bifteck, coincé entre deux acolytes sur le déclin. Mon complice a la vue qui baisse et ne voit pas le temps qui sculpte, sans talent, le visage de ma vieille. Quand à elle, depuis qu'elle porte des loupes, sa vision nous a rajeunis et voilà qu'elle exige de nous, plus que nous ne pouvons donner. J'ai pour ma part décidé d'être sourd et forcément de n'en faire qu'à ma tête. En vertu du droit des vivants à disposer d'eux-mêmes, mon pote et moi, avons opté pour une sieste majestueuse. Comme toujours, pour mieux accompagner ma digestion, même légère, mon esprit s'en va rêvasser en gastronomie...Les yeux mi-clos, je songeais aux quatre pattes autrechiens dont la démarche est si particulière. L'arrière-train généreusement rembourré, ils se dandinent fièrement. Souvent à l'arrêt pour de longues pauses béates, ils offrent à la caresse du soleil, leur ventre proéminent comme les beaux sommets que je préfère contempler. Leurs bidons nourris au lait de vache (J'ai mes sources !!) sont exposés sans complexe aux yeux de tous et posés délicatement sur l'herbe fraîche. Puis, sans se presser, ils repartent, l'oeil gourmand et conquérant vers un autre Kaffee kuchen*. Enfin un objectif concret pour mes vacances, cet ambitieux projet m'a réveillé et d'un bond, j'ai quitté le ventre accueillant de mon compère pour partir à la recherche de celle qui n'est jamais là quand il faut... Ma troupe rapidement rassemblée, on a plié bagage et quelques centaines de mètres plus loin, j'ai trouvé, sans carte mais rien qu'au pif, une bonne adresse qui valait le déplacement. La patronne a voulu avoir le dernier mot tentant de remettre sur la table "le pourquoi du comment" et nous gâcher notre dégustation. Je suis venu m'installer sur ses genoux afin qu'elle change de sujet et se concentre sur ma part de gâteau avant qu'il ne soit trop tard pour se la partager... S'il est bien vrai que la seule personne qu'il faut supporter toute la vie c'est soi-même et ben y'en a qui n'ont pas fini de souffrir !! Je me devais de la consoler, heureusement que je suis là...

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"Quel sort plus triste pour un chien que de n'appartenir à personne"

 

 * Kaffee Kuchen : Le quatre-heures, le goûter, collation gourmande dans l'après-midi....

 

25 août 2019

"Je ne plie le genou devant rien, ni personne : j'ai de l'arthrose."

 

"Peut-être suis-je myope et un peu sourd, comme tout critique qui se respecte."

 

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Quelle heureuse surprise ! La mine déconfite de ma vieille me rassure, je n'ai pas la berlue. On vient de dérober son lac préféré, tout ce chemin pour rien, oh ! comme c'est dommage... La gueule encore toute ébouriffée d'avoir sombré dans un sommeil chaotique, j'attends que le hayon se referme sur moi et que l'on rentre au bercail. Mais c'est à mon tour d'être contrarié qu'on me fasse mettre pied à terre. Fort heureusement à proximité du parking, une navette nous attend pour nous déposer quelques kilomètres plus loin. Hélas, je n'ai pas pu me rendormir. La conduite brusque et nerveuse du chauffeur m'a obligé à me focaliser sur son beau chapeau orné de plumes qui s'éventaient, plutôt que sur la route que je croyais quitter à tout instant. Ce ralliement à ce beau panache ne m'a valu que des nausées. Un coup de frein soudain mais salutaire nous ouvre les portières juste à temps ! Une grande bouffée d'air frais me fouette évitant ainsi que je ne répande ma bile sur les genoux de la vieille. Débarrassé momentanément de ma contrariété, je jette un oeil alentour, un peu inquiet. On nous a déposé au terminus d'une de ces belles vallées de la Zillertal, qui se termine bien souvent en cul de sac. La vieille a changé ses plans et refuse de se promener au bord du lac asséché pour cause de travaux. Jusqu'au-boutiste, elle préfère encore aller plus loin quitte à être dans l'impasse !

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Le torrent a perdu de sa superbe, il est à plat et file tout droit lové au creux de son lit, abandonnant ses alluvions, trésors accumulés dans sa descente effrénée. Il semble à bout de souffle et peine à regagner le lac, il tombera de haut en le découvrant asséché. Notre route s'étire en longueur et fait des méandres se refusant à n'être qu'une voie sans issue. Elle n'en finit pas d'en finir, alors qu'au loin l'ombre et la lumière font le cirque. Je me demande ce que ça cache ? Pour tromper mon inquiétude, je profite du paysage de chaque côté de mes flancs qui se creusent ; une petite faim sans doute !! Sur ma gauche, tout près de moi, les sapins en rangs serrés entament l'escalade du versant le plus ombragé, me laissant juste un talus herbeux pour y laisser ma trace et humer quelques parfums nouveaux. Le cours d'eau a choisi le versant opposé, chauffé par le soleil. Chaque creux, chaque entaille que le temps a sculpté dans la montagne, est propice aux eaux vives. Tout au long de l'hiver, un jeu de piste mal balisé, les a égarées. Le torrent affaibli vient, avec hâte, les accueillir dans son lit. Les cascades et les flots s'entremêlent, grondent et rugissent du plaisir de se retrouver enfin.

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Droite

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Nous sommes arrivés au fin fond. J'entre dans cette arène baignée de lumière, mais tout cela n'est que trompe l'oeil ! Je suis au bout du bout qui n'en est pas un. Mon chemin, plus étroit, s'etait faufilé derrière les sapins à ma gauche sur une courte distance et j'ai bien failli le manquer. La forêt dense monte la garde et nous stoppe net dans notre progression. Devant nous un menhir se dresse et porte bien haut un écriteau, que je soupçonne être un avertissement du genre "interdit", ce qui aurait bien arrangé mes affaires... Mon pote nous en fait la lecture, je n'ose y croire : Kässeler Hûtte ! Tout de suite, j'ai ressenti la magie des lieux, ça me parle... Mais s'en vient l'empêcheur de tourner en rond qui hésite et fait la fine bouche, j'hallucine ! Ça fait déjà une heure et demie qu'on marche tout ça pour atteindre le trou du cul du monde et maintenant qu'on arrive enfin ou presque, à quelque chose d'interessant, la vieille se fait prier. Bon sang de bois v'là qu'elle minaude alors que nous sommes si près du but pour nous empiffrer. Évidemment qu'on n'est pas venu jusqu'ici, pour déguster une spécialité alsacienne !! Mais revisitée à la mode autrichienne, moi, personnellement, quand à moi-même, je dis qu'il faut saisir les opportunités. Elle veut savoir si on en a encore sous le pied et pour combien de temps, bla-bla-bla... On est venu pour randonner, oui ou non ? Elle n'a qu'à longer les bois et suivre son idée fixe : grimper ! De mon côté, je suis prêt à tous les sacrifices, y compris celui d'être ballotter derrière son dos. Je retiens mon souffle, mon pote se retourne et répond : banco ! La chance est avec moi. Du haut de mon observatoire je vais guetter l'apparition de ma Hütte, car je veux être aux premières loges pour la dégustation.

