CHARLY dit "ZIGOUIOUI"

16 octobre 2018

"La vie est un grand livre écrit par un maladroit, m'en fous je sais pas lire !"

 

"Heureusement qu'il y a le malentendu, car sans le malentendu on ne s'entendrait jamais."

   

Tout fout l'camp, les saisons aussi. Réglé comme une horloge, le temps lui aussi, n'attend pas. Moi si ! Je suis prêt à entrer dans l'automne de ma vie, pour un voyage des plus agréables, mais l'été persiste à contrarier mes plans en jouant les empêcheurs de tourner en rond. Il ne me reste plus qu'à me vautrer ici où là en attendant des jours meilleurs...Les vacances sont finies et je me demande quand et où vais-je vous emmener promener ? Il me vient une idée qui devrait nous satisfaire mutuellement. Je me propose de vous faire voyager dans mes souvenirs que j'égrenne à l'occasion, le temps de mettre tout ça dans l'ordre et je vous embarque avec moi ! Je ne vous cache pas que je mets à profit la présence bien matinale et stimulante, de ma vieille en cuisine, pour me motiver. Nous nous sommes mis aux fourneaux sans plus tarder, de quoi exciter notre appétit, on s'en mettra plein la panse "après l'effort". Le tchak tchak du couteau rythmera notre marche évocatrice ... les pattes croisées devant moi, je suis prêt pour un de ces voyages immobiles que j'affectionne. Mon regard perdu vers l'horizon balaie mon album-souvenir, ne regardez pas le désordre, malgré le grain de folie qui trotte dans ma tête, j'ai quelques fils conducteurs pour ne pas me perdre en chemin...

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Première image...Un oiseau de mauvais augure, perché à contre-jour, est dans ma ligne de mire. Il me rappelle, bien malgré moi, une fébrilité que j'ai perçu dans mon sweet home, ces derniers jours. Tout est sens dessus dessous dans ma mémoire. Certaines photos prises au hasard d'un temps passé, loin de m'y entraîner à nouveau, semblent être des messagers d'un futur proche...Mon instinct me serine sans cesse "il y a quelque chose qui cloche !". Pauvres chiens que nous sommes. Pour vous avoir suivis, vous et votre exemple dans la périlleuse entreprise de domestication, on a hérité bien malgré nous de quelques uns de vos travers ! Heureusement, nous avons gardé nos quatre pattes sur terre et finalement, c'est nous qui vous avons apprivoisé. Cette aventure nous a rendu plus humain, c'est pourquoi bien souvent mes vieux font un transfert sur ma petite "personne" ô combien précieuse! J'ai aussi obtenu le statut d'animal domestique, mais je reste exclusivement à mon service...Il y a juste un petit hic, depuis que je me suis humanisé, mon animalité entre en conflit à chaque fois qu'il y a une ouverture...  Non ! Pas maintenant !! Je ne vais pas cracher dans la soupe, c'est pas le genre de la maison, encore moins quand elle embaume tout autant les épices que les aromates. Je vous abandonne un instant pour jeter un oeil sur le travail accompli en cuisine.

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Ma vieille m'accueille en tendant sa main vers moi. Je passe tous ses doigts en revue, c'est prometteur ! Je lui laisse enfin me faire cette caresse auquel elle tenait tant. Mon pote me répète à l'envi de profiter de la vieille et de venir me blottir dans ses bras, car bientôt, il faudra m'en passer un bout de temps...comprends pas ! Encore une devinette qui va me tarauder, comme s'il n'y en avait pas suffisamment dans ma ptite tête. C'est un grand réconfort pour moi, d'avoir votre oreille. Tout ce que vous ne me dites pas, apporte bien souvent, un écho favorable aux réponses que j'ai choisi pour rejoindre mes questions dans une grande farandole, où chacun trouve sa chacune... Mes retraités recommencent à brasser de l'air, me passant devant la truffe sans plus me calculer. Les portes s'ouvrent et se ferment, chacun à son tour relaye l'autre. Qu'est ce qu'ils mijotent ? Je renonce à déchiffrer l'incohérence et pars me réfugier dans mon  panier. A peine le temps d'y installer mon petit corps fragile et vieillissant que le ton impatient de mon pote me réclame au pied. Ils vont me faire devenir chèvre ! Dans le couloir, une vision d'apocalypse : mes deux perturbateurs portent leur tenue "exit" et la vieille à un sac noir sur l'épaule. Ils sont sur le départ et n'attendent plus que moi...à l'heure du goûter !!

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Comme trop souvent à mon goût, après avoir été bisouté à outrance par une hypocrite, je me suis retrouvé en exil à l'arrière d'ma berline. Au retour, j'ai eu l'exclusivité du bavardage inhabituel de mon pote, la vieille ayant fait bande à part. Mais, après réflexions, ce besoin soudain de vouloir me rassurer, comme pour me préparer à Dieu sait quelle catastrophe, m'a filé une angoisse monstre. A tel point que, dés notre arrivée, je n'ai pas respecté le protocole du nettoyage des pattes, laissant mon pote seul, penché avec sa petite serviette sur le paillasson que j'ai déserté... occupé à faire l'inventaire en cuisine. Dans la vie, y'a des priorités, certaines choses passent avant d'autres et pis c'est tout ! Enfin rassuré, je me suis installé sur le tapis devant l'entrée pour attendre ma vieille, partie traîner ses guêtres ailleurs. Profitons de cette interlude, pour continuer à feuilleter mon album-photo et enfin planifier cette balade tant attendue. Pas question d'improviser, je ne peux prendre le risque qu'un vent contraire souffle sur ma popularité.

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Cette façon étrange qu'ont les images à me parler d'aujourd'hui, j'ai beau faire, elles persistent à me raconter une toute autre histoire que celle que je voudrais mienne. Je n'y vois que mon pote et moi, l'un à la recherche de l'autre... L'angoisse me reprend. Il faut que j'en ai le coeur net, mon maître, où est-il ? Les grands esprits se rencontrent, il m'appelle pour me rassurer : "Charly, la soupe !!". Sans plus réfléchir, je fonce vers ma gamelle pour y engloutir vite fait mes croquettes appétentes, puis mon pote m'installe à côté de lui sur le banc...à la place de la vieille !! On se regarde, un peu contrarié de devoir commencer sans elle, alors dans un même élan, comme pour conjurer le sort, on s'est empiffré pour se remonter le moral et supporter son absence. La nuit est tombée, portes et fenêtres sont fermées, dans nos fauteuils respectifs, nous veillons...Mon pote et moi avons souvent rêvé d'être célibataire, état qui a toujours été notre nature profonde, mais contrariée par une enquiquineuse de première. Il semblerait qu'enfin notre voeu se réalise et pourtant, il nous laisse un goût de cendre sur la langue...à moins qu'on ait trop mangé ?!

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A l'heure du coucher, toujours célibataire ou peut-être orphelin, j'ai pris mes quartiers chez mon pote pour la nuit, mon petit panier au pied de son lit. Une lueur de phare, un claquement de portière venait parfois réveiller la nuit pesante. Au travers de ce demi-jour, je distingue le bras de mon maître, pendant le long du lit. C'est un appel pour que je veille sur son sommeil. En glissant ma tête sous ses doigts engourdis pour le réconforter, je sollicite en retour une papouille avec de plus en plus d'instance. Ce fut une caresse fugitive, relayée par un grognement puis suivi de ronflements qui suffirent à me rassurer. Enfin bercé par cette petite musique de nuit, je sombrais dans un sommeil peuplé d'affreux jeu de cache-cache où se mêlaient mes petits cris rageurs tout autant qu'effrayés. Un petit courant d'air m'a réveillé, je l'ai bien volontiers suivi jusqu'au bureau où mon pote prenait le frais, sur le balcon. Je me suis couché à ses pieds pour scruter en contrebas une possible arrivée de notre retardataire. Le froid petit à petit prenait possession de nous tout entier. Au moment de rejoindre la chaleur d'un cocon déserté par une traîtresse, mon pote m'a aperçu, toujours fidèle au poste, petit être frêle, compagnon des bons et mauvais jours (si peu !). A trois heures du matin, je suis peu réceptif, mais j'ai exceptionnellement accepté qu'il me fasse la conversation, sentant chez lui un besoin urgent de s'épancher. "Mon pauvre Titi ! Si tu viens faire le poireau à c't'heure sur le balcon pour attendre ta vieille, c'est que j'ai bien raison de me faire du mouron". Et voilà le travail ! De l'écoute, encore de l'écoute et toujours de l'écoute... C'est un boulot de chien, personne d'autre ne tiendrait sur la longueur, on est des pros dans ce domaine. Je le sens tout à fait rassuré et serein maintenant. Allez aux plumes, demain sera un autre jour....

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Vous l'aurez compris, je n'ai plus le coeur à m'en aller promener, j'espère que vous ne m'en tiendrez pas rigueur ! Je suis accaparé par mon pote ou peut-être est-ce moi qui le monopolise. Le temps, indifférent à ce qui nous bouleverse, s'écoule fluide et sans temps mort, interminablement routinier. Qu'il s'en aille après tout, laissons le temps au temps. Quand à nous, pas question de prendre racine, il faut qu'on avance et le meilleur moyen c'est de mettre la vieille au rayon souvenir!! Faisons table rase, il faut faire un dernier sort à ce repas des condamnés... à l'abandon, hypocritement offert par notre ex-colocataire. Après ma petite sieste, mon pote m'a demandé de garder la maison et s'en est allé en prenant le sac réservé au seul usage des courses, dans lequel je trouve toujours à son retour, un petit os friandise. Les vieux réflexes sont revenus et c'est bon signe. Je l'ai patiemment attendu ainsi que ma récompense, sur le paillasson devant l'entrée.

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Un bruit de clé m'a fait sortir de ma somnolence, je me suis de suite préparé à lui faire l'accueil qu'il se doit, mais je suis resté sur l'cul en découvrant la vieille sur le palier et mon pote hilare. J'en avais gros sur le coeur, refoulant mes jappements plaintifs je suis tout de même trahi, par ma queue qui balaye la carpette frénétiquement. Notre premier échange entre quatre yeux fut bref, mais plein de reproches de ma part. message qu'elle reçu cinq sur cinq : trois jours qu'elle est partie la bougresse !!! J'ai passé le reste de la journée (enfin je crois !) à digérer mon amertume tout en la suivant, chaque fois qu'elle quittait son siège de crainte qu'elle ne s'en aille à nouveau. Finalement n'y tenant plus, je suis allé lui dire combien elle m'avait manqué. Mon coeur s'est emballé quand la joie est revenue s'y installer. Je n'ai pas boudé mon plaisir, à faire le mort sur ses genoux pendant de longues heures, grisé par ses caresses. Puis, las de toutes ces émotions, je me suis couché dans mon fauteuil, les observant tour à tour : à deux, en amour, on ne fait plus qu'un. Mais, on peut se demander lequel ? Pour éviter que mes vieux ne se posent cette question et m'en fassent un problème, je les entoure d'un amour indéfectible. Dans ce trio que nous formons à nouveau, nous ne sommes plus qu'un: moi !! Et ça fonctionne au poil ! Fermez portes et fenêtres, le bonheur ne doit point quitter ma maison ! Mon pote et moi allons nous faire une nuit royale et nos ronflements berceront le sommeil de not'vieille.

 
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"Sur les ailes du temps, la tristesse s'envole"

 

 

 


02 septembre 2018

"Quand je pense à tout ce que Dieu a fait : à commencer par moi ..."

 

"Après de longues et vaines recherches, j'ai renoncé à trouver la justification de la haute estime que je me porte."

Le soleil a failli m'avoir, jour après jour il m'a fait courber l'échine sous son ardente affection. Je me sentais comme un phoque, échoué loin de sa banquise et ma couche de graisse fondait à vue d'oeil ... Lueur d'espoir aujourd'hui, l'automne veut prendre le pouvoir, mon pote et votre serviteur lui ont prêté serment d'allégeance, illico. Mon maître semble convaincu de pouvoir passer l'hiver bien plus aisément que ce satané été qui ne sert à rien qu'à nous enfermer dans le noir, sorte d'avant goût de la tombe avant même de rendre l'âme. Bon ! Ce n'est pas le tout de se reposer sur mes lauriers, c'est la rentrée ! Il faut remettre le pied à l'étrier et pour cela rien ne vaut une balade dans la nature. J'oubliais un petit détail, il faudra supporter la compagnie de ma vieille, toujours de ce monde, elle a des appuis dans les hautes sphères... A tous ceux qui se languissent du paradis, viendez au Tirol avec moi ! Ce matin là, pleine d'enthousiasme, elle nous a promis monts et merveilles avec cette nouvelle randonnée, concoctée par ses soins. Notre cheffesse (Lol) nous a guidé jusqu'au parking du téléphérique... qui s'est avéré être un télésiège, pire encore : à deux places. Impossible de faire volte-face quand on est leader. Son sourire s'est figé et lorsque le lift nous a gentiment cueilli et envoyé en l'air, un horrible rictus a grimé son visage... J'adore ces grimpettes ! Tête dans les nuages, je suis confortablement installé pour faire sept cent mètres de dénivelé, rien qu'à profiter de la vue. Cette fois, pas de sapins en rangs serrés de chaque côté de notre doppelsessellift. Ma nacelle balance au gré du vent, la vue est époustouflante et je suis le maître du monde!

