CHARLY dit "ZIGOUIOUI"

18 janvier 2017

"J’ai un don… celui de ne rien avoir à dire et d’en parler pendant des heures !"

 

"La vie est une douche écossaise et ça dit bien ce que ça veut dire : dés qu'une chose vous fait plaisir, faut qu'il y en ait une qui vous déplaise !"

J'étais tranquille peinard, sur le dos, les quatre fers en l'air contre le radiateur quand soudain, j'ai été pris en otage par deux vieux hurluberlus en train de se faire la belle avec le carrosse de mes potes ! Tapi à l'arrière de la voiture j'ai désespérément essayé de me faire discret. Mon museau frémissant s'est niché contre mon ventre. Ma respiration, centrée sur moi-même, m'a finalement apaisé. Ce petit souffle léger, ponctué de petits bruits que certains malfaisants appellent ronflements, m'a emmené en douceur au pays des rêves ! toute chose a une fin et je me suis fait débarquer sans ménagement d'un voyage onirique, pour me retrouver les pattes collées à l'asphalte. Nous ne faisons plus qu'un, me voilà statufié ! Je lève les yeux vers mes kidnappeurs pour qu'ils prennent conscience de mon état. Mais je prends très vite la mesure de leur détermination à vouloir battre campagne, vaille que vaille. Je ne suis plus qu'un petit être tremblant et fragile entre leurs mains impitoyables. Façon de parler ! Entre leurs mains, même de tortionnaires, j'aurais bien voulu. J'étais plutôt au bout, du bout de la laisse, tenue par deux fous. Et déjà, je ne suis plus que l'ombre de moi-même, c'est rien de le dire !!

 

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J'ai eu beau traîner la patte aux approches d'une ferme, rien n'y a fait. En quémandant quelques secours ou chaleur animale alentour, j'ai perdu toute dignité. Même les moutons m'ont battu froid ! Après un temps qui m'a paru bien long, j'ai fini par accepter l'épreuve qui était la mienne. En approchant des bois, je jetais un coup d'oeil perçant et attentif sur les panneaux perdus au milieu des feuilles mortes. Je n'ai rien compris à ces hiéroglyphes, ce qui m'a rendu encore plus inquiet. Était-ce de mauvais augure ? J'ai repris espoir en apercevant, installé sous un cyprès, un oracle que je décidais de consulter en douce. Mais soudain comme un présage, le vent glacé s'est enroulé autour du saint homme pour s'engouffrer sous mes oreilles, apportant avec lui la réponse prémonitoire que je redoutais "vous qui entrez ici abandonnez tout espoir !". La peur m'a saisi et toute honte bue, j'ai gratté la jambe de mon ravisseur, le priant de me sauver ! Pris de remords, il m'a installé sur le banc pour me rassurer. Instinctivement, j'ai su que c'était auprès de lui que mes chances de survie seraient les plus grandes. Je lui ai léché la main, plein de reconnaissance et il m'a servi une tambouille goulûment avalé. Me voilà déjà à fraterniser avec l'ennemi : sans doute le syndrome de stockholm ! En y regardant de plus prés, je lui ai trouvé une mine avenante presque familière. On ne peut pas en dire autant de sa comparse!

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Je suis finalement devenu le chien soumis et fidèle de ce grand gaillard un peu voûté. Malgré notre fuite en avant, il m'a délivré de mon joug, pour que je puisse enfin aller où bon me semble. Mais c'est bien beau tout ça ! La seule chose dont j'ai envie, c'est d'être à côté de mon radiateur qui chauffe mes vieux os sans jamais ménager sa peine. J'ai senti dans mon dos une présence. Sa complice a longuement posé ses yeux sur moi avec insistance. Je reste sur mes gardes, scrutant sa petite tête chafouine en me demandant ce qui pourrait bien en sortir. Elle voulait que je pose pour la photo, une véritable obsession ! Pour cela, elle m'a fait essayé tous les bancs environnants. Cet étrange comportement a un temps parasité ma réflexion. Après ce petit moment de flottement, j'ai compris le pourquoi de cette mise en scène. C'est pour prouver à mes maîtres que je suis encore en vie et obtenir une rançon. A moins qu'ils ne veuillent , mais je n'ose y songer, me vendre pour dieu sait quel odieux trafic !! Je me sens un peu vaseux, il y a comme un grand brouillard dans ma tête, peut-être à cause des excès pendant les fêtes, je ne vais pas tarder à me réveiller...Je suis en plein cauchemar !!                     

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Faut vous dire que la période des fêtes avec les deux pattes, à force d'être attablé, avait fini par me donner un certain embonpoint ! N'ayant plus la force de traîner mon ventre que je trouve encombrant, uniquement pendant la marche, j'ai choisi de le porter à l'envers. Allongé sur mon dos, ce qui le protège, je me soulage dans le même temps d'un lourd fardeau. Ma bedaine fièrement levée vers le ciel, prés de mon "chauffeur" personnel, je peux me tordre comme un vermisseau, m'étirer voluptueusement et m'endormir heureux d'avoir trouvé pour mes vieux jours un havre de paix. Sensation vite écourtée par quelques fusées et autres artifices, la belle rouge, la belle jaune, bing, bang, boum, très peu pour moi !! Manque de chance, pas de pluies diluviennes pour stopper ce déluge de feu ! Pour être honnête, j'ai eu le soutien d'une pilule ou deux, voire trois, j'sais plus ! Ce qui m'a permis de passer sans encombre le deuxième épisode des festivités. Peut-être en reste t-il encore quelques traces hallucinatoires...