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Le coeur joyeux et plein d'enthousiasme sur ce joli chemin muletier, je ne ménage pas ma peine secouant ma vieille comme un prunier, toujours derrière son dos je l'encourage à la persévérance. Ma table m'attend à 2279 mètres. Un autre cirque, orné de sommets enneigés me nargue au loin, pourvu que ce ne soit pas une apparence trompeuse. Le terrain est pavé de bonnes intentions et j'y crois dur comme fer. Soudain des voix nous parviennent d'un peu plus haut. Deux tyroliens en culotte de peau, avec pour seul bagage un long bâton en bois plus grand qu'eux, dévalent notre sentier avec l'agilité des cabris. La vieille qui a de la suite dans les idées, les interpelle et baragouine pour avoir quelques compléments d'informations. De suite, ils me confirment par quelques caresses que je suis apte. Un teckel fait le taf sans problème, je peux le prouver à tout instant, il suffit que je mette pied à terre ! Vient le tour de mes deux compagnons, ils sont jaugés de haut en bas. Les deux autrichiens se concertent puis rendent leur verdict : pour des "alt*" non montagnards, il faut compter encore deux heures pour toucher au but ! Ils disparaissent bien vite après avoir jeté un froid sur notre trio. La chance me tourne le dos, mes vieux ne tiennent pas la route et veulent y réfléchir en faisant une pause. Deux heures que l'on marche, le compte est vite fait : quatre aller, quatre retour et je ne parle même pas de la pause gastronomique...La navette ne nous attendra pas ! Alors on s'est installé pour un piquenique qui manquait de hauteur...gustative. Mais pour un teckel nain, je ne pouvais rêver mieux que ce belvédère qui a, l'espace d'un moment, fait de moi, le roi du monde !

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Notre enthousiasme a été mis à rude épreuve, le retour nous a pris un peu moins de temps qu'à la montée. J'ai préféré rester dans mes appartements car le fumet de ce Kässler me harcèle encore alors que je peine à digérer ma frustration. La vieille est contrariée, ses photos sont toutes floues à cause de mon remue-ménage. Elle en a plein le dos et m'a refilé à mon pote. Après avoir terminé d'engranger ses souvenirs pour la postérité, elle nous a rattrapé en toute hâte. Un long silence s'installe et me berce. De retour dans la vallée, changement de décor ! Les pâturages sont pris d'assaut. Un grand troupeau de laitières est à pied d'oeuvre pour tondre les flancs de la montagne. L'herbe est grasse et repousse bien vite sur cette terre humidifiée en permanence. Ça cascade de tous côtés pour nourrir le torrent. Il se gonfle de suffisance, ramassant sur le bord de son lit qui voudrait s'y aventurer. Les vaches au pied montagnard en prennent à leurs aises, empiétant sur le terrain des biquettes qui se sont exilées un peu plus bas. Elles forment des petits groupes, chaque clan investit une grande pierre plate chauffée par le soleil. Et ça bavarde, vautrées, l'oeil critique sur ceux qui bossent. 

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J'ai veillé au grain derrière le dos de mon compagnon, des fois qu'on aurait égaré not'vieille ! Tout ça pour rien, mon pote dit que les attachiantes ne se perdent jamais...L'appétit vient en mangeant et le petit peu consommé sur les hauteurs me laisse comme toujours sur ma faim. J'avais beau me creuser la cervelle, impossible d'y trouver une idée nourrissante. Mon ventre vide me prend la tête. Il ne reste qu'une alternative, mettre pied à terre et aller où mes pas me portent. Ils savent où ils vont et je peux m'y fier...J'ai su en traversant la terrasse de la Grüne-Wand hütte que j'avais toutes mes chances...Mon pote, dans mon sillage, peine à me rattraper, s'engouffrant ainsi dans mon piège savamment planifié (Ok, y'a peut-être aussi, une petite part de hasard là dedans, vous allez pas chipoter !) Bref, je n'avais plus qu'à laisser les choses s'ajuster, ça n'a pas été sans mal. Mon pote me rattrape et m'asservi mais il est au bout de ma laisse... Distrait, il hume le fond de l'air avec gourmandise, la patronne survient à point nommé et reçoit dans la foulée une invitation à la pause café, en attendant l'arrivée de la navette. Mais la rusée nous a vus venir de loin et j'ai bien cru qu'elle allait nous priver de dessert. Fort heureusement, il y avait juste sous leur nez, deux autochtones en pleine dégustation d'un kaiserschmarren, de quoi les appâter !! Et l'on a cédé unanimement à notre péché mignon. Affairé à recevoir mon dû, j'ai peut-être manqué de réflexe alors que la navette s'éloignait avec nos deux voisins de table à son bord. Pendant que mes vieux, toujours assis, contemplaient béatement le paysage, je les ai fixés un long moment d'un oeil interrogateur, ma bedaine repue, vautrée sur le sol entre mes deux pattes. Le piège s'est, cette fois, refermé sur moi. Trahi, je vous le donne en mille, par mon pote, qui extatique, s'est exclamé : "J'ai trop mangé !" en caressant son ventre. L'ancêtre a sournoisement profité de cet instant d'abandon. "Et si on se faisait une petite marche rapide jusqu'au parking, histoire de faire passer tout ça ?". Comme on ne m'a rien demandé, je précise "J'n'ai pas de soucis de cet ordre là moi madame ! Vous irez sans moi !" Ils m'ont rapatrié "chez moi" sans ménagement pour que je puisse y bouder tranquille. Et bras dessus, bras dessous, en avant pour les sept kilomètres restants, je vous fais grâce du demi et on n'a pas chômé...

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À part une petite halte au bord du torrent pour se rafraîchir, nous avons allégrement avalé la moitié de notre parcours. J'en ai d'ailleurs profité pour retrouver le plancher des vaches, juste le temps d'arroser quelques fleurs. J'ai pris conscience qu'ils pouvaient fort bien se passer de moi aussi ai-je regagné mes appartements. Je me suis assoupi et bien sûr, loi de l'emm.... maximum, des meuglements m'ont bien vite tiré de ce premier sommeil. Je mets ma truffe dehors pour voir ce qu'il en est et mon poil se hérisse,j'ai eu une grosse frayeur, comme mes vieux ! Une cavalcade de bestiaux pressés se rue sur nous en droite ligne de la montagne et déboule sur notre route sans même nous calculer. Les vaches nous doublent, sans aucun respect pour notre priorité et comme nous ne faisons pas le poids, on a fait profil bas sans même rouspéter ! J'ai dû me remettre au boulot et surveiller les arrières de ma vieille, c'est à dire... moi !! Hors de question que je perde la vie, j'avais déjà perdu le sommeil. Garde toi à gauche, garde toi à droite, de tous côtés, les ruminantes surgissent et nous pressent, elles se sont données le mot, c'est l'heure de pointe... Certaines refusent de rentrer dans le peloton et prennent des chemins de traverse, tout en nous jetant des regards en coin des plus inquiétants ... Finalement, après avoir louvoyé à nos risques et périls dans les embouteillages, nos chemins se sont séparés. Elles ont bifurqué vers deux ou trois étables environnantes tout en beuglant du retard de la traite. Notre parking était encore loin, mais visible, cette balade sur le dos de ma vieille m'a épuisé. J'ai un moment songé à marcher un peu pour étirer mes muscles endoloris mais rien qu'à y réfléchir, je sentais fondre mes précieuses réserves... Je mettrais pied à terre la prochaine fois, si mon ventre et ma tête tombent d'accord ...