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Soudain, mon pote nous montre quelque chose en contrebas, du bout du doigt. Un lapin ! deux, trois, presque sous mes pattes qui me démangent. Je gesticule et gémis de ne pouvoir de suite leur tenir compagnie. Dans un premier temps, surprise et curieuse, la vieille se détend et englobe d'un seul coup d'oeil, les vaches, les lapins, la vue plongeante... Elle perd pied à nouveau et dans un geste désespéré s'arrime, tétanisée, à l'armature métallique de notre balancelle. Son teint est blafard, ses yeux exorbités et humides me fixent. Elle me parle entre ses dents d'une voix blanche : "Pas bouger titi" je la reconnais à peine. Les conseils, les mots d'encouragement ou les tentatives pour la raisonner sont de vaines paroles, qu'elle a renvoyé sans ménagement à mon pote, pourtant plein de bonnes intentions... Et pendant qu'elle murmure sa litanie : "Mon Dieu ! maman !" suspendue entre ciel et terre, je me dis que mon maître a bien raison quand il lui rappelle : "Mais pourquoi est-ce que tu l'as choisi ?!"

 

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Enfin sur le plancher des vaches, mes vieux récupèrent leurs sacs qui ont fait bande à part en prenant la nacelle suivante. Je n'aime pas les perdre de vue, surtout celui de mon pote, aussi j'en profite pour le scanner avec ma truffe : tout est là ! Il est temps de se mettre en route, les nuages moutonnent et s'entassent jusqu'à cacher le bleu du ciel et devenir fumée. Nous démarrons avec un petit passage "casse-pattes" qui m'est déconseillé par la faculté, c'est donc à ma fidèle sherpa de prendre le relais. C'est un job de confiance, qu'elle remplit du mieux qu'elle peut, la perfection n'étant pas de ce monde, encore que ! Moi, par exemple... Nous en reparlons une autre fois, c'est pas le sujet d'aujourd'hui... Ma vieille est confronté à un problème sans solution : l'amour de sa vie, moi! ou le poids qu'elle porte et supporte, moi! Confortablement installé dans mes appartements, je la sens, une fois de plus, contrariée de n'avoir pas le choix. Malgré tout l'attachement que je lui porte, étant accro à cette vie de chien, j'ai réglé la question une fois pour toutes : où il n'y a pas de solution, il n'y a pas de problème... Quand le sentier est devenu plus praticable, la vieille m'a fait mettre pied à terre, j'ai aussitôt collé aux basques de mon pote. Devant nous, le Kitzbüheler Horn du haut de ses deux mille mètres nous jauge avec condescendance. La prochaine fois dit-elle, je partirais de son sommet pour revenir ici. Puisque personne ne lui demande pourquoi, elle répond : "Comme ça, je n'aurais plus à prendre le télésiège" Non mais, vous avez vu le trajet! Mon pote tourne la tête vers moi et dit : "sans nous, hein mon titi !" Rassuré, j'embrasse le spectacle du regard. Je respire à fond et tout mon être se remplit de joie. vous le sentez ce bonheur à pleine brassée ? On va s'asseoir un moment pour mieux en profiter, pendant que mes vieux se désaltèrent !

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Tapi derrière l'azur, le soleil cligne de l'oeil. Il veille à dispenser ses lumières sur chaque parcelle de ces alpages où se côtoient pêle-mêle tous les coloris. Dame nature a signé d'un unique coup de pinceau, l'arrivée du printemps. C'est un trait vif et tranché, un monochrome de fleurs couleur jaune soufre qui enflamme diaboliquement mon paradis, à faire pâlir de jalousie l'astre solaire. Ses rayons déchirent alors le voile nuageux et le maître se met au travail ! Sans rien altérer de l'oeuvre première, il met en lumière l'orangé des asteracées qui pigmentent notre chemin. Il glisse lentement sur le vert des alpages, plein de fraîcheur et réveille quelques raiponces. Contre une pierre plate, un gros bouquet de fleurs rose bonbon s'est allongé, le soleil caressant en révèle toute l'onctuosité. Mon attention toute entière est captée par ces plantes mellifères. Ma patte folle glisse, s'en va abruptement se baigner dans le ru, tout droit sorti dessous cette pierre. N'ayant plus le choix, je fais corps avec elle et me jette à l'eau ! Profitant de la fraîcheur, je broute quelques jeunes pousses d'herbe tendre, éclaboussées d'eau de source et me retrouve nez à nez avec l'orchis vanillé sur laquelle ma truffe reste scotchée ! La "polésie" comme dit l'autre, c'est bien beau, mais ça ne nourrit pas son homme ! D'ailleurs, voilà mon pote qui m'appelle à l'aide. Lui et moi n'avons point besoin de longs discours, je vais de ce pas à la recherche d'un banc. C'est un travail pour lequel j'excelle et qui ne m'a pas pris beaucoup de mon temps. C'est fièrement, que j'ai cheminé à ses côtés pour le guider vers ma découverte. Habituellement, c'est moi qui ferme la marche, derrière mon pote, j'ai donc offert cette place vacante à ma vieille, parce qu'elle le vaut bien... Toutefois, ça reste provisoire, il n'est pas dit que dans un avenir proche, si la nécessité s'en fait sentir, je reprenne ma place favorite dans notre trio : bien à l'abri au milieu ! Une rumeur circule ; les loups sont entrés en grand nombre au Tirol.

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Mon maître a refusé ma trouvaille et j'avoue que je m'en suis offusqué au point de plus vouloir en décaniller. Il a eu beau user de toutes les flatteries, j'ai tenu bon, jusqu'à ce que la voix de ma vieille retentisse derrière mon dos ! C'est une grande manipulatrice, elle a prononcé deux mots, enfin presque, mais j'ai retenu l'essentiel : "va voir papa, on va manger la soupe !" J'ai piqué un sprint pour le rattraper, comme si elle m'avait botté les fesses. Je n'ai eu besoin de l'interroger du regard pour en savoir plus. Au moment de contourner la chapelle en surplomb d'un charmant hameau, j'ai repéré l'objet de tous mes désirs d'un seul coup d'oeil. Un oriflamme tirolien claquait au vent, seul cri de ralliement que je reconnaisse: "A table!". Un bonheur ne vient jamais seul, alors que je n'étais plus qu'à quelques mètres d'assouvir ma faim, un aboiement que j'ai perçu comme amical, s'est fait entendre. Nous, les canidés, formons une grande fraternité et parlons le même langage, quels que soient nos origines. Je n'ai eu aucun mal à comprendre cette confraternelle invitation. Pensant qu'il m'emboiterait le pas, je suis passé devant mon nouvel ami à fond de train pour entrer directement en cuisine, histoire de voir ce qui était prévu au menu d'aujourd'hui ! Je dois dire que l'accueil de son staff était empressé et enthousiaste. Toutefois ce premier contact fut des plus bref. Sans que j'en comprenne la raison, j'ai été raccompagné avec le sourire sur le perron où m'attendait mes vieux. Nous nous sommes alors installés à une table en terrasse, sous les regards amusés des autres visiteurs. Mon congénère nous a rejoint en me glissant à l'oreille : "j't'expliquerais..." pas la peine, j'ai compris : c'est clair qu'il n'est pas maître chez lui ! Alors qu'il tapait l'incruste à ma table, notre amitié a pris fin. A mon tour de lui expliquer que ce petit territoire était dorénavant soumis à mon diktat, en bref, fallait pas qu'il me les gonfle ! J'ai englouti mes croquettes avant que mes vieux ne soient servis. Puis j'ai partagé une délicieuse assiettée-terroir avec eux, il faut savoir entretenir le moral de ses troupes. Cependant, en quittant ces lieux je me suis fait la réflexion, pendant que ma vieille posait avec moi pour la postérité, que c'était le trop peu qui incommode ! Il me restait encore une place pour le dessert...

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Sur le chemin du retour, la vieille n'a fait que nous ralentir, prise d'une frénésie de shooting photo. Il n'y a que les fleurs pour capter son attention, je ne suis plus en tête d'affiche. Lorsqu'elle nous a proposé de faire un petit détour pour un autre point de vue, on a cédé de guerre lasse, à son caprice. Question ténacité, elle vaut un teckel et je ne fais pas souvent de compliments ! Je me suis portant donné un mal de chien, j'ai vainement tenté de poser prés de ses "chères" vedettes pour être dans l'objectif, rien n'y a fait. Usant d'une autre stratégie, je me suis fait pourvoyeur, histoire de rentrer dans ses bonnes grâces. Finalement j'ai trouvé une belle plante : haute sur tige, un gratte-ciel habité à tous les étages où mouches et autres gourmands s'y barbouillent de nectar. Fier de moi, je me suis posté à côté de ma découverte et mon photographe m'y a rejoint. Tout content de moi, remuant la queue avec frénésie, je réveille par mégarde les habitants de ce vérâtre blanc. Pfft ! tout ce ptit monde s'envole et me voilà encore expulsé de son champ de vision, sans décrocher le premier rôle de cette histoire ! Apparemment il est mal venu de montrer ostensiblement sa joie...Beaucoup moins motivé, j'ai moi aussi traîné à ma guise, ce qui m'a laissé du temps pour me laisser aller à mes idées fixes. Mon pote s'est installé sur un banc qu'il a bien gagné. En contemplation devant un panorama d'exception, assis sur un beau coussin de fleurs (on se venge comme on peut !) je songe au dessert que je n'ai pas encore pris. Je réalise soudain que notre pique-nique est toujours dans le rucksack et je vais de ce pas, le renifler, pour en avoir confirmation. Étrange idée de vouloir charrier un si lourd fardeau, alors qu'il suffirait de s'en délester en en faisant notre quatre-heures ! Je m'esbaudit de ce trait de génie et souhaite le partager avec mon pote qui, malheureusement, a bien du mal à me comprendre. Il remet son sac sur le dos, en disant à la vieille : " On rentre ! Charly aussi en a marre, allez titi ouvre la marche !"

 

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Il y a des jours où il faut savoir lâcher prise ! J'ai fait mon boulot de pisteur sans demander mon reste. Devant le regard impavide de quelques statues de pierre et la nonchalance de belles brunes bien en chair, j'ai dévalé la pente, pressé d'en finir, parce qu'au Tirol, mes vieux se couchent avec les poules et je voudrais pas louper mon dernier repas ! La vieille n'a pas pu s'empêcher de me mettre des bâtons dans les roues, à quelques centaines de mètres de notre "ascenseur" elle a eu une lubie ...Mon pote et moi avons dû monter la garde et surveiller les vaches, pendant qu'elle prenait un bain de pied à la fraîche. Je doute fortement de l'utilité de cette usage, dans son cas, je crois plutôt à la nécessité de mettre la tête sous l'eau, ça lui rafraîchirait les idées ! A bout de patience, mon maître lui a rappelé que les laitières allaient bientôt s'alléger de leur blanc fardeau à la ferme et qu'il n'est pas bon se trouver sur leur route ! Comme nous devons partager le même chemin étroit, il veut mieux ne pas les contrarier en provoquant un bouchon, certaines avaient déjà un regard belliqueux en s'approchant du pédiluve ! Il y a des arguments qui font mouche, elle a remis chaussure à son pied et nous leur avons brûlé la politesse. Enfin à la gare de départ du télésiège, sur le point de montrer patte blanche pour s'embarquer, elle s'écrie : " on a oublié d'aller voir la chapelle, on ne peut pas partir sans y allumer un cierge !" On a encore cédé, enfin mon pote, pas moi ! Je trouve qu'elle pousse le bouchon un peu trop loin...

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Il semble que plus rien ne s'oppose à ce que l'on rentre chez nous. la bougie diffuse enfin sa petite lumière et sous la protection divine, nous nous mettons en route pour prendre le lift. la vieille dans une dernière tentative désespérée et puérile, dévoile la vraie raison de ses nombreux caprices ; elle se propose de faire la descente les pieds sur terre, pendant que mon pote et moi prendrons l'air. La coupe est pleine et c'est la goutte de trop qui la fait déborder! Mon maître lui répond : "La prochaine fois, on partira du sommet du kitzbüheler horn pour revenir ici, comme tu l'as suggéré. Mais pour ce qui est de t'attendre deux heures au parking, ne compte pas sur nous, pas vrai titi ?" Heureusement que je suis là ! Fine mouche, il rajoute en souriant : " Et maintenant, il va falloir être une grande fille et embarquer." Alors là je dis bravo, on ne va pas laisser son idée fixe nous mener par le bout du nez !! Piquée au vif, les deux pieds sur la ligne de départ, sans un regard en arrière, elle a stoïquement attendu que sa phobie l'emporte pour une descente aux enfers, mais sans nous. En la regardant s'éloigner, une troublante pensée m'effleure, il se pourrait que la vieille nous condamne au purgatoire ses prochains jours, on a peut-être poussé le bouchon un peu trop loin !! Nous embarquons dans le lift suivant et comme je ne suis pas chien, je veille sur elle, sans perdre de vue l'essentiel ! Dés que nous aurons retrouvé le plancher des vaches, nous serons, elle et moi, libérés de nos hantises...Je prendrais enfin mon dernier repas, point final de cette belle journée.                                                 

"En avalant les méchantes paroles qu'on ne profèrent pas, on ne s'est jamais abimé l'estomac"

19 août 2018

"La vie de chateau" un jour de pluie !"