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Mes deux ravisseurs, sont toujours là et moi au milieu ! Je suis bel et bien dans le monde réél. Nous parvenons finalement au sommet de cette maudite colline. Le vent givré me fouette l'arrière train, du coup je presse le pas. Je tente de me situer de ce paysage brumeux où il n'y a pas âme qui vive. On se croirait sur un petit îlot flottant sur les nuages ce qui me laisse peu d'espoir d'évasion. Aussitôt mes vieux réflexes reprennent le dessus, je pars en repérage, laissant mes cerbères réfléchir devant une carte. En faisant le tour de la petite chapelle si accueillante, j'aperçois, regroupés prés de la porte, des cailloux et autres objets en remerciements pour voeux exaucés. A ce moment là, j'ai pensé à mon sweet home et mon radiateur puis forcément à mes chers maîtres ! Vous n'allez peut-être pas me croire, mais la porte de cette petite église s'est ouverte pour céder le passage à mes deux vieux !!! Tout à ma joie de ce miracle, j'ai passé l'éponge sur les réflexions médisantes de ma vieille, faisant état de ma sénilité précoce. Je leur ai fait une fête endiablée. Heureux de ces retrouvailles, je n'ai pas cherché à comprendre la soudaine et mystérieuse disparition des deux voleurs qui m'avaient mené jusqu'ici.

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En descendant l'autre côté de la colline alors que je fermais la marche, je n'ai pu m'empêcher de jeter quelques regards furtifs derrière moi, histoire de m'assurer que nous n'étions pas suivi ! Au fur et à mesure de notre progression, le brouillard se prosterne devant nous un peu lèche-botte et lentement glisse vers la ville. Petit à petit, il dévoile et met à nu, le paysage, les clochers et se fait rassurant. Le froid m'avait, tout ce temps, retenu captif et anesthésié l'esprit. Maintenant que mon coeur se réchauffe lentement rien qu'à contempler mes compagnons, j'en viens à m'interroger sur l'étrange ressemblance qu'il y a avec mes kidnappeurs disparus ! Tellement frappante, qu'en heurtant deux étranges ivrognes n'ayant même plus la peau sur les os, la vérité toute nue m'est apparue. Tout cela n'était que délire, pure invention, je me suis fait un film tout seul ! Depuis le début il s'agissait de mes potes qui ont eu une furieuse envie de prendre la clé des champs...

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Sur le chemin de croix, pour le moins original, j'ai enfin retrouvé toute ma tête. Arrivés en ville, j'ai de suite remis les pendules à l'heure et j'ai eu la dent dure ! Ils ont compris qu'un teckel de 70 printemps, ne doit pas inconsidérément être "jeté" dehors pendant les grands froids soi-disant pour prendre l'air. Je fais déjà suffisamment d'efforts pour descendre faire pipi en bas de chez moi ! J'exige le respect et la considération qu'on doit aux anciens. J'ai repris tout doucement du poil de la bête et la direction des opérations et comme de bien entendu, on a pris au plus court en traversant un joli jardin de curé. La brume revenait en force et mes bougonnements aussi. En arrivant centre ville, quel bonheur de découvrir bon nombre de chalets toujours en place, nous faire un appel du pied. La bruine qui s'est très vite invitée a rendu le pavé luisant. Frigorifiés, nous avons tous trois cédés à la tentation de déguster, debout sous un bel auvent bleu, les plus délicieuses saucisses chaudes accompagnées d'une compotée d'oignons.... Né chien, certes ! Mais pas chien, dans mon infini bonté, je leur ai pardonné même ce dont ils n'étaient pas coupables...Tout compte fait cette balade n'était pas inintéressante et mérite qu'on remette le couvert... Aux beaux jours, cela va sans dire !

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L'espèce de bonheur qu'il me faut, ce n'est pas tant de faire ce que je veux que de ne pas faire ce que je ne veux pas.  

 

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28 décembre 2016

"Un égoïste, c'est quelqu'un qui ne pense pas à moi !"


"On n'est jamais aussi bon qu'on le craint ni aussi méchant qu'on l'espère."

J'ai eu un petit souci de santé qui m'a obligé à me ménager. La vieille pense que je me repose tout le temps, c'est un jugement bien hâtif ! Comme c'est elle qui me sort l'après-midi, je reste seul aux commandes d'un itinéraire... minimaliste. Mon pote quand à lui, me balade aux aurores et au fil de l'eau pour m'aérer longuement. Je ne peux, le plus souvent en cette saison, jouir du spectacle et dois me contenter de cheminer avec une paire de gros godillots, vu qu'au dessus de mes oreilles il n'y a que le brouillard ! Mais, depuis peu, mon pote se languit d'exercices et se porte volontaire pour la deuxième sortie. Il a repris les rênes et je ne suis plus le maître : il me faut à nouveau faire "le grand tour". Une toux persistante, de nombreux éternuements et quelques épisodes où je me suis violemment entruché, ont mis la maisonnée en émoi. Du même coup les ambitions sportives de mon pote ont été revues à la baisse ! Evidemment, je n'y ai pas coupé, direction le toubib malgré mon véto ! Ils n'étaient pas de trop, à eux deux sur la bête, pour me faire ingurgiter de force un immonde sirop ! De peur de me voir m'étouffer à nouveau, je n'ai eu que mes croquettes à becqueter et rien d'autre. Forcément, j'ai fondu comme neige au soleil et me suis retrouvé tout affaibli. C'est donc de mon petit panier douillet que je vous relate les faits. Comme souvent lorsque je suis au repos, mon esprit vagabonde parmi mes souvenirs, un bruit, une odeur, une couleur et soudain un paysage se déroule sous mes pas...

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Je me revois, installé dans la voiture, supervisant et vérifiant la cargaison, ayant eu grand soin de m'installer le premier ! J'essaie de ne pas montrer d'impatience, jusqu'à ce que mon staff prenne place avec moi dans l'habitacle. Une fois en route, j'ai fait mon repérage pendant tout le trajet. Malgré ma truffe collée en alternance contre la fenêtre droite puis gauche, je n'étais pas plus avancé qu'au départ. Mais j'avais toutefois la certitude que nous n'avions pas quitté le Tirol. De belles vaches nous regardaient passer d'un air perplexe, mais contrairement aux ruminantes, je suis (quelque fois c'est à mon désavantage) doté d'éclairs d'intelligence. C'est pourquoi je me suis demandé : "à quelle sauce vont-ils me manger ?"