 

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 "J'écoute mon corps, il me parle sans répit"

 

 

 

 

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01 août 2019

« J'étais né pour rester jeune et j'ai eu l'avantage de m'en apercevoir le jour où j'ai cessé de l'être. »

 

 

"Je suis dans la fleur d'un âge qui commence à sentir le chrysanthème."

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Et croyez moi, ça me fatigue ! Je m'étais fait à l'idée de patauger dans de la neige fondue et prendre quelques saucées à l'occasion. Mais plus que tout j'espérais me ressourcer au bon air frais de la montagne, la première journée de vacances m'a filé des suées dès l'ouverture du hayon ! J'ai accepté de poser, pour vous souhaiter la bienvenue à Seefeld à la seule condition d'être à l'ombre...

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Les quinze derniers jours avant notre départ, la vieille a surveillé la fonte des neiges, jour après jour via internet, en se lamentant de la lenteur du processus. C'est en ronchonnant, pour ne pas changer, qu'elle a bouclé nos valises moitié hiver, moitié été, en espérant une mi-saison... Enfin sur place, le coeur en fête, elle s'extasie du bel été venu la saluer au sortir du véhicule, imaginant déjà le beau décor floral qui l'attend en haut du Gwandschkopf. Je me demande tout de même pourquoi le printemps n'a pas eu droit de cité cette année ! Voici donc ce que nous avons contemplé... l'année dernière ! J'avais omis de partager ce spectacle avec vous, voilà c'est chose faîte. Vous noterez que la période fut faste et favorable pour la plus grande joie de ma patronne, quand à moi, j'étais déjà en recherche d'un abri ombragé...

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Mon pote veut se charger de l'intendance, ce qui me comble d'aise ! Pour que la patronne ne reste pas dans ses quilles, je l'ai emmené vers son paradis fleuri, ne faisant que mon devoir. Mon fessier bien au frais sur une longue plaque de neige, je me suis régalé de glace, tout en contemplant la ville en contrebas sous la férule du roi soleil. Sur un terrain jauni et glissant, la vieille n'a trouvé que des crocus sur le départ et quelques rares soldanelles, l'euphorie s'en est allée et lui a fané le visage. En suivant les primevères au long cou qui tentaient d'atteindre la crête, elle a fait une surprenante et nouvelle découverte. Le sourire retrouvé, elle mitraille à coeur joie des eaux miroitantes, lovées juste sous le sommet dans un magnifique écrin. les sapins regroupés en arc de cercle camouflent un lac artificiel qui ne se découvre qu'au dernier moment en longeant un barrière de bois. Ce jour là, paré de sommets enneigés, il nous a ébloui...

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Pressant le pas, nous avons rejoint mon pote qui nous attendait pour faire le tour de l'Eibsee, c'est la journée des lacs !! Celui-ci s'est ancré sous le zugspitze qui prend le frais à plus de 2900 mètres en  Bavière. Il nous faudra bien deux heures pour en faire le tour et à ce compte là, j'aime autant me surélever pour apprécier au mieux ses couleurs, l'émeraude à ma préférence. C'est mon jour de chance, mon pote a sollicité mon aide et me charge de surveiller l'ancêtre. Travail dans lequel j'excelle et du haut de ma position stratégique, je n'ai pas ménagé ma peine...Finalement, nous n'avons pas beaucoup marché, surtout moi, je vous l'accorde. Le chemin était barré pour cause de remise en état, revenus sur nos pas, j'en ai profité pour saluer deux bons amis. Deux frustrations dans une journée, s'en est trop pour ma patronne. Pour conjurer le sort, elle a voulu à tout prix faire cette balade en s'engageant sur le chemin par lequel nous aurions dû arriver, peine perdue....  

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Pour ne pas traîner avec nous "mauvaise humeur" le copain de ma vieille, nous avons fait un petit détour obligé à Garmisch-Partenkirchen chez le pâtissier Krönner, afin de nous débarrasser du rabat-joie et à nouveau tous les trois, nous nous sommes attablés pour un premier service...

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Au retour, la vieille m'a passé en revue comme tous les soirs, tout en nous relatant avec force détails, les festivités prévues pour demain. Ça m'a coupé les pattes, j'ai alors planifié une version plus soft dans ma petite tête, pendant qu'elle oeuvrait sur ma carcasse. Hors de question d'avoir la patronne sur le dos toute la sainte journée, je ferais ce voyage découverte bien confortablement installé dans ma studette. L'ordre et l'organisation y'a qu'ça de vrai pour vous libérer l'esprit et je me suis endormi...

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"On ne doit se résigner qu'au bonheur !"

 

 

07 juillet 2019

"La vie est belle, dit la fleur, je me tue à vous le dire . . . et elle meurt !""

 

"Réfléchir, c'est déranger ses pensées."

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Là par exemple, je ne pense à rien...Si, si je vous assure, à rien du tout !!

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Là par exemple, je ne vois rien étant un ardent défenseur de la nature et ça m'arrange...

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Là par exemple, je contemple avec courage et détermination le chemin qui reste à parcourir, mais je ne vais pas flancher... il peut toujours attendre !!

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Et là, j'entends mon estomac qui crie "à table", il y a des moments dans la vie où il faut abdiquer et obéir !

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"C'est quoi réussir sa vie, sinon cet entêtement à ne jamais aller plus loin que ce qui vous enchante à ce jour, à cette heure."

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22 juin 2019

"Je ne suis pas difficile, je me satisfais aisément du meilleur"

 

"L'éternité cela me plairait sûrement, cela commence couché !"

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Vous êtes là ? Ne soyez pas trop déçu, je n'ai pas encore de nouvelles fraîches à vous donner. En attendant pour le plaisir des yeux, voici un petit intermède au royaume de mes souvenirs. Une petite virée, nonchalante à plus de 1600 mètres où mes maîtres se réjouissent de m'emmener en bateau...

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Les saisons passent et ne se ressemblent pas ! La preuve, quelques jours avant notre départ, ce même territoire que je vous invite à découvrir sous le soleil, était encore sous la neige !! 

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Il me faudra peut-être une doudoune, mon décor sera blanc immaculé, les vaches bien gardées... au chaud. Fini les pique-niques et les siestes allongés sur l'herbe grasse ! 

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Peu m'importe le temps qu'il fera ! Il y aura toujours mes Hûttes préférées, des soupes et des gâteaux et un grand poêle contre lequel j'irais me lover, bercé par le chants des tyroliens.

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Je vous laisse avec le soleil, on m'attend de pied ferme pour jouer au marin d'eau douce ! Je vous envoie des léchouilles rafraîchissantes et tout particulièrement à mon amoureuse Juliette.

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"Je suis celui avec qui je m'ennuie le moins"

 

02 juin 2019

"Consommée avec modération, l'eau ne peut pas faire de mal !"

 

"Réfléchir permet de se tromper judicieusement."