Je vous invite, en complément de cette courte visite, à suivre un vrai guide, via le site de ce beau château du Tratzberg : https://www.schloss-tratzberg.at/index.php/page-daccueil.html

Notre Charly a profité de ce jour de pluie bienvenu, pour rester coucher et se reposer...

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 A très vite !

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28 juillet 2018

"Je me demande si j'ai assez d'énergie pour être patient !"

 

"Ce qu'il y a de meilleur dans l'homme, c'est son chien."

Je viens de faire une incroyable découverte ; on se fait vieux ! Pour preuve : on se la coulait douce à la maison, épuisés par la chaleur, quand soudain à la faveur d'un orage, nous avons brutalement refait surface, déconcertés, en constatant la fuite du temps : dans trois jours, nous prenons la route...La livebox a rendu l'âme, nous sommes coupés du monde, impossible de vous dire au revoir ! Tant bien que mal, valise bouclée, on m'a casé à l'arrière du siège conducteur où j'ai eu la désagréable surprise de constater que la vieille allait conduire, ça m'a rendu malade !! Aussitôt arrivé à la Pension Noëlla, j'ai reconnu "ma résidence secondaire" et la transition s'est faite en douceur. J'étais enfin chez moi...ou presque ! Contempler toutes mes petites affaires bien installées dans la chambre m'a mis en joie. Sitôt mangé, j'ai expédié vitesse grand V ma sortie hygiénique pour me précipiter vers mon panier. Trois ptits tours sur moi-même et puis s'en va au pays des songes. La nuit fut fraîche et douce, propice à la rêverie. Je m'imaginais passer de longues heures prés de mon copain Sammy, jetant un oeil dans la cuisine de temps en temps tout en profitant de caresses et compliments des hôtes de ce havre de paix. Mais, c'était sans compter la sangsue à laquelle j'essaie désespérément d'échapper et qui se réjouit de partager ses extravagances avec moi ! Ce matin, J+1, je me tiens sur mes gardes, tout peut arriver, mais le pire n'est pas certain....

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En sortant du téléphérique, de blanches volutes sont venues encercler trois pauvres fous, seuls voyageurs débarquant pour s'émerveiller des lieux. Le paysage s'est chichement dévoilé au fur et à mesure de notre progression. Sur un panneau, en lettre verte fluo, le chiffre 4° fait un clin d'oeil plus qu'appuyé à la vieille, ce qui ne l'a malheureusement pas empêché de commenter le temps qu'il fait. Mon pote et moi avons stoïquement subi son bla bla inutile, sauf à nous les geler, lui plus que moi, soyons honnêtes. Pendant qu'elle en rajoute une couche, j'ai traîné mon pote au bout de ma laisse pour éviter qu'il ne se perde dans le brouillard. Nous avons fait une halte sur une plateforme suspendue au-dessus du vide. J'ai scruté ce plancher, transparent par endroits et troué à d'autres. Je n'y ai découvert que des nuages qui faisaient mumuse sous mes pattes. Le vent s'est engouffré à travers les grilles pour me siffler aux oreilles et me glacer le ventre, j'ai aussitôt pressé le pas pour d'autres horizons. Peine perdue, je suis alourdi par la brume qui se prélasse sur mon dos. Sans cesse elle me taquine, me voilant les yeux : un coup j'te vois, un coup j'te vois plus. En entamant un virage en épingle à cheveux, j'ai deviné une brèche dans cette purée de pois et soudain, j'ai vu... Je veux bien sympathiser avec les vaches, mais une aussi grosse pas question ! Bien qu'en y réfléchissant, j'ai aussitôt envisagé que sa production de lait et de crème serait proportionnelle à sa taille, pas bête le teckel nain ! N'écoutant que mon courage, je me suis faufilé sous son ventre pour constater son inutilité dans ma chaîne alimentaire. Mon pote et moi l'avons abandonné au brouillard, qui l'a englouti. Soudain, dans un coin de ma tête, ça m'a fait tilt ! Il me semble que j'ai mal évalué le bestiau, avec une dentition pareille, il doit bouffer à tous les râteliers. Ma vieille toujours à la traîne, pourrait bien lui servir d'ordinaire. Comme pour confirmer mes soupçons, son hurlement glacé retentit... Ils ont fait connaissance !!

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Je me voyais déjà orphelin de mère, sans encore percevoir si c'était un mal pour un bien. J'ai été frustré de ce débat intérieur fort intéressant. Bien vivante, gesticulant au loin, elle nous a rejoint à fond de train pour nous conter son aventure, dont on se fout puisqu'on en connaît la fin ! De montées en descentes, la plupart du temps n'y voyant goutte, nous avons cherché notre chemin dans cette contrée peuplée de créatures peu sympathiques. Puis on a découvert une terrain, propice à quelques exercices, comme s'il en était besoin ! De suite je me suis planqué derrière mon pote, je ne tenais pas à faire la vedette, jouant l'équilibriste pour le plaisir de mon paparazzi. Seul, mais peinard, j'ai assisté à l'amusant spectacle de deux vieux retombant en enfance, suspendus à leur tyrolienne. C'est alors que mon pote a poussé un cri de douleur en touchant terre, son genou est venu lui rappeler le poids des ans...La fête est finie. Encore que, "un mal pour un bien" prend ici tout son sens : mes vacances farniente comme je les aime, vont enfin commencer. Certes je compatis et malgré la pluie qui vient faire déborder le vase, je ne vous cache pas, que personnellement, mon moral est au beau fixe.

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Mais ce n'est pas parce que la tournure des évènements est à mon avantage, qu'il faut que je baisse ma garde. Je ne vais pas passer le reste de ma journée à humer le vent, les bonnes nouvelles ça creuse ! J'ai pris la tête de ma troupe et la chance me souriant une fois de plus, j'ai découvert une jolie chapelle un peu de guingois, qui m'a donné la direction à suivre pour trouver un abri. Un joli petit chalet nous a offert sa terrasse abritée pour que mon pote s'y repose un peu et l'on a fait d'une pierre deux coups ! Ma tambouille ingurgitée, j'ai pris place sur le banc à côté de ma vieille pour lui tenir compagnie... C'est alors que nous avons été encerclé, puis harcelé par de sinistres charognards. Il parait que lorsqu'ils ouvrent leur bec, ils ne répandent que pestilence ! Un, deux... puis quatre ou cinq, resserrent l'étau, effrontément, l'oeil noir. N'écoutant que mon devoir, j'ai pris place sur les genoux de ma mère, lui faisant un rempart de mon corps, pour la protéger, ainsi que son repas, au péril de ma vie. Les chocards ont tenu le siège pour voler notre ration de survie, mais ils ont dû rabattre leur caquet. Optant pour une autre stratégie, de séduction cette fois ci, ils nous gratifient d'une parade de pattes rouges et de mélodieux sifflements. Ce spectacle, que je trouve de piètre qualité, ne leur a rapporté que quelques miettes, semant la discorde entre eux. Quand à moi, je me suis gavé de ce qu'ils n'ont pas obtenu, juste prix pour ma bravoure.

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Un rayon de soleil est venu balayé le perron, donnant ainsi le signal du départ. Quelques nuages récalcitrants se refusent à nous montrer la voie et le doute s'installe à nouveau. Ce pourrait-il que la patronne nous ai égaré dans un monde parallèle à notre Tirol, sans que l'on ne puisse jamais s'en échapper ? Armé de jumelles, mon pote s'essaye à la clairvoyance, perte de temps que j'utilise à profit, en allant de l'avant, ma truffe rivée au sol. Rien ne vaut les méthodes naturelles : je tombe nez à nez sur mes meilleures (vraies) amies, quelques mètres plus loin, nichées en contrebas, là où le soleil donne. Elles sont lascivement vautrées dans l'herbe humide tout en prenant un bain de soleil. Tout autour d'elles, en équilibre sur les fleurs, des insectes sèchent et réchauffent leurs ailes. Ils sont sur le départ et ne vont pas tarder à tanner le cuir de mes belles brunettes. D'un coup de tête, faisant tinter sa cloche, la meneuse me montre la marche à suivre. Je bats le rappel immédiatement et adieu Jurassic Park !!

 

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La montée est un peu rude sur ce flanc de montagne heureusement encore ombragé. Un virage nous fait passer de l'autre côté, la lumière rasante nous salue chaudement puis se fracasse et incendie les parois rocheuses qui nous surplombent et rougeoient. Les nuages ont tiré leur révérence, déroulant sous nos pieds le magnifique paysage tant attendu. Le doute n'est plus permis, j'ai retrouvé mon paradis. La vieille vient troubler notre silence extatique et se propose de faire le guide. On n'est pas dupe, depuis le temps qu'on la pratique ! Elle a toujours quelques idées, dont une fixe, derrière la tête. L'échange promet d'être intéressant, mon pote a intérêt à ne pas baisser sa garde, car ma maîtresse est maligne. Tant qu'à faire, asseyons nous. "Tu vois là-bas,le seul coin qui reste encore un peu sous les nuages ?". dit-elle. Je retiens mon souffle. Mon maître fait mine de rien et reste silencieux pour ne pas ajouter d'eau à son moulin...à paroles. Elle s'en fout ! "C'est notre nouvelle et jolie balade comme on aime, prévue pour ces jours-ci, il y a une hütte où on mange un Tiroler Gröstl délicieux... Zut, j'ai oublié ton genou blessé, c'est dommage ! Ce sera peut-être pour l'année prochaine..." Attention, ne cédons pas à la tentation, on joue mes vacances de rêve sur ce coup là, il faut la jouer fine. Mon pote sourit, c'est bon signe ! Il lui demande: " Les marcheurs Autrichiens, ils la font en combien de temps, cette balade ?".  Yes, c'est plié !!!. Au moment même où elle a répondu "4 heures", elle a compris que la partie était perdue ! Soyons clairs, 3 vieux qui vivent à l'année à 140m au-dessus du niveau de la mer, feront "la promenade" en 6 heures. Et encore, si on ne se perd pas !!

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On reprend la route. Après quelques instants de silence, elle s'adresse à moi, sachant que je n'ai pas droit à la parole. "Qu'est ce qu'il en dit le titi, sa maman va profiter du panorama, au sommet prés des croix (1869m) c'est tout prés, ce serait dommage de passer à côté. Tu vas rester avec ton papa et te baigner dans le lac juste à côté". Et pis quoi encore ! Elle ne lâche jamais le morceau, un vrai pitbull. Sa passion pour les hauteurs et son vertige ne sont pas toujours compatibles. Pensant qu'elle renoncerait à faire la grimpette pour cause de poids excédentaire, mon pote lui dit :"Je t'attends sur un banc prés du lac emmène donc Charly avec toi, il sera content". Et pis quoi encore !! Mais rien n'y a fait : "viens mon titi, monte dans tes appartements". Comme d'habitude, qui c'est qui s'y colle, toujours le même qui est de corvée, j'ai une vie de chien ! En nous disant "à plus tard" mon maître, ce traître, lui a juste rappelé qu'elle avait charge d'âme. Ça ne l'a pas empêché de me livrer à la vieille, pour quelle me mette sur la croix. Adieu, monde cruel !

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"Ça valait la peine, hein Titi ?". Ché pas, je tanguais sur ton dos, ça m'a donné mal au coeur. Cette sortie m'a épuisé, à moins que ce ne soit mes vieux... Vivement demain, que mes vraies vacances commencent...

"j'ai passé une excellente journée...mais ce n'était pas celle-ci."

 

01 juillet 2018

"pour moi, la réussite, c'est d'arriver où on veut !"

 

La vue, le toucher, l'ouïe, l'odorat, le goût... Ne font qu'un seul et unique sens... Le plaisir !

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Ça y est ! Nous y voilà, après avoir terminé mon inventaire, je peux vous certifier que tout est là, à sa place, inchangé...Les plus hauts sommets toujours vêtus de blanc, des montagnes chapeautées d'un camaïeu de vert, des sapins-fantassins qui longent mes sentiers et votre serviteur qui s'en va conquérir son paradis...

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Un écureuil joue à cache-cache, mes copines affables portent toujours avec la même élégance, leur robe à fleur, chassez le naturel il revient au galop ! Les voilà déjà, un peu peau de vache... sur les bords de mon chemin, montant la garde tout en me saluant amicalement du joli son des clarines...

 

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Rassurez vous, nous pourrons aussi, si besoin est, faire trempette et se rafraîchir les idées...elles m'arrivent en vrac, pleines de bon sens ! Il se pourrait que, comme mon pote, je prenne de bonnes résolutions. Me nourrir sainement, du gras et du sel pour mon cerveau, un peu de bière pour mes abdominaux et bien sûr de la crème et du fromage pour mes vieux os...

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Le tableau est idyllique vous en conviendrez avec moi, je ne peux que m'en réjouir ! Toutefois, je me coltine en ce moment un parasite sur le dos, pas une tique ni une puce, c'est beaucoup plus envahissant : c'est ma vieille !!

charly

 "Chaque fois que ma peau pourrait se plisser, je mange un peu plus pour qu'elle se tende."