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Le voyage n'en finissait plus et de guerre lasse, j'ai mis la tête sur l'accoudoir et me suis endormi. Il faut dire que la traversée de cette vallée encaissée est impressionnante. Le soleil encore timide vient raser les cascades et dégringole sur les verts pâturages. Ici et là au pied des massifs rocheux, quelques troupeaux de laitières et de chèvres se partagent un harassant travail des champs au rythme cadencé d'une cloche ou deux : broutez, mangez, broutez, mangez....

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Un ralentissement soudain, me tient à nouveau en alerte. La vallée s'étale au grand jour, mais très rapidement bute sur un grand mur gris qui emprisonne en partie un paisible plan d'eau. Il est cerné, des deux côtés opposés, par les montagnes qui déversent des trombes d'eau en continu pour le nourrir. Aucune échappatoire possible pour ce lac artificiel, sauf à prendre de la hauteur et tenter un débordement ! Pendant que la nature règle ses comptes, on se gare pour très vite rejoindre une terrasse des plus accueillante. Je tente de me faire une petite place au soleil en suivant de prés mes vieux et leurs paquetages. Dans un premier temps, ils ont disparu, chacun leur tour un petit moment, puis nous nous sommes installés, ma vieille et moi dans un minibus garé prés du restaurant. Drôle d'idée ! Il fait chaud, rien ne bouge et nous sommes seuls dans ce véhicule, pendant que mon pote fait les cent pas dehors...

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Il faut savoir raison garder, je ne vous cache pas que ce n'est pas mon fort, j'ai souvent tendance à perdre patience assez vite. Pour contrer ce léger défaut, j'adopte une technique qui me réussit plutôt bien. Je m'assoupis pendant que mon intelligence réfléchi. Puis j'ouvre les yeux et reçois un condensé en général rassurant, de ce remue-méninges. Je vous le livre tel quel : il est vrai qu'au Tirol on aime bien les vieux, on les promène un peu partout en minibus, pendant que d'autres crapahutent (suivez mon regard !). Et à mon sens , c'est surtout les arrêts qui sont intéressants  : pile poil devant des hüttes !! Le baume au coeur, j'ai eu confirmation de la chose en voyant des anciens sortir du restaurant "wasserfall" attenant à la fameuse terrasse dont je faisais allusion avec insistance. Ils ont pris d'assaut le bus comme une nuée d'étourneaux pour me donner raison, in extremis mon pote a pris la dernière place. Le doute ne subsiste plus, nous roulons vers le paradis !

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C'est quelques kilomètres plus loin que nous avons débarqué comme je l'avais prévu, devant le Grüne-wand Hütte. Je me suis précipité le premier, histoire de réserver une table, on est jamais trop prudent, les autochtones avaient déjà un temps d'avance sur moi. Mes vieux m'ont rappelé au pied et j'ai eu droit à ma laisse. Sans un regard en arrière, mes compagnons ont dédaigné cette halte alléchante. Le pas traînant et le regard en coin, j'ai contemplé anéanti la bande de morfalous investir les "lieux saints" sans moi ! Une fois de plus, je me suis fait enflé, j'avais pourtant étudié tous les paramètres, mais bon sang que les humains sont imprévisibles ! Une chose est sure : je n'aurai jamais dû descendre du bus... En marchant au pas aux côtés de mon pote j'ai aperçu, assis sur un rocher, un vieux tyrolien maigrichon puni lui aussi. On a échangé un long regard triste. Devant moi, se profilent à l'horizon de hauts sommets enneigés qui ne font qu'ajouter à mon désarroi ! Mon vieux a enfin daigné me rendre ma liberté, mais elle n'avait plus d'attrait, jusqu'à un  détour du chemin où j'ai aperçu un joli veau qui semblait bien pressé. Il rentrait à la maison se reposer sur la paille, le soleil étant à son zénith. Tout prés quelques poules bavardes se régalaient de grains tout en tenant compagnie au jeune herbivore. J'ai voulu faire plus ample connaissance, surtout avec les poulettes, mais la vieille m'a engueulé. Pour être franc, je n'ai pas eu l'impression que ma visite pourtant amicale leur faisait plaisir...

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Le chemin soudain disparaît et se fond dans le contrefort du massif montagneux. Ce cul de sac est un heureux présage, j'amorce un demi-tour honorable, il n'y a point de honte à changer d'avis. Mais notre leader persiste dans l'erreur et veut explorer les prairies jonchées de roches plus ou moins grosses, avec nous autres à sa suite. J'entends par moment le grondement des chutes d'eau pendant que le soleil réchauffe la place avec ardeur. Je ne sais pas ce qu'ils cherchent, mais en les surveillant de plus prés, je les ai surpris à ramasser des vieux bouts de bois malmenés puis abandonnés par le torrent. Qu'est ce qu'ils mijotent encore, mes vieux ne vont quand même pas bâtir un maison de bric et de broc ici !! On va de mal en pis, j'suis proche de l'état de choc. Il faut vous dire que par certains côtés, je diffère de mes congénères, notamment en ce qui concerne mon extrême sensibilité à tout ce qui est contrariant ou incompréhensible... pour môa. J'ai l'épiderme sensible voire chatouilleux, au sens propre comme au figuré ! Pour vous la faire courte : je suis un être fragile et délicat. Ma tension s'est mise à grimper en flèche, mon palpitant s'est emballé. La langue pendante et l'oeil fou me voilà en perdition. C'est l'affolo chez les vieux, dans l'urgence ils bâtissent tant bien que mal un cagibi, pendant que je rends l'âme à quelques pas de là...

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Ma vieille est restée sur le qui vive après m'avoir installé dans cet abri de fortune. Comme de bien entendu, nous sommes partis sur de mauvaises bases, ils ont pris mon "malaise" pour un coup de chaleur.  J'ai eu toutes les peines du monde à me faire comprendre et pour cela j'ai puisé dans mes dernières ressources. "Demandez et vous recevrez, car celui qui demande, reçoit" qu'il dit Matthieu ! (je le connais pas mais on m'en a beaucoup parlé !) J'ai réclamé à manger et j'ai reçu à boire !! Mon refus m'a valu un reproche. Finalement, j'ai rampé, l'échine souple et j'ai eu ma ration. Qu'est ce qu'on peut perdre comme temps en formalités !! Là encore, je prouve ma faculté d'adaptation en toutes circonstances. Puisqu'ils sont dans l'ignorance et l'incompréhension quand à mes états d'âme, je vais en profiter pour obtenir leur reddition. Notre repas terminé, j'ai feint une grosse fatigue et tout est rentré dans l'ordre comme je le souhaitais. Nous sommes retournés sur nos pas, moi devant, eux derrière ! Je n'étais pas contre une petite cuillère de caféine pour me requinquer, voire plus si affinités ! Il est toujours judicieux de faire quelques réserves, surtout après avoir avalé sa maigre pitance. Mais parvenus devant le grune-wand hütte, plus de goinfres, plus de bus...L'heure est grave !