 

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J'le sens pas ! et vous ? J'étais prêt à entamer une sieste réparatrice après une nuit orageuse, mais j'ai dû quitter le siège arrière de ma berline où j'étais bien cosy, pour patauger dans la bouillasse. Et voilà déjà dix minutes que ça dure ! J'avais pris soin de jeter un oeil, de temps à autre à l'extérieur, durant notre trajet, pour me faire à l'idée de celle qui trottait derrière la tête de mes vieux. Tout ce que j'ai remarqué et fallait être bête pour ne pas s'en rendre compte, c'est que nous étions à la poursuite de nuages en errance. Quand mon regard s'est porté à l'arrière de notre véhicule, le paysage s'était comme figé. Un épais brouillard insidieux nous a pris à revers et m'a filé le frisson. J'ai bien tenté de prévenir mes acolytes de l'urgence à rebrousser chemin pendant qu'il en était encore temps, mais une fois de plus le message n'est pas bien passé : "Couche toi Titi, ne sois pas si impatient, on arrive bientôt." Dernière sommation ! "Jour de pluie, jour de repli" me dit la brume, tout en me laissant entrevoir quelques coins ensoleillés dans la vallée. La voiture a poursuivi sa route sans aucune considération pour ces avertissements. Deux, trois, petits clins d'oeil lumineux  me titillent encore, puis le vallon s'évanouit. Les portes s'ouvrent enfin et l'humidité, rabat-joie, prend le relais pour se cramponner à mes os . Voilà ! Tout ça pour vous dire qu'il fait un temps épouvantable !

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Mes amis, ne prenez pas votre équipement pour me suivre, restez bien au chaud chez vous, ce n'est pas nécessaire qu'on prenne l'eau tous ensemble. Je vais fidèlement vous rapporter notre quête... du mauvais temps. Certains d'entre vous ont, sans jamais faiblir, suivi mes traces par tous les temps et sur tous mes chemins. Celui-ci vous rappellera certainement quelque chose. C'est un rituel quasi obsessionnel pour mes deux vieux. Toujours et immanquablement dans le brouillard, la montée est éprouvante et sans attrait dans ce décor fantasmagorique. Tout cela, pour le plaisir tant attendu, d'un paysage lentement dévoilé dans la descente, par un ciel capricieux. A chacun ses lubies ! Évidemment, ça me pénalise de bien des façons, je risque de passer pour un gâteux à rabâcher la même balade et j'aurai alors mauvaise presse ! Mais il suffit d'un petit rien, une gouttelette de trop pour que tout soit différent, sans que pourtant rien ne change. Je fais confiance au hasard qui me rendra ce service, mais ce n'est pas sans danger...

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Que d'eau ! Que d'eau ! Elle dévale les pentes, s'évade et s'insinue un peu partout. Avec malice, elle glisse les cailloux sous les pieds de mes vieux qui jouent aux équilibristes. Le ciel est si bas qu'il nous fait instinctivement courber l'échine et nous embue avec générosité. D'aussi loin que je puisse voir, la brume sue en fines et innombrables gouttelettes, nul végétal n'est épargné. Les graminées plus frêles ploient sous le nombre et profitent de mon passage pour s'en débarrasser. Je ne suis pas plus épargné par la bruine qui me bassine le dos et fait grincer mes articulations. Les rhododendrons roses à cramoisis se parent de ces perles de rosée qui éclairent notre chemin comme des lucioles. Même les rois de la forêt semblent perplexes et se serrent les uns contre les autres pour ne pas s'égarer. Il m'a bien semblé qu'ils s'étaient mis en mouvement, mais au gré des caprices du brouillard, je les ai perdus de vue. Peut-être sont-ils tombés dans le vide à moins qu'ils ne soient déjà sur mes traces ! Cette idée me fait craindre le pire, c'est en tremblant comme une feuille que j'ai sollicité quelques réconforts auprès de ma vieille. Je suis resté sur son dos, le temps de m'y réchauffer, guère plus ! Ça manquait de stabilité et j'ai fini par avoir le mal de mer.

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La mémoire est distraite et écervelée ! J'en viens à croire que c'est à force d'être dans les nuages...Ce n'est pas la première fois que ça nous arrive, la croisée des chemins a fait planer le doute. Plus mes acolytes cherchaient à se rappeler, plus l'incertitude les embrumait et comme de bien entendu, nous nous sommes perdus ! Ce flottement a jeté une ombre sur notre lente progression vers les hauteurs, dans l'espoir d'y voir  un peu plus clair. Dans une purée de pois à couper au couteau, nous avons télescopé quatre "deux pattes" en butant en même temps contre un grand panneau d'information pour les usagers de la glisse hivernale !! Tout ce petit monde s'est interrogé en franco-anglo-germanique, incompréhensible pour moi et pas que....Un haussement d'épaules accompagné d'un sourire et un salut de la main ont mis fin à cette brève rencontre. Chacun sa route, chacun son chemin et pourvu que le nôtre soit le bon ! J'ai à nouveau entendu le silence, un compagnon apprécié à sa juste valeur. Sa discrète présence me permet bon nombre d'échanges avec ma petite voix intérieure. Elle m'a notamment suggéré d'utiliser ce silence comme mode de protestation. Je n'ai pas le gosier desséché en ce moment, loin s'en faut et je me fous de me geler les absentes, mais je crève la dalle et ça, c'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase. J'ai donc fait un sitting motus et bouche cousue. Grossière erreur, j'aurais dû ouvrir ma gueule, pas comme la vieille qui elle parle pour ne rien dire ! Ma bonne amie, tapie au fond de moi, n'est pas toujours de bon conseil mais j'y suis très attaché, c'est mon alter ego en quelque sorte!

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Finalement, un petit coulis bien glacé nous a rabattu vers une station téléphérique fermée, à l'abri de  laquelle j'ai enfin repris des forces. La vieille m'a frotté avec ma serviette magique, puis elle a pris de mon précieux temps pour me faire la conversation et me bisouter. Enfin lassée, elle m'a renvoyé dans mes foyers, bien emmailloté, laissant tout de même à ma tête pensante un peu de liberté de mouvement. Il faut une infinie patience, ce dont je suis bien heureusement pourvu, pour vivre avec le grand âge ! Mon pote m'a finalement servi la soupe et je n'ai pas craché dedans. Et cerise sur le gâteau que je n'ai pas eu, j'ai assisté, sans possibilité de détourner mon regard, à leur tentative désespérée de se sécher. Peine perdue, il ne restait plus qu'à protéger l'essentiel, leur tête. Il y a longtemps que le ridicule ne tue plus, mais ce n'est pas une raison pour que je vous raconte en détail cet épisode, ce n'est pas le genre de la maison... Si vous croyez que je vais vous dire qu'au point où en était la vieille, il n'y avait vraiment rien d'essentiel à protéger, vous pouvez toujours courir, ne comptez pas sur moi !!