 

 

Moyenne

 

 

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31 mai 2018

"Ca ne fait jamais de mal de dire du bien. Mais ça fait parfois tant de bien de dire du mal"

 

"Peut-être qu'à force de retenir le pire, on finit par oublier le meilleur"

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Coucou ! C'est Charly ! Y'a quelqu'un ? Je voudrais avant toutes choses, vous remercier pour votre soutien indéfectible, lors de ma dernière opération. Vos encouragements ont pansé mes plaies, bien mieux que tout autre remède. De leur côté, mes vieux ont pris le relais et m'ont aéré deux ou trois fois, faisant en sorte que je me fatigue le moins possible. Avec l'âge, je suis obligé de le dire, ça cafouille un peu question organisation. Il règne une certaine confusion sous leurs casquettes et ça ne s'arrange pas quand le soleil chauffe dessus. Ils ont tendance à tout confondre, moi pas : 18° je sors, 27° je reste chez moi. Mon pote m'a consciencieusement emballé avec des bandages, j'ai cru un court moment que j'allais être momifié. Attifé comme ça,je ne suis plus "sortable", mais question confort, c'est mieux que le "cone de la honte*" comme dit Ann, my friend from Albuquerque. Mes vieux ont choisi notre camp de base au plus proche du parking avec une vue panoramique sur Durbach. Ma serviette magique a trouvé sa place, posée bien au milieu d'un banc. Mon pote a agrémenté celui-ci de deux parapluies ouverts pour lui faire de l'ombre et voilà enfin trois ptits vieux installés. Mais, quand la vieille a sorti du sac un sudoku en lui prêtant une attention quasi hypnotique, j'ai pas compris ! J'ai voulu prendre mon pote à témoin, mais lui aussi m'a fait faux bond, en pleine délectation des piquantes citations de Frédéric Dard... De mon côté, centriste par nécessité et non par facilité, je vacille de droite à gauche et inversement, pour obtenir gain de cause, peu de choses en vérité, juste du pain ! Refusant de me coucher car je ne sieste qu'après avoir mangé, j'ai tenté d'avoir mes vieux à l'usure à force de soupirs plaintifs. En désespoir de cause, je me suis alors assis sur le sudoku et on m'a remis gentillement à ma place. J'ai passé un cran au dessus, en ponctuant le silence de grognements, dans un ordre très précis et sans discontinuer, un peu comme un S.O.S : d'abord trois petits, puis trois plus longs et à nouveau trois petits, dans la plus totale indifférence! Après un temps qui m'a semblé interminable, le carillon de l'hôtel Rebstock s'est mis à babiller joyeusement au loin, nous rappelant l'heure avec délicatesse. Au douzième coup sonné, mon pote a soudain levé les yeux vers moi en disant : "Ha ! Écoute Titi, c'est l'heure de la soupe!" Il y a des jours où je désespère... Après avoir fini les trois gamelles ou presque, j'ai repris du poil de la bête en sirotant quelques lampées de café. Puis l'ombre ayant quitté mon banc pour s'installer au ras du sol, je l'ai suivi en m'installant face à mes vieux. Ça ne vaut pas mes coussins moelleux qui m'attendent à la maison avec la même impatience que j'ai à les rejoindre. Et c'est pour cette raison, que j'ai continué à râler jusqu'à ce que ma litanie m'endorme. Comme de bien entendu, c'est à ce moment là, qu'ils ont décidé de tout remballer pour regagner nos pénates...

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Nous sommes face à de grandes incertitudes en ce moment concernant nos vacances. La patronne s'interroge sur nos capacités respectives à mettre un pied devant l'autre, jour après jour, pour découvrir de nouveaux horizons au Tirol. Mon pote, que je soutiens à cent pour cent, pense qu'il est impératif de noter les jours de congé (ruhetag) de nos hûttes préférées... Ce serait rageant de se pointer la gueule enfarinée, le jour de fermeture! D'ailleurs, dit-il en me souriant, vu qu'on est déjà bien préparé... à rien faire, c'est indispensable d'avoir un endroit approprié pour continuer à s'entrainer ! La vieille me jette un regard qui en dit long et déjà je  sens que ce sera pour ma pomme ! C'est tout de même curieux que je sois pris à partie à chaque fois, moi qui ne dit mot ! Cette fois encore je fais office de bouc émissaire, haro sur le pôve Charly : trop lourd, bouffe trop, fainéant, toujours le même refrain, du radotage quoi !! Je tiens tout même à rétablir ma vérité, la seule digne d'intérêt. Si, à aujourd'hui, on n'est pas aux taquets, je n'en porte pas la responsabilité. Quand la froidure a fait son apparition, on n'était pas contre l'idée de partir en balade, mais se geler les fesses pour un pique-nique à nos âges, c'était prendre le risque de ne pas passer l'hiver. Mais, après de longues semaines d'inactivité, on s'est longuement concerté, pour finalement reprendre notre bâton de pèlerin. La vieille usant de faux-fuyant a très vite sabordé notre enthousiasme : "j'ai mal ici et j'ai mal là... gna gna...mon dos.." Toujours à râler, alors que c'est mon privilège, une sorte de compensation puisqu'on ne me donne jamais la parole ! Je la soupçonne de vouloir se débarrasser de moi et ça m'étonnerait pas qu'elle m'offre un séjour en colonie de vacances. En y réfléchissant, tout est réuni pour faire aboutir son plan machiavélique, ma visite chez le véto, juste avant les vacances comme par hasard... Mon opération et ma convalescence qui m'empêche de m'entrainer en sont la touche finale ! Soudain, tout se met en lumière, le complot savamment ourdi contre moi, a débuté, l'année dernière au Tirol, lors d'une balade bien précise que je vais vous narrer en toute impartialité...

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Ça faisait déjà deux ans qu'elle voulait voir de plus prés le magnifique paysage du Wildseelodersee à Fieberbrunn. Rien de mieux que d'aller déjeuner sur l'herbe à plus de 1800 mètres, pour avoir le meilleur point de vue, nous n'étions d'ailleurs pas les seuls à avoir la même idée !! Nous avons eu durant tout notre séjour ou à peu prés, un temps merveilleux, chaud et ensoleillé. Mon intolérance aux fortes températures et la santé fragile de mon dos, a mis ma vieille face à ses responsabilités: moi! Pas question de porter à vide mes appartements pendant que je me traîne misérablement sur des chemins de fortune, sous les yeux indignés et compatissants de nombreux randonneurs. Quoique, j'adore être l'objet de toutes les attentions et suis sensible aux faveurs qu'on voudrait m'accorder. (Ça reste entre nous !) Ne croyez pas qu'elle soit notre souffre douleur, c'est une rusée capable de tout. Après avoir pesé les deux sacs pleins, avant notre départ, persuadée qu'elle était de se taper le plus lourd, elle a dû rabattre son caquet : 9kg200 chacun. Elle a choisi son sac la première et ne peut donc se plaindre. D'autant plus qu'elle ne manque jamais de me mettre à la diète quelques semaines avant notre départ. Malgré ses jérémiades et quoiqu'elle dise, elle ne m'a pas sur le dos toute la sainte journée !! Enfin installé dans ma studette, j'ai pu contempler le paysage, malgré un léger roulis. Le personnel n'est plus ce qu'il était, mon porteur n'a pas le pied bien sûr. Mes yeux embarquent sans effort sur les montagnes aux sommets de plus en plus élevés, glissant sur leurs courbes jusqu'aux cimes enneigées qui marquent le confins de mon paradis. La vieille nous interpelle et presque à portée de ses doigts tendus, je devine l'immense croix de Jacob (Jakobkreuz) dressée vers le ciel. Elle surplombe la verte vallée où serpente le pillersee, les vaches y viennent en troupeaux, les pieds à la fraîche, tenir colloque et ruminer sur le bon vieux temps qui n'est plus...

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Nous avons finalement atteint le sommet et c'est tant mieux !Chargée d'âme (la mienne !) et de son masque "mater dolorosa", la vieille avait réussi à inverser la tendance. De nombreux randonneurs avaient fait montre d'une trop grande attention à son égard pendant notre ascension, elle m'avait volé la vedette !! Comme à mon habitude, j'ai fait preuve d'abnégation en mettant pied à terre quelques minutes avant de franchir la ligne d'arrivée. Je ne suis pas chien, je lui ai laissé la première place. Quand à moi, j'ai pu récupérer mon public, rien qu'en traînant la patte derrière elle !! Devant la jolie chapelle, nous avons contemplé à perte de vue, le travail accompli. Comme toute peine mérite salaire, un fumet de saucisses patates grillées est venu chatouiller ma truffe pour m'en donner confirmation. Là encore, j'ai dû me résoudre à subir les caprices de notre coach, qui soutenait que le meilleur était à venir, il fallait pour cela faire le tour du lac. Pour ma part le meilleur est là, dans cette belle hûtte aux volets rouges et blancs, où un nombre inquiétant de morfales s'agglutinent. On va se faire voler notre ration de survie... A mi-chemin, je me suis retrouvé face à l'objet de mes convoitises. La vieille s'est installée en équilibre sur une pierre pour faire cette photo dont elle rêvait. J'admets que le spectacle vaut le détour, mais en prendre plein les yeux ne vaut pas autant que s'en mettre plein la panse !! Nous sommes restés admiratifs tout en faisant servilement son éloge, lui reconnaissant le talent de nous avoir traîné jusqu'ici. Mon pote a perçu très vite un autre danger, la vieille avec inconstance avait déjà zoomé vers deux autres sommets, situés de chaque côté du lac. Dieu merci, le temps d'hésitation qu'elle a eu pour faire son choix, nous a permis de la rappeler à des nécessités certes plus terre à terre : manger !!

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Nous avons très rapidement trouvé un emplacement pour un piquenique. Je me suis consolé, en catimini, me promettant de faire une pause sucrée à ma hûtte sur le chemin du retour. Le petit groupe de jeunes autrichiens, arrivé quasi en même temps que nous, s'est jeté à l'eau, sous nos yeux médusés. Les marmottes en goguette, postées sur les éboulis un peu plus haut, ont cessé leurs jeux, pour assister d'un oeil intéressé au spectacle. Las des eaux glacés, ils en sont sortis, s'ébrouant avec force. Le temps d'une bière, de quelques éclats de rire et le soleil les a séché. Ils ont aussitôt revêtu leur culotte de peau et godillot de marche, pour entamer une autre montée en surplomb du lac...Je n'ai pas laissé l'opportunité à mon vieux de me mettre à l'eau, car moi aussi je préfère la bière comme tout Autrechien qui se respecte. J'ai tourné autour de mon pote, avec une exaspération grandissante, je lui reconnais un grand nombre de qualité qui font mon bonheur, mais l'art de la table pour bouffer trois croquettes, j'm'en tape !! Ça prend un temps fou, mon maître est minutieux et organisé tandis que la vieille comme d'hab, n'en fout pas une ramée. Et votre ami Charly ! Qu'est ce qu'il fait ? Hé bien, je soupire en regardant avec envie la Hûtte, ignorée par mes vieux et qui persiste par vagues successives, à m'envoyer des invitations portées par le vent, à la hauteur de mes envies. Pour soutenir l'effort fourni par mon pote, tout en lui suggérant qu'il n'est pas nécessaire d'en faire autant pour passer à table, je me suis installé au beau milieu du tapis de sol, d'où il m'a aussitôt délogé sans ménagement. Infatigable, j'ai mené une guerre de harcèlement, digne d'une mouche bleue dite à viande, au point de brûler plus de calories que je n'en ai consommé ! 

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Notre repas a été expédié en deux temps, trois mouvements ! Je reste sur ma faim et le peu d'énergie encore en réserve, ne me permet pas d'aller chasser la marmotte, tout au plus, celui de me poster devant mon pote avec mon regard le plus expressif et lui demander aimablement : "on s'tire ou quoi ?" Et bien sûr, c'est toujours celle à qui on ne demande rien qui l'ouvre, si vous voyez ce que je veux dire ! "Charly ! Tu nous tyrannise !" On croit rêver, je ne dis pas que, bien souvent, j'ai rêvé d'usurper sa place, mais je n'ai pas les qualités requises qui sont les siennes : autoritaire, dominatrice, exigeante... Je ne suis qu'un compagnon fidèle, dévoué affectueux et soumis, la preuve, j'ai deux boulets que je traîne avec moi depuis 11 ans déjà. J'hésite encore, mais je songe à me défaire de l'un deux...Lorsque j'ai adopté inconsidérément ces deux olibrius, j'étais jeune frais et dispos. Mais, à l'heure de la retraite, je me fais souvent la réflexion que mon pote et moi avons beaucoup en commun, je vous laisse tirer les conclusions qui s'imposent... Je crois qu'il est de mon devoir de laisser une seconde chance à ma vieille : il est temps de la déposer à la SPA pour qu'un autre de mes congénères nécessiteux l'adopte à son tour...