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Mes compagnons ne sont pas plus perturbés que ça et d'un pas cadencé, se mettent en route gaillardement ! Un grand rayon de lumière glisse sur les blanches cimes. Il vient répandre sa lumière sur la prairie où j'avançe désemparé pour m'éclairer d'une cruelle évidence ! Je suis victime d'un complot fomenté par mes vieux, encore chancelant sous le coup de cette félonie, je rumine lentement ma vengeance. Mes moyens sont beaucoup plus limités que mon imagination, aussi j'ai opté pour du simple mais efficace. Ils m'ont pourri mon voyage aller, je pourris leur voyage retour ! Soyons clairs, à défaut d'être juste, il faut diviser pour régner donc je ne punirai que la vieille. Je garde toujours une certaine tendresse pour mon pote, lui et moi avons en commun de grandes qualités que certains médisants qualifieraient de défauts, je n'en dirai pas plus. De plus, mon côté opportuniste, me dit qu'il est sage de ne point se mettre à dos quelqu'un qui a le sens de l'orientation, bien utile de ce cas de figure... 

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J'ai voyagé, perché dans ma studette, le plus souvent la gueule à la fenêtre ! La promenade s'est bien passée, quoique un peu inconfortable par moment, à l'impossible nul n'est tenu ! Les rafraichissements n'étaient pas à la hauteur de mes attentes. Le service rustique et désinvolte... Tout va à vau-l'eau. Nous avons suivi le torrent qui recueille le flux des nombreuses cascades environnantes. Nous restons bien éloigné de lui au fur et à mesure qu'il prend de l'ampleur pour finalement se déverser dans le lac. J'ai fait une petite pause sur ses rives pour profiter du spectacle et me dégourdir les pattes.

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Puis enfin le bout du tunnel ! Je somnole bien au frais dans les bras de mon pote pendant que mon histoire prend fin. Un petit carillon fait soudain entendre sa voix, aurais-je oublié un chapitre ? Je ne peux résister aux sons des cloches, j'ouvre un oeil ! Tout va bien, je suis toujours dans mon petit couffin douillet. Un remue-ménage m'incite à aller aux nouvelles. Je me rue vers la cuisine, pousse la porte et me prend des bouffées de musique, de couleur et d'odeurs réjouissantes. Tout cela est follement excitant !! Il parait qu'on fête l'anniversaire d'un bébé né depuis belle lurette, je ne le connais pas, mais déjà je sens qu'il va me plaire !! Il parait qu'il est devenu immortel et le centre du monde, ça m'aurait bien plu, quoique c'est un job à plein temps. Sans faire de nombrilisme, ce n'est pas mon genre, je ne suis que le centre de l'univers...de mes vieux et c'est déjà pas mal !! Bon qu'est qu'on mange ? Où sont mes cadeaux ?

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"Je suis d'une grande fragilité, c'est ce qui fait ma force" 

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04 décembre 2016

"Ô temps ! suspends ton vol ; et vous, heures propices suspendez votre cours !"

 

"Une heure n'est pas qu'une heure, c'est un vase rempli de parfums, de sons, de projets et de climats."

 

J'ai reçu, avec grande joie, la visite éclair de mon frère, dont je vous ai déjà parlé (le 10.09.2013). Un froid de canard a fait son entrée lors de notre balade au marché de Noël de Strasbourg, nous nous sommes réchauffés aux parfums de vin chaud et tartes flammées !! J'en rêve encore blotti dans mon panier prés du radiateur. Mes vieux m'ont extirpé de mon antre, sous le pretexte d'une toux ou plutôt d'un éternuement et même d'une sorte "entruchement" qui les inquiète, pour m'emmener vite fait chez mon ...bienfaiteur, malgré mon véto !! Anti-inflammatoire, sirop que je recrache et postillonne à celui ou celle qui veut m'empoisonner...Donc, je suis aux abonnés absents, mais vous souhaite à toutes et tous un bon dimanche et une belle semaine. Voici, une promenade au pays des fleurs et des couleurs à qui je laisse la vedette pour une fois, pendant que je profite de ma convalescence !

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Ce "tableau" a été élaboré avec la participation de la ville de Dole à la fête des chrysanthèmes à Lahr (Allemagne).

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N'oubliez pas vos mitaines et cache-col et prenez soin de vous, à tantôt !!

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16 novembre 2016

"Celui qui vit d'espérance court le risque de mourir de faim."

« Je suis beaucoup moins sage que mon image ! »

 

Tôt ce matin, mon pote et moi-même sommes sortis, pour mon pipi du matin. Je n'ai pas voulu que cette incursion frileuse, de mon point de vue, s'éternise, le taux d'humidité étant beaucoup trop élevé. De plus, je déteste quitter mon chez moi juste au moment où la vieille se lève, le cheveu en bataille pour s'assoir devant son bol de café chaud, fixant avec une inertie qui me fait gémir d'impatience, le pot de miel ou de confiture de fruits rouges...Comme elle est longue à la détente et ayant été entraîné de force hors de chez moi, je n'ai pu lécher la cuillère tant convoitée comme à mon habitude, après chaque fin de petit déjeuner. Je suis rentré trop tard, tout était consommé ! Je suis allé me réfugier dans un de mes paniers et mon choix s'est porté sur le plus réconfortant. C'est le plus petit et aussi celui qui m'a accueilli lorsque j'ai débarqué dans cette maison il y a 9 ans. Il est un peu défraîchi et rafistolé, mais je lui suis très attaché ! Consciencieusement, je me suis acharné sur mon jouet pour calmer ma frustration, sans plus prêter attention à mes vieux. Depuis un bon moment déjà, j'ai pris mes quartiers d'hiver et vis sur mes acquis et nombreux souvenirs. Situation que j'affectionne, car je peux à l'envi vous emmener promener au Tirol sans effort, au risque peut-être de vous lasser ou pire de vous fatiguer !

