CHARLY dit "ZIGOUIOUI"

10 avril 2019

"Je n'ai pas choisi d'être quelqu'un d'exceptionnel, mais que voulez vous, je suis né comme ça !"

 

"Pour vivre centenaire il faudrait abandonner toutes les choses qui donnent envie d'être centenaire !"

Dame nature m'a souffleté le museau il y a peu et m'a remis vite fait à ma place. Aussi après un petit temps de repos qui m'a été profitable, à plus d'un titre d'après ma vieille, j'ai décidé de me cantonner à la seule chose dont j'ai la maîtrise, mener mes vieux à la promenade...Si le printemps est de la partie, je ne m'en porterais que mieux et l'accueillerais avec l'enthousiasme et la gentillesse que tout le monde ici bas, me reconnaît. Comme d'habitude, je ferme la marche et veille ainsi sur mes deux bougres. Par la même occasion, j'ai décidé de faire du bénévolat écologique en devenant éboueur de la nature. J'en profite aussi pour vous donner de mes nouvelles dont vous êtes friands... Pas disponibles ? Qu'à cela ne tienne, je serais bref ! Au retour de ma dernière sortie hivernale, je suis resté apathique toute la journée du lendemain. La vieille a de suite calmé nos inquiétudes en faisant un diagnostic baclé : "il boude!" Le jour suivant, mes pattes flemmardes se traînent à un point dont vous n'avez pas idée et moi avec. Je passe d'un panier à un autre, sans y trouver d'apaisement, tout au plus un déplaisir croissant. Je n'ai pas cessé de râler et marmonner, troublant ainsi le silence de ma maisonnée qui s'est mis au diapason avec moi. Quand l'heure du repas a sonné, je n'ai pas montré le bout de ma truffe. Même sollicité abusivement, jusqu'à mes quartiers où je me suis retranché, je suis resté inflexible, refusant d'avaler quoique ce soit. Pour couronner le tout, mes vieux pris d'une soudaine fébrilité sitôt leur pitance avalée, décide de m'embarquer sans préavis, vers je ne sais quelle destination. Debout sur le siège arrière, la truffe contre la vitre de ma berline soudain à l'arrêt, j'ai poussé de longs gémissements en constatant qu'ils me déposaient lâchement chez "mon tortionnaire"....J'ai subi, coup sur coup, trois piqûres douloureuses qui ne m'ont pas ôté la vie pour autant. Mais elles ont eu pour effet de déclencher des aboiements rageurs ponctués de plaintes aiguës, digne de rameuter la SPA illico ! Touche finale à cette barbarie dont j'ai fait les frais, outre des mixtures peu goûteuses à ingurgiter, il a été question de surveiller un possible ulcère et de faire preuve de modération....Ben j'suis d'accord, j'tiens plus à le revoir celui là !!

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Pour clore cette lamentable affaire, j'ai fait la gueule à mon pote parce qu'il m'a tenu fermement pour que le bourreau fasse son office, mais je me suis trompé de cible ! J'ai oublié que, s'agissant de moi, "modération" est une étiquette que la vieille adore me coller sur le dos pour me foutre à la diète : ce qu'elle n'a pas manqué de faire deux jours durant !! Tout ça pour un petit mal au ventre qui s'est apaisé début de soirée et qui ne nécessitait pas tout ce bataclan...Je vous rassure, bien que moi je ne le sois pas ! Je suis à nouveau nourri sommairement deux fois par jour et tous les jours depuis cette terrible journée...uniquement des croquettes. La déprime me guette et c'est pourquoi je vous embarque avec moi. Je rêve de gourmandises et pour l'instant je n'ai rien trouvé à rabioter, pas même quelques crottes de bique et autres cochonneries. Il me reste seulement l'alternative vegan. Je me suis mis au vert et grignote de temps en temps, de long brin d'herbe bien tendre. Notre remise à niveau physique peine à se mettre en place et l'incertitude nous gagne quand à nos "prouesses" prochaines vers les sommets autrichiens. Tout à fait entre nous, je n'ai aucune de ces inquiétudes, car le plancher des vaches tyrolien suffit à mon bonheur. La vieille a pris un raccourci pour s'exercer vite fait à l'altitude nous laissant attentifs et inquiets à ses pieds. Je ne suis pas sûr que sa montée à la tour de guet soit d'une grande utilité pour l'ulcère que je n'ai pas encore. Revenue fièrement parmi nous, elle m'a gratifié d'effusions étouffantes sans modération, ce dont je me serai bien passé. Forte de cette première victoire et convaincue que nous étions sur la bonne voie, elle nous a mené vers l'étape suivante. Nous, encore à froid et elle bien échauffée, avons entamé, sous les yeux ébahis d'une biquette, une belle montée...qui nous a mis sur le cul, une fois arrivés. La descente dans l'autre vallon pour si douce qu'elle soit est une grande déception, car mon kiosque à piquenique, défraîchi par l'hiver est en cours de rafraîchissement, donc, pas question d'y faire une halte. Ça ne fait pas que des malheureux ! Une harde de daims qui glande en attendant mieux, profite encore pour un temps de ce bonheur tranquille, sous la coupe de la femelle la plus vieille...le monde est petit!

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Enfin remis de cette première épreuve, j'ai pu contemplé un nouvel endroit plein d'attraits que la vieille a trouvé tout à fait par hasard, malgré sa carte qui n'en fait pas état. C'est toujours un mauvais signe ! Elle garde jalousement ce symbole du pouvoir qu'elle croit avoir sur nous. Je la laisse à ses illusions, car j'ai d'autres priorités. Il y a, en ces lieux, des odeurs fortes et appétissantes de garde-manger qui m'apaisent et m'incitent à la clémence envers mes vieux et même à supporter le énième petit nom dont la vieille m'affuble en ce moment. J'étais déjà son zigouioui, son trésor, son crapaud, puis son asticot ou son loulou et maintenant son choupinet, pourtant elle s'étonne que je ne réponde pas à l'appel de "CHARLY !". Quelquefois je fais des exceptions, là, c'est pour me montrer un lapin trop mignon, j'accours et je confirme ! Celui-là se refuse obstinément à ma dévorante affection et mes léchouilles appuyées dont je l'aurais volontiers enrobé... Soyez bon avec les animaux et voyez comme ils vous traitent ! Un peu plus loin, attiré par une messe basse, je me suis approché de l'étable pour y jeter un oeil. Les moutons et brebis tiennent un conciliabule de mandibules et ruminent un mauvais coup. Un bruit de sabot me fait dresser l'oreille et soudain l'entrée baignée de lumière s'obscurcit pour laisser place à un bourricot. Les comploteurs se dispersent pour lui céder la place, car il fait l'âne pour avoir le foin.

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Je constate qu'il n'y a guère de différence entre eux et moi, nous sommes obsédés par la bouffe. De mon côté, mon éclectisme me permet de ratisser large ! Eux, sont plutôt mono-maniaques, un peu au ras du sol quoi ! Alors je voudrais bien qu'on m'explique, pourquoi c'est toujours moi qui suis malade et eux, bien portants ?! De deux choses l'une, soit je souffre de carence alimentaire, soit je côtoie quelqu'un qui nuit à ma santé, suivez mon regard... Il est toutefois possible que mon alimentation ne soit pas suffisamment variée, peut-être me manque t-il un peu d'herbage etc... Manger du lapin et du saucisson d'âne parce que c'est plein d'herbes, de céréales et de carottes, pourrait me remettre d'aplomb... Tout à coup, alors que je termine mon automédication, je me prends en plein coeur, une nouvelle trahison. Mon pote nourrit et flatte cet âne bâté et me fait des infidélités. Quittant ces lieux, finalement inhospitaliers, il m'a déposé au sol sans un mot et je suis rentré dans le rang. Mon coeur est lourd, malgré le soleil printanier qui s'évertue à me faire plaisir. Je bouillonne intérieurement, c'est peut-être cet ulcère qui vient me manger de l'intérieur ? Inquiet, je m'arrête et me couche tel un sphinx, mes "chargés d'ans" se retournent, quelques mètres plus loin, pour découvrir ma faiblesse. De suite, la tête froide de notre groupe me diagnostique : "il boude ! il est jaloux !" Heureusement, mon pote revenu à de meilleurs sentiments, me fait prendre quelque repos, me rassure et me console. Il pense que j'ai tout simplement un petit creux à l'estomac, c'est sans gravité, tout va rentrer dans l'ordre incessamment sous peu ! Enfin ce dont j'ai une énorme envie : de la nourriture sensorielle...

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Le temps m'a paru bien long, jusqu'à ce qu'on fasse, enfin une halte digne de ce nom ! Nous avons d'abord fait un détour chez mon copain entrelardé, j'ai salivé d'envie rien qu'à le regarder se bâfrer. Il a trouvé une bonne pension le cochon !! Une auge pour lui tout seul et juste à côté dans le parc voisin, de la galante compagnie, qui se contente de graines pour garder la ligne. Je l'ai abandonné à son triste sort car il finira, un jour ou l'autre, par combler un de mes petits creux. Je ne veux pas lui gâcher son plaisir et sa digestion, ça nuirait à ma dégustation ! En quittant ma réserve pour l'hiver prochain, j'ai contemplé au loin le château, repère constant dans presque toutes nos balades, mais bien éloigné cette fois ci. Les arbres se réveillent, chacun leur tour, à leur rythme et doucement travaillent à leur bourgeonnement. Quelques moutons en pâture, nous observent avec flegme. Lentement au travers des fruitiers encore au repos, un toit se dessine, puis une maison toute entière, que nous laissons derrière nous. Une petite fontaine glougloute et me dit qu'il ne faut pas y boire, tout ce qui m'est vital m'échappe, je râle et crains de rendre mon dernier souffle. Soudain c'est la minute de vérité ! Un petit groupe de panneaux multidirectionnels nargue la vieille. Elle nous la joue sérieux et plonge le nez dans sa carte pour ne plus en ressortir. Une table de pique nique en attente juste à côté, nous séduit mon pote et moi, avec grande facilité. Je la reconnais immédiatement, pour y avoir posé mon cul, une journée d'hiver enneigée, pour un frileux piquenique. Pas besoin de carte, je suis en pays de connaissance et le fais savoir, seul mon pote m'écoute et nous installe au mieux, comme à chaque fois. Tant pis pour la vieille, je la laisse mijoter dans son jus. En tant qu'acteur principal et héros de cette aventure, j'ai eu droit à la meilleure place . Une fois de plus, on ne m'a pas donné de scénario mais mon sens inné de l'improvisation fait le job....

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Je me suis d'abord régalé du drôle de spectacle que nous offrait la chef en train de se dépêtrer avec les noms des panneaux et ceux sur la carte qui se refusent à toute connivence, contrairement à mon pote et moi ! Comble de malchance, elle a une fois de plus perdu son flair et le nord et n'est pas près de remettre la main dessus. Las, j'ai fini par m'embêter. L’ennui a pris le relais, soi-disant pour me distraire ! Il ressemble à un grand point d’interrogation, suspendu au dessus de ma tête. Un leurre qui se met en embuscade dans ma vie, lorsque je suis comme aujourd'hui en mode pause. Je ne le laisse jamais trop longtemps me sonder, sinon il se faufile sournoisement dans ma tête, s'incruste comme un brouillard épais et verdâtre. Je finis toujours par lui tenir tête et lui renvoyer la question : pourquoi tu m'ennuies ? Alors ce désoeuvré se secoue, tourne en rond et va se morfondre ailleurs. Je me remets aussitôt sur le cul, pour me reposer de cet ennui qui m’a beaucoup ennuyé. Vous voyez comme il faut être vigilant et ne pas laisser les bonnes occasions se faire la malle ! Mon pote entame déjà son plat de résistance, je me débarrasse vite fait de ma tambouille réglementaire et hypnotise mon vieux, qui de suite m'obéit. Nous passons rapidement au fromage, un peu trop vite à mon goût, mais je stresse de peur que la patronne ai retrouvé le sens de l'orientation et vienne perturber le notre... J'ai déjà pris une bonne dose de calcium et en attendant la suite, pour rendre service, je nettoie tout ce qui traîne. Le soleil vient troubler ce repas presque gastronomique et ma langue se pâme, je m'asphyxie ! La vieille s'approche et je sens que la fête est finie "tiens Titi, regarde tu seras mieux comme ça, à l'ombre" dit-elle en mettant mon sac entre l'astre luisant et moi. J'en suis tout ému, mais les effusions seront pour plus tard, car c'est l'heure de mon café crème à l'abri de mon parasol improvisé.

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Mon ptit réconfortant avalé, je m'apprétais à prendre mon dessert préféré, un petit speculoos, quand la patronne perplexe en regardant l'horizon, a déclaré forfait, ne sachant plus où donner de la tête. Cette annonce qui fait l'effet d'un flop, nous a tout de même interrompu en pleine transaction, mon pote et moi ! Je n'ai pas eu d'autres alternatives que de faire moi-même le transfert, avant que la vieille ne me siffle le marché sous le nez... Maintenant que je suis rassasié, advienne que pourra ! Je la laisse tranquillement manger sur le pouce, sa portion proportionnelle à ses compétences. C'est dire qu'il y a trop peu à quémander pour que je me fatigue...Je décide toutefois de la remercier d'avoir rompu mon jeun et par la même occasion, j'accorde bien volontiers mon pardon, à mon pote qui a partagé le pain avec moi. Une fois déposé au sol, comme je l'avais demandé, je piaffe d'impatience pour leur montrer la voie. Fini les questions existentielles : "c'est quand qu'on va où ?" Mon vieux l'a de suite compris en remballant vite fait notre barda : "Maintenant qu'il a bouffé, il n'a plus qu'un objectif c'est de rentrer à la maison, t'inquiétes pas il connaît le chemin !" La vieille n'est pas rassurée pour autant, mon pote en rajoute : "Charly sait pourquoi il marche et vers quoi : un autre repas l'attend ce soir au bercail, son flair ne le trahira pas". Pas même une heure plus tard, c'était plié, nous étions arrivés au parking, moi devant et eux derrière. Deux visages admiratifs et reconnaissants se sont penchés au dessus de moi, pour me remercier d'une caresse, manifestement heureux que je ne les ai pas laissé tomber...