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Je crois qu'elle lit dans mes pensées ! La patronne semble contrariée et donne le signal de départ. Au pas de charge, les coudes au corps et droite comme un i, elle passe indifférente devant mon auberge qui embaume. Tandis que suis au supplice lorsque la vanille ouvre le bal et se mêle aux fleurs douces et poudrées de nectar. Ce délicieux mélange olfactif, se pare, dans un final puissant, de l'abricot chaud et d'un soupçon de cannelle. C'est le parfum que les hüttes portent pour embellir les après-midi du randonneur. J'en ressens encore sur le chemin du retour, la subtile note crémeuse qui me sert d'amuse-gueule et va se perdre hors des sentiers battus. Malgré ma déception, il est temps de rejoindre ma vieille et faire amende honorable, on ne sait jamais ! A force de lui tourner autour, au risque il est vrai de la faire tomber, je me suis fait rabrouer. Je venais humblement faire allégeance espérant par là-même, un revirement de sa part, peu de choses en vérité : qu'elle me prenne à son bord ou m'offre des sucreries. Peine perdue, la vieille a fait fi de mes efforts, je vous livre en vrac, ses propos grossiers : trop lourd, fainéant...Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'elle a de la conversation ! Vous êtes témoin, j'ai fait mon possible, mais je crois que l'heure de la séparation est venue. J'ai marché bien longtemps avec un pincement au coeur. Le seul ami fidèle qui me reste est venu me rejoindre, à l'ombre d'un banc. Nous sommes restés ensemble à contempler les meuglantes toutes proches qui cherchaient à se fondre dans le paysage. Les nuages au loin s'amoncellaient, la patronne avait disparu au détour du virage tout proche, mes oreilles se sont mises en mode radar. Mon pote a fait baisser ma vigilance d'un cran, avec quelques caresses et m'a révélé un secret : "Il faut s'y faire Titi, ta maîtresse est attachiante, c'est pour ça qu'on la garde !" Cette mise en lumière n'était pas loin de me faire changer d'avis, plus encore quand le ciel m'a foudroyé d'un éclair de lucidité : j'avais besoin de ma vieille ! Quand le premier coup de tonnerre a résonné, ricochant et s'amplifiant sur les sommets environnants, la panique m'a fait tourner la tête. Ma vieille mère s'était subrepticement glissée derrière le banc après avoir contourné la colline et je n'ai eu qu'à me blottir dans ses bras, généreusement offerts. Me couvrant de baisers, elle murmura : "n'aie pas peur mon ptit zigouioui...

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"Je n'admets pas que l'on contrarie mes projets, surtout quand j'ai la certitude de ne jamais les mettre à exécution"

 

*cone of shame : entonnoir en plastique, qui entoure la tête de nos chiens, pour éviter qu'ils ne se martyrisent, aprés avoir subi une opération, par exemple.

 

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02 mai 2018

"Né très jeune, j'entends mourir très vieux"

 

" L’optimiste ne refuse jamais de voir le côté négatif des choses ; il refuse simplement de s'y attarder ."

Hier encore, je donnais la cadence à mes vieux comme au vent frais qui voulait me soumettre et me faire frissonner. Depuis quelques jours, je me sens poisseux, engourdi par un souffle chaud qui me fatigue la respiration. Alors que je tente de récupérer un manque de sommeil ou à défaut, d'engranger quelques réserves au cas où, je suis sans arrêt interrompu sans aucun égard. Les portes et fenêtres de mon chez moi sont ouvertes à longueur de journée. La lumière presque aveuglante, alliée inattendue, m'oblige à garder mes paupières closes. Mais le répit est de courte durée, car dehors le monde s'éveille du grand sommeil hivernal que mon pote et moi aimons tant. Ça jacasse de toutes parts, les merles veulent clouer le bec aux corbeaux, ce qui n'est pas une mince affaire. Mes nombreux collègues ont pris l'air sur leur balcon respectif et se haranguent, tout en faisant la police, surveillant le parking qui nous est commun. Les deux pattes sortis de léthargie, donnent de la voix, parlent du temps passé et à venir, tant et si bien qu'ils me font suer... Je rouspète et râle, changeant de panier et de pièce sans trouver mon bonheur. À force, j'ai filé le tournis à ma vieille qui m'a jeté un oeil scrutateur. Aïe ! Je sens bien que je viens de réveiller le dernier hiberné, le plus dangereux...Charly, mon pauvre gros pépère, t'as chaud ? Je t'ai laissé en jachère bien trop longtemps, le boulot nous attend, je vais te faire une belle coupe printanière...

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Je ne collabore pas avec l'ennemi, qu'on se le dise ! Je préfère faire le mort sur la table de travail pendant que mon bourreau officie sur ma carcasse. Mon esprit prend le large et je me remémore une de ces balades annonciatrices des beaux jours. Chaque année c'est pareil, on le sait, le printemps est en chemin, pas de quoi en faire tout un plat. La seule chose dont je lui sais gré, c'est d'alterner le chaud et le froid. La vieille s'en régale avec impatience non sans regretter son passage souvent éphémère. C'est une saison paresseuse, ce qui la pousse à pactiser avec l'été bien trop souvent à mon goût, en lui cédant hâtivement la place. Le pire des scénarios... Pas de danger qu'il nous fasse faux bond celui-là, il me rend la vie indigeste !!

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J'ai "revisité" pour vous, ma dernière balade et l'ayant finalement trouvé à mon goût, je me propose de la refaire en votre aimable compagnie. Pendant que mon flanc s'offre au trimmer, mon esprit vogue entre rêverie et réalité. Petit à petit le silence reprend du terrain avalant les sons les plus discordants venant de l'extérieur. Il ne reste plus que moi, somnolant, presque heureux d'entendre le merle moqueur pendant que la vieille abat sa besogne. Cette fois pour inaugurer la nouvelle saison, nous avons changé d'horizon, abandonnant Durbach pour un temps. Ce nouveau territoire m'oblige à toutes les attentions : surveiller les alentours, mémoriser les lieux et surtout trouver un banc. Depuis le temps que vous vous promenez avec moi, je ne vous apprends plus rien ! Faisons quand même un bref résumé des premiers kilomètres : 2 ou 3 panneaux indicateurs qu'aucun d'entre nous ne comprend, une jolie forêt, de beaux tas de bois alignés pour un hiver rigoureux que j'appelle de mes voeux et bien sûr, des bifurcations pour le petit moment de suspense... Ha! j'allais oublier, je rajoute une petite fontaine pour nous rafraîchir les idées, un ou deux abris au choix pour agrémenter mon décor et un chemin de terre qui me mènera, n'en doutons pas, vers un joli coin pour un repas champêtre. Stop! On a oublié le principal : les fleurs et les fredonnants pour la chef, elle s'y attardera volontiers pour les photographier. Autant faire d'une pierre deux coups en plaçant mon banc juste à côté...En voilà une idée qu'elle est bonne ! Voyez vous ça, comme le temps passe vite, c'est déjà l'heure du casse-croûte. Bon! Jusque là, ça se tient...

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C'est quand même incroyable, qu'on soit systématiquement dérangé dés qu'on passe à table ! Un paquet de poils encombrants se vautre sur ma truffe et me fait éternuer, la vieille vient brutalement de me rappeler à la réalité en me retournant comme une crêpe. Elle a intérêt à ne pas me louper. Mon côté pile et face doivent jumeler et ne former qu'un tout harmonieux, une fois cet inutile relookage terminé. Où en étais-je ? Des  crêpes! Comment ça, y'a pas de crêpes, qu'est ce qu'on mange alors ? Des croquettes ! Ben ça alors pour une surprise, c'est une surprise. Les deux pattes sont de plus en plus ancrés dans leur certitude. Nous, les quatre pattes, sommes au contraire dans une soif constante de connaissance pour ne pas rester bête. C'est un boulot à plein temps, un de plus. La preuve : il y a maintenant prés de onze ans que je passe mes soirées, blotti dans mon fauteuil à écouter et engranger les inepties télévisuelles. Ce bruit de fond a un pouvoir soporifique encore inexpliqué sur moi. Il arrive toutefois, qu'au milieu de ce fatras, quelques infos capturent mon attention. J'affectionne particulièrement l'idée que manger riche et varié prolonge notre vie et notre bonne santé. Lorsque que je me redresse pour voir si mes vieux ont bien capté le message, je ne peux que constater leur peu d'envie de s'instruire. Ils dorment la bouche ouverte à croire que ça va leur tomber tout rôti dans le bec !! Me voilà une fois de plus, obligé de leur faire un cours de rattrapage. Je profite de cette balade pour fêter le joli mois de Mai comme il se doit ! C'est la période idéale pour les revendications et je décide de faire un sit-in ! Mais les sagouins m'ont laissé gober les mouches pendant qu'ils se gavaient de lard fumé et de fromage, c'est toujours les mêmes qui profitent...

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Je me sens de plus en plus allégé, probablement parce que je suis au régime sec. Mais pas que ! Étendu de tout mon long sur ma planche de supplicié, je contemple la vieille brandissant comme un trophée, la laine qu'elle m'a pris sur le dos. Camarades ! On nous spolie, on nous ment ! Non content de me ratiboiser, elle se fout de moi et me remercie pour ma "participation"... Elle cherche à donner à sa perfidie un air de générosité en me couvrant de baisers et de compliments. Je me débats et exige de mettre pied à terre, aussitôt fait, je lui jette un oeil noir qui vaut mieux qu'un long discours et m'en vais rejoindre mon panier. Personne alentour, je tourne trois fois sur moi-même, m'enroule de façon à devenir forteresse, en poussant de nombreux grognements exaspérés et rideau !! A force d'être tout le temps interrompu, je finis par ne plus savoir où j'en suis. Ha vous v'là ! Je vous laisse profiter du banc, le temps pour vous de grignoter, si vous avez de quoi et on se retrouve prés du pont tout à l'heure. En attendant je vais en repérage, c'est souvent pour moi, l'occasion d'améliorer mon ordinaire...

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Du coin de l'oeil, je contemple deux beaux porcinets, dodus à souhaits, le choix est cornélien... Sachant que je vais devoir livrer bataille, je cherche le bon angle d'attaque : ce doit être décisif et foudroyant. A cet instant précis, il me revient en tête un documentaire qui m'avait fortement contrarié et dans lequel on affirmait, preuve à l'appui, que le cochon est plus intelligent que le chien. Faudrait pas nous faire passer pour des andouilles ! Il y a bien longtemps déjà, que nous avons apprivoisé les hommes et leur avons appris comment vivre, alors que les gorets en étaient encore à se rouler dans la fange et se gaver de glands. Question intelligence on n'a plus rien à prouver !! Malgré tout, allez savoir pourquoi, les deux pattes, s'en sont toqués au point d'en faire un animal de compagnie. Personnellement, j'aurais beaucoup de mal à sympathiser avec mes futures victimes, ça coupe l'appétit...  Puisque mes deux lascars sont en train de siester, j'ai encore le temps de vous raconter cette étude qui n'a de scientifique que le nom... Imaginez une grande pièce nue dans laquelle on fera entrer, chacun son tour, les deux protagonistes : un cochon et un chien. Dans cette pièce, on dispose deux barrières de police en V et pointées vers la porte d'entrée. Dans l'intérieur de cet angle formé par les deux barrières, on dépose une écuelle bien remplie. Pas besoin d'être une lumière pour piger que ce sera la récompense pour service rendu ! Le pourceau entre sans se soucier des deux testeurs, longe la barrière jusqu'à parvenir à la gamelle pour s'empiffrer du contenu, sous les yeux émerveillés des deux "savants".  Même test pour le chien qui fait son entrée. Il visualise la scène, renifle le rata derrière les barreaux, juste pour voir si ça vaut le coup de se fouler. Puis, sagement posé sur son fondement, zieute les deux futés en attendant leurs consignes. Il y a eu exploit... mais lequel ? Le cochon a gagné, pourquoi ? En attendant d'en savoir plus, je me dis qu'il est urgent d'attendre, il vaut mieux connaître son ennemi avant de l'attaquer. Je reste donc sur ma faim...

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C'est fortement affaibli mais heureux de vous retrouver, que je franchis le pont sans faiblir grâce à votre présence à mes côtés. Je vous dois quelques explications concernant mon humeur chagrine et m'en vais vous confier une autre raison de mon mécontentement, si, si, j'y tiens ! Il y a une semaine, j'ai rendu visite au vétérinaire, bien malgré moi. Elle m'a piqué et repiqué pour me vacciner, une protection contre Dieu sait quoi, alors qu'on devrait me protéger des coups de vieux ! C'est eux qui m'ont livré à ma tortionnaire. Elle m'a regardé jusqu'au fond des oreilles, et sans ménagement m'a vidé les sacs anaux, ce qui m'a foutu les glandes. J'en ai hurlé de contrariété tout en m'agrippant à la vieille, j'étais quasi sur sa tête pour tenter de m'échapper. Maintenant que je vous ai confié tous mes tourments, je me sens plus léger. Le ciel lui aussi s'est dévoilé lentement, laissant place au roi soleil. La nature m'offre un bouquet final, histoire de me remonter le moral. Sur les hauteurs d'un paisible village, une chapelle carillonne à tout va et assure les campagnards de sa vigilante protection. Un immense tapis de fleurs jaunes embrase la vallée. Je me rapproche d'une table et trois chaises, intelligemment disposés à l'ombre et face au fabuleux spectacle. Sans vouloir pourrir l'ambiance, il manquait quand même à ce charmant décor, une belle dame au tablier de dentelle qui sent bon la vanille, si vous voyez ce que je veux dire ! Je mes suis couché sur l'herbe et au moment où je fermais les yeux, la vieille se fend d'une réflexion acerbe dont elle a le secret : "Charly, tes ronchonnements à tout bout de champ, démoraliseraient un régiment !" Et voilà, on peut jamais être tranquille...