Pour nous tirer de cette douce somnolence, mes vieux ont fait tout récemment, sous ma houlette, quelques virées dans le coin, que je m'en vais vous conter histoire de vous faire changer d'air et de saison. Mais je préfère vous prévenir, je n'en ai pas encore fini avec les sommets du Tirol et il vous faudra à nouveau chausser vos godillots et prendre vos bâtons pour me suivre. Comme je ne suis pas chien et que vous êtes mes plus fidèles amis, on va se faire cette promenade en douceur. Le temps de m'installer confortablement dans mon ptit panier et je vous raconte.... Ben oui ! Il faut pas abuser des bonnes choses, je préfère rester au chaud pour mieux en profiter, pas vous ?

 

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Il était une fois... un beau et vaillant teckel en goguette (on est jamais mieux servi que par soi-même !). 

Au sortir de la voiture, je m'ébroue et piétine pour que la froidure ne me saisisse pas d'un coup, d'un seul. Juste à côté du parking, quelqu'un de bien intentionné a exposé un assortiment décoratif et gourmand qui m'a donné l'eau à la bouche. Il flottait déjà sous ma truffe, le fumet d'une soupe de potimarron et chorizo grillé. J'ai du me faire violence pour quitter ce bon coin. Je débarque chez dame nature en plein déménagement. L'été indien s'en va traînant en longueur ramassant ici et là ses couleurs chaudes sous un ciel assombri, lors même que l'hiver s'impatiente, ses bagages déjà grands ouverts... Dans ce meli-mélo, je chemine foulant aux pattes de beaux tapis de feuilles, épais et moelleux à la fois. Puis je me retrouve saisi par la fraîcheur de la rosée. Elle perle sur l'herbe grasse et mon ventre pour finalement s'égoutter sur la route menant au vignoble. Le temps n'est jamais au point mort et poursuit sa moisson, printemps, été, automne, hiver et ça continue encore et encore...

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Certains versants du vignoble d'un vert encore vif, se refusent à céder le pas devant l'automne trop indécis. Un rayon de soleil rebelle et fugueur s'amuse à quelques diableries ! Tour à tour, il me titille l'oeil de son éclat puis donne de l'intensité aux grappes de raisins vermeils. Hors de ma portée, elles ont le parfum de la tentation et me narguent. Je les guette du coin de l'oeil, assis prés de mon pote qui contemple le paysage. Peut-être pensent t-elles que je leur voue une grande admiration, mais moi je sais que bientôt, elles perdront de leur superbe et seront à mes pattes....

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Il est vrai que lassé d'attendre, j'ai tourné le dos à mes amuse-gueules. Le hasard fait bien les choses, devant moi sur la pente descendante où le raisin est déjà récolté, la vigne a laissé pour moi, bien en évidence sur un lit de paille et de feuilles, une belle grappe acidulée ! On dit que l'espoir fait vivre, n'en croyez pas un mot, mes vieux m'ont privé de ce don providentiel et déjà je me sens faible et vacillant ! Ils ont dégusté ma trouvaille et se sont gorgés de sucre sans jamais partager avec moi. J'ai eu droit à un de ces arguments fallacieux qui donne bonne conscience à mes deux égoïstes. Il parait qu'ils m'ont sauvé la vie en m'empêchant de déguster ce nectar. "C'est du poison" disent-il... Mensonge ! Mon instinct m'en aurait averti. Cette promenade démarre très mal pour moi : temps d'chien pour les teckels ! J'ai fait bande à part jusqu'à ce que l'on atteigne les vergers.

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Encore affaibli et un peu démoralisé, j'ai observé mon pote si peu soucieux de moi, creuser l'écart entre nous. Un ou deux Krâa bruyants, bataillent au sommet d'un prunier ! Je crois rêver mais il me semble pourtant que les branches ploient sous le chargement des fruits, affleurant le sol pour je puisse m'en repaître. Inutile de partager cette aubaine avec mes vieux filous, la vengeance est un plat qui se mange froid. En m'approchant de mon festin, je n'ai perçu aucune odeur et les fruits étaient tous décolorés, je ne parlerai même pas de la dégustation qui m'a plutôt refroidi, beurck !! Encore un repas qui m'échappe !

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La vieille m'appelle, je me méfie ! Je fends la bise et rejoins mon pote, avec lui je ne risque rien. Il me parle de soupe qui serait au fond d'un trou. Là, je m'interroge, je dirais même plus, je l'interroge. Qui va aller la chercher ? La patronne s'en mêle pour se préoccuper uniquement de l'hypothétique locataire de ce terrier : un joli lapin que l'on ne doit pas effrayer ! Je n'ai aucune intention de déranger qui que ce soit. Je n'irais sous terre qu'à mon dernier souffle rendu et pis c'est tout ! J'attends un soutien de mon vieux. Il déclare avec aplomb que je suis né pour ça : aller au charbon et ramener ma pitance et quoi encore, on touche le fond !!

J'ai un corps de rêve, un poids idéal, suis musclé et doté d'un fort caractère. J'ai aussi quelques autres critères atypiques.... Bon, je vous en fais la liste mais vite fait et c'est la dernière fois : pas de couilles (mais chien, quand même !) et boiteux : ce qui me donne un démarche virile et conquérante ! Enfin bref, je ne vais pas tout vous énumérer, vous me connaissez par coeur maintenant. Par conséquent, vous en conviendrez avec moi, mon pote a une vision un peu rétrograde du teckel à poil dur. De nos jours et c'est comme ça que ma mère m'a élevé, j'ai la fonction exclusive de chien de compagnie polyvalent : pour les sportifs et pour les sédentaires... Et franchement, je suis à la hauteur et fais du bon boulot.