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"C'est le ventre qui porte la tête"

 

 

 

 


20 mars 2019

"La nature aussi à sa mauvaise humeur, c'est dans l'air du temps !"

 

"Il y a pire que moi, il y a mieux que moi, mais il n'y en a pas deux comme moi"

Ces temps-ci je suis sollicité quasi en permanence par la même personne, mon pote, pour mes sorties pipi matin et après midi ! Je suis pour l’alternance mais pas pour le changement surtout dans la continuité. Je veux et j'exige que mes journées se ponctuent de repères stables et indispensables. Cela me permet de savoir où j’en suis, mon avancée dans l’âge m’y oblige avec insistance...J’aime que les choses se fassent comme je les ai organisées dans ma petite tête, à cette seule condition, je rentre dans le rang. La discipline, il n'y a que ça de vrai, surtout quand c'est moi qui l'impose et la fait subir. Et dans ce domaine, je le dis en toute modestie, je suis le meilleur ! Chaque après midi, je devance l’horaire de ma seconde sortie hygiénique, espérant brûler la politesse à mon pote, en harcelant ma vieille qui refuse de se plier à mes exigences légitimes. Son indiscipline, agrémentée d'un manque de ponctualité m'est un fardeau et je doute qu'elle se débarrasse un jour de ces défauts puisque elle en fait une marque de fabrique ! Aussi quand mon pote se prépare et m’appelle, je n'ai pas d'autre recours que celui de me cacher sous le bureau de ma chef, lui donnant ainsi tout pouvoir pour me sortir de ce guêpier. Je me blotti confiant, tout contre son sac de sport noir, dans l'espoir de passer inaperçu. Le seul défaut de ma cuirasse, c’est que je crois toujours en l’homme. C’est avec une caresse hypocrite qu’elle me livre à mon marathon man, alors que j'aspire à flâner et relever tous mes sms en attente. J’ai fini par comprendre qu’elle me demandait de faire mon devoir ; sortir mon pote qui a besoin d'entraînement... Désormais, nous luttons ensemble contre le vieillissement et je crois bien qu’on l’aura à l’usure !!

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Cette préparation physique a du bon, je ne grossis pas, disons plutôt, je ne grossis plus ! Cette routine cardio me permet de me nourrir comme je l’entends et je plafonne à 6kg600 pour la plus grande joie de mon partenaire. Il s’écrie à chaque pesée du lundi matin : "tu vois, il n’a pas repris !" Ce à quoi, notre tortionnaire rétorque : "Ça oui, les 300 grammes en trop tapent l'incruste depuis des lustres !!". Elle n'est jamais contente... Le temps s’est un peu assagi et n’est plus dans cette phase lunatique qui met nos nerfs en pelote. Enfin je mets le nez dehors, pour une vraie sortie, sans laisse la truffe au sol, libre comme le vent.  Profitant d'une accalmie, on s’est engouffré dans la voiture avec tout le toutim, pour une petite balade à Durbach. A côté de moi, pour me tenir compagnie sur le siège arrière, se prélassent des gants et cache-nez, accessoires oubliés ou réflexe précautionneux, fruit d'un âge avancé... En débarquant sur la terre ferme, le froid a saisi mes coussinets, ondulant le long de ma carcasse, faisant frémir mon poil qui se met au garde à vous. Froidement, il murmure à mon oreille, des projets qui ne sont pas les miens. Je ne veux pas m'en laisser conter et poursuis ma route. Petit à petit, la chaleur revient faire corps avec moi, pendant que je sprinte à droite et à gauche. Je constate avec soulagement que la neige s'en est allée, laissant par ci, par là quelques plaques décoratives sur le bord de mon chemin. Les végétaux ornés de dentelles blanches finement brodées s'exhibent sous mes yeux et quelques arbres excentriques, se pavanent avec pour seul attrait un dossard blanc. Petit à petit, de gris, le ciel passe au blanc. Un rayon de soleil encore timide, mais pressé d'en finir avec l'hiver, balaye ce blanc manteau. Le bleu du ciel fait sa percée, claironnant le retour du printemps. Des aiguillons de lumière se taquinent venant du ciel et de la terre. Les neiges se croient encore immortelles, se jouant de cette douce clarté. Elles brillent de mille feux comme l'éclat d'un diamant, mais bien moins éternel, car déjà de petites gouttelettes d'eau perlent sur ma truffe trop curieuse. Ces larmes me glissent en aparté qu'il me faut faire le deuil de l'hiver, toute chose à une fin et pour celle-ci j'en suis fort aise !

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... Ces nouvelles là ne sont pas tombées dans l’oreille d’un sourd ! Il semblerait que les jours nous soient comptés, mais là encore je me méfie: je ne sais pas qui fait le décompte et à quelle vitesse ! Le temps aussi veut jouer contre moi et m'ordonne ce à quoi je ne veux me soumettre. Je n'en démords pas, c'est au printemps que je prêterai allégeance. Mes vieux me croient bête ou dur de la feuille et sans égard pour moi, discutent en ma présence, de choses et d’autres et de moi en particulier ! Mon pote brillant organisateur de vie, persuadé statistiquement parlant, de s’en aller le premier, planifie au mieux mon existence et celle de la vieille, dans cette perspective. Bataillant entre le présent et l'avenir, il râle de ne pas avoir toutes les infos pour faire du bon boulot. Bienvenu au club ! Lui-même se refuse à m’éclairer sur sa dernière demeure, malgré ça, je lui garde toute ma confiance et préfère passer le reste de ma disparition avec lui plutôt qu’une vie incohérente avec la vieille, qui n’en fera qu’à sa tête. Personnellement, je trouve qu'on pourrait pour une fois, inverser la tendance...j'dis ça, j'dis rien ! Ce flou me fatigue l’esprit, j’ai besoin de changer d’herbage, être au plus près du ciel, engranger des plaisirs. Bref, user et abuser des fruits du paradis...mais sur terre ! C'est à dire, pour ceux qui ne connaissent pas encore : retrouver mon Tirol, fissa ! Hors de question qu’on me casse mes deux orphelines mises en cessation d’activité avant même d’avoir fait leurs preuves. J'en ai fini de ventouser mes pattes au sol verglacé, sonnez l'hallali, l'hiver se meurt ... La preuve, mes amis dodus que je suis venu saluer, sont enfin sortis des abris. Dame cochonne s'est mise au vert et prend l'air. Elle chouchoute son  cuir pour en raviver sa couleur sous le soleil naissant. Non loin de sa belle, un porc, l'oeil malicieux, le groin inquisiteur, s'évertue à remettre de l'ordre dans sa cabane qui avait fini par ressembler à une porcherie. Son aimable compagnie, m'a donné envie de rester plus longtemps, mais sachant son amour immodéré pour la truffe, j'ai dû garder mes distances, craignant pour la mienne !

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Au fur et à mesure de notre progression, quelques petits signes avant-coureurs ont réveillé mes inquiétudes. Nous avons trouvé un banc, emplacement indispensable pour que mon pote dresse la table, rituel qui satisfait à notre appétit, bien plus grand que les rations de survie proposées. Pas de chance ! Bien que le panorama qui s'offre à nous, compense le trop peu à manger, il n'en reste pas moins que nous sommes en plein vent. Je mets en mémoire ce bel endroit, pour le printemps qui me fait à nouveau faux bond. Toujours tenaillé par la faim, je subis une fois de plus la froidure, qui a profité de ma causerie avec mes grassouillets, pour occuper à nouveau le terrain. Sa reconquête est foudroyante, si j'en juge par l'état de mon ruisseau qui prend des airs de Berézina. Il nous reste le pont qu'on s'empresse de franchir. Mais la neige se refuse, elle aussi, à plier bagage et nous talonne. Il faut battre retraite sans plus tarder, je prends les devants, harcelant sans cesse mes vieux à la traîne. Mes compagnons peinent à tenir le rythme que je leur impose, il me faut changer de tactique. Je ne peux compter que sur moi pour nous débarrasser de cet enfer blanc. Soudain, l'évidence me cloue sur place, il faut faire fondre la glace! Je commence à déposer mes ptits pipis à intervalles réguliers, tout en progressant lentement. Puis, abattu par le travail titanesque qui m'attend, je marche plus rapidement tout en continuant d'uriner sans discontinuer. Il faut savoir prendre des mesures drastiques quand la situation l'exige. Mes vieux, estomaqués dans un premier temps, tombent dans la facilité : la critique !! S'ils pouvaient mettre la même ardeur que moi, à résoudre notre problème, on pourrait pique-niquer sur l'herbe... Bizarrement, depuis qu'il fait froid, aucun des deux ne donne de sa personne, alors qu'aux beaux jours, ça fait des pauses sans arrêt !! Écoeuré, je les ai battu froid et lorsque quelques mètres plus loin, nous avons constaté la fonte des neiges, je n'ai même pas fait état de ce qu'ils m'étaient redevables ....

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Je n'ai pas eu le temps de me réjouir de ma victoire sur les forces naturelles. Le vent qui jusqu'alors patrouillait en dilettante le long des vignes, s'est envolé rageusement pour revenir armé d'une cinglante giboulée, cherchant à nous grêler la peau. Aucun abri, ni même un tronc d'arbre pour nous offrir protection.  Pas une minute à perdre, mes vieux s'arc-boutent, les pieds bien ancrés dans le sol, dos tendu et offert à la violente bourrasque. J'étais tremblant mais confiant dans les bras de mon pote, qui tel un colosse tenait tête à Eole. La vieille n'a pas pris son envol et a tenu bon, comme le chiendent ! Puis, après un temps qui me parut bien long, le courroux assourdissant de la tempête, s'essoufla, laissant quelques petites billes éparses et presque insignifiantes au bord du chemin ... Tout ça pour ça !!! Encore un peu secoué, je continue de frissonner au point d'inquiéter mon pote, qui suggère de faire une pause sur le banc le plus proche. J'y ai d'abord profité de frictions revigorantes et pour finir de caresses rassurantes. Puis usant et abusant de mon regard le plus admiratif, j'ai persuadé mon sauveur de m'offir un tonique cardiaque. A défaut d'un vrai repas, impossible à cause du grand froid, on m'a servi un café chaud additionné de crème et moyennant quelques exercices d'échauffement, un trop petit spéculoos ! Pour me redonner du courage, le soleil, bien qu'en retard, m'a réchauffé les sangs. Je l'ai observé, rasant sur les branches des fruitiers dénudés, passant de l'un à l'autre en leur faisant miroiter quelques promesses printanières. Leurs branches, toutes émues de cette nouvelle, s'unissent et forment des toiles d'araignée, scintillantes sous la lumière de l'astre. Dame nature m'a fait la leçon aujourd'hui, je n'ai pas pouvoir de faire la pluie et le beau temps. Elle m'a rappelé que l'eau sera toujours un bienfait quant elle étanchera ma soif mais fasse qu'elle me préserve de la noyade. Le feu qui parfume si souvent ma cuisine d'un fumet enchanteur peut, si l'envie lui en prend, me brûler la couenne et pourtant me laisse dormir au plus près de lui avec volupté. L'air que je respire et la terre qui me nourrit pourrait d'un coup, d'un seul m'emporter comme un fétu de paille et m'ensevelir à tout jamais... J'ai repris ma petite place sur l'échiquier où je ne suis ni Dieu, ni maître. Tout compte fait, j'ai déjà bien du mal à être le chef chez moi, alors roi du monde... Je cède le job à qui le voudra, à la condition toutefois de ne pas le donner à la vieille !!

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Le soleil s'est mis à jouer à cache cache, alternant le chaud-froid. Comme un phare, il balaie, de son unique rayon mon paysage. Puis, revenant brièvement sur nous, d'une chaude caresse, il met notre patience à rude épreuve, s'esquivant à nouveau. Las, de son jeu de dupe, on a repris la route. Je n'avais pas fait cent mètres que la blanche neige, un peu givrée, tapie dans les bois, était à nouveau en train d'envahir notre chemin de retour. J'ai déserté, planqué derrière les sapins, malgré la vieille qui à mes côtés, m'incitait à reprendre la tête de notre cortège. Mon pote, au loin se retourne et m'interpelle. Il n'est déjà plus qu'une ombre sur le point de disparaître de ma ligne d'horizon, j'use alors d'une stratégie que nous avons en commun, hommes et bêtes. Depuis quelque temps, mes vieux ne cessent de me seriner que je suis sourdingue, je les laisse avec leur certitude et tout particulièrement aujourd'hui parce que ça m'arrange !! J’ai tout simplement décidé que je ne répondrais à aucun appel, je ne vois pas pourquoi je devrais être au garde à vous à chaque fois qu’on me réclame. Même quand ils me crient « à table » je ne bouge pas d’un iota, je ne suis pas bête à manger du foin. Pas besoin d’oreille mais de nez pour savoir à quelle heure on mange et là, c'est plutôt moi qui prévient tout le monde. Quand c'est pas l'un, c'est l'autre ou pire encore, les deux ...La vieille aussi me court sur le haricot, ces temps ci elle me palpe bien trop souvent sous toutes les coutures. Finalement, elle m'a trouvé une coquetterie dans l’oeil. Que je sache, ce n'est pas un défaut d'être beau ! Mon pote fait de la surenchère et se demande si je ne souffre pas de la cataracte ?! Quand ils ne me cherchent pas la petite bête, ils me mettent à l'épreuve, histoire de s'occuper...Plus question de me déplacer à la moindre sollicitation, surtout pour participer à des tests sans grand intérêt. J'vous explique, puisque j'ai le temps... Mon pote fait rouler une petite croquette au sol que je me refuse à trouver. Me tester à l’heure des repas ou pire, au moment ô combien précieux de son élaboration qui requiert toute mon attention, ne donnera pas un résultat fiable à cette expérience !! Bien sur, je l’ai repéré cette pitoyable croquette, minuscule et solitaire. Je sais bien que je suis le seul 4 pattes dans le secteur et c’est pas la vieille, encore plus difficile que moi à satisfaire qui me la piquera ! Donc elle peut attendre, elle ne va pas se barrer toute seule...