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Je tenais à vous remercier de m'avoir accompagné, malgré mon humeur maussade. Ma vie a aussi comme tout un chacun, ses hauts et ses bas. Et c'est à l'arrière de ma berline où je pestais comme à mon habitude que quelque chose dans la voix de mes vieux, m'a fait tendre l'oreille. Dés que j'entends mon nom, j'interprète au mieux la langue de mes vieux qui n'est pas la mienne ! Je maîtrise une vingtaine de mots pour lesquels ma compréhension est immédiate, pour le reste je fonctionne à l'instinct..."Notre vieux Charly refoule du goulot, c'est de pire en pire" dit la vieille qui a toujours eu la dent dure. "Je crois qu'on a pris la bonne décision, il ne faut pas attendre qu'il soit trop vieux, on ne sait jamais avec l'anesthésie" dit mon pote. Il se tourne vers moi et m'assure que mercredi je vais retrouver ma dentition de bébé !? J'entrave que dalle, mais j'ai l'impression étrange qu'ils mijotent quelque chose... "C'est une bonne idée de lui enlever les boules en même temps..." rajoute la vieille. Là, ça me parle et pour cause : il me reste que le petit chose, mes joyeuses m'ont laissé orphelin depuis belle lurette. J'vois pas ce qu'ils veulent encore m'enlever, ils m'ont déjà tout fait. Au secours ! revenez mes amis, sauvez moi, mes vieux ont tourné fada! L'angoisse me serre le coeur à l'idée de revoir ma tortionnaire, je me sens nauséeux, sur le point de rendre l'âme. En jetant un coup d'oeil à l'extérieur, j'ai vu qu'aucune échappatoire n'était possible, j'étais foutu. Je vis mes derniers instants, adieu monde cruel... Alors que ma fin était toute proche, j'entends presque comme dans un brouillard "Ça lui laissera un ptit mois de convalescence pour se requinquer et être en forme pour le Tirol" Miracle ! Je viens d'obtenir un sursis. Cette inquiétante journée se termine par une autre question, restée elle aussi, sans réponse : je m'demande si on cherche pas à supprimer les vieux dans ce pays ?

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 "Il ne faut pas avoir peur des vagues qui agitent notre âme. C'est ça, la vie."

 

 

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10 avril 2018

«"Moi lorsque je n'ai rien à dire je veux qu'on le sache" »

 

"les jours passent lentement à une allure folle"

 

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Ce jour là, un peu fatigué et quelque peu incertain quand à la météo, nous avons opté pour notre traditionnelle "infidélité" au tirol, en allant déguster les délikatessen chez krönner à Garmisch-Partenkirchen... La bouche et le ventre plein, je suis bien en peine de vous faire la conversation et vous propose une petite balade digestive dans la ville. Je flâne devant les belles maisons aux façades peintes, l'orgue de barbarie au coin de la rue me berce.  Je m'en vais alors en quête d'un banc pour m'y prélasser et c'est dans le beau parc du centre ville que j'ai trouvé mon bonheur. Las, le temps n'est plus à la fête, nous reprenons déjà la route,  mes vieux traînent avec eux, des relents de culpabilité : avoir cédé à la gourmandise !! Le hasard fait bien les choses, parmi tous les panneaux indicateurs, on peut lire le doux nom évocateur d'un lac (see). Cela s'annonce comme une balade facile, sans dénivelé, qui nous absoudra d'un péché, somme toute, véniel ! Je ne suis pas convaincu de la nécessité d'obtenir une absolution, faisons contre mauvaise fortune, bon coeur...

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Je vous laisse découvrir en même temps que moi, ce lac nommé Eibsee (lac des ifs) à 973 mètres d'altitude, au pied du Zugspitze (2962mètres) c'est une des frontières naturelles entre l'Allemagne et l'Autriche.

 

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La plage est magnifique, pour moi tout seul encore que... Je me sens épié et le seul visiteur que j'ai finalement aperçu sortant de l'eau, c'est un coin-coin aussi dubitatif que moi. Le soleil n'est pas venu chauffer les petits galets, cédant sa place à madame la pluie ! Sous nos ponchos, nous étions en pleine réflexion sur le fait de poursuivre ou non la balade autour du lac, ignorant le temps que cela nous prendrait d'en faire le tour. Le babillage d'un groupe de japonaises, équipées chacune d'un parapluie et d'un appareil photo nous a fourni les infos qui nous manquaient! Tantôt devant, tantôt derrière leur enthousiasme communicatif, nous avons découvert ensemble, ce lieu qui vaut le détour. Je lui ai toutefois volé la vedette, en posant modestement sous les feux des projecteurs !! Je vous laisse profiter seul de cet interlude, entre deux averses, car je me dois à mon nouveau public...

 

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"Pour que je travaille, il me faut m'enfermer à double tour dans l'ennui"

 

 

20 mars 2018

"Je me demande si la mort vaut vraiment le coup d'être vécue...."

 

« La véritable indépendance consiste à dépendre de qui l’on veut »

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Nom de Zeus ! Où c'est t'y qu'ils sont passés ? J'suis pourtant certain qu'on s'était fixé rendez-vous ici pour cette balade. J'ai le leadership dans le sang comme tout un chacun ! J'aime à booster mes troupes en me mettant en retrait, histoire de les valoriser. Mais j'assure toujours mes arrières, pas question de perdre mon poste. Pour ce faire, j'use d'une stratégie infaillible : lorsque la balade se termine sans soucis, je repasse au premier rang pour récolter caresses et compliments qui me sont dus. Mais si ça chauffe, je reste à couvert, en observateur, pour voir comment ma dream team passe l'épreuve. C'est ça le travail d'équipe... Mais là, je suis bien en peine, je vais quand même pas aller au charbon tout seul !  Parons d'abord au plus pressé. Il y a une tâche importante que je dois accomplir avant que mon lift ne redescende dans la vallée. J'y dépose quelques repères olfactifs pour le retrouver plus facilement. C'est notre porte de sortie, fort utile, lorsqu'on doit céder du terrain. Pour être franc, la raison principale de ce stratagème, c'est que j'ai la vessie pleine. Dans ces cas là, je perds tout mes moyens, ça m'obscurcit l'esprit et je n'y vois goutte. Dans la vie, il y a des priorités, chaque chose en son temps...

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Je tourne le dos une seconde et c'est la débandade, mes deux scouts ne sont plus là pour m'éclairer de leurs lumières. C'est fâcheux ! Maintenant que je suis livré à moi-même, ce que j'aime par dessus tout, je n'ai pas le temps d'en profiter. Le travail m'attend...J'ai bien souvent et ô combien refusé toutes ses invitations. L'éternel optimiste que je suis, ne désespère pas de trouver plus qualifié que moi pour répondre à ses avances. Pour l'instant, c'est mal parti : vous me faites défaut et mes deux retraités manquent à l'appel. Je grimpe en haut des collinettes environnantes, les unes après les autres, sans apercevoir âme qui vive. Quelques nuages blancs s'ennuient dans un ciel qui ne paye pas de mine et se sont pris à ce qu'ils croient être un jeu. A chaque fois que j'entreprend une montée, les blancs moutons viennent affleurer la butte, puis se cache à nouveau dés mon approche, sans me laisser le temps de les recruter pour un brin de compagnie !

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Je suis épuisé ! On se fait toujours avoir par le boulot dès qu'on veut l'éviter. Il faut faire preuve d'ingéniosité, de persévérance, d'assuidité pour s'en débarrasser et ce faisant, on s'aperçoit qu'on travaille dix fois plus que si on lui avait cédé de suite... Je ne vous cache pas que vous me manquez, je me faisais une joie d'avoir votre compagnie pendant cette promenade. C'est vrai que je comptais aussi sur votre appui pour vous envoyer en éclaireur, tâter le terrain. Ce matin, tombé du lit mais rassasié par quelques viennoiseries, mon pote m'avait gratifié de quelques confidences, alors que j'etais encore somnolent. J'avoue qu'à ce moment là, je n'ai pas bien assimilé son propos, ayant déjà du mal à digérer l'absence de petit déjeuner !! De plus, il tenait à me confier ses états d'âme, relatifs à un bourdon volumineux, dont tout à fait entre nous, je m'en bats les absentes ! C'est un fait, ce matin je me suis levé de la patte gauche et je comptais beaucoup sur vous pour dérider cette journée. Puisque je dois me résoudre à faire cette balade seul, autant que ce soit en bonne compagnie, la mienne !

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La tête ailleurs, j'ai batifolé un moment au gré du vol d'un papillon. Le temps passant, j'ai pris réellement conscience de ma solitude et de ce qu'elle pourrait avoir de définitive... En faisant brièvement le compte de ce qu'il me restait de mes racines, j'ai eu un choc ! Je suis le dernier d'une belle lignée. Mon cousin Jules de Bretagne, le meilleur d'entre nous, nous a quitté il y a peu, pour prendre sa retraite au paradis des chiens. Le seul avantage à mourir, c'est l'assurance d'obtenir une absolution rétroactive. Elle fait de vous un "regretté" et dans la foulée, un saint ! Mon ambition est d'obtenir ce label tout en restant en vie, je suis en passe de réussir...Dans son nouvel Eden, il ne perd rien au change, avec toutefois une différence de taille, c'est qu'il va pouvoir se gaver librement et sans retenue. C'est une belle action qu'il a fait là, en cédant sa bonne planque à un nécessiteux de tout poil, Dieu sait qu'ils sont légions ! Je ne suis pas encore disposé à cet ultime sacrifice, malgré les alléchantes propositions d'un paradis dont personne n'est encore revenu pour m'en prouver l'existence. Je ne lâche jamais la proie pour l'ombre. Avec mes vieux, je navigue suffisamment dans l'hypothétique pour ne pas me hasarder dans le spéculatif. Il parait qu'une teckel SDF, nommée Girolle, serait tentée par le poste qu'il a laissé vacant. J'ai déjà hâte de faire sa connaissance. Jules avait belle allure, la taille fine et le port altier mais c'est bien beau tout ça, qui c'est t'y qui soutient l'ossature !! Ceussent qui veulent garder la ligne pour faire le beau feraient mieux d'y réfléchir à deux fois : il faut manger pour vivre ET vivre pour manger. C'est ma doctrine, j'en martèle inlassablement le message. Même si ma vieille, obsédée de diététique, y est encore réfractaire, je ne désespère pas de la remettre dans le droit chemin quand je remettrai la patte dessus !

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En parlant de mes deux éclaireurs, mon coeur s'assombrit, se pourrait-il que je sois orphelin sans le savoir! Que va t-il advenir de moi ? Suis-je couché sur leur testament ? Qui va hériter de mes paniers, mes joujoux, ma gamelle et surtout qui va la remplir...J'angoisse à l'idée de me retrouver à l'ancienne place de Girolle et pris de panique, je fonce tête baissée, comme un dératé. J'ai retrouvé mes chers disparus, indemnes, à dire vrai, je les ai tout simplement rattrapé !  Si je perdais mes deux faire-valoir, je ne serais plus qu'un cabot anonyme. Il faudrait, en plus, que je bosse à plein temps et que je sois mon propre chef : tous les deux on ne peut pas s'entendre ! De nous deux qui va commander ? qui va obéir ? Je préfère ne faire qu'un... Rien ne vaut le lien qui nous unis tous les trois. Notre triumvirat a réglé le problème récurrent de l'autorité une fois pour toutes. Ma vieille me dit souvent quand je ne cède pas à ses caprices : "non mais Charly, qui c'est le chef ici ?". Ce n'est pas faute de l'avoir longuement instruite à ce sujet, depuis le temps, elle connaît la réponse. Elle persiste malgré tout à approfondir la question, espérant naïvement changer la face des choses. Avec mon pote, c'est différent, il ne s'interroge jamais à ce propos, il est aux commandes et pis c'est tout ! Comme il est mon meilleur ami, je ne veux pas le décevoir...En ce qui me concerne je campe sur mes positions, tout en relâchant du lest dans les moments critiques comme aujourd'hui, je leur laisse leur quart d'heure de célébrité et je reviens quand tout danger est écarté. On a jamais vu un chef aller au casse-pipe, il reste en arrière pour encourager et couvrir ses troupes...

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Depuis que je patrouille au Tirol, nous avons fait et refait certaines balades, avec "variante" comme disent les gens du cru. La vieille prononce ce mot avec délectation et le glisse mine de rien dans son baratin, histoire de nous faire passer, au mieux, la prochaine randonnée comme une surprise...au pire, une mauvaise ! Je n'ai qu'une chose à souhaiter : pourvu que rien ne cloche. Nous avons enfin fait une halte à Mösern, j'ai eu droit à l'inévitable attente, seul au bout de ma laisse, le temps qu'il visite l'église et son cimetière. J'y suis personna non grata et je me demande bien pourquoi. Je sais me tenir, j'vais pas creuser de trou, y'en a bien assez comme ça ! C'est plein de taiseux ici, je ne suis pas bien sûr qu'ils apprécient le dérangement. On n'est jamais trop prudent, il ne faut pas réveiller un mort qui dort. Il suffit que je donne un bon conseil pour qu'on ne le suive pas, une cloche sonne le glas. Je me demande pour qui, il n'y a que nous ! La vieille s'empresse de suivre cet appel et nous abandonne au premier banc venu. Le monologue dont m'a gratifié mon pote au saut du lit, prend enfin tout son sens ! De mon poste d'observation, j'aperçois un gros bourdon sous lequel  se tient ma sherpa, admirant la vue panoramique. La vieille va se prendre une volée qui va la sonner pour de bon ! Désabusé, je m'installe sans attendre, dans mes appartements, bien décidé à voyager aux frais de la princesse, si elle est encore de ce monde ...