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Il faudrait peut-être de temps en temps songer au pôvre Charly que l'on voudrait envoyer au casse-pipe ! Pour quelle raison irais-je me perdre dans les entrailles de la terre et me retrouver au milieu de 4 ou 5 affamés les yeux luisants de gourmandise, ravis de me garder comme garde manger pour y piocher à l'envi pendant l'hiver. A cette idée insupportable, un frisson me parcourt l'échine, je n'ai pas pu me soumettre à ce diktat. Malgré tout mon courage, j'ai pris la fuite manquant de tomber dans un piège tout aussi barbare. Il y avait devant moi un banc où je pensais me réconforter en prenant de la hauteur. Ce n'était qu'un appât cerné par une armée de hérissons qui m'attendait sans broncher. Après un volte-face magistral, j'ai quitté ces lieux hostiles avec un horrible soupçon, je vous le livre tout net mes amis : la chasse aux teckels est ouverte !! Et si ça continue je vais finir au fond du trou !

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Lorsque j'ai enfin eu la certitude d'être à l'abri de mes prédateurs, j'ai repris goût aux choses qui m'entouraient. Malheureusement, je n'ai pu me défaire de cette idée fixe qui se balance comme un métronome dans ma petite tête et s'avère impossible à déloger : manger !! Une odeur reconnaissable entre toutes s'enroule autour des brins d'herbe. Les gouttelettes d'eau en transportent les molécules fongiques qui s'éclatent sur mon poil et me racontent des histoires. Moi, ça me parle ! Vous n'avez pas idée du trip que je me fais la truffe au sol. Ça sent bon la mousse et le champignon, quelquefois ça pue bon, d'autres moins, c'est affaire de goût. Des relents de viande...de pieds... De punaise mais aussi d'abricot, de noisette et de topinambour, j'arrête de vous mettre l'eau à la bouche, à table !! "Charly ! pas toucher aux champignons !" Encore des menteries rabâchées par mes deux mielleux. J'ai repris mon bonhomme de chemin sans même un regard en arrière, espérant envers et contre tout, trouver quelque chose à me mettre sous la dent. Quelle vie de chien !!     

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Soudain, on exige de moi que je reste en retrait à cause d'une visite inopinée que je qualifierais d'intrusive. Puis bouquet final, mes vieux s'en vont à tour de rôle, caresser et flatter un âne qui fait le bête et ne l'est pas du tout. Trop c'est trop, je suis d'une humeur de chien et j'en viens à me demander quel est le maître qu'il me faut suivre pour obtenir ce que je veux. Je les jauge tous les deux un bon moment et réalise qu'ils sont indissociables. Ce n'est pas encore aujourd'hui que j'obtiendrais gain de cause mais l'espoir fait vivre !

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Finalement, en se rapprochant du village, je me suis rabattu sur une dernière opportunité de me nourrir. J'ai aperçu une belle pomme qui se baignait à la fraîche dans le ruisseau. Je ne voulais pas mouiller mon chausson, alors moi aussi j'ai fait l'âne pour obtenir mon fruit. Mon pote a essayé à l'aide de son bâton de me ramener à manger, tout en pestant ! La chance tourne, il perd l'équilibre, mouille ses chaussures et fait fuir une grue que la vieille tentait de photographier...  J'ai savouré la mine déconfite de mes deux vieux avec le même plaisir que j'aurai eu à déguster ma pomme, finalement emportée par les eaux glacés.

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Enfin installés sur un banc, je n'y croyais plus, je me suis couché dans ma studette. Mais très rapidement, alléché par les victuailles que mes vieux ont disposé entre eux, je suis sorti de ma retraite pour réclamer ma part. Ils m'ont refilé les sempiternelles croquettes pour chien que je suis tout prêt à partager avec eux ! Il y a des aliments qu'on engouffre presque sans s'en rendre compte et qui n'ont que peu d'intérêt, sauf à vous remplir sans aucune joie. Ce que je veux c'est : manger ! Pas beaucoup, encore que! Mais surtout, que ce soit prometteur, festif, jouissif et empreint de réciprocité, très important la réciprocité...

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J'ai été clair pourtant, je croyais m'être bien fait comprendre. Je me suis pourléché les babines avec ostentation, puis j'ai attendu sagement, soumis et admiratif : je n'ai rien eu ! Je connais des ingrats qui n'hésitent pas à mordre la main qui les nourrit, mais ce sont des mal élevés, ce que je ne suis pas ! Poussé dans mes retranchements, je me suis servi tout seul... Alors que j'avais perdu tout espoir, j'ai finalement pu manger à ma faim. Épuisé par toutes ces batailles que j'ai livré pour survivre et garder ma place, j'ai fini le reste de cette balade dans ma studette. ce petit roupillon s'est prolongé sur le siège arrière de la voiture, avec deux gros potirons dont j'ai bien volontiers accepté la compagnie. Je savais qu'ils allaient faire mon bonheur ce soir dans ma gamelle et je leur devais bien ça !!

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"Vivre sans chien est possible...mais insensé !"

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01 novembre 2016

"Tout compte fait quel bonheur d'être heureux !"

"Comme rien n'est plus précieux que le temps, il n'y a pas de plus grande générosité qu'à le perdre sans compter."