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Les tests auxquels je suis soumis ces derniers temps, me donnent matière à réflexion et je fais moi aussi mes déductions, bien plus proches de la vérité. C'est la vieille qui fait la sourde oreille le plus souvent ! Quand à mon pote, sa vue baisse dangereusement, il ne retrouve même plus ma ptite croquette !! Mes vieux me font tourner lentement à l'aigrelet. La vieille vient à son tour de m'abandonner, quelques secondes m'ont suffi pour peser le pour et le contre. A mon âge, on n'a plus tellement le choix, je cours comme un dératé pour les rejoindre ! En désespoir de cause, j'interroge mon pote du regard qui me console en me certifiant qu'un dernier coup de collier suffira à nous remettre sur le droit chemin. Sur les pentes enneigées, mes forces m'abandonnent la blanche poudreuse en rajoute une couche, tombant à gros flocons. J'en ai plein le dos et songe à rendre mon dernier souffle ou... tout au moins à regagner mes appartements pour y grelotter. Mes vieux m'encouragent, me baratinent, mais trop tard, je râle et mon âme est sur le départ... Qu'entends je ?! "le bourdon de la vallée"! Un souffle puissant me ramène à la vie, n'écoutant que mon devoir, je pars ventre à terre en éclaireur ! Au fur et à mesure de ma progression, l'hiver s'affadit. La forêt est clairsemée sous un ciel pâlichon, mes pattes piétinent la neige fondue. Face à moi, mon havre de paix, chaud, douillet et odorant s'offre à mon regard ému. Dans sa petite clairière, mon auberge est encore partagée entre le frimas de l'hiver qui s'accroche, l'automne qui voudrait encore et le printemps qui n'attend que moi pour faire la fête...

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J'ai entamé ma digestion, pelotonné sous ma couverture, à l'arrière de ma berline et bercé par les essuie-glaces qui bataillent sans relâche avec la pluie. Puis le son du violon et de l'accordéon a pris le pas sur le reste, emplissant l'habitacle de la voiture. Lentement mes paupières emportent les vocalises des tyroliens et se referment sur les alpages déjà parés de fleurs bariolées. Je suis un Autrechien de retour au pays....

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"La terre est ta prison comme elle est ton royaume"

23 février 2019

"J'ai toujours dit ce que je pensais... là par exemple je pense à rien, je le dis."

 

"Le temps passe. D'accord. Mais il n'a pas de mérite, il n'a que ça à faire."

Chut !!

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Quelques échos me sont venus aux oreilles, il se dit que la "pauvre vieille" a bien du mérite et que je lui mène la vie dure... Qu'à cela tienne !! Faisons fi des rumeurs, je lui laisse la vedette et me mets aux abonnés absents, bref je m'offre un break !

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Et voilà, le talent n'est pas contagieux, ça me chagrine pour elle, mais on ne peut rien contre l'évidence. Je vais devoir reprendre les choses en main, à tantôt les amis !

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"Moi lorsque je n'ai rien à dire je veux qu'on le sache"

03 février 2019

"Je pourrais aussi être sympa, mais ce serait chiant !"

 

"Quand on est trop bonne pâte on risque de finir dans le pétrin"

Vous connaissez mon amour pour le Tyrol, j'ai rangé pour un temps mes souvenirs non encore égrenés, j'avais peur de vous gaver. Le juste équilibre m'est inconnu, quand on aime on ne compte pas... Je ne vais pas vous laisser sur votre faim plus longtemps. Levons le rideau sans plus attendre sur une nouvelle aventure au Loferer Alm où nous avons, une fois de plus, remis notre sort entre les mains de la vieille. Il faut croire que moi et mon pote aimons vivre dangereusement. Encore secouée par sa dernière ascension en télésiège, elle a opté pour un transport plus stable et confortable. Mon complice et moi, assis côte à côte, en avons profité pour échanger quelques banalités, non sans jeter quelques coups d'oeil aux alentours. La patronne a très vite monopolisé notre attention pour nous faire l'article, au point d'épuiser nos réserves sans même avoir mis un pied devant l'autre. La vieille mémorise de moins en moins de choses, mais curieusement, elle se souvient toujours de ce qu'elle devrait oublier. A la voir comme ça, on lui donnerait le bon dieu sans confession. Mais ne vous y fiez pas, elle ne se balade jamais sans quelques rancunes, dont elle a du mal à se défaire ! Lorsqu'enfin notre vieille se soulage de ce lourd fardeau, elle nous montre tout son talent et n'a pas son pareil pour remettre les pendules à l'heure. Alors tenez-vous le pour dit et restez sur vos gardes...

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Enfin débarqués à 1350 mètres, je me mets au boulot et supervise leur préparation. Ma patronne s'est de suite reposée de nous avoir saoulé et toute guillerette, taille la bavette avec un lutin. Cette mauvaise fréquentation qu'elle trouve à son goût, ne présage rien de bon. Pendant ce temps là, mon pote se coltine l'intendance, comme d'hab ! J'aime autant, car c'est un orfèvre en la matière, il n'oublie jamais, ma ration de survie, mon café crème et ptit gâteau ainsi que mon shoot anti-douleur (avec modération !) Il est là partout celui-là, je ne sais qui c'est ce modération, mais déjà je n'l'aime pas...

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Plus vite partis, plus vite revenus, je vais leur montrer ce que c'est que l'endurance. Mon sherpa, se réjouit de me voir dans une forme éblouissante, au point de s'imaginer allégée d'un futur fardeau. Elle ne voit bien que ce qui l'arrange ! Mais voilà, un petit quart d'heure plus tard, une vache un peu coincée m'a lâché en aparté une info inquiétante. Pendant que j'en ruminais la teneur, le soleil est venu rajouter à ma confusion en me surchauffant le ciboulot. Un banc, devant lequel je ne suis pas resté insensible, m'a invité au repos ombragé et là, couché sur le sol, j'ai déclaré forfait ! Refusant de me laisser prendre quelques repos dans mon appartement et prétextant que je ne tiens pas mes promesses, elle me traite de "Chirac". Je ne sais pas de qui ou de quoi il s'agit, mais je n'aurais qu'une réponse à ses moqueries : "les promesses n'engagent que ceux qui y croient" et toc !! Cet échange stérile m'a fait perdre un temps précieux. C'est avec une petite pointe au coeur que j'apercois au loin, un autre téléphérique dont j'aurais volontiers testé le confort. Il glisse lentement vers la vallée... sans moi, toute retraite m'est désormais coupée.

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Mon pote a pris la route, j'ai suivi son pas sans grande conviction. Au départ, j'étais plein de bonnes intentions ou presque, mais je ne vois pas pourquoi je devrais me jeter dans la gueule du loup, puisqu'ils ont envahi la région. Avouez que la nouvelle a de quoi refroidir ! Nous avons, il est vrai, des accointances. Nous sommes vaguement cousins, mais pas du même monde !! La balade ne va pas être de tout repos, car pour les ruminantes, teckel ou loup c'est kif-kif. Ma présence risque de leur mettre les nerfs à fleur de peau, elles peuvent très vite prendre la mouche et être vache ! Je connais leur mode de fonctionnement, j'en ai une au bout de ma laisse, à longueur d'année, alors je parle d'expérience...

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Quand on parle du loup ! Voilà notre premier obstacle et comme je le craignais, nous sommes très certainement attendus au virage... Les plantureuses nous observent placidement, longues à la détente, elles ruminent les données. Nous progressons prudemment car sans coup férir, une meneuse peut taper et gratter le sol, rejointe par quelques marginales imprévisibles. S'en suivra alors le reste du troupeau beuglant bêtement. Il écrasera tout sur son passage, aveuglément, jusqu'à ce que le problème soit mis bien à plat !! Chaque fois qu'on les croise avec leur progéniture, mes vieux m'installent dans ma studette, comme c'est le cas aujourd'hui. Systématiquement, au fur et à mesure de notre approche, je gémis et pleure pour les inciter à faire demi-tour. Mes maîtres ne font pas le poids et courent à leur perte et surtout à la mienne en persistant dans cette voie. La vieille, insensible à mes prières, me réduit alors au silence en me claquant le museau de sa main leste et me fait rentrer la tête dans ma studette, comme un escargot dans sa coquille...Une fois hors de danger, j'ai retrouvé le plancher des vaches pour y cheminer, parallèlement à mes compagnons, l'oeil noir et l'air vexé. Je me demande pourquoi je me donne tant de mal, puisque personne ne s'en aperçoit ! Devant nous, d'imposants sommets, dont certains semblent éventrés, crachent des volutes anthracite et pourtant rien ne gronde alentour ! Mais ça ne va pas faire long feu, je le sens, j'ai comme un goût de cendres sur le bout de la langue. Je regarde avec envie la vallée où un coin de ciel radieux s'est installé et je me languis de rentrer...Comme pour donner raison à mes inquiétudes, le ciel se voile et s'assombrit plus encore, cela suffit à me faire prendre la seule décision qui s'impose, rentrer dans le rang !

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Dans ce paysage inquiétant, je suis finalement heureux de cheminer sur cette bande passante qui s'enroule tout en douceur, autour des quelques chalets épars. C'est un tracé lisse et large qui s'avance sans peur entre chien et loup. Sa blancheur contraste au milieu de ce théâtre d'ombres et je ne souhaite pas quitter ce guide réconfortant. Virages après virages et tout en descente, j'ai laissé derrière moi le volcan qui s'est éteint. Devant moi, baignée de lumière pour attirer mon attention, une petite maison pimpante et fort à mon goût se morfond de ma présence. Mes vieux, hypnotisés par le chemin et déjà loin devant moi, m'obligent à sprinter pour leur faire part de ma découverte. Dans ma course folle, j'abandonne mon chalet qui s'ennuie déjà de moi. Lassé de cette route zigzagante, je coupe au travers et suis stoppé net dans mon élan par une vache qui se pavane...

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Elle ne daigne même pas jeter un regard sur l'être exquis qui croise enfin sa route, moi !! Subjugué par cette belle élégante à la robe de cuir acajou, qui lui sied à merveille, j'en ai oublié ce pourquoi je courais si vite. Je l'observe choisir son feuillage et ses fleurs avec minutie, les déguster en faisant ce lent balancement des mâchoires de droite à gauche, tout en balayant de ses grands yeux si doux, la prairie fleurie dont elle est l'heureuse propriétaire. Je ne fais pas partie de son paysage, mais peu m'importe ! Je sais maintenant pourquoi elle snobe quelqu'un d'aussi beau qu'elle, sinon plus... Mes pattes ont dû s'imprégner des quelques cadeaux "odorants" parsemés ici et là et je ne suis pas plus chien que loup pour cette herbivore. Quand elles ne sont pas contrariées, ce qui ferait tourner leur lait, elles offrent généreusement trois distributions de leur nectar, par jour, à qui voudra téter leurs pis. Jusqu'ici, toutes mes tentatives de séduction, ont fait chou blanc... Une autre approche se fait jour dans ma petite tête bien remplie. Si je suis parfumé au point de sentir le "bouseux" il est temps pour le "veau de lait" que je suis devenu, de réclamer son dû...La vieille, revenue me chercher, m'a coupé l'herbe sous le pied, mettant fin à ma demande d'adoption. J'ai laissé, à regret, ma rouquine brouter et rafraîchir son terrain ...dix heures par jour !! Elle est d'une endurance qui fait mon admiration : à peine quatre heures de repos dans une journée. La vieille, avec son air de ne pas y toucher, m'a dit : C'est heureux que tu n'aies pas quatre estomacs comme elles ! Perspective qui m'a laissé rêveur et m'a ouvert l'appétit !!

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Mes vieux n'ont pas voulu faire demi-tour pour pique-niquer sur le perron de ma nouvelle acquisition. J'ai fait le planton un petit moment au beau milieu du chemin, pour les en convaincre, mais lorsqu'ils ont disparu hors de ma vue, j'ai renoncé à mon caprice. Nous nous sommes retrouvés au pied de l'immense piton rocheux qui observait notre progression depuis bien longtemps déjà. Une prairie fleurie, poudrée de poussière de soleil donne à ce petit coin, des allures girly. Ça fait le bonheur de ma peau de vache, il n'y a que les fleurs pour lui adoucir le caractère. Pendant qu'elle fond devant le spectacle, mon pote performe dans l'art de la table. Il n'a pas son pareil, pour faire d'une ration de survie, un repas de fête et mon estomac et moi-même sommes sur ses talons ! L'occasion est trop belle, j'ai toutes les chances d'être l'heureux bénéficiaire d'une double ration. Bingo ! On s'adosse au pied du Dietrichshorn pour festoyer, puis très vite la vieille quitte notre banc et s'en va faire l'artiste, sans finir son repas. Alors que les choses prenaient une tournure bien agréable, mon pote a mis les pieds dans le plat !