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Je me demande ce qui les fait sortir du droit chemin, on pourrait croire qu'avec l'âge, mes vieux deviendraient sages mais que nenni ! Oui je sais, je manque quelquefois d'impartialité. Il y a tout de même des limites à ne pas franchir : celle du supportable... On navigue toujours un peu dans le flou dans ce domaine, c'est pourquoi je me suis imposé comme référence. Maintenant, je suis juge et partie. J'aime à me promener dans la vie avec nonchalance. Je n'ai besoin que de certitudes pour pouvoir goûter aux saveurs du temps présent, dés qu'une contrariété s'impose à moi et me chagrine, je la noie dans l'oubli. Mais là, impossible d'effacer la vision cauchemardesque entrevu dans le feuillage dense de la forêt que l'on traverse. Une silhouette blanche glisse sur la mousse tendre. Tout en approchant du möserer see, je la devine fuyante à mes regards, mais toujours sur mes traces. Je trouve que ce cadre idyllique a perdu de son charme depuis ma dernière visite, la forêt n'est plus enchantée mais hantée !!

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Comble de malchance, c'est l'endroit que mes compagnons ont choisi pour notre pique-nique. On s'est enfoncé dans la forêt et mon fantôme s'est évaporé dans la nature. Soulagé, je suis parti à la recherche d'un endroit reposant pour me remettre de mes émotions. L'heure tourne et le stress m'a affamé, il est grand temps de reprendre des forces. C'est finalement mon pote qui a fait le choix judicieux de prendre de la hauteur. Il nous a déniché un banc isolé, un peu difficile d'accés pour moi car cerné par des racines noueuses et enchevêtrées. Tout compte fait, ça fera une excellente protection à notre havre de paix, un fois que je l'aurai atteint! Un coup d'oeil bref mais perçant aux environs me rassure, rien ni personne pour troubler cet instant. Je plonge la gueule dans ma gamelle et savoure ce bon moment. Maintenant que je suis rassasié, je voudrais vous dire combien ça me désole que vous m'ayez abandonné, j'aurais pu faire une sieste royale sous votre protection. Au lieu de ça, vous m'avez lâché et la vieille est partie en reportage photo. Je suis seul à monter la garde face à d'obscures menaces. Pour couronner le tout, mon pote m'a doublé et fait la sieste à ma place !! Mon acolyte donne à sa perfidie, un air de générosité, en mettant à ma disposition, un confortable "oreiller" sur lequel je pose ma tête pour travailler dans les meilleures conditions. Je m'assure qu'aucun individu louche ne nous prenne à revers, nous privant ainsi d'un possible repli. Mais, des bruits furtifs, insidieux, m'obligent à me retourner. Je fais face au lac, tout en restant en appui sur les jambes de mon pote toujours endormi.  j'espérais me retrouver face à ma vieille, mais ce sont les revenants qui ont profité de ce que j'avais le dos tourné pour manoeuvrer sournoisement. Du haut de mon perchoir, je leur tiens tête. Soumis à mon autorité naturelle, ils baissent la leur! La crainte les a statufié.

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Quand mes vieux ont refait surface, je me suis installé sous le banc pour prendre un peu de repos. Nous avons repris notre route sous le regard médusé des tuniques blanches. J'ai maintenant la quasi certitude que ce sont des esprits qui, dérangés, se sont échappés du cimetière. Ce moment d'égarement leur pèse. Ils déambulent en grand désarroi, espérant retrouver la paix de l'âme. Comme ce lieu s'y prête, nos chemins se sont tout simplement croisés ici, par hasard. Conscient que nous n'étions plus en danger, j'ai pu me laisser porter par la douceur des lieux. Non loin de là, une famille de coin-coin se repose sur un îlot de verdure aquatique. J'observe avec curiosité la mère, qui encourage son grand dadais à prendre un bain. Bien que l'eau soit chaude et propice aux ablutions, le volatile un brin délicat ne veut point de cette immersion en milieu hostile : des poissons de bonne taille rôdent en cercles concentriques autour des pattes palmées de sa mère.. . C'est alors, que la mienne de mère, m'incite à m'aventurer dans l'eau. J'y trempe mes quatre pattes, sans conviction, histoire qu'elle me lâche. J'entrevois du coin de l'oeil deux écrevisses en goguette et ma fin prochaine, lorsque la bouche d'un prédateur à nageoires affleure la surface, cherchant à se mettre sous la dent (si ! si ! il avait des dents !) autre chose que du canard...

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Nous avons poursuivi cette promenade sur la terre ferme en bordure des bois et du joli lac. Une île de verdure s'y baigne en son milieu. Tout autour les plantes viennent y tremper leurs pieds et se chauffer au soleil du printemps qui n'a pas encore réussi à faire rougir les rhododendrons. Les bruyères croisent les canneberges, hélas pour moi, je suis arrivé trop tôt pour la dégustation. Mon attention est détournée par quelques fleurs de couleurs vives qui font le régal de jolis papillons à pois rouges. Notre chemin fait une petite boucle à travers les bois et soudain, adossée à un arbre, l'apparition surnaturelle d'un défunt nous interpelle... Mon pote s'arrête curieux d'en savoir un peu plus. Je me place bien en retrait pour ne pas troubler cette rencontre tout en essayant de ne rien perdre de son histoire. La voici : Pensant bien faire, le pauvre diable a légué tout ses biens à ceux qui sont encore sur terre, semant ainsi la discorde dans le monde des vivants. Depuis il traîne l'âme en peine et comble d'infortune, le voilà déshérité du paradis. Fort de cet échange au combien instructif, j'ai décidé de ne rien donner à mes vieux, ils seraient foutus de se battre pour mes paniers, mes joujoux ou même mes cendres (Ben oui ! je veux être incinéré.  Dans un trou, j'ai peur qu'on vienne ronger mes os ! Y'en a certains qui sont prêts à tout !) Quand je quitterai cette terre, je léguerai tout à la SPA, c'est ma dernière volonté, je fais ce que je veux et pis c'est tout !! J'ai repris ma route, rempli de convictions.

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Un éclat lumineux vient troubler ma vue et me taquine au fur et à mesure de ma progression. En face, de l'autre côté du lac, le soleil se prélasse sur un ponton et darde ses rayons qui glissent comme de fines lames d'argent sur la surface de l'eau. Au milieu des joncs et des molinies, il met joliment en scène, deux grands cercles de feuilles flottantes, d'un vert profond, alanguies sur la face à peine ridée des eaux. Les petits îlots miroitants cache peut-être une nymphe, je quitte le contre-jour pour en avoir le coeur net. C'est alors que m'apparait d'une blancheur éclatante la reine des lacs, beauté fascinante, nommée Nénuphar. Ces petits bijoux flottants sont protégés par le ballet incessant de la libellule bleue aux yeux grenat, le spectacle est paradisiaque. Les blanches silhouettes trouveront l'apaisement dans ce lieu si romantique, on ne pouvait trouver gardiens de la paix plus appropriés !!

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Le retour s'est fait tout en douceur, j'étais comme sur un petit nuage. En quittant mon bel endroit avec regret, je me suis senti libéré d'un étrange sortilège. La forêt s'est réveillée à nouveau et l'écureuil qui a glissé du haut de son arbre pour me dire au revoir m'a guéri de mon désenchantement. Un couple de colombes, cadeau de mes étranges compagnons de voyage, prend déjà son envol. Je jette un dernier regard sur le cimetière du village et son bourdon, qui n'est plus pour moi qu'un mot, un son, un déplaisir que j'ai oublié! A notre retour à Seefeld, pas même la pluie n'a eu raison de ma joie de vivre et c'est avec plaisir que je partage avec vous le dernier cadeau de dame nature pour clore cette étrange journée. Vous avez manqué ce rendez-vous, c'est un heureux hasard ! Il vous a épargné quelques frayeurs que seul un teckel à poils durs, de loin le plus courageux, a pu affronter. Donnez moi de vos nouvelles et tachons de prendre date pour une autre aventure...

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Peut-être qu’à force de retenir le pire, on finit par oublier le meilleur”

 

 

18 février 2018

"C'est le ventre qui porte la tête"

* 1er épisode : :http://miamigocharly.canalblog.com/archives/2017/11/11/34946852.html

"Un bleuet est de trop dans un champ de blé, et pourtant qui peut nier que c'est à lui que celui-ci doit son éclat ?"

Je sais ! ne râlez pas, vous allez me dire "j'ai failli attendre !" J'vous raconte pas tout ce qui s'est mis en travers de mon chemin pour m'empêcher de vous retrouver aujourd'hui pour que nous mettions un point final à mon aventure narrée le 11 novembre de l'année dernière. Bon ok, j'vous raconte, mais vite fait. J'ai assisté impuissant à la lobotomisation de mes deux vieux. D'abord, ils sont entrés dans une secte de procrastination. De lendemain en lendemain, ils ont finalement pris racine dans l'appartement. le cul bien ancré sur sa chaise, face à l'écran bleu qui l'hypnotise, la vieille a calé son dos, bien malmené à la gym, contre une bouillotte chaude. J'assiste impuissant à la fuite du temps et mes soupirs quémandeurs se heurtent à son regard vide. Mon pote s'est trés rapidement greffé sur le même mode de fonctionnement et la petite étincelle qui végétait en eux, ne s'est ranimée que lorsque, Dieu merci, nos trois estomacs au diapason criaient famine. Alors d'un pas pesant, tel des zombies, on prenait le chemin de la cuisine....ça fait peur hein !! Il me fallait les sortir de cette léthargie, leur redonner envie d'avoir envie de s'occuper que de moâ. L'hiver a fini de "nous endormir" et la pluie de nous mener en bateau. La neige s'est enfin invitée et l'occasion était trop belle de nous désengourdir à Durbach qui m'avait tant manqué. Maintenant que nous avons repris le chemin des bonnes résolutions, je peux à nouveau vous emmener avec moi en balade. Je sais que contrairement à ma vieille, vous avez bonne mémoire, mais voici tout de même de quoi vous rafraîchir les idées, avant de prendre la route. Je vois qu'il y en a quand même quelques uns qui ne suivent pas !! Non on ne va pas à Durbach, mais au Tirol! Les dernières paroles de la vieille résonnent encore à nos oreilles comme une menace :" Balade nulle et demain c'est moi qui mène la danse sur le même terrain"...

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Le lendemain, nous quittons le schönblick, toujours à jeun pour ce qui me concerne. La cheftaine décide de passer vite fait à la poste du village de Stumm, voisin du nôtre, pour timbrer son courrier de ministre. Mon pote et moi l'attendons patiemment dans la voiture. En jetant un oeil à la fenêtre, j'ai découvert à ma grande surprise, une belle vache mise sous cloche, fièrement campée sur son lit de paille. J'ai eu beau pleurer pour sortir du véhicule, rien à faire. C'est grand dommage ! Nous avions enfin une occasion de faire plus ample connaissance. La jolie laitière mise sous vitrine, ne risquait pas de me piétiner au cas où elle aurait eu quelques vapeurs rien qu'en me contemplant...Ce pays est le mien, je suis aussi "autrechien". Il est cher à mon coeur et... à mon estomac. Quelque soit l'endroit, il y a toujours de quoi s'installer pour boire et manger. La preuve ! Du producteur au consommateur... La vieille est revenue, le temps de farfouiller je ne sais quoi dans le coffre arrière du véhicule et nous avons enfin repris la route. N'ayant rien d'autre à faire que ruminer, je me faisais la réflexion que les vaches aiment beaucoup les fleurs, mais la bière tout autant, si je vous l'assure ! C'est pourquoi on les retrouve souvent au plus prés des hüttes où curieusement on déguste du bon lait, des gâteaux crémeux et du fromage. J'en déduis que cette magie n'opère que lorsque tous les acteurs entre en scène, dans un décor tyrolien. Pourquoi est ce que je me lance dans une leçon de choses ? Je m'rappelle plus... Si, ça me revient ! Depuis que la vieille est revenue de la poste, une furtive effluve me harcèle, ma truffe a trouvé le challenge distrayant et se met en devoir de découvrir ce qui vient troubler mes pensées d'une haute portée philosophique, voire même scientifique ! Alors que je suis débarqué hors de l'habitacle sans même me laisser le temps de rassembler mes idées, l'opportune émanation vient me gifler le museau tel une révélation. Je serais prêt à parier ma bottine, que dans ce coffre au milieu du barda, un morceau de fromage n'attend que moi et c'est bien volontiers que je tomberais en pâmoison devant ses arômes qui me trouble.