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                                                                                                             Mon pote a donné le signal du départ, car la vieille commençait à se changer en statue de glace. Pendant qu'elle marchait, j'entendais par intermittence, des petits craquements secs comme le bois quand il crépite dans la cheminée, signe que la vieille commençait doucement à se réchauffer ! Rassuré, je me suis mis sur les traces de mon pote qui entamait sa descente, droit dans ses godillots, donnant la chasse aux nuages. Je l'ai laissé seul pour livrer bataille, hors de question que je lui vole sa victoire, ce ne serait pas digne de notre amitié de 12 ans ! Comme le fidèle Sancho Panza, je dois progresser lentement, car mon ventre bien rond comme un petit tonneau de Saint Bernard, pourrait bien me faire passer cul par dessus tête. Pendant que je me régale d'herbe tendre, doucement sur moi se pose la lumière et me fait dresser la tête. La silhouette de mon maître fait face à son bel ouvrage, il vient de dévoiler mon trajet de retour, comme promis. Le long voile opaque et blanc est replié sur lui-même et repose bien à plat sur un ciel gris. Des vapeurs que l'on pourrait croire encore fumantes, tentent de s'en évader. Mon paysage est enfin dans la lumière, libre de toute entrave, je reprends peu à peu possession des lieux. Toute la panoplie du vert s'étale sous mes yeux, un territoire à faire pâlir de jalousie...oh la vache ! Comme des sentinelles, en grand nombre, elles gardent mon chemin et les alentours, allant même jusqu'à squatter la chapelle Hubertus en contrebas. Ça ne va pas être de tous repos, j'le sens pas ! et vous ? J'peux vous dire que ces bêtes là, ne sont pas aimables quand il flotte. Elles ne voient pas grand monde quand les journées sont trop humides et finissent par se lasser de leur propre compagnie ! Certaines ruminantes peuvent se complaire dans l'ennui, ça les repose. Mais y'en a d'autres, qui n'aiment pas ça et font preuve d'imagination pour y échapper.

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Plus je m'approche des laitières, plus je remarque une tachetée qui fait bande à part et rumine. Je crois bien qu'elle a trouvé un remède à son ennui ; nous !! Elle mijote une vacherie. Tel un fantôme, profitant de quelques nappes de brouillard récalcitrantes, elle s'est déplacée silencieusement. A chaque fois que nous étions tout près du but, la vacharde surgissait pour nous couper la route ! Elle prenait goût à ce jeu de cache-cache avec de plus en plus d'enthousiasme, nous rabattant comme des moutons ici où là au gré de ses envies. À tel point que les autres, un peu jalouses, ont voulu prendre le relais. Le ruisseau, lui aussi, a pris la fuite, dégringolant un peu partout et de préférence à nos trousses ! Hors des sentiers, battus par ce troupeau de peau de vache, nous fuyons les pieds dans l'eau. De glissade en dégringolade, quelquefois même sur notre derrière, nous cherchons péniblement à rejoindre la route... où nous attendait notre copine. À l'idée de devoir rebrousser chemin, la vieille qui en avait plein les guibolles, a fait un foin de tous les diables en s'écriant "je m'en bats les absentes !". Mon pote et moi, l'avons suivi de près pendant qu'elle ouvrait la voie. Enfin sur la route, on a quand même marché à reculons au cas où...Par chance, la silhouette de notre harceleuse, à nouveau gagnée par la lassitude, s'effaçait lentement avec le brouillard. Après toutes ces années de vie commune, je découvre comme vous, que ma maîtresse et moi étions compagnons d'infortune, puisque privés à tout jamais de deux beaux attributs... Elle est donc comme moi, pièce unique et j'ai envie de dire, la concernant : heureusement !!!

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"ne sous estime pas qui recule, si ça se trouve c'est pour prendre de l’élan"

 

 

 

 

 

05 mai 2019

« Qu'est ce que je me serais ennuyé, si je n'avais pas été là »

 

"Hâtons nous de vivre, le temps fuit et nous entraîne avec lui"

Je me suis plongé dans de douces rêveries, en feuilletant mes souvenirs de vacances de l'année passée, avec un brin de nostalgie et soyons honnête, pour tromper une inquiétude grandissante. Je me revois péchu et plein d'entrain, ce que je ne suis plus, là, maintenant, tout de suite...Je suis bien obligé de vous raconter mes malheurs, sinon vous allez vous demander pourquoi je ne vous emmène pas promener, de là à imaginer que je boude, il n'y a qu'un pas que je ne vous laisserais pas franchir. Ce n'est déjà pas facile d'être mal fichu, alors je compte sur vous pour me consoler ou me plaindre, vous avez le choix ! Et ça me distraira de mes douleurs. Je venais tout juste de mettre en quarantaine mon ulcère naissant, quand le mauvais sort s'est à nouveau acharné sur moi. Alors que je reprenais enfin goût à l'essentiel : le plaisir de manger, mes "boyos"* ont mis un terme, à cette histoire d'amour qui dure depuis 12 ans déjà !

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Sans vouloir en rajouter une couche, j'en ai plein le dos : quand on le touche ça me fait un mal de chien. Mes pattes me démangent et sursautent dés que je m'endors, alors je les promène pour qu'elles me fichent la paix. Rien n'y fait, elles se disputent allant même jusqu'à comploter contre moi et me faire des croche pattes. Je ne peux même plus m'ébrouer, ni me coucher sur le dos les quatre fers en l'air, ça m'a même coupé l'appétit !! La vieille qui se foutait de moi quand je déambulais dans l'appartement, en ayant l'air de faire la danse du ventre, me regarde maintenant avec des yeux de chien battu et ne m'appelle plus son vermisseau. Ce qui me fait le plus hurler, c'est de revoir mon véto. Voilà qui est fait, la douleur s'en est allée, mais je n'ai pas encore le diable au corps. L'opium a pris possession de moi et sème la zizanie dans ma ptite tête. Au bout de 48 heures, j'ai repris mes esprits et me v'là dans mon petit panier à faire un constat. J'ai repris mes pansements gastriques et tout compte fait, je trouve que c'est une mise en bouche acceptable. Tant mieux, car c'est la seule "gourmandise" à laquelle j'ai droit pour le moment, mes vieux et mon ventre se sont ligués contre moi. Mon petit cachet anti-inflammatoire agrémente à nouveau mes repas pour vingt jours au moins. Bref, je suis devenu un vieux radoteur qui se la coule douce...Le printemps s'est installé à demeure. De mon balcon, je l'observe qui réveille tout son monde. Il a mis les bouchées doubles et son ardeur à nous chauffer la couenne, pourrait bien avoir raison d'un fragile retraité comme moi ! Aussi je ne mets le nez dehors que lorsque nécessité fait loi.

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J'ai beaucoup de temps à perdre maintenant. Autant l'utiliser pour surveiller mes vieux et tenter de calmer mes inquiétudes quand à mes prochaines vacances. Pour tromper cette attente qui noue mon estomac, j'ai eu l'envie de mettre en image le bon vieux temps d'un autrechien. Cheminer dans ma mémoire, en si bonne compagnie, la mienne, m'a fait remonter le moral en flèche. La vieille est venue bien souvent me baratiner, tout en me caressant dans le sens du poil et j'ai fini par me demander si elle ne mijotait pas un mauvais coup. Dans un premier temps, j'ai reniflé partout, poussant toutes les portes, pour vérifier si elle n'avait pas planqué sur mon territoire...mon remplaçant ! C'est une méthode bien à elle pour me mettre la pression et qu'elle pratique avec fourberie et une délectation morose. Puis rassuré, j'ai fait une micro sieste. Je ne dors que d'un oeil, sinon des cauchemars m'entrainent, de façon récurrente, à faire les cent pas au chenil ! Alors là, je le dis sans détour, j'ai passé l'âge d'aller en colonie de vacances...Tous ces présages qui rodent autour de moi ont eu raison de mon bon sens. La panique s'est emparé de moi, quand mes vieux m'ont regardé d'un drôle d'air avec des mines de conspirateurs à vous faire frémir. Une vision dantesque a squatté mon esprit, celle d'une énième mais dernière visite chez mon bourreau où je m'endormirais sans jamais plus ouvrir l'oeil ! Par chance, une nouvelle fraîche est salutairement venue vivifier ma traversée du désert.