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Il y a un seul jeu pour lequel mes vieux ne sont pas doués, c'est le question-réponse. J'ai beau les solliciter, les distraire de cette fâcheuse addiction, rien n'y fait ! J'ai furtivement englouti ma deuxième portion, profitant de l'inattention dont je fais trop souvent l'objet et m'en console à ma façon. Puis j'ai rejoint ma vieille, fleur parmi les fleurs (je me dois de ménager la chèvre et le chou...) Ne m'en demandez pas plus, je ne vous dirais pas qui est qui, pour l'heure, les jeux ne sont pas encore faits. Suivons sans broncher le début des hostilités. La première question fuse, déconcentrant la photographe. "C'est encore loin ?" dit mon pote "Non, on contourne le piton, ensuite une petite montée, un beau paysage à la Sissi et..." coupée net dans son descriptif, la vieille affronte la deuxième interrogation : "Ça nous prendra combien de temps encore ?" et elle de répondre " En estimation autrichienne, deux bonnes heures grosso modo..." ça couve, ça couve, j'le sens pas. Le suspense est à son comble ! Il y en a un qui tourne autour du pot et l'autre qui mijote quelque chose... Méfiant, mon pote la soupçonne d'avoir concocté un itinéraire avec trop d'enthousiasme, ce qui peut nous mener loin, très loin...

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Alors il y va franco : "y'a pas plus court et peut-être moins fatigant ?" et voilà, il suffisait de le demander. Mes yeux sont rivés sur ma maîtresse qui range sa boite à portrait. Toujours accroupie, elle me gratifie de caresses, puis me prend à témoin : "qu'est ce que t'en penses mon titi ?" La meilleure façon de répondre, c'est de lui renvoyer sa question, mais j'ai pris mon air bête et suis resté coi ! Je rejoins mon pote, à deux on est plus fort, car c'est maintenant que tout se joue... Hilare, elle pointe du doigt quelque chose et dit : "Le voilà ton chemin le plus court". On fait un petit demi-tour sur nous-même pour suivre son index et face à nous une montagne rondelette avec un air de déjà vu... Et pour cause, c'est celle-là même, qu'on venait si aisément de descendre ! Quand on s'est à nouveau retourné vers notre guide, elle nous a donné l'estocade d'un air narquois : "Allez on remballe, une belle ascension nous attend..."

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                                                                                                               A mon avis, on s'est fait enflé ! J'suis pas ben sûr qu'il y avait un autre itinéraire que celui qu'on s'est farci. Ce fut une remontée, régulière, sans temps mort, dont on est sorti satisfait et à peine essoufflé. La vieille s'est empressé de saluer notre exploit, d'autant plus qu'elle a deux autres variantes dans ce secteur pour l'année prochaine, puisque nous sommes opérationnels...C'est même pas la peine de discuter, on y aura droit ! Pressé d'en finir et avant que la vieille ne nous joue un autre mauvais tour, nous hâtons le pas. Trop tard ! Elle relance déjà mon pote et lui propose un petit détour. Pas bien grand dit-elle, d'ailleurs tu peux apercevoir la ferme au loin, le point de vue est magnifique et... "Charly et moi on en a plein le dos" dit mon pote en l'interrompant à nouveau. Et toc ! pas question de fournir un effort de plus. Abandonnant la vieille au milieu du chemin, car elle le vaut bien, on s'est empressé de lui tourner le dos. A ce moment, j'entends les vaches meugler au loin. Peut-être est-ce un mirage ou une association d'idées, mais il me semble deviner un drapeau qui flotte au vent ! Étrangement, j'ai la sensation que je vais regretter mon choix, je jette un dernier regard à ma maîtresse qui a, à nouveau, un sourire en coin. Je gratte la jambe de mon pote pour lui dire de se méfier et j'entends : "C'est dommage, on dit beaucoup de bien de cette Hütte." Hütte !! vache, crème, gâteaux, merveilleuse trilogie qui m'fait lâchement abandonner mon pote. Son demi-tour fut tout aussi magistral ! Nous étions à nouveau unis, trois silhouettes marchant d'un pas volontaire vers un réconfort prometteur, équitablement partagé... Puis dans un élan de générosité, je suis allé débriefer ma vache, toujours figée par la peur en lui certifiant qu'elle pouvait rentrer chez elle, les loups avaient déserté son territoire

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Vous vous dites finalement, ça ne s'est pas trop mal passé, oui mais, ma journée n'est pas encore achevée... A peine rentré dans ma chambre, mon calvaire commence, toilettage, inspection de haut en bas, brossage de dents... Pour finir de me contrarier, j'ai droit à un petit cachet, non appétent. Je me retrouve avec plein de doigts dans mon gosier et je ne sais même pas où est cette satanée pilule à croquer. Forcément, on n'est pas à l'abri d'une erreur, je m'suis loupé !! J'ai croqué le doigt et craché le cachet, j'aurais du faire l'inverse... Après deux autres tentatives, on y est enfin arrivé. On aurait gagné du temps en agrémentant ce petit comprimé d'un emballage gourmand, encore faut-il qu'il soit généreusement enveloppé !! Pour couronner le tout, j'ai dû faire les cent pas sur le balcon, pendant qu'ils faisaient leur débarbouillage, mes vieux ne sont pas des rapides !

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Comme je suis juste au dessus des cuisines, des effluves viennent en permanence me harceler. Des repas se préparent et au fur et à mesure j'en établis la carte. Sachant qu'en plus je ne serais pas convié à la salle à manger et qu'il faudra que je me farcisse une bouffe low cost, qui tarde à venir, vous m'excuserez si je commence à être un peu à cran. Je me demande même, si ça ne devrait pas être signalé à la SPA, je glisse la suggestion comme une bouteille à la mer, qui sait un ami bien intentionné... Voilà enfin mes endimanchés. Je vous le donne en mille, qui est-ce qui fout la pagaille, une fois de plus, la vieille ! Non content de nous avoir "encadré" sous toutes les coutures sur le terrain, il faut qu'on visionne ses oeuvres sur l'ordi. Les voilà à commenter et s'extasier d'une balade terminée, pendant que je crève la dalle ! J'ai pris un peu de recul pour occuper exclusivement leur champ de vision, tout en restant prés de mon auge et de la porte du balcon. Sans sourciller, je les ai fixé jusqu'à ce que leur attention se focalise à nouveau sur l'indispensable, moi !! Et voilà, je suis enfin servi, ce soir mon estomac et moi serons gourmands et non gourmets. C'est trop heureux que j'engloutis avidement ma tambouille, tout en percevant le bruit de la porte qui se referme furtivement sur mes deux ingrats, partis se goinfrer sans même un au-revoir....

 "Un groupe de loups, c'est une horde. Un groupe de vaches, c'est un troupeau. Un groupe d'hommes, c'est souvent une bande de cons."

 

08 janvier 2019

"Le temps, le temps et rien d'autre, le tien, le mien, celui qu'on veut nôtre.."

 

"Le temps est un vieillard qui a la malice des enfants."

 

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L'automne de ma vie ! Vaste sujet sur lequel j'aime à radoter. Pour vous et tout particulièrement pour ceux que ça fatigue, retournons-y de ce pas, à la toute fin de cette saison haute en couleur. Quand en Novembre, la froidure vient nous surprendre, alors que persiste encore la lumière du soleil, les couleurs se réveillent et nous réchauffent de l'intérieur. La nature tangue entre le vert et le brun et de cette valse-hésitation, s'écoule un nuancier à vous tourner la tête. Bon ! Tout le monde connaît la chanson, le fond de l'air est frais, laïho...Pour être franc avec vous, il faut que je ventile ma flemme, c'est pourquoi je vous ai convié à cette sortie. J'ai bien un ptit côté poète, mais un peu au ras des pâquerettes ! J'suis plus sensible aux distributeurs de pommes et aux champignons, plus faciles d'accés. On va faire cette virée, vite fait, car je n'ai pas tout mon temps !

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Mon pote et moi avons la même passion pour l'hiver, avec une nette préférence pour cette période trop courte, où les jours raccourcissent et cherchent à hiverner au creux des nuits les plus longues. Lorsque le soir venu, mon pote traverse l'appartement pour fermer un à un les volets, je le suis avec un plaisir non dissimulé, battant de la queue pour saluer d'un au revoir, mes petites journées en clair-obscur bien rafraîchissantes. Puis il met la touche finale à ce rituel qui m'enchante, en faisant deux tours de clé à la porte d'entrée, puis se tourne vers moi pour me donner le signal : cric-crac zou ! La nuit est alors mienne, je peux dormir sur mes deux oreilles et ronronner comme un feu qui s'éclate dans une belle cheminée. Vous allez me dire : "Ben qu'est ce qu'on fout en Automne ?" J'explique : maintenant que nous avons fêté Noël, mon ventre est plus que rempli. Rassurez vous, j'ai toujours une petite place pour un dessert ! L'euphorie passée, un malaise s'est installé, comme un poids sur l'estomac, qui ne cesse de troubler ce bonheur tranquille. J'en ai la confirmation en regardant mon pote, qui les mains sur son ventre, semble soucieux : les jours rallongent !!

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Puisque vous êtes mes amis, je vais vous confier la petite idée qui trotte derrière ma tête. Je caresse le secret espoir de remonter le temps, car je n'ai pas la patience d'attendre un an pour revivre mes moments préférés. Mais, je suis aussitôt saisi d'un doute affreux et je vous interroge : est ce que je ne m'y prends pas un peu trop tôt ? Le mieux, c'est que je vous expose les faits et vous me donnerez votre avis. Il semblerait que la vieille veuille remettre le couvert et me faire un remake de Noël. J'ai fait cette constatation, juste après ma sortie matinale où je profitais longuement du frimas. Nous nous sommes retrouvés pour un petit déjeuner frugal, pour moi, juste une cuillère de miel pour me maintenir en bonne santé pour la journée. Dans le même temps, le bout de mon oreille se réjouissait d'entendre mon pote, déjà à son travail. Il tapotait consciencieusement mon panier et mes coussins et j'avais grande hâte d'en apprécier tout son moelleux. Seule ombre au tableau, il y a dans les parages, des terroristes en herbe qui font un boucan d'enfer dès que je m'assoupis et ça me fout en pétard ! Inquiet, mon maître m'a donné un petit calmant pour m'aider à maîtriser ma colère...Mais, c'est finalement un fumet de morilles qui est venu délicieusement me harceler et mettre fin à ma torpeur.

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L'arôme du vin jaune s'évade pour se poser sur ma truffe, les notes entêtantes de curry, noix et pain d'épices me mettent en joie. Je cours aussitôt retrouver mes joujoux pour leur apporter la bonne nouvelle ! Je me pose un instant, histoire de me remettre de mes émotions, quand mon coeur fait un bond et se laisse capturer par une caresse. C'est la crème de la crème ! Elle est fraîche et acidulée, je lui voue une adoration sans borne. Son onctuosité réunit tous mes nouveaux amis et vient faire le lien avec moi ! Les yeux brillants de convoitise, je fixe du regard ma vieille au fourneau, je suis dans la caverne d'Ali Baba!! Non, pas de photos de mes trésors culinaires, je vous en ai déjà trop dit et je crains que cela soit préjudiciable à nos carcasses déjà bien empâtées. Perso, j'pense encore avoir de la marge, vu qu'à Noël, la vieille m'a jugé apte à continuer sur ma lancée, en déclarant: "après l'Epiphanie, on mettra le ptit tonneau à la pesée!".

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Comble de malchance pour vous, la nature fait son show et se passe aisément de mes commentaires. Il n'y a devant nous, qu'un chemin large et solitaire, alors à vos bâtons, nous n'aurons rien d'autres à nous mettre sous la dent. Parler quand on n'a rien à dire est une pratique aisée pour bon nombre de deux pattes, mais pour un teckel, l'exercice est ardu. Pas de rencontres impromptues, pas de bouleversement climatique, rien, il ne se passe rien ! Je n'ai plus le choix, je suis obligé de me mettre en avant. Ma modestie va encore en prendre un coup, mais pour vous, je suis prêt à tous les sacrifices ! Des années durant, le temps a travaillé pour moi afin que je puisse en profiter pour vivre selon mon bon plaisir. Maintenant il se joue de moi et m'impose son rythme et je ne sais comment l'amadouer. Je lui ai suggéré de faire une pause et même de partir en vacances, mais il a percé à jour mes projets et ne veut plus s'arrêter. J'ai étudié le terrain, reniflé ici où là pour dénicher quelques indices, je cherche encore...

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Maintenant que vous êtes là pour m'aider dans ma chasse au temps qui passe, je ne doute plus de clouer notre trophée, à demeure, au 21 du bel hiver ! Il va falloir donner un sacré coup de collier, ça ne va pas se faire d'un coup de baguette magique. Quand à moi, je vais m'en remettre au ciel et suivre ce rayon de soleil qui s'évertue à frapper toutes les croix qui jalonnent notre parcours. Si je ne trouve pas le moyen de remonter le temps, je vais me prendre un sacré coup de vieux et j'srais pas tout seul ! l'hiver me déride et me fait rajeunir, l'ennui c'est que l'été toujours plus intrusif, s'accroche à ma peau, me dessèche et je vieillis à vu d'oeil, ça nuit à mon image...

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Il est temps de faire le bilan de nos investigations, mes amis on a fait chou blanc et frôlé de peu, l'éternel jeunesse ! Y'a plus qu'à rentrer chez nous. Je dois rester encore un peu avec mes vieux, j'suis invité pour tea time. Comme vous pouvez le constater, j'suis dans l'impossibilité de partager avec vous, car c'est le trop peu qui incommode. Certes, le spectacle à perte de vue est à mes pieds et ça en vaut la peine. Pour le reste, je ne suis même pas sûr que les gâteaux soient pour moi ou au moins un ! Certains seraient tentés de me trouver pessimiste et râleur, vous avez devant vous la preuve qu'il n'en ai rien ! Un excellent contenu... dans un contenant réduit à sa plus simple expression, je vous le dis, moi aussi, tout simplement : c'est du foutage de gueule !! Pendant que je rumine l'injustice qui m'est faite, je distingue au loin, les prémices d'un hiver qui se termine. Le ciel s'assombrit et me presse de faire un choix, le poids des ans commence déjà à se faire sentir. Je ne sais pas si c'est un effet de mon imagination, mais j'ai l'impression que la nature se déshabille d'un coup, d'un seul. Les feuilles jonchent le sol et n'augurent rien de bon, je songe à déclarer forfait !