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En sortant du téléphérique, nous avons repris pendant un petit quart d'heure, le même itinéraire qui nous avez mené vers le fameux Enzianhof. Cette échauffement terminé, nous voilà face au carrefour litigieux qui avait permis à mon pote de reprendre la main la dernière fois. Il en profite pour me glisser en aparté, avec un air sous entendu, "prêt pour faire une balade de santé avec ta mère ?". Ne laissant aucune place au débat, la vieille a pris le chemin opposé, celui qui je crois me rappeler, ne grimpe guère ! Il semble tenir ses promesses et je lui trouve un charme particulier. Sincèrement, je pense que nous devrions nous laisser aller entre les mains de notre leader, qui n'a pas son pareil, pour nous dégotter de belles surprises pour les yeux. Vous trouvez que j'en fais trop ? Ça se voit tant que ça que je fayotte ? Mais c'est de famille, la fine mouche m'a mis à sa botte tout en douceur et quoiqu'il advienne je la suivrais fidèlement jusqu'à...l'heure du repas. Le soleil a baissé sa garde et se fait plus caressant. De temps à autre, la fraîcheur d'un ruisseau divague et vient me rafraîchir la couenne et les idées. L'enthousiasme qui me guidait jusqu'à présent se refroidit et je suis pris d'un affreux doute. Ce pourrait-il que la vue de cette belle ruminante m'ait exalté les sens, au point de faire de mes envies, une réalité sans fondement ? Autrement dit : est ce que je me serais fait enfumer par mézigue ?

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Ma vie n'est pas de tout repos, j'engrange tellement d'infos dans une journée que je n'ai guère le temps de mettre de l'ordre dans ma petite tête. Hors de mes sentiers battus, c'est évidemment plus difficile puisqu'il me faut en plus, analyser des nouvelles données. A la maison, il m'arrive de quitter une pièce d'un pas décidé et pressé pour arriver dans l'autre et d'y rester en arrêt, perplexe ! J'avais bien une idée dans mon ciboulot mais impossible de la retrouver ! Il peut régner un certain désordre dans mes hautes sphères, mais rien à voir avec des pertes de mémoire, je vous rassure de suite, juste un petit défaut d'organisation ! Pour y pallier, j'ai installé un panier dans chaque pièce afin d'y faire des escales "remise à plat". Ici, à mille sept cent mètres de hauteur, mes neurones se déshydratent et je n'ai plus ma tête ! Entre mes deux vieux mon coeur balance et je m'abstiens de trancher, l'un porte le pique-nique et l'autre un hypothétique frometon, il est urgent d'attendre ! Mon estomac s'en balance, il mangera aux deux râteliers. Laissons cette idée faire son chemin, pendant que je m'en vais du mien...

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Notre route est belle, elle s'étale généreusement sous un beau ciel azur et nous sommes seuls à en fouler le sol. Je vais clopin-clopant, lorsqu'un petit ru surgit de nulle part et vient se glisser entre mes pattes pour me tenir compagnie. J'étais alors sous le charme d'un lit de fleurs blanches, rosissantes sous mon regard inquisiteur mais une marguerite bien vigilante, me toise sans crainte et mine de rien, je m'éloigne tout en glissant ma truffe sur la mousse couleur pistache. La friponne me chatouille et je suis pris d'éternuements tant et si bien que je me retrouve le cul dans l'eau. Dorénavant, je cheminerai aux côtés de mon nouvel ami afin de rester les pattes au sec. Je ne risque plus de prendre froid et c'est le nez en l'air que je contemple mon royaume tout en étant attentif au bla-bla du ruisselet. Que je lève les yeux vers les crêtes déneigées ou que je scrute les vallées en contrebas, le paysage se recommence à l'infini sans pour autant me lasser. Mais voilà que le filet d'eau se fait la malle, il court, il court, espérant échapper au torrent qui bat le rappel de ses troupes. Le flot torrentiel se rue droit sur moi, menaçant, entraînant avec lui des pierres qui s'entrechoquent. Tout ce fracas pour que je lui cède le passage, mais je n'ai pas faibli et au dernier moment, il a bien été obligé de rentrer sous terre. Sous mes pattes, je sens encore gronder sa colère dans les entrailles de la terre. Le courageux ruisseau revient se jeter à mes pieds, sa joie de serpenter librement à la lumière et un plaisir pour les yeux ! De creux en bosses, il prend de l'élan, saute, gicle, éclabousse les pentes ventées. Il crisse le long de quelques roches recouvertes de lichens jaunes et orangés. Le soleil profite de ce miroir improvisé pour faire le beau et rutiler. Mon ami ruisselant me renvoie ces brillants éclats comme un clin d'oeil complice avant de disparaître hors de ma vue. La nature se donne au printemps et j'en suis le témoin ébloui. Ce spectacle exaltant me fait sentir fort et grand et lorsque mon torrent revient de l'enfer, rejaillissant d'entre les blocs rocheux tout proche de moi, je n'ai pas hésité une seule seconde à dompter les flots furieux !         

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Les flancs de montagne piquetés de buissons d'un vert soutenu se vautrent les uns contre les autres. Les aroles remontent des versants éloignés en longues processions tout de noir vêtus. Plus prés de moi, les pins cembro se dispersent et descendent lentement vers les contreforts dodus et fleuris. Je recherche à leur pied, quelques pignons que m'aurait laissé, par chance, le casse-noix qui sévit dans les parages. Ce charmant volatile est aussi cachottier que l'écureuil, mais sa mémoire est plus fidèle...Il suffit de quelques abeilles en plein travail sur les renouées roses ou la vision inattendue de la sauge bleue violacée, pour échapper de justesse à la séance d'hypnotisme, orchestrée par le tapis végétal de linaigrettes, qui me berce d'un bruissement caressant. Dans cet univers où j'ai tant à faire, je folâtre pour un court instant avec le souffle du vent. Emporté par mon élan, je tombe, roule sur moi-même pour finir ma course à l'orée du chemin. Il vient mettre le holà à ma cavalcade et stopper pour un temps, l'avancée des rondeurs montagnardes. J'ai pris de l'assurance depuis que j'ai dominé les eaux et je me surprends à espérer d'autres conquêtes rondement menées ! Aussi je retourne en embuscade dans ma jungle parfumée. Soudain, je perçois un changement dans l'air ! Je tente de sortir ma tête au dessus de la haute végétation de graminées, mais c'est peine perdue. Alors les oreilles tendues comme des périscopes, faisant fi des papouilles de quelques agaçants brins d'herbe, je capte de puissants souffles, suivis de brusques ronflements. Me frayant un passage dans la prairie pour rejoindre à nouveau le chemin, je stoppe net pour m'aplatir au ras du sol en compagnie du myosotis et nous contemplons ensemble, de l'autre coté du no man's land, un fascinant spectacle !        

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Un magnifique troupeau de géants à quatre pattes est réuni sous l'ombrage des pins. Ils expirent des frémissements tranquilles, les uns contre les autres comme au réveil d'une sieste, d'autres plus voraces se sont déjà remis à la pâture. C'est à peine si deux ou trois d'entre eux nous prêtent attention, il y a bien quelques renâclements pour exprimer un peu de curiosité, mais la crainte n'est pas de mise. Leurs belles crinières blondes rappellent les champs de blé et les oreilles en cônes sont à l'écoute l'une tournée vers l'arrière et l'autre de mon côté ! Je sens bien que mes projets de chevauchées fantastiques sont à mettre au rencart, fini la folie des grandeurs ! Nous nous éloignons doucement sans les perdre de vue l'un baille et se tend, l'autre se masse les deux côtés de l'échine, exactement comme moi, au réveil ! L'alpage, haut en couleur, ne manque pas d'attrait gourmand. Tant d'émotions pour un petit coeur comme le mien, me fait défaillir. Je quitte ces fières montures insoumises, contemplant une dernière fois leur robe couleur brioche dorée. Bon sang de bois, je me disais bien que j'avais oublié quelque chose, la nature, cette traîtresse, me fait perdre de vue l'essentiel ! Je ne sais peut-être pas où je vais, mais je sais pourquoi je marche, hors de question de s'attendrir à nouveau....

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Après ce moment d'égarement, plus question de se laisser aller. Je me suis rapproché de mon pote qui depuis notre départ, n'a pas décroché un mot. Son bâton donne le rythme et je les suis. Le calme est assourdissant, pas même le son d'un cloche. Au détour d'un virage quasi à angle droit, on aperçoit enfin quelques signes de vie. Une ferme nous annonce avec de grandes promesses imagées, du bon lait du Tirol, mais pas une vache alentour, nada !! Un peu plus loin, un îlot de maisons sans âme qui vive, nous confirme que l'endroit est déserté. Quoique, j'aperçois un drapeau qui claque au vent, ce qui ne manque pas d'attirer l'attention de mon pote. Je l'encourage vivement et nous faisons le tour des lieux, mais brusquement, je réalise dans quel guépied je me suis fourré ! Une troisième opportunité pour assouvir ma faim, it's too much. Fromage ou dessert ? Ce n'est qu'un dilemme de plus! Allongé sous l'étendard de cette hütte, je laisse libre choix à mes deux vieux qui se sont rejoints pour en débattre. C'est la croix et la bannière pour qu'il prenne enfin une décision, la vie c'est pourtant simple... Tout ça pour accoucher d'une souris : fermée !! Au tirol !! C'est la fin du monde, l'apocalypse est pour demain... Ben oui, me v'là soudain déçu ! J'ai traîné prés de deux ou trois autres fermes, sans même qu'un bout de rideau aux fenêtres ne se lève, puis j'en ai eu ras le bol et j'ai fini, comme mon pote, à renoncer aux plaisirs de la table. J'ai manqué de flair, me suis bercé d'illusions, mais ça va changer, je serais sans pitié maintenant que la faim me tenaille ! On dit souvent qu'être bête, c'est manquer d'intelligence, croyez moi, c'est le genre de superflu dont je me passe aisément ! Ceusses qui en sont pourvus, s'appliquent à faire de votre vie un jeu de piste fastidieux, suivez mon regard...

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Le coeur gros, la truffe au sol, je ratasse. La voix claire de ma vieille qui n'a dit mot jusqu'ici, se fait soudain entendre. Je crains le pire, du genre : y'en a encore pour une heure ou maintenant ça va grimper ou  pourquoi pas, on a oublié la bouffe... Mais non, elle propose tout simplement une pause déjeuner. Enfin !! Je retiens mon souffle et ne suis pas sûr de survivre à cette journée après tant d'émoi. Mon dieu que c'est long, l'installation de tout ce bataclan, juste pour manger ! J'ai la gorge nouée, l'odeur du fromage que j'ai tant imaginé vient à nouveau me narguer. Mes yeux se plissent un petit moment quand j'entends le bruit prometteur d'un papier qui se froisse. Dans le même temps mon pote installe mon ombrelle pour m'abriter du soleil tapant et je perds un instant de vue, la scène où se joue toute ma vie...Là ! Là mes amis, vous le voyez ? C'est-y pas le plus beau morceau de fromage qu'on ait jamais vu, je ressuscite ! Dans ma gueule, il y tant de saveur qui se répandent, un magnifique voyage rien que dans une bouchée, le paradis tout simplement. Je vous l'avais bien dit, la vieille n'a pas son pareil pour nous épater et pis entre nous soit dit, je suis obligé de le reconnaître, c'est la plus maligne de nous trois ! La vue nous a laissé sans voix, enfin presque ! Mon pote s'est fendu d'un compliment, enfin je crois : " C'est beau !" Voilà tout est dit...

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Apaisé, j'ai pris le chemin du retour. Regardez ! voilà mon ru qui dévale la montagne, il a pris ses aises et semble bien pressé. Je cours vers lui pour partager le bonheur de cette journée, mais il louvoie entre les racines apparentes des sapins, entraînant avec lui, pierres, bois et mousse tendre. Alors que je suis sur le point de le rejoindre, le ruisseau se rue dans une anfractuosité et je sais qu'à son retour il ne sera plus mon ami mais un fier torrent tumultueux. Il ne me calcule plus, de même que mon compagnon de route, que j'ai désavoué le temps de me soumettre à mon seul maître, mon ventre ! Mon pote, des bons et mauvais jours, devrait se rappeler combien, de nombreuses fois, je lui ai rendu moultes services. Notamment, durant mes sorties hygiéniques où tentant de faire demi-tour quand le temps ne m'était pas serviable, mon ami m'encourageait à poursuivre en disant : "Charly, avec tout ce que JE mange, il faut bien que TU marches..." Je ne comprends pas son attitude de promeneur solitaire, ça me tarabuste : il boude ou il est fâché ? Il faut que j'en ai le coeur net. Arrivé à sa hauteur, je l'ai longuement observé pour savoir si c'était du lard ou du cochon. Mais je n'ai rien pu déchiffrer sur son visage, il était trop occupé à se remplir les yeux de souvenirs alors que notre balade touchait à sa fin. Et c'est seulement dans la cabine du téléphérique, qu'il a daigné refaire surface, en me prenant sur ses genoux pour me dispenser de généreuses caresses. Pendant que je ronflais d'aise, il a levé les yeux vers la vieille en disant : t'en as d'autres comme ça ! Un compliment déguisé quoi, une façon de lui dire combien il avait aimé cette balade et qu'elle était reconduite dans ses fonctions de guide alpin. J'ai compris tardivement, que mes vieux m'avait épargné jusqu'au dernier instant, avant de m'annoncer la terrible nouvelle : les vacances sont terminées. C'est à cela que serve les souvenirs, à continuer le voyage à l'infini, sans se fatiguer ! Alors pour vous et moi, l'aventure continue...

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"Est ce possible que partir ne serve qu'à se rappeler quelque chose"

 

 

 

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