 

Alors que je dormais si bien, le temps de digérer mon petit déjeuner, ma vieille m'a réveillé sans ménagement. Je suis allé ronchonnant et d'un démarche claudicante vers le plus proche de mes paniers, pour reprendre le cours de ma rêverie. La patronne déambule tout en récapitulant à voix haute une sorte d'inventaire, dans quel but ? mystère ! J'appelle ça : brasser de l'air. Tout ce chambardement m'oblige à ne dormir que d'un oeil et ça me fatigue. Mon vieux, sirote son café, attendant patiemment de faire le bilan de cette agitation. Elle récapitule à nouveau : carte, nerf de la guerre, vêtement pour la pluie, le froid, le chaud et tutti quanti... Me voilà enfin prête dit-elle, elle nous embrasse et disparaît, ma studette sur son dos, sans moi !! Je n'ai même pas eu le temps de me préparer. D'habitude je dispose toujours d'une bonne marge d'avance et j'en piaffe d'impatience, attendant le signal du départ. Interloqué je regarde mon pote, il semble détendu et reprend même une tartine à la délicieuse confiture de framboise. je m'extirpe du panier, m'étire et demande ma part du gâteau. Puisqu'elle nous a lâchement abandonné, nous n'avons pas d'autres choix, mon pote et moi, que de vaquer à nos occupations respectives. Lui, excellent au travail manuel : vaisselle du petit déjeuner et moi plus performant dans la réflexion ! Le thème de ce matin étant : pourquoi tout ce bouleversement ? La position allongée ainsi que l'observation de mes proches sont une aide précieuse. Tout bien réfléchi je peux, dés à présent, partager avec vous le fruit de mes cogitations : mon père nourricier et moi-même avons enfin obtenu une journée de repos....

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Mais voilà, ma mère protectrice excelle aussi dans son domaine : celui de parler pour ne rien dire, tout un art... Elle seule, sait me bercer de son bla-bla jusqu'à l'endormissement et c'est pourquoi quand elle s'en va, j'en perds le sommeil. Ceci explique que malgré mon jour de congé, je ne peux ronfler toute la journée sur mon coussin ! J'opte alors pour une surveillance des faits et gestes de mon partenaire, espérant qu'il me trouve un divertissement à la hauteur de mes attentes. Mes désirs sont des ordres : la préparation d'un pique-nique est en cours. Je suis rassuré et comblé. Cette balade sera dilettante, reposante, j'en ai la certitude car la chef est partie avec ma studette (ils sont devenus inséparables ces deux là !). On fera enfin le tour du lac comme j'en rêvais ! C'est une charmante promenade qui me permet de discuter avec bon nombre de volatiles, ils connaissent les bons coins pour se nourrir ! je m'essaierai à une partie de cache-cache avec les écureuils, mais je ne gagne jamais et ce petit jeu me lassera bien vite. Ma préférence, c'est de m'installer sous un banc en face du Seerose ; ma maison jaune, et d'y méditer longuement, bercé par le chant des roseaux.

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Tout s'est effectivement déroulé comme prévu ! De ma ptite tête, je nous voyais gentiment rejoindre le centre de Seefeld pour y choisir un encas un peu crémeux, il n'est pas interdit de faire des projets ! Mais, mon pote a décidé de prolonger la balade du Wildsee en prenant un chemin opposé au village. Derrière moi le lac rétrécit à vue d'oeil, au fur et à mesure que la forêt nous engloutit. Le sentier s'ouvre à nouveau largement un peu plus loin, pour nous déposer au pied de la montagne nommée Gschwandtkopf. Là, mon seigneur et maître a pris place sur un télésiège et m'a installé sur ses genoux, ma promenade s'est prolongé dans les airs, je me suis montré à la hauteur et n'ai point failli ! Profitant de ce poste d'observation idéal, j'ai tenté de repérer la vieille, alentour. Connaissant son aversion pour le vide, elle ne pouvait être que les pieds sur terre ! Nous étions seuls, personne en l'air, personne au sol et le ciel s'assombrissait lentement pendant notre progression. Je dodeline, fataliste. Une fois échoué au sommet, j'ai pris mes marques, déposant ici et là quelques infos pour d'autres naufragés.

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Suivant de multiples traces, j'ai cru un instant percevoir celles de ma vieille, tant je l'espérais. Mais, attiré par un champ de fleurs multicolores du plus bel effet, mon esprit vagabond à changer d'horizon. La truffe aspirant jusqu'au vertige des senteurs évoquant mille et un souvenir, je poursuis jusqu'à en perdre la tête, la parade colorée qui se répand, incontrôlable, d'un alpage à un autre. Seule ma queue reste visible, au-dessus de ce fouillis printanier, comme un jalon, histoire de guider mon pote un peu à la traîne. J'avais déjà perdu la notion du temps, il n'était pas question que je paume mon compagnon de route. Une sorte de gloussement étouffé m'a fait sortir la tête hors de mon pré carré. A contre-jour, une silhouette noire, adossée aux barrières, m'observe impassible. Je plisse les yeux et n'y vois guère, une embellie vient soudain m'éclairer : ma vieille est revenue !! Je me sais victime d'un complot, mais peu importe trois est mon chiffre porte bonheur. La preuve, juste à côté, pour fêter nos retrouvailles, se trouvent table et chaises pour faire ripaille. J'attends, content de moi, que ma maîtresse finisse son shooting photo, pendant que mon pote sort de quoi nous désaltérer dans un premier temps... Cette journée s'est enfin décidée à se mettre au beau. En contrebas, les vaches sortent du bois pour regarder les aventuriers enfin de sortie, se balancer dans leurs nacelles, au dessus de leurs têtes. Une occupation à plein temps, qui ne leur coupe pas l'appétit ! Sujet d'importance qui me ramène illico vers mes vieux. Mais, stupeur, ils ont remballé et fermé les sacs et sont sur le départ !

 

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Je me suis consolé comme j'ai pu, en batifolant à droite et à gauche. Je renonce à patauger dans la mare au canard, deux coin-coin y sont déjà. Ils glissent sous une lumière céleste, le cou voluptueusement niché dans leur plumage. J'ai préféré m'aventurer seul dans les bois, butant quelquefois sur un bovin aussi étonné que moi. Ma truffe au ras des pâquerettes et lui le mufle au vent, nous n'avions pas la même ligne d'horizon ! On a entamé une partie de cache-cache, qui m'a beaucoup plus ! Les bovins pas bien futés se sont fait repérer à cause de leurs cloches, victoire facile d'accord, mais combien consolatrice ! Pour me faire pardonner, je les ai mené droit à la pâture fleurie, ils étaient si impatients que certains m'ont coursé peut-être un peu revanchard !