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Le petit nuage de crème dans mon café, qui m'avait à peine humecté la langue, se rappelle à mon bon souvenir. Deux ou trois gouttelettes, égarées sur ma moustache, se posent sur ma truffe comme une consolation. Et là, j'ai comme une illumination, je réalise que la solution à mon problème est à la maison. Puisque la vieille nous prépare un remake de Noël, c'est qu'elle a trouvé le moyen de remonter le temps. Elle m'épate ! Quelques rares fois, des éclairs de génie la traversent et la laissent tout aussi perplexe que mon pote et moi ! J'ai emboîté le pas de mon maître. Il semble tout aussi pressé que moi, de retrouver Noël. Plus détendus quand à notre avenir, nous avons échangé quelques propos, et c'est là, que tout a basculé ! "Alors mon Titi, tu es prêt pour la soirée du Réveillon, on va bien se régaler ! Après le dessert tu auras un autre ptit cachet, ni vu ni connu, on passera à la nouvelle année ! Ça m'a stoppé net dans mon élan, juste à la croisée des chemins.

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Je l'ai laissé s'éloigner, car il avait déjà basculé de l'autre côté, sa gourmandise l'emportait sur tout le reste. J'étais seul face à mon destin. Toute une vie à la recherche du temps perdu, sans peut-être jamais atteindre mon but. Fallait-il persévérer dans cette quête à dormir debout ? Soudain,je suis ébloui par un éclair de lucidité : vieillir c'est un jour de moins chaque soir, oui mais un jour de plus, tous les matins dès l'aube...Que m'importe ce retour en arrière, utopique et déraisonnable. Seul compte, le temps que j'engrange. C'est de la vie à mes années et des années à ma vie ! Stoïquement, j'ai toisé le chemin qui pourrait me mener vers Jouvence pour finalement lui tourner le dos. L'éclat du soleil couchant, semble avoir ouvert une brèche sur le chemin ou la silhouette de mon pote se dessine. Je bataille pour échapper à l'aveuglement et me précipite, rejoignant mon bâton de vieillesse, avant qu'il ne disparaisse sans moi. Enfin sur la bonne voie, nous avons repris le cours de notre vie, sans plus se poser de questions. J'ai de l'espérance à revendre et c'est convaincu d'avoir fait le bon choix que je me suis empiffré et enivré de parfum pour mieux basculer dans l'année suivante. Les premières détonations ont retenti, j'ai cligné de l'oeil et Morphée m'a pris dans ses bras, juste le temps pour moi de vous murmurer : "2018 vous souhaite bonne chance, que 2019 exauce vos espérances" bonne et heureuse année à vous tous,deux et quatre pattes"

 

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"À force de chercher midi à quatorze heures, on finit par perdre son temps."


16 décembre 2018

"Etant philosophe, j'ai un problème pour chaque solution"

"On devrait mettre autant d'ardeur à simplifier sa vie qu'on en met à la compliquer"

Avec le temps, je suis devenu plus humain que teckel et franchement c'est une vraie vie de chien ! J'aspire le plus souvent, sur mes vieux jours à redevenir teckel à plein temps...Mon paysage est tout détrempé et bien grisâtre, heureusement qu'il y a un peu de jaune pour ensoleiller mes déplacements, quand je mets la truffe dehors. Ça c'est pour la note optimiste !! Mon pote a décidé de mettre de la couleur dans notre "sweet home". Les bonhommes de neige et père Noël ont envahi mon territoire et les guirlandes me font risette. Il manque pourtant à ce rendez vous, mes amies les épices et ma préférée : cannelle. Comme d'habitude c'est toujours les mêmes qui bossent et toujours pas de vieille aux fourneaux pour égayer mon après midi. Mon pote met la touche finale à sa déco, suspendant des boules à tire-larigot au point de m'en donner la nausée ! Moi qui ai perdu les miennes sans espoir de retour, je trouve l'allusion déplacée...J'ai le coeur en rade et l'âme rebelle, quand soudain un éclair de génie me traverse : je vais vous emmener au pays des merveilles et not'misère sera moins pénible au soleil....

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"On l'a déjà fait cette balade !" Ben oui, moi aussi, mais comptez sur moi pour la bonifier. Vous avez déjà la chance de vous promener au paradis en compagnie de votre porte bonheur Charly, alors n'allez pas, vous aussi, ronchonner! J'ai l'exclusivité de ce privilège dont j'use et abuse selon mon bon plaisir. Après avoir sacrifié à l'inévitable photo souvenir, on s'est permis, comme d'habitude, une petite infidélité au Tirol en patrouillant sur les hauteurs de Mittenwald en Allemagne. Nous avons choisi l'option télésiège pour prendre un peu d'avance. On a bien fait, car la vieille a de suite traîné les pieds dès qu'elle a eu vent de nos projets. Du haut de mon coffre grand ouvert, j'ai failli attendre ! Le Kranzberg s'est mis en route rien que pour nous. A peine envolé dans les airs, j'ai dû tourner le dos au paysage. Je n'ai rien perdu au change, encore que ! J'avais pour toile de fond, la ville à mes pieds et comme une verrue au milieu de ce décor, ma vieille se balançant tétanisée sur son siège. Compatissant, j'ai capté son regard pour ne plus le quitter, l'exhortant par mes petits cris plaintifs à ne pas lâcher prise. Une quinzaine de minutes plus tard, nous débarquons sur la terre ferme. Je laisse mon pote à son cheminement silencieux et ma vieille à ses fleurs et autres voleurs de miellat. Quand à moi, je prends le parti de zigzaguer sur notre route, quasi à la verticale. C'est à bout de souffle que l'on atteint le sommet... Nom de Dieu, une odeur de cannelle ! J'vous lâche un instant, pour jeter un oeil en cuisine. En attendant, faites une pause, prenez vos aises, installez vous sur ces chaises longues en bois et profitez du spectacle, je reviens de suite !!

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Le sol, bien plat celui-là, est jonché de petits débris pailletés un peu partout, vestiges d'une décoration rouge et or enfin en place. L'aspirateur ronfle et rode, je dois prudemment manoeuvrer pour atteindre la cuisine. J'arrive juste à temps pour passer l'inspection ! Ma vieille me regarde fièrement, contente de sortir du four, le fruit de son travail. Je n'aurais qu'un mot à dire : "peut mieux faire !" Ne jamais faire de compliments, ça incite, pour qui les reçoit, à se reposer sur ses lauriers. Mais, il ne faut pas non plus dissuader les efforts et les tentatives, quelles qu'elles soient... Je goûterais donc, avec enthousiasme, à sa tarte aux pommes poudrées de cannelle, pour l'encourager à donner "le meilleur d'elle-même" c'est à dire ce dont j'ai envie : mes gâteaux de Noël ! Alors les amis bien reposés ? Pas facile quand on sort gonflé à bloc du remonte-pente, de se retrouver devant un dénivelé qui nous nargue sur deux cent mètres et tout ça sans échauffement. J'en ai vu certains sur les rotules avant d'arriver au sommet ! Vous n'auriez pas vu mon pote ? J'ai passé tous les bancs en revue, personne ! Un étrange insecte capture toute mon attention et j'en oublie déjà l'objet de mes recherches, c'est le hasard qui me l'a fait découvrir, bien planqué derrière le chalet. Mon pote me gratifie souvent de ses réflexions sur le monde et ses travers. Je lui prête toujours une oreille complaisante. Mon regard bien ancré dans le sien, le conforte dans ses idées et lui donne la certitude d'avoir enfin un auditeur à la hauteur de ses pensées philosophiques. A force de l'écouter, j'ai très vite pris conscience que la perfection n'était pas de ce monde. À partir de ce constat, j'ai décidé de garder certains de mes défauts, auxquels je suis très attaché, pour en faire une valeur ajoutée à mes nombreuses qualités...

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Perdu dans ses pensées, qu'il a cette fois gardé pour lui, nous nous sommes assis sur un banc. Toujours en symbiose, avec la nature comme fil conducteur, nous nous sommes nourris spirituellement. Hypnotisés par l'horizon, nos paupières s'alourdissaient à force de "marcher" si près du ciel, vers l'éternité. C'est alors qu'un arrogant petit volatile est venu s'installer à nos côtés, piaillant sans gène. J'ai baîllé à m'en décrocher la mâchoire, lui signifiant mon ennui et cette cervelle d'oiseau m'a toisé de son oeil noir. Mon sang n'a fait qu'un tour et je l'ai mis en fuite. Content de moi, j'ai rejoint mon pote qui s'était retranché dans le chalet, étrange attitude ! Ce pourrait-il qu'il se cache de not'vieille ? Nous deux, c'est à la vie à la mort, enfin je le croyais... J'ai fait le guet pour lui et il en a profité pour me fourguer son sac à dos ! C'est elle, qui finalement m'a soulagé d'un grand poids. Ce n'est pas à mon âge que je vais travailler comme un forçat! Je les ai entendu glousser derrière mon dos, ça me hérisse toujours autant le poil. J'ai repris la route, les laissant loin derrière moi, il n'est plus temps de le perdre en enfantillage.

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L'heure est venue de chercher un emplacement confortable, susceptible de recevoir nos augustes postérieurs. Mon ventre pourra alors se poser sur mes cuisses, près à se gaver. Toutes mes suggestions ont reçu une fin de non recevoir, décourageante. J'ai lambiné à l'arrière, un peu à la traîne, comme vous d'ailleurs !! Mon ouïe fine, me fait dresser l'oreille, à l'écoute d'un bien étrange conciliabule et me voilà sur leurs talons. Il est question de remplacer quelqu'un, lorsqu'il aura disparu, mais ils se demandent par quoi ??? "Qu'est ce que tu dirais d'un colley ?" dit mon pote, "maintenant que je suis tombée amoureuse des teckels, je n'en veux pas d'autres" mais qu'est ce qu'elle raconte ? "J'en prendrais un plus petit que Charly !" Ils ne vont quand même pas me donner un ptit frêre à mon âge ?! Ma parole ! Ils sont entrain de lui chercher un nom, la menace est réelle : Pagaille, Picsou, Pantoufle... On ne me demande jamais mon avis, mais je le donne : je préfère mandarine, tartine, clafoutis... "T'en fais pas, il a encore de belles années devant lui not'vieux Charly !" dit-il pour rassurer ma vieille. J'en ai perdu la santé quand j'ai compris qu'il faisait des projets de remplacement alors que je n'avais pas encore un pied dans la tombe. Dieu merci, on n'en est pas encore à l'oraison funèbre ... Profitant d'une halte à la petite chapelle, j'ai quémandé auprès de ma vieille, quelques éclaircissements, sur mon état de santé. Elle est restée très évasive sur le sujet et m'a suggéré, ansi qu'à mon pote, une activité sportive qui ne nous ferait pas de mal ! Le voilà qui m'appelle et prend un bâton, j'me poste face à lui pour jouer le jeu. Une fois le bâton lancé au loin, je cours marquer l'endroit où il a atterri, puisque sa vue baisse et je reviens au pied. Ça c'est fait !!

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Je connais la chanson, il me fait le coup à chaque fois ! Mais je ne sais toujours pas pourquoi mon pote, veut que j'aille récupérer ce qu'il a jeté, alors que de toute évidence, il n'en a plus besoin !! On marche sur la tête... Et voilà, ça lui reprend ! La vieille hilare, nous photographie sous toutes les coutures et mon pote ne cesse de répéter : "Va chercher Charly !" Je ne bouge pas et prends mon air bête...Et quoi encore, qu'il aille le récupérer lui-même, j'suis teckel, pas larbin !! Il lui a fallu encore deux tentatives avant qu'il comprenne qu'il n'y a rien à gagner à faire suer quelqu'un qui n'a rien à perdre... Cette récréation sportive m'ayant quelque peu fatigué les pattes comme la tête, j'ai préféré prendre un peu de repos dans mes appartements. Lorsque nous sommes arrivés à hauteur de la deuxième chapelle, mes vieux ont enfin fait une halte pour manger. Mon pote a débarrassé le dos de mon sherpa, de son chargement, puis a déposé ma studette au sol sans m'en déloger. Ma vieille m'a proposé ma ptite gamelle de flotte et de croquettes, repas à peine digne d'intérêt. Je m'apprétais à descendre pour avaler cet hors d'oeuvre, quand j'ai réalisé que mes deux vieux, debout face à moi, s'étaient figés dans l'attente d'on ne sait quoi. Ils semblaient peu enclin à se restaurer, me privant ainsi, du seul repas intéressant : le leur! Malgré leurs injonctions "Allez Titi, dépêche toi, mange !" je n'ai pas bougé d'un ïota. Nous étions mon pote et moi, face à face, chacun campant sur ses positions, tandis que la vieille comme d'habitude a préféré se défiler, nous laissant nous dépatouiller avec nos problèmes de cantine...C'est un ptit rouquin, déluré et vif comme un écureuil, qui a mis fin à notre désaccord ! J'ai vidé mon écuelle en un rien de temps avant que ce faux jeton ne vive à mes dépens...