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Après avoir pesé le pour et le contre (Une manie de la vieille : la pesée ! ) mes bons amis ont pris la décision de ne pas m'abandonner, quoiqu'il arrive, je ferais partie du voyage. La vieille va prendre une valise plus petite, le petit emplacement restant me permettra d'y loger la mienne. Ma trousse de toilettage, ma trousse de médicaments et mes croquettes remplissent déjà la moitié de la place. Il me faudra aussi y rajouter, ma laisse, mes bottines, mon panier, mes serviettes, mes joujoux et... mes appartements mobiles. Pourvu que je n'oublie rien ! Mes compagnons me porteront tous les jours, chacun leur tour, je sens qu'on va être très bien. Même qu'à ce rythme là on sera tous H.S ! Trois retraités enfin peinards à se goinfrer, projet que je nourris depuis de nombreuses années !! Je sais déjà où je vais poser les premiers jalons de cet ambitieux projet...

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La vieille nous a fait découvrir un coin de rêve qui fait notre bonheur et sera propice à notre douce oisiveté. Deux beaux lacs de Bavière, romantiques à souhait, cachés l'un de l'autre par une forêt pimpante. Un léger écart de conduite, en lisière du Tirol ! Là aussi, les oiseaux y donnent la sérénade et les écureuils nous mettent la tête à l'envers. Les sommets du Karwendel se profilent au loin et nous apportent de temps à autre une ondée qui vient taquiner les nénuphars. La lumière est là, toujours guidant nos pas, même quand le ciel s'assombrit. Les canards glissent en silence sans rider la surface sombre du lac. Puis en douceur, le ciel, à nouveau dégagé, dévoile une autre facette des eaux miroitantes, passant du vert au bleu. L'eau devient limpide et transparente le long des berges où de gros poissons patrouillent en dilettante, bouches et nageoires affleurant la surface. J'attendrais patiemment, refrénant mes envies de chasser le canard et lorsque nous aurons enfin essayé les plus beaux bancs qui jalonnent le Ferchensee et le Lautersee, je prendrais le relais pour guider mes vieux, gentiment, mine de rien, vers le biergarten pour y déguster quelques délices salés et sucrés. Lorsqu'ils iront, repentants, dans la jolie chapelle pour allumer une petite veilleuse protectrice, j'irais me coucher parmi les fleurs multicolores et le bourdonnement des insectes gourmands. J'oublierais mon péché de gourmandise qui ne porte plus à conséquence, puisque je suis déjà au paradis. Je vous abandonne à la découverte, prenez tout votre temps, c'est un bien très précieux ! Toutes ces émotions m'ont fatigué et mes yeux se voilent....

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J'ai encore péché par excès d'optimisme, tous mes efforts pour me remettre d'aplomb, me semble vain. Pas un seul panier ne trouve grâce à mes yeux. Je patrouille gémissant dans l'appartement, à bout de force. Sitôt allongé, je ronchonne jusqu'à ce que le sommeil m'emporte. Je refoule du goulot au point de m'indisposer, pépiant et mâchouillant comme un vieillard édenté. Mes sorties hygiéniques se font contre ma volonté. Mes vieux me tâtent et m'auscultent sans arrêt pour en savoir plus, pour autant mon problème reste entier. Moi-même, je ne saurais mettre un nom sur ce qui me cause tant de tourment, j'ai tout simplement mal partout, j'suis au bout de ma life... J'ai eu droit à un bon bain chaud, mes couchages lavés et tapotés tout comme il faut. Cerise sur le gâteau, on a refait un ptit tour chez mon tourmenteur pour un rappel obligatoire de vaccins. S'en est suivi une longue conversation entre le maître de cérémonie avec sa tête de fossoyeur et mes deux vieux qui ont l'air de suivre un corbillard ! Dieu merci, c'est vivant et presque euphorique que je me suis engouffré dans la voiture avec un ptit sac bien rempli. J'avais de quoi faire une cure détox et atomiser tous les parasites qui seraient tentés de bouffer le peu d'énergie qui me reste. On est peu de chose...La bouille d'enterrement de mes maîtres n'était pas liée à l'état de santé de votre serviteur, mais au fait que leur "Cher" Charly venait une fois de plus, de vider leur escarcelle !

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Moralement, je reprenais pied, alors que le ciel était de plus en plus bas et gris. Le froid est revenu taquiner ma carcasse et la pluie s'est invitée sans crier gare, l'hiver est de retour ! Quelques jours plus tard, mon pote m'a emmené, dés potron-minet en courte balade. Au bout de ma laisse, je suis entré chez mon véto parce qu'une charmante dame m'a susurré des mots mielleux qui ont su m'emporter sans que j'y prenne garde, loin de mon protecteur. Lorsqu'enfin, on a daigné me sortir de ma cage et me rendre ma liberté, mon bourreau m'a couché sur la table et j'ai vu ma dernière heure arriver en m'endormant paisiblement....Hé ! mes poteaux, ne pleurez pas sur ma tombe, je n'y suis point, mais j'ai eu chaud !! Aux résultats de ma prise de sang et ma radio, je vous annonce que toutes ces raideurs et douleurs ne sont que de la vieillerie !! Je suis usé, car j'ai beaucoup servi...mes maîtres. Un foie un peu trop gros, des boyos en inflammation chronique, mes ligaments croisés des pattes arrières fatigués, mon hernie discale et tutti quanti...La vieille énumère mes faiblesses mais reconnaît enfin mes mérites, je suis un boulimique. C'est vrai que je ne ménage pas ma peine quand je bosse, j'suis jusqu'au-boutiste. Je suis gâté, en plus des autres "friandises" vétérinaires déjà en ma possession et bien évidemment testées et approuvées, je suis maintenant nanti, d'anti-acides ainsi qu'une prolongation de trois mois d'anti-inflammatoires, ce qui fait que je ne suis pas vraiment au régime sec. Quel soulagement ! Me voilà, l'heureux possesseur d'une armoire à pharmacie, la plus fournie de toute la famille. Mes maîtres ont fait des pieds et des mains pour que je reste auprès d'eux. C'est une décision sage et judicieuse. Avouez que, sans moi, le Tirol perdrait toute sa saveur, n'est-il pas ? Partir en vacances n'aurait plus aucun sens...

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"La retraite faut la prendre jeune...Faut surtout la prendre vivant. C'est pas dans les moyens de tout le monde"


*Boyos (pronocer : bo-yo) = boyaux
 

 

 

 

25 avril 2019

"Radoter - C'est le lot des vieillards, c'est un fruit de leur âge."

 

Pas faux ! Je vous offre donc une histoire....sans paroles !

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 "Stupéfiant ! Tout le temps que j'avais devant moi il est derrière"

 

 

 

10 avril 2019

"Je n'ai pas choisi d'être quelqu'un d'exceptionnel, mais que voulez vous, je suis né comme ça !"

 

"Pour vivre centenaire il faudrait abandonner toutes les choses qui donnent envie d'être centenaire !"

Dame nature m'a souffleté le museau il y a peu et m'a remis vite fait à ma place. Aussi après un petit temps de repos qui m'a été profitable, à plus d'un titre d'après ma vieille, j'ai décidé de me cantonner à la seule chose dont j'ai la maîtrise, mener mes vieux à la promenade...Si le printemps est de la partie, je ne m'en porterais que mieux et l'accueillerais avec l'enthousiasme et la gentillesse que tout le monde ici bas, me reconnaît. Comme d'habitude, je ferme la marche et veille ainsi sur mes deux bougres. Par la même occasion, j'ai décidé de faire du bénévolat écologique en devenant éboueur de la nature. J'en profite aussi pour vous donner de mes nouvelles dont vous êtes friands... Pas disponibles ? Qu'à cela ne tienne, je serais bref ! Au retour de ma dernière sortie hivernale, je suis resté apathique toute la journée du lendemain. La vieille a de suite calmé nos inquiétudes en faisant un diagnostic baclé : "il boude!" Le jour suivant, mes pattes flemmardes se traînent à un point dont vous n'avez pas idée et moi avec. Je passe d'un panier à un autre, sans y trouver d'apaisement, tout au plus un déplaisir croissant. Je n'ai pas cessé de râler et marmonner, troublant ainsi le silence de ma maisonnée qui s'est mis au diapason avec moi. Quand l'heure du repas a sonné, je n'ai pas montré le bout de ma truffe. Même sollicité abusivement, jusqu'à mes quartiers où je me suis retranché, je suis resté inflexible, refusant d'avaler quoique ce soit. Pour couronner le tout, mes vieux pris d'une soudaine fébrilité sitôt leur pitance avalée, décide de m'embarquer sans préavis, vers je ne sais quelle destination. Debout sur le siège arrière, la truffe contre la vitre de ma berline soudain à l'arrêt, j'ai poussé de longs gémissements en constatant qu'ils me déposaient lâchement chez "mon tortionnaire"....J'ai subi, coup sur coup, trois piqûres douloureuses qui ne m'ont pas ôté la vie pour autant. Mais elles ont eu pour effet de déclencher des aboiements rageurs ponctués de plaintes aiguës, digne de rameuter la SPA illico ! Touche finale à cette barbarie dont j'ai fait les frais, outre des mixtures peu goûteuses à ingurgiter, il a été question de surveiller un possible ulcère et de faire preuve de modération....Ben j'suis d'accord, j'tiens plus à le revoir celui là !!

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Pour clore cette lamentable affaire, j'ai fait la gueule à mon pote parce qu'il m'a tenu fermement pour que le bourreau fasse son office, mais je me suis trompé de cible ! J'ai oublié que, s'agissant de moi, "modération" est une étiquette que la vieille adore me coller sur le dos pour me foutre à la diète : ce qu'elle n'a pas manqué de faire deux jours durant !! Tout ça pour un petit mal au ventre qui s'est apaisé début de soirée et qui ne nécessitait pas tout ce bataclan...Je vous rassure, bien que moi je ne le sois pas ! Je suis à nouveau nourri sommairement deux fois par jour et tous les jours depuis cette terrible journée...uniquement des croquettes. La déprime me guette et c'est pourquoi je vous embarque avec moi. Je rêve de gourmandises et pour l'instant je n'ai rien trouvé à rabioter, pas même quelques crottes de bique et autres cochonneries. Il me reste seulement l'alternative vegan. Je me suis mis au vert et grignote de temps en temps, de long brin d'herbe bien tendre. Notre remise à niveau physique peine à se mettre en place et l'incertitude nous gagne quand à nos "prouesses" prochaines vers les sommets autrichiens. Tout à fait entre nous, je n'ai aucune de ces inquiétudes, car le plancher des vaches tyrolien suffit à mon bonheur. La vieille a pris un raccourci pour s'exercer vite fait à l'altitude nous laissant attentifs et inquiets à ses pieds. Je ne suis pas sûr que sa montée à la tour de guet soit d'une grande utilité pour l'ulcère que je n'ai pas encore. Revenue fièrement parmi nous, elle m'a gratifié d'effusions étouffantes sans modération, ce dont je me serai bien passé. Forte de cette première victoire et convaincue que nous étions sur la bonne voie, elle nous a mené vers l'étape suivante. Nous, encore à froid et elle bien échauffée, avons entamé, sous les yeux ébahis d'une biquette, une belle montée...qui nous a mis sur le cul, une fois arrivés. La descente dans l'autre vallon pour si douce qu'elle soit est une grande déception, car mon kiosque à piquenique, défraîchi par l'hiver est en cours de rafraîchissement, donc, pas question d'y faire une halte. Ça ne fait pas que des malheureux ! Une harde de daims qui glande en attendant mieux, profite encore pour un temps de ce bonheur tranquille, sous la coupe de la femelle la plus vieille...le monde est petit!

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Enfin remis de cette première épreuve, j'ai pu contemplé un nouvel endroit plein d'attraits que la vieille a trouvé tout à fait par hasard, malgré sa carte qui n'en fait pas état. C'est toujours un mauvais signe ! Elle garde jalousement ce symbole du pouvoir qu'elle croit avoir sur nous. Je la laisse à ses illusions, car j'ai d'autres priorités. Il y a, en ces lieux, des odeurs fortes et appétissantes de garde-manger qui m'apaisent et m'incitent à la clémence envers mes vieux et même à supporter le énième petit nom dont la vieille m'affuble en ce moment. J'étais déjà son zigouioui, son trésor, son crapaud, puis son asticot ou son loulou et maintenant son choupinet, pourtant elle s'étonne que je ne réponde pas à l'appel de "CHARLY !". Quelquefois je fais des exceptions, là, c'est pour me montrer un lapin trop mignon, j'accours et je confirme ! Celui-là se refuse obstinément à ma dévorante affection et mes léchouilles appuyées dont je l'aurais volontiers enrobé... Soyez bon avec les animaux et voyez comme ils vous traitent ! Un peu plus loin, attiré par une messe basse, je me suis approché de l'étable pour y jeter un oeil. Les moutons et brebis tiennent un conciliabule de mandibules et ruminent un mauvais coup. Un bruit de sabot me fait dresser l'oreille et soudain l'entrée baignée de lumière s'obscurcit pour laisser place à un bourricot. Les comploteurs se dispersent pour lui céder la place, car il fait l'âne pour avoir le foin.