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                                                                           Notre retour, s'est fait le ventre vide ! J'ai joué de malchance en vous proposant cette balade aujourd'hui. C'est toujours pareil, chaque année, à l'approche des fêtes, je vis dans une sorte d'impatience et d'inquiètude mêlées. J'en perds le sommeil, mais pas l'appétit qui s'en va grandissant au point de me dévorer tout entier. Je vis, je pense, vanille, cannelle, épices, sucre et fromage pour le dessert... Je n'ai pas été un guide à la hauteur cette fois, heureusement que les photos parlent pour moi ! Un ange veille sur nous, nous avons de la chance, il semble qu'on ne prenne pas encore le chemin du retour. Notre itinéraire se poursuit vers Garmisch-Partenkirchen, je ne vous en dis pas plus, mais il reste une petite possibilité de finir cette sortie en apothéose...Il n'est pas interdit de reprendre le pouvoir lorsque cela s'avère nécessaire et même vital ! Dans cette ville, pas besoin de tâter le terrain, je le connais comme mon estomac ! Ma truffe joue une valse endiablée entre mes deux yeux, levés face au vent. Le goût de miel est déjà sur ma langue, j'en salive comme un Mastiff. Il va falloir ruser. À force de détours pour tromper l'ennemi, j'ai finalement atteint mon but, m'arrêtant devant chez Krönner, magnifique pâtisserie installée depuis 1759. J'aime que les bonnes choses soient immuables.

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J'ai travaillé sur deux fronts aujourd'hui et ça mérite...deux récompenses! Tendre l'oreille pour guetter un hypothétique bruit de casserole dans ma cuisine et dans le même temps vous avoir à l'oeil ainsi que mes vieux, très motivés à dévaliser ma pâtisserie préférée. Mais oublions tout ça, on a du pain sur la planche ! Il y a des moments dans la vie où on ne peut plus faire preuve de sentimentalisme, version Roméo et Juliette. Il faut s'entraider, alors les Voraces et les Coriaces même combat, à table !! Mon pote préfère le chocolat... qui m'est interdit. Je vais manger avec mesure pour garder la ligne, comme ma vieille. Mon choix est fait, pour nous deux ce sera : des amandes, noix, noisettes, pralin, moka, un peu de meringue et tutti quanti. Et pour finir, un petit gâteau avec le café... Allez, j'suis pas chien, faites votre choix, c'est moi qui invite....Mais pas pour la tarte aux pommes, y'en a tout juste assez pour moi et mon pote !!

 

"C'est Dieu qui a créé le monde, mais c'est le diable qui le fait vivre."

26 novembre 2018

"La vie n'est pas un long fleuve tranquille..."

 

"A mon âge ce n'est plus moi qui vieillis, c'est le passé qui recule"

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Chose promise, chose due, enfin une balade ! Comme vous, je n'y croyais plus. Le froid de l'hiver par petites vagues successives tape l'incruste. L'automne ne l'entend pas de cette oreille et entre en résistance. Quelques fulgurances estivales viennent troubler la partie qui se joue. L'été qui jour après jour, a fait de moi un phoque échoué sur une plage des Antilles, a bien du mal à plier bagages! Traînant sa parure quelque peu ternie et oubliant ici et là quelques rayons de soleil, il a finalement pris congé de moi. Tous ce monde là se bouscule au portillon des quatre saisons et c'est grand plaisir de les voir se tenir tête. Les champignons, chapeaux bas me saluent mouillant ma truffe de rosée et les châtaignes jonchent traîtreusement le sol pour compliquer ma progression, il n'y a pas qu'eux qui me hérissent le poil ! Depuis que ma vieille est revenue, elle a changé quelques uns de mes rituels sans me demander mon avis, ce qui est très dommageable pour moi qui entre dans le grand âge...

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Elle se refuse à me porter, que ce soit dans ses bras ou sur son dos... A chaque fois que j'ai besoin de ses services, elle me regarde d'un air embarrassé. J'ai beau lui tourner autour, la harceler, rien n'y fait : elle ne comprend plus rien ! Son incompétence gagnant du terrain, elle a finalement délégué ses pouvoirs à mon pote, qui me porte ou me dépose aux différents endroits où je dois me rendre tout au long d'une journée : mon fauteuil, à table, pour ma séance journalière de toilettage, la randonnée si nécessaire ou pour méditer sur les genoux cagneux de ma vieille...Par contre, grâce à elle, nous faisons de petites balades dilettantes sur terrain plat qui me donnent le temps de saluer tous mes amis. Je profite de ma tournée pour faire du maraudage, domaine dans lequel j'excelle. Tous ces changements sont liés, à sa visite chez un véto pour deux pattes qui l'avait kidnappé, ça n'arrive pas qu'aux teckels, enfin la parité !! Bien que son absence nous a fait ressentir un petit, mais rien qu'un petit manque, on est passé d'un extrême à l'autre, car maintenant qu'elle est revenue, on l'a dans les pattes du soir au matin et inversement. Le besoin d'espace, de liberté nous taraude, mon pote et moi. Elle persiste à nous coller aux basques même pendant nos virées bucoliques, mais à l'allure d'escargot ! Mine de rien, l'écart a fini par se creuser et on a pris la poudre d'escampette. Profitant des deux jours d'absence de la patronne, j'avais agrémenté ma vie de quelques nouveaux rituels et voilà qu'à peine rentrée, madame veut me remettre au pas !! Les absents ont toujours tort et maintenant c'est moi qui décide...J'en profite pour vous raconter vite fait ma ptite révolution !

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Lorsque j'ai fini de manger...aux deux râteliers, j'invite mes vieux à se débarrasser au plus vite de leurs corvées. Qu'ils mâchent la besogne pour qu'enfin on en vienne à l'indispensable : mon installation sur mon fauteuil rouge où j'y découvre, sans surprise, trois croquettes cachées dans l'oreille de mon poêt-poêt. Aussitôt que tout mon monde reprend sa place respective, le calme s'installe à nouveau. J'adore cette fin de journée où je peux enfin déconnecter. Mon pote met en route le traditionnel zapping, programme d'une platitude égale à mon encéphalogramme (que j'ai mis à niveau pour l'occasion !) ce qui a, invariablement, pour effet de nous endormir dans tous les sens du terme...J'ai repris ma vie en "main"!  Depuis que je passe mes nuits au pied du lit de mon pote, je demande à quitter mon fauteuil de plus en plus tôt, pour soi-disant boire un coup, mais sitôt fait, je vais me poster devant la porte de "ma chambre" attendant qu'elle s'ouvre ! La vieille se marre et mon pote râle. "Si on le laisse faire, on se couchera bientôt comme les poules " dit-il. Hé alors, il n'est pas interdit de suivre de bons exemples...J'ai enfin grand plaisir à m'installer dans mon panier du soir. Je plie mes pattes sous ma carcasse, qui descend lentement, recouvrant mes quatre fidèles soutiens pour les mettre au chaud, un peu comme si je couvais "la chair de ma chair". Ensuite, mon cou s'engonce entre mes deux épaules et ma tête pensante reprend sa place ! Et c'est aux premières loges, que j'assiste au rituel du couchage de mon pote qui est pour moi source d'émerveillement...La fenêtre toujours ouverte invite l'hiver à dormir avec nous, je ne suis plus qu'une boule de poils impatiente d'être anesthésié par le froid glacial. Mes ronflements prennent de l'ampleur histoire d'accueillir la vieille en fanfare, quand elle se décidera à nous rejoindre...ou pas !! Dans ma grande mansuétude, je lui ai laissé porte ouverte, mais je ne manque jamais de lui réserver un grognement de mécontentement quand elle se pointe tardivement et dérange mon sommeil. Coucher tôt, lever tôt ! C'est une méthode qui a du bon, je suis disponible aux aurores pour emmener mon pote faire sa sortie matinale, une bonne heure au moins, afin qu'il finisse de se réveiller en douceur...

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Je vous ai fait miroiter une promenade pépère et voilà déjà que j'y glisse quelques apartés, à ce rythme là on est pas rendu. Ha! voilà mon copain vacher, il a en charge un petit cheptel tout droit venu d'Ecosse. Me connaissant, il m'invite à une quête...de nourriture. Tout au long du chemin, les arbres habillés de jaunes et rouges, se délestent généreusement d'un excès de poids, pommes et poires jonchent le pré et leurs chairs éclatées nappent le sol. On s'est gavé de cette manne en compagnie des belles vaches des Highlands. Elles se sont très bien adaptée à l'alcool de fruits, ayant été engraissées en des temps bien lointains, avec les résidus des distilleries de whisky !! Mes vieux nous ont retrouvé quelque peu chaloupant, grisés par le sucre devenus alcool. Pour finir leur repas, après ces mises en bouche enivrantes, les vaches folles ont fait une razzia sur le foin, l'envoyant paître d'un coup de corne, histoire d'enguirlander les branches du pommier ! Ces décorations, rehaussées de belles pommes rouges encore suspendues aux branches, m'ont donné un avant-goût de Noël. Ce drôle de spectacle nous a distrait un bon moment jusqu'à ce que le taureau ronchon et peu disposé à la rigolade, mette le holà à la fiesta. Non loin de là, mes vieux se sont, eux aussi, laissés tenter par un distributeur providentiel... de schnapps! La température est remonté d'un cran et dédaignant la petite cahute mise à disposition pour cuver ou poursuivre la dégustation bien à l'abri, mes vieux ont préféré un banc avec point de vue, alors que le froid s'évertuait en pure perte à les geler sur place. Les meilleures choses ont une fin et j'ai repris la route !

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Nous étions bien nombreux à mettre le nez dehors et l'occasion était trop belle pour rendre visite à quelques pur-sang. Ce n'est pas la modestie qui les étouffe, ces bourrins prétentieux m'ont battu froid, moi qui suis de si bonne compagnie et toujours attendu avec impatience. Certes, je ne suis pas à cheval sur les principes, mais je trouve le procédé quelque peu cavalier, j'ai aussitôt tourné casaque, les laissant à leur triste pâture ! Soudain, une ribambelle de poulettes caquette dans mon dos, elles m'aguichent et m'éveillent les sens. J'ai pour elles quelques gourmands projets et m'apprète à revenir sur mes pas ! Un emplumé un peu enroué mais vindicatif m'interpelle et fait le coq. J'apprends que lui aussi à des intentions louables qui me semblent dénuées d'intérêt, chacun ses goûts !! Ce bellâtre ne mérite qu'une basse-cour que je lui abandonne volontiers...N'empêche que ce petit intermède m'a laissé sur ma faim et voilà que mon estomac réclame son dû. J'ai rejoint mes vieux pour leur faire part de l'info et je les ai trouvé bien installé, un peu plus loin, prêts à se goinfrer...sans moi. J'ai d'abord eu ma ration de dopant. C'est une cure anti-douleur, toujours bienvenue pour pallier aux défaillances mécaniques de mon petit corps, qui ceci dit, en toute modestie, continue de s'embellir en vieillissant ! Puis, après avoir vidé consciencieusement toutes les gamelles, j'ai été déposé quelques sms ici et là en attendant que mes vieux s'harnachent.

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Alors qu'on prenait lentement le chemin du retour, j'ai contemplé avec envie un petit groupe de biches sous l'ombrage des pommiers, en train de siester paisiblement. Mais le temps s'est gâté, le soleil a eu un moment d'absence inattendu, plus question de s'attarder. Dans un petit jardinet, le long de la route que nous devions traverser, trois petits chats se planquaient dans les fourrés, effrayés par je ne sais quoi. Le vent s'est levé, quelques belles bourrasques nous ont secoué tout autant que les noyers sous lesquels nous étions ! Par chance, nous n'avons pas été pris pour cible, quand un déluge de grelots noirs s'est abattu sur nous. Aussitôt mes vieux se sont mis à courir dans tous les sens pour ramasser ces coques, tombées du ciel. Je n'ai vu aucun intérêt à cette débauche d'énergie et perplexe me suis interrogé sur le pourquoi de toute cette agitation. C'est l'arrivée d'une voiture jouant les casse-noix qui m'a donné la réponse. Après son départ, elle a laissé sur l'asphalte, une odeur de noisette et de pain frais beurré qui m'a précipité sur la route pour profiter de l'aubaine. Ça n'a pas duré longtemps, mes vieux faisaient une razzia d'enfer de leur côté, mais la vieille m'a repéré puis mis à l'attache. Le reste de notre trajet s'est fait en douceur ou presque ! J'avais encore en bouche, ce délicieux trésor dont je fus très vite frustré, mais sans aucune rancune, j'ai réclamé consolation dans les bras même de ma tortionnaire. Elle m'a refusé ce réconfort et c'est mon pote qui m'a porté jusqu'au parking !!

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Dés notre retour, elle m'a entrepris pour un toilettage minutieux, sous le prétexte fallacieux, que j'étais pouilleux et négligé. Je sais très bien, que c'est parce qu'elle ne veut pas que je dorme dans leur chambre. Il parait qu'il fait trop froid pour moi et que ça lui fait peine, mon oeil !! Évidemment cette épilation ne va pas me faciliter les choses, j'suis plutôt dégarni ! Si elle compte sur moi pour prendre sa bonne décision, elle peut toujours courir... Soudain, je pousse un hurlement et c'est l'affolo, ils sont deux à m'ausculter sous toutes les coutures et ne trouvent rien ! Secouée et penaude, la vieille range ses outils de torture. Tant mieux, il ne me restait plus beaucoup de poils sur le caillou...Le lendemain matin, je ne marchais plus que sur trois pattes, déjà une patte folle et maintenant l'autre qui entre en rébellion. Mes deux arrières m'ont lâchement abandonné, on est jamais trahi que par les siens ! Sans que je puisse prendre mon petit déjeuner, ils m'ont embarqué, je vous le donne en mille...chez mon véto! Chacun son tour, mais moi au moins, ça ne m'a pas pris deux jours... A mon retour en fin d'après midi, j'étais un peu vasouillard. Mais lorsque mon pote, m'a installé sur ses genoux, j'ai fait table rase de tous mes griefs pour que la vieille puisse y déposer un odorant gâteau aux pommes accompagné... de noix. A mon tour d'être le centre d'attention, j'en ai profité pour changer mes rituels, il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis! Le soir venu, je suis resté dans mon fauteuil pour la dernière séance avec ma vieille et c'est à minuit passé que j'ai pris mes quartiers pour la nuit. Lorsqu'elle m'a invité à entrer dans leur chambre, je lui tourné le dos pour retrouver ma chambre à moi, et dormir bien au chaud....preuve que je ne suis pas rancunier !!


 

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 "ma santé ne décline pas elle s’incline"

 

 

 

 

04 novembre 2018

« Si vous souhaitez être heureux pour une vie, cultivez des Chrysanthèmes »

"Et si nous n'étions rien de plus que le souvenir de quelqu'un ?"

 

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Un chrysanthème blanc, offert à l’être aimé, lui dira que votre amour est pur et que vous serez toujours fidèle. Les chrysanthèmes rouges, sont parfaits pour envoyer des messages d'amour (la couleur rouge est la plupart du temps associée à l'amour). Un chrysanthème rose est l'expression d'un amour fragile. Comme pour les roses, les chrysanthèmes jaunes symbolisent l'amour dédaigné. Une autre signification est celle de l'éternité.

 

                                                                                                          

 

 

 

 

 

 

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16 octobre 2018

"La vie est un grand livre écrit par un maladroit, m'en fous je sais pas lire !"

 

"Heureusement qu'il y a le malentendu, car sans le malentendu on ne s'entendrait jamais."

   

Tout fout l'camp, les saisons aussi. Réglé comme une horloge, le temps lui aussi, n'attend pas. Moi si ! Je suis prêt à entrer dans l'automne de ma vie, pour un voyage des plus agréables, mais l'été persiste à contrarier mes plans en jouant les empêcheurs de tourner en rond. Il ne me reste plus qu'à me vautrer ici où là en attendant des jours meilleurs...Les vacances sont finies et je me demande quand et où vais-je vous emmener promener ? Il me vient une idée qui devrait nous satisfaire mutuellement. Je me propose de vous faire voyager dans mes souvenirs que j'égrenne à l'occasion, le temps de mettre tout ça dans l'ordre et je vous embarque avec moi ! Je ne vous cache pas que je mets à profit la présence bien matinale et stimulante, de ma vieille en cuisine, pour me motiver. Nous nous sommes mis aux fourneaux sans plus tarder, de quoi exciter notre appétit, on s'en mettra plein la panse "après l'effort". Le tchak tchak du couteau rythmera notre marche évocatrice ... les pattes croisées devant moi, je suis prêt pour un de ces voyages immobiles que j'affectionne. Mon regard perdu vers l'horizon balaie mon album-souvenir, ne regardez pas le désordre, malgré le grain de folie qui trotte dans ma tête, j'ai quelques fils conducteurs pour ne pas me perdre en chemin...

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Première image...Un oiseau de mauvais augure, perché à contre-jour, est dans ma ligne de mire. Il me rappelle, bien malgré moi, une fébrilité que j'ai perçu dans mon sweet home, ces derniers jours. Tout est sens dessus dessous dans ma mémoire. Certaines photos prises au hasard d'un temps passé, loin de m'y entraîner à nouveau, semblent être des messagers d'un futur proche...Mon instinct me serine sans cesse "il y a quelque chose qui cloche !". Pauvres chiens que nous sommes. Pour vous avoir suivis, vous et votre exemple dans la périlleuse entreprise de domestication, on a hérité bien malgré nous de quelques uns de vos travers ! Heureusement, nous avons gardé nos quatre pattes sur terre et finalement, c'est nous qui vous avons apprivoisé. Cette aventure nous a rendu plus humain, c'est pourquoi bien souvent mes vieux font un transfert sur ma petite "personne" ô combien précieuse! J'ai aussi obtenu le statut d'animal domestique, mais je reste exclusivement à mon service...Il y a juste un petit hic, depuis que je me suis humanisé, mon animalité entre en conflit à chaque fois qu'il y a une ouverture...  Non ! Pas maintenant !! Je ne vais pas cracher dans la soupe, c'est pas le genre de la maison, encore moins quand elle embaume tout autant les épices que les aromates. Je vous abandonne un instant pour jeter un oeil sur le travail accompli en cuisine.

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Ma vieille m'accueille en tendant sa main vers moi. Je passe tous ses doigts en revue, c'est prometteur ! Je lui laisse enfin me faire cette caresse auquel elle tenait tant. Mon pote me répète à l'envi de profiter de la vieille et de venir me blottir dans ses bras, car bientôt, il faudra m'en passer un bout de temps...comprends pas ! Encore une devinette qui va me tarauder, comme s'il n'y en avait pas suffisamment dans ma ptite tête. C'est un grand réconfort pour moi, d'avoir votre oreille. Tout ce que vous ne me dites pas, apporte bien souvent, un écho favorable aux réponses que j'ai choisi pour rejoindre mes questions dans une grande farandole, où chacun trouve sa chacune... Mes retraités recommencent à brasser de l'air, me passant devant la truffe sans plus me calculer. Les portes s'ouvrent et se ferment, chacun à son tour relaye l'autre. Qu'est ce qu'ils mijotent ? Je renonce à déchiffrer l'incohérence et pars me réfugier dans mon  panier. A peine le temps d'y installer mon petit corps fragile et vieillissant que le ton impatient de mon pote me réclame au pied. Ils vont me faire devenir chèvre ! Dans le couloir, une vision d'apocalypse : mes deux perturbateurs portent leur tenue "exit" et la vieille à un sac noir sur l'épaule. Ils sont sur le départ et n'attendent plus que moi...à l'heure du goûter !!

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Comme trop souvent à mon goût, après avoir été bisouté à outrance par une hypocrite, je me suis retrouvé en exil à l'arrière d'ma berline. Au retour, j'ai eu l'exclusivité du bavardage inhabituel de mon pote, la vieille ayant fait bande à part. Mais, après réflexions, ce besoin soudain de vouloir me rassurer, comme pour me préparer à Dieu sait quelle catastrophe, m'a filé une angoisse monstre. A tel point que, dés notre arrivée, je n'ai pas respecté le protocole du nettoyage des pattes, laissant mon pote seul, penché avec sa petite serviette sur le paillasson que j'ai déserté... occupé à faire l'inventaire en cuisine. Dans la vie, y'a des priorités, certaines choses passent avant d'autres et pis c'est tout ! Enfin rassuré, je me suis installé sur le tapis devant l'entrée pour attendre ma vieille, partie traîner ses guêtres ailleurs. Profitons de cette interlude, pour continuer à feuilleter mon album-photo et enfin planifier cette balade tant attendue. Pas question d'improviser, je ne peux prendre le risque qu'un vent contraire souffle sur ma popularité.

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Cette façon étrange qu'ont les images à me parler d'aujourd'hui, j'ai beau faire, elles persistent à me raconter une toute autre histoire que celle que je voudrais mienne. Je n'y vois que mon pote et moi, l'un à la recherche de l'autre... L'angoisse me reprend. Il faut que j'en ai le coeur net, mon maître, où est-il ? Les grands esprits se rencontrent, il m'appelle pour me rassurer : "Charly, la soupe !!". Sans plus réfléchir, je fonce vers ma gamelle pour y engloutir vite fait mes croquettes appétentes, puis mon pote m'installe à côté de lui sur le banc...à la place de la vieille !! On se regarde, un peu contrarié de devoir commencer sans elle, alors dans un même élan, comme pour conjurer le sort, on s'est empiffré pour se remonter le moral et supporter son absence. La nuit est tombée, portes et fenêtres sont fermées, dans nos fauteuils respectifs, nous veillons...Mon pote et moi avons souvent rêvé d'être célibataire, état qui a toujours été notre nature profonde, mais contrariée par une enquiquineuse de première. Il semblerait qu'enfin notre voeu se réalise et pourtant, il nous laisse un goût de cendre sur la langue...à moins qu'on ait trop mangé ?!

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A l'heure du coucher, toujours célibataire ou peut-être orphelin, j'ai pris mes quartiers chez mon pote pour la nuit, mon petit panier au pied de son lit. Une lueur de phare, un claquement de portière venait parfois réveiller la nuit pesante. Au travers de ce demi-jour, je distingue le bras de mon maître, pendant le long du lit. C'est un appel pour que je veille sur son sommeil. En glissant ma tête sous ses doigts engourdis pour le réconforter, je sollicite en retour une papouille avec de plus en plus d'instance. Ce fut une caresse fugitive, relayée par un grognement puis suivi de ronflements qui suffirent à me rassurer. Enfin bercé par cette petite musique de nuit, je sombrais dans un sommeil peuplé d'affreux jeu de cache-cache où se mêlaient mes petits cris rageurs tout autant qu'effrayés. Un petit courant d'air m'a réveillé, je l'ai bien volontiers suivi jusqu'au bureau où mon pote prenait le frais, sur le balcon. Je me suis couché à ses pieds pour scruter en contrebas une possible arrivée de notre retardataire. Le froid petit à petit prenait possession de nous tout entier. Au moment de rejoindre la chaleur d'un cocon déserté par une traîtresse, mon pote m'a aperçu, toujours fidèle au poste, petit être frêle, compagnon des bons et mauvais jours (si peu !). A trois heures du matin, je suis peu réceptif, mais j'ai exceptionnellement accepté qu'il me fasse la conversation, sentant chez lui un besoin urgent de s'épancher. "Mon pauvre Titi ! Si tu viens faire le poireau à c't'heure sur le balcon pour attendre ta vieille, c'est que j'ai bien raison de me faire du mouron". Et voilà le travail ! De l'écoute, encore de l'écoute et toujours de l'écoute... C'est un boulot de chien, personne d'autre ne tiendrait sur la longueur, on est des pros dans ce domaine. Je le sens tout à fait rassuré et serein maintenant. Allez aux plumes, demain sera un autre jour....

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Vous l'aurez compris, je n'ai plus le coeur à m'en aller promener, j'espère que vous ne m'en tiendrez pas rigueur ! Je suis accaparé par mon pote ou peut-être est-ce moi qui le monopolise. Le temps, indifférent à ce qui nous bouleverse, s'écoule fluide et sans temps mort, interminablement routinier. Qu'il s'en aille après tout, laissons le temps au temps. Quand à nous, pas question de prendre racine, il faut qu'on avance et le meilleur moyen c'est de mettre la vieille au rayon souvenir!! Faisons table rase, il faut faire un dernier sort à ce repas des condamnés... à l'abandon, hypocritement offert par notre ex-colocataire. Après ma petite sieste, mon pote m'a demandé de garder la maison et s'en est allé en prenant le sac réservé au seul usage des courses, dans lequel je trouve toujours à son retour, un petit os friandise. Les vieux réflexes sont revenus et c'est bon signe. Je l'ai patiemment attendu ainsi que ma récompense, sur le paillasson devant l'entrée.

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Un bruit de clé m'a fait sortir de ma somnolence, je me suis de suite préparé à lui faire l'accueil qu'il se doit, mais je suis resté sur l'cul en découvrant la vieille sur le palier et mon pote hilare. J'en avais gros sur le coeur, refoulant mes jappements plaintifs je suis tout de même trahi, par ma queue qui balaye la carpette frénétiquement. Notre premier échange entre quatre yeux fut bref, mais plein de reproches de ma part. message qu'elle reçu cinq sur cinq : trois jours qu'elle est partie la bougresse !!! J'ai passé le reste de la journée (enfin je crois !) à digérer mon amertume tout en la suivant, chaque fois qu'elle quittait son siège de crainte qu'elle ne s'en aille à nouveau. Finalement n'y tenant plus, je suis allé lui dire combien elle m'avait manqué. Mon coeur s'est emballé quand la joie est revenue s'y installer. Je n'ai pas boudé mon plaisir, à faire le mort sur ses genoux pendant de longues heures, grisé par ses caresses. Puis, las de toutes ces émotions, je me suis couché dans mon fauteuil, les observant tour à tour : à deux, en amour, on ne fait plus qu'un. Mais, on peut se demander lequel ? Pour éviter que mes vieux ne se posent cette question et m'en fassent un problème, je les entoure d'un amour indéfectible. Dans ce trio que nous formons à nouveau, nous ne sommes plus qu'un: moi !! Et ça fonctionne au poil ! Fermez portes et fenêtres, le bonheur ne doit point quitter ma maison ! Mon pote et moi allons nous faire une nuit royale et nos ronflements berceront le sommeil de not'vieille.

 
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"Sur les ailes du temps, la tristesse s'envole"

 

 

 

02 septembre 2018

"Quand je pense à tout ce que Dieu a fait : à commencer par moi ..."

 

"Après de longues et vaines recherches, j'ai renoncé à trouver la justification de la haute estime que je me porte."

Le soleil a failli m'avoir, jour après jour il m'a fait courber l'échine sous son ardente affection. Je me sentais comme un phoque, échoué loin de sa banquise et ma couche de graisse fondait à vue d'oeil ... Lueur d'espoir aujourd'hui, l'automne veut prendre le pouvoir, mon pote et votre serviteur lui ont prêté serment d'allégeance, illico. Mon maître semble convaincu de pouvoir passer l'hiver bien plus aisément que ce satané été qui ne sert à rien qu'à nous enfermer dans le noir, sorte d'avant goût de la tombe avant même de rendre l'âme. Bon ! Ce n'est pas le tout de se reposer sur mes lauriers, c'est la rentrée ! Il faut remettre le pied à l'étrier et pour cela rien ne vaut une balade dans la nature. J'oubliais un petit détail, il faudra supporter la compagnie de ma vieille, toujours de ce monde, elle a des appuis dans les hautes sphères... A tous ceux qui se languissent du paradis, viendez au Tirol avec moi ! Ce matin là, pleine d'enthousiasme, elle nous a promis monts et merveilles avec cette nouvelle randonnée, concoctée par ses soins. Notre cheffesse (Lol) nous a guidé jusqu'au parking du téléphérique... qui s'est avéré être un télésiège, pire encore : à deux places. Impossible de faire volte-face quand on est leader. Son sourire s'est figé et lorsque le lift nous a gentiment cueilli et envoyé en l'air, un horrible rictus a grimé son visage... J'adore ces grimpettes ! Tête dans les nuages, je suis confortablement installé pour faire sept cent mètres de dénivelé, rien qu'à profiter de la vue. Cette fois, pas de sapins en rangs serrés de chaque côté de notre doppelsessellift. Ma nacelle balance au gré du vent, la vue est époustouflante et je suis le maître du monde!