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Je constate qu'il n'y a guère de différence entre eux et moi, nous sommes obsédés par la bouffe. De mon côté, mon éclectisme me permet de ratisser large ! Eux, sont plutôt mono-maniaques, un peu au ras du sol quoi ! Alors je voudrais bien qu'on m'explique, pourquoi c'est toujours moi qui suis malade et eux, bien portants ?! De deux choses l'une, soit je souffre de carence alimentaire, soit je côtoie quelqu'un qui nuit à ma santé, suivez mon regard... Il est toutefois possible que mon alimentation ne soit pas suffisamment variée, peut-être me manque t-il un peu d'herbage etc... Manger du lapin et du saucisson d'âne parce que c'est plein d'herbes, de céréales et de carottes, pourrait me remettre d'aplomb... Tout à coup, alors que je termine mon automédication, je me prends en plein coeur, une nouvelle trahison. Mon pote nourrit et flatte cet âne bâté et me fait des infidélités. Quittant ces lieux, finalement inhospitaliers, il m'a déposé au sol sans un mot et je suis rentré dans le rang. Mon coeur est lourd, malgré le soleil printanier qui s'évertue à me faire plaisir. Je bouillonne intérieurement, c'est peut-être cet ulcère qui vient me manger de l'intérieur ? Inquiet, je m'arrête et me couche tel un sphinx, mes "chargés d'ans" se retournent, quelques mètres plus loin, pour découvrir ma faiblesse. De suite, la tête froide de notre groupe me diagnostique : "il boude ! il est jaloux !" Heureusement, mon pote revenu à de meilleurs sentiments, me fait prendre quelque repos, me rassure et me console. Il pense que j'ai tout simplement un petit creux à l'estomac, c'est sans gravité, tout va rentrer dans l'ordre incessamment sous peu ! Enfin ce dont j'ai une énorme envie : de la nourriture sensorielle...

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Le temps m'a paru bien long, jusqu'à ce qu'on fasse, enfin une halte digne de ce nom ! Nous avons d'abord fait un détour chez mon copain entrelardé, j'ai salivé d'envie rien qu'à le regarder se bâfrer. Il a trouvé une bonne pension le cochon !! Une auge pour lui tout seul et juste à côté dans le parc voisin, de la galante compagnie, qui se contente de graines pour garder la ligne. Je l'ai abandonné à son triste sort car il finira, un jour ou l'autre, par combler un de mes petits creux. Je ne veux pas lui gâcher son plaisir et sa digestion, ça nuirait à ma dégustation ! En quittant ma réserve pour l'hiver prochain, j'ai contemplé au loin le château, repère constant dans presque toutes nos balades, mais bien éloigné cette fois ci. Les arbres se réveillent, chacun leur tour, à leur rythme et doucement travaillent à leur bourgeonnement. Quelques moutons en pâture, nous observent avec flegme. Lentement au travers des fruitiers encore au repos, un toit se dessine, puis une maison toute entière, que nous laissons derrière nous. Une petite fontaine glougloute et me dit qu'il ne faut pas y boire, tout ce qui m'est vital m'échappe, je râle et crains de rendre mon dernier souffle. Soudain c'est la minute de vérité ! Un petit groupe de panneaux multidirectionnels nargue la vieille. Elle nous la joue sérieux et plonge le nez dans sa carte pour ne plus en ressortir. Une table de pique nique en attente juste à côté, nous séduit mon pote et moi, avec grande facilité. Je la reconnais immédiatement, pour y avoir posé mon cul, une journée d'hiver enneigée, pour un frileux piquenique. Pas besoin de carte, je suis en pays de connaissance et le fais savoir, seul mon pote m'écoute et nous installe au mieux, comme à chaque fois. Tant pis pour la vieille, je la laisse mijoter dans son jus. En tant qu'acteur principal et héros de cette aventure, j'ai eu droit à la meilleure place . Une fois de plus, on ne m'a pas donné de scénario mais mon sens inné de l'improvisation fait le job....

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Je me suis d'abord régalé du drôle de spectacle que nous offrait la chef en train de se dépêtrer avec les noms des panneaux et ceux sur la carte qui se refusent à toute connivence, contrairement à mon pote et moi ! Comble de malchance, elle a une fois de plus perdu son flair et le nord et n'est pas près de remettre la main dessus. Las, j'ai fini par m'embêter. L’ennui a pris le relais, soi-disant pour me distraire ! Il ressemble à un grand point d’interrogation, suspendu au dessus de ma tête. Un leurre qui se met en embuscade dans ma vie, lorsque je suis comme aujourd'hui en mode pause. Je ne le laisse jamais trop longtemps me sonder, sinon il se faufile sournoisement dans ma tête, s'incruste comme un brouillard épais et verdâtre. Je finis toujours par lui tenir tête et lui renvoyer la question : pourquoi tu m'ennuies ? Alors ce désoeuvré se secoue, tourne en rond et va se morfondre ailleurs. Je me remets aussitôt sur le cul, pour me reposer de cet ennui qui m’a beaucoup ennuyé. Vous voyez comme il faut être vigilant et ne pas laisser les bonnes occasions se faire la malle ! Mon pote entame déjà son plat de résistance, je me débarrasse vite fait de ma tambouille réglementaire et hypnotise mon vieux, qui de suite m'obéit. Nous passons rapidement au fromage, un peu trop vite à mon goût, mais je stresse de peur que la patronne ai retrouvé le sens de l'orientation et vienne perturber le notre... J'ai déjà pris une bonne dose de calcium et en attendant la suite, pour rendre service, je nettoie tout ce qui traîne. Le soleil vient troubler ce repas presque gastronomique et ma langue se pâme, je m'asphyxie ! La vieille s'approche et je sens que la fête est finie "tiens Titi, regarde tu seras mieux comme ça, à l'ombre" dit-elle en mettant mon sac entre l'astre luisant et moi. J'en suis tout ému, mais les effusions seront pour plus tard, car c'est l'heure de mon café crème à l'abri de mon parasol improvisé.

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Mon ptit réconfortant avalé, je m'apprétais à prendre mon dessert préféré, un petit speculoos, quand la patronne perplexe en regardant l'horizon, a déclaré forfait, ne sachant plus où donner de la tête. Cette annonce qui fait l'effet d'un flop, nous a tout de même interrompu en pleine transaction, mon pote et moi ! Je n'ai pas eu d'autres alternatives que de faire moi-même le transfert, avant que la vieille ne me siffle le marché sous le nez... Maintenant que je suis rassasié, advienne que pourra ! Je la laisse tranquillement manger sur le pouce, sa portion proportionnelle à ses compétences. C'est dire qu'il y a trop peu à quémander pour que je me fatigue...Je décide toutefois de la remercier d'avoir rompu mon jeun et par la même occasion, j'accorde bien volontiers mon pardon, à mon pote qui a partagé le pain avec moi. Une fois déposé au sol, comme je l'avais demandé, je piaffe d'impatience pour leur montrer la voie. Fini les questions existentielles : "c'est quand qu'on va où ?" Mon vieux l'a de suite compris en remballant vite fait notre barda : "Maintenant qu'il a bouffé, il n'a plus qu'un objectif c'est de rentrer à la maison, t'inquiétes pas il connaît le chemin !" La vieille n'est pas rassurée pour autant, mon pote en rajoute : "Charly sait pourquoi il marche et vers quoi : un autre repas l'attend ce soir au bercail, son flair ne le trahira pas". Pas même une heure plus tard, c'était plié, nous étions arrivés au parking, moi devant et eux derrière. Deux visages admiratifs et reconnaissants se sont penchés au dessus de moi, pour me remercier d'une caresse, manifestement heureux que je ne les ai pas laissé tomber...

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"C'est le ventre qui porte la tête"