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Soudain, mon pote nous montre quelque chose en contrebas, du bout du doigt. Un lapin ! deux, trois, presque sous mes pattes qui me démangent. Je gesticule et gémis de ne pouvoir de suite leur tenir compagnie. Dans un premier temps, surprise et curieuse, la vieille se détend et englobe d'un seul coup d'oeil, les vaches, les lapins, la vue plongeante... Elle perd pied à nouveau et dans un geste désespéré s'arrime, tétanisée, à l'armature métallique de notre balancelle. Son teint est blafard, ses yeux exorbités et humides me fixent. Elle me parle entre ses dents d'une voix blanche : "Pas bouger titi" je la reconnais à peine. Les conseils, les mots d'encouragement ou les tentatives pour la raisonner sont de vaines paroles, qu'elle a renvoyé sans ménagement à mon pote, pourtant plein de bonnes intentions... Et pendant qu'elle murmure sa litanie : "Mon Dieu ! maman !" suspendue entre ciel et terre, je me dis que mon maître a bien raison quand il lui rappelle : "Mais pourquoi est-ce que tu l'as choisi ?!"

 

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Enfin sur le plancher des vaches, mes vieux récupèrent leurs sacs qui ont fait bande à part en prenant la nacelle suivante. Je n'aime pas les perdre de vue, surtout celui de mon pote, aussi j'en profite pour le scanner avec ma truffe : tout est là ! Il est temps de se mettre en route, les nuages moutonnent et s'entassent jusqu'à cacher le bleu du ciel et devenir fumée. Nous démarrons avec un petit passage "casse-pattes" qui m'est déconseillé par la faculté, c'est donc à ma fidèle sherpa de prendre le relais. C'est un job de confiance, qu'elle remplit du mieux qu'elle peut, la perfection n'étant pas de ce monde, encore que ! Moi, par exemple... Nous en reparlons une autre fois, c'est pas le sujet d'aujourd'hui... Ma vieille est confronté à un problème sans solution : l'amour de sa vie, moi! ou le poids qu'elle porte et supporte, moi! Confortablement installé dans mes appartements, je la sens, une fois de plus, contrariée de n'avoir pas le choix. Malgré tout l'attachement que je lui porte, étant accro à cette vie de chien, j'ai réglé la question une fois pour toutes : où il n'y a pas de solution, il n'y a pas de problème... Quand le sentier est devenu plus praticable, la vieille m'a fait mettre pied à terre, j'ai aussitôt collé aux basques de mon pote. Devant nous, le Kitzbüheler Horn du haut de ses deux mille mètres nous jauge avec condescendance. La prochaine fois dit-elle, je partirais de son sommet pour revenir ici. Puisque personne ne lui demande pourquoi, elle répond : "Comme ça, je n'aurais plus à prendre le télésiège" Non mais, vous avez vu le trajet! Mon pote tourne la tête vers moi et dit : "sans nous, hein mon titi !" Rassuré, j'embrasse le spectacle du regard. Je respire à fond et tout mon être se remplit de joie. vous le sentez ce bonheur à pleine brassée ? On va s'asseoir un moment pour mieux en profiter, pendant que mes vieux se désaltèrent !

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Tapi derrière l'azur, le soleil cligne de l'oeil. Il veille à dispenser ses lumières sur chaque parcelle de ces alpages où se côtoient pêle-mêle tous les coloris. Dame nature a signé d'un unique coup de pinceau, l'arrivée du printemps. C'est un trait vif et tranché, un monochrome de fleurs couleur jaune soufre qui enflamme diaboliquement mon paradis, à faire pâlir de jalousie l'astre solaire. Ses rayons déchirent alors le voile nuageux et le maître se met au travail ! Sans rien altérer de l'oeuvre première, il met en lumière l'orangé des asteracées qui pigmentent notre chemin. Il glisse lentement sur le vert des alpages, plein de fraîcheur et réveille quelques raiponces. Contre une pierre plate, un gros bouquet de fleurs rose bonbon s'est allongé, le soleil caressant en révèle toute l'onctuosité. Mon attention toute entière est captée par ces plantes mellifères. Ma patte folle glisse, s'en va abruptement se baigner dans le ru, tout droit sorti dessous cette pierre. N'ayant plus le choix, je fais corps avec elle et me jette à l'eau ! Profitant de la fraîcheur, je broute quelques jeunes pousses d'herbe tendre, éclaboussées d'eau de source et me retrouve nez à nez avec l'orchis vanillé sur laquelle ma truffe reste scotchée ! La "polésie" comme dit l'autre, c'est bien beau, mais ça ne nourrit pas son homme ! D'ailleurs, voilà mon pote qui m'appelle à l'aide. Lui et moi n'avons point besoin de longs discours, je vais de ce pas à la recherche d'un banc. C'est un travail pour lequel j'excelle et qui ne m'a pas pris beaucoup de mon temps. C'est fièrement, que j'ai cheminé à ses côtés pour le guider vers ma découverte. Habituellement, c'est moi qui ferme la marche, derrière mon pote, j'ai donc offert cette place vacante à ma vieille, parce qu'elle le vaut bien... Toutefois, ça reste provisoire, il n'est pas dit que dans un avenir proche, si la nécessité s'en fait sentir, je reprenne ma place favorite dans notre trio : bien à l'abri au milieu ! Une rumeur circule ; les loups sont entrés en grand nombre au Tirol.

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Mon maître a refusé ma trouvaille et j'avoue que je m'en suis offusqué au point de plus vouloir en décaniller. Il a eu beau user de toutes les flatteries, j'ai tenu bon, jusqu'à ce que la voix de ma vieille retentisse derrière mon dos ! C'est une grande manipulatrice, elle a prononcé deux mots, enfin presque, mais j'ai retenu l'essentiel : "va voir papa, on va manger la soupe !" J'ai piqué un sprint pour le rattraper, comme si elle m'avait botté les fesses. Je n'ai eu besoin de l'interroger du regard pour en savoir plus. Au moment de contourner la chapelle en surplomb d'un charmant hameau, j'ai repéré l'objet de tous mes désirs d'un seul coup d'oeil. Un oriflamme tirolien claquait au vent, seul cri de ralliement que je reconnaisse: "A table!". Un bonheur ne vient jamais seul, alors que je n'étais plus qu'à quelques mètres d'assouvir ma faim, un aboiement que j'ai perçu comme amical, s'est fait entendre. Nous, les canidés, formons une grande fraternité et parlons le même langage, quels que soient nos origines. Je n'ai eu aucun mal à comprendre cette confraternelle invitation. Pensant qu'il m'emboiterait le pas, je suis passé devant mon nouvel ami à fond de train pour entrer directement en cuisine, histoire de voir ce qui était prévu au menu d'aujourd'hui ! Je dois dire que l'accueil de son staff était empressé et enthousiaste. Toutefois ce premier contact fut des plus bref. Sans que j'en comprenne la raison, j'ai été raccompagné avec le sourire sur le perron où m'attendait mes vieux. Nous nous sommes alors installés à une table en terrasse, sous les regards amusés des autres visiteurs. Mon congénère nous a rejoint en me glissant à l'oreille : "j't'expliquerais..." pas la peine, j'ai compris : c'est clair qu'il n'est pas maître chez lui ! Alors qu'il tapait l'incruste à ma table, notre amitié a pris fin. A mon tour de lui expliquer que ce petit territoire était dorénavant soumis à mon diktat, en bref, fallait pas qu'il me les gonfle ! J'ai englouti mes croquettes avant que mes vieux ne soient servis. Puis j'ai partagé une délicieuse assiettée-terroir avec eux, il faut savoir entretenir le moral de ses troupes. Cependant, en quittant ces lieux je me suis fait la réflexion, pendant que ma vieille posait avec moi pour la postérité, que c'était le trop peu qui incommode ! Il me restait encore une place pour le dessert...

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Sur le chemin du retour, la vieille n'a fait que nous ralentir, prise d'une frénésie de shooting photo. Il n'y a que les fleurs pour capter son attention, je ne suis plus en tête d'affiche. Lorsqu'elle nous a proposé de faire un petit détour pour un autre point de vue, on a cédé de guerre lasse, à son caprice. Question ténacité, elle vaut un teckel et je ne fais pas souvent de compliments ! Je me suis portant donné un mal de chien, j'ai vainement tenté de poser prés de ses "chères" vedettes pour être dans l'objectif, rien n'y a fait. Usant d'une autre stratégie, je me suis fait pourvoyeur, histoire de rentrer dans ses bonnes grâces. Finalement j'ai trouvé une belle plante : haute sur tige, un gratte-ciel habité à tous les étages où mouches et autres gourmands s'y barbouillent de nectar. Fier de moi, je me suis posté à côté de ma découverte et mon photographe m'y a rejoint. Tout content de moi, remuant la queue avec frénésie, je réveille par mégarde les habitants de ce vérâtre blanc. Pfft ! tout ce ptit monde s'envole et me voilà encore expulsé de son champ de vision, sans décrocher le premier rôle de cette histoire ! Apparemment il est mal venu de montrer ostensiblement sa joie...Beaucoup moins motivé, j'ai moi aussi traîné à ma guise, ce qui m'a laissé du temps pour me laisser aller à mes idées fixes. Mon pote s'est installé sur un banc qu'il a bien gagné. En contemplation devant un panorama d'exception, assis sur un beau coussin de fleurs (on se venge comme on peut !) je songe au dessert que je n'ai pas encore pris. Je réalise soudain que notre pique-nique est toujours dans le rucksack et je vais de ce pas, le renifler, pour en avoir confirmation. Étrange idée de vouloir charrier un si lourd fardeau, alors qu'il suffirait de s'en délester en en faisant notre quatre-heures ! Je m'esbaudit de ce trait de génie et souhaite le partager avec mon pote qui, malheureusement, a bien du mal à me comprendre. Il remet son sac sur le dos, en disant à la vieille : " On rentre ! Charly aussi en a marre, allez titi ouvre la marche !"

 

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Il y a des jours où il faut savoir lâcher prise ! J'ai fait mon boulot de pisteur sans demander mon reste. Devant le regard impavide de quelques statues de pierre et la nonchalance de belles brunes bien en chair, j'ai dévalé la pente, pressé d'en finir, parce qu'au Tirol, mes vieux se couchent avec les poules et je voudrais pas louper mon dernier repas ! La vieille n'a pas pu s'empêcher de me mettre des bâtons dans les roues, à quelques centaines de mètres de notre "ascenseur" elle a eu une lubie ...Mon pote et moi avons dû monter la garde et surveiller les vaches, pendant qu'elle prenait un bain de pied à la fraîche. Je doute fortement de l'utilité de cette usage, dans son cas, je crois plutôt à la nécessité de mettre la tête sous l'eau, ça lui rafraîchirait les idées ! A bout de patience, mon maître lui a rappelé que les laitières allaient bientôt s'alléger de leur blanc fardeau à la ferme et qu'il n'est pas bon se trouver sur leur route ! Comme nous devons partager le même chemin étroit, il veut mieux ne pas les contrarier en provoquant un bouchon, certaines avaient déjà un regard belliqueux en s'approchant du pédiluve ! Il y a des arguments qui font mouche, elle a remis chaussure à son pied et nous leur avons brûlé la politesse. Enfin à la gare de départ du télésiège, sur le point de montrer patte blanche pour s'embarquer, elle s'écrie : " on a oublié d'aller voir la chapelle, on ne peut pas partir sans y allumer un cierge !" On a encore cédé, enfin mon pote, pas moi ! Je trouve qu'elle pousse le bouchon un peu trop loin...

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Il semble que plus rien ne s'oppose à ce que l'on rentre chez nous. la bougie diffuse enfin sa petite lumière et sous la protection divine, nous nous mettons en route pour prendre le lift. la vieille dans une dernière tentative désespérée et puérile, dévoile la vraie raison de ses nombreux caprices ; elle se propose de faire la descente les pieds sur terre, pendant que mon pote et moi prendrons l'air. La coupe est pleine et c'est la goutte de trop qui la fait déborder! Mon maître lui répond : "La prochaine fois, on partira du sommet du kitzbüheler horn pour revenir ici, comme tu l'as suggéré. Mais pour ce qui est de t'attendre deux heures au parking, ne compte pas sur nous, pas vrai titi ?" Heureusement que je suis là ! Fine mouche, il rajoute en souriant : " Et maintenant, il va falloir être une grande fille et embarquer." Alors là je dis bravo, on ne va pas laisser son idée fixe nous mener par le bout du nez !! Piquée au vif, les deux pieds sur la ligne de départ, sans un regard en arrière, elle a stoïquement attendu que sa phobie l'emporte pour une descente aux enfers, mais sans nous. En la regardant s'éloigner, une troublante pensée m'effleure, il se pourrait que la vieille nous condamne au purgatoire ses prochains jours, on a peut-être poussé le bouchon un peu trop loin !! Nous embarquons dans le lift suivant et comme je ne suis pas chien, je veille sur elle, sans perdre de vue l'essentiel ! Dés que nous aurons retrouvé le plancher des vaches, nous serons, elle et moi, libérés de nos hantises...Je prendrais enfin mon dernier repas, point final de cette belle journée.                                                 

"En avalant les méchantes paroles qu'on ne profèrent pas, on ne s'est jamais abimé l'estomac"