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Le soleil est resté en notre compagnie, d'une tape chaude et amicale dans le dos, il nous a encouragé à aller plus loin. Un dernier regard pour contempler la Rosshütte, le Seefelder Joch et Spitze juste en face de nous et je tourne le dos aux sommets, pour continuer notre balade en lisière de forêt en direction de Mösern. Ce fut plaisant et bucolique, je n'ai pas boudé mon plaisir, je n'ai fait qu'apparaitre et disparaître au gré de mes découvertes et des magnifiques point de vue qui me laisse sur le cul.

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La forêt s'est fait moins dense et s'est réduit à de multiples bosquets éparpillés le long du chemin. Les prairies un peu plus nombreuses m'offrent quantités de cachettes et d'envies d'escapade, mais la vieille me rappelle au pied à l'approche de quelques fermes. L'une d'elles attirent son attention. Elle a, sous son immense balcon de bois sculpté qui la ceinture, la plus étonnante collection de cloches qui plastronne et décore l'ensemble. Un peu plus loin, au-dessus du village dont je devine le clocher, je découvre un banc idéalement orienté, surplombant la vallée. J'étais justement sous le charme du paysage, quand j'entends mes compagnons discuter de moi. Il serait question de mettre une cloche à mon collier pour ne pas me perdre...  Je m'en trimbale déjà une et une vieille, c'est quelquefois lourd à porter ! Ha, les vaches ! D'ailleurs ça me fait penser qu'il faut que je m'économise, je m'étends à l'abri du soleil sous mon banc, exprimant clairement ma réprobation. Mon pote, toujours solidaire, déclare que je n'ai pas besoin de bling bling autour du cou, car je ne vais pas bien loin, la preuve ! J'accepte volontiers ma tambouille comme signe de ralliement à ma cause, ainsi qu'un petit shoot d'anti-inflammatoire, avant de piquer un roupillon. A titre de représailles, je veux et j'exige que ma maîtresse, qui ne peut faire autrement, m'installe dans ma studette pour une durée que je n'ai pas encore déterminé...

 

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Finalement, elle m'a déposé, devant l'église et nous sommes allés voir de prés la "Friedensglocke" symbole de la paix entre voisins alpins. Cette cloche pèse plus de 10 tonnes et sonne tous les jours à 17 heures, j'ai refusé tout net de poser pour la postérité en dessous du gros bourdon, pas folle la guêpe !! Plus question de traîner, il reste de la route à faire, je prends la direction des opérations car la faim me tenaille et c'est elle qui dicte sa loi. Nous quittons Mösern, perché à 1245 mètres d'altitude et profitons une dernière fois de sa vue fascinante sur la vallée de l'Inn jusqu'à l'Arlberg. Ce village se niche au creux de la belle forêt que nous traversons et nous voici de l'autre côté : celui des trois lacs ! On fait l'impasse sur le plus grand, le Möserer see. Mes vieux sont eux aussi très pressés, par pour la même raison que moi, mais pour découvrir si le Lottensee et le wildmoosee ont daigné se montrer !!

 

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Déçus, nous contemplons son lit, vide ! La nature fait ce que bon lui semble et les eaux se montrent et disparaissent sans véritable explication : c'est un lac périodique et son frère jumeau et à 2kms de là. On pique-niquera juste après ! En attendant, je regarde le Höhe Munde s'enrouler dans son étole blanche, boudant du haut de ses 2662 mètres, lui qui rêvait de se mirer dans le lac... Soudain, j'ai cru apercevoir au loin deux étranges animaux avec deux bosses sur le dos ... On s'éloigne doucement en longeant le petit sentier bordé d'une barrière en bois. Je préfère rester à l'ombre des bouleaux et des mélèzes, le soleil m'a tapé trop fort et j'ai des hallucinations ! La vieille semble, elle aussi, sujette aux mêmes berlues, mon pote en est bien amusé. Il se marre tellement, qu'elle exige un demi-tour pour en avoir le coeur net et cette fois j'y souscris. A notre tour, nous avons pu avec plaisir, contempler la bouille stupéfaite de notre compagnon : il y avait bien des chameaux en goguette au tirol !!

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Après cette amusante récréation, il n'était plus question de lambiner, on a un peu forcé l'allure, marchant le long du beau parcours de golf de Seefeld-Wildmoos. Je suis parti en éclaireur pour finalement découvrir notre troisième lac évaporé, tant pis ! Il est tant maintenant de trouver un joli banc et j'ai pris les devants, car c'est un boulot qui demande des compétences ! Fièrement posté devant notre camp de base, j'attends mes vieux. Les canards et les libellules bleues ont investi les marais. La belle clairière est nimbée de soleil et les vaches descendent des forêts environnantes pour changer de pâtures. Cataclop, cataclop, les beaux chevaux noirs trottent jusqu'au Wildmoosalm, terminus gourmand pour des randonneurs vétérans qui préfèrent les balades en carriole. Ils vont après tant d'effort manger et boire à la Hütte ! Après un repas léger mais vitaminé, j'ai entamé une sieste majestueuse avec mon "papa". Ne croyez pas que j'abandonne ma maîtresse pour autant, mais l'ayant sollicité du regard, elle a refusé mon invitation, préférant tenir compagnie au temps qui passe, d'où son surnom de la vieille ! Ma recette secrète c'est perdre la notion du temps : ça me fait rajeunir !

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Étrangement et comme à chaque fois, j'ai du mal à mettre un point final à mes balades ! je râle au départ, par principe et par paresse, puis petit à petit j'apprivoise l'effort à fournir, je goûte aux petits plaisirs et amusements qui jalonnent mon itinéraire et suis content de moi. J'aime être en ma bonne compagnie ! Mais plus que tout, ce qui m'enchante c'est d'avoir mes deux copains. Chaque jour et depuis 8 ans déjà, je fais le plus extraordinaire des voyages ! Ils me propulsent dés potron-minet dans le monde fascinant des humains que je n'ai pas fini d'explorer...

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Nous avons regagné la forêt pour rentrer à Seefeld, un chemin trés instructif qui nous raconte l'histoire du ski à travers le temps, tout un programme... épuisant. Le dôme de la Sainte Chapelle (Seekirchl) me conforte, je vais prendre un peu de repos au Seerose, demain sera un autre jour !

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"Les choses qui vont sans dire, vont mieux en les disant" 

 

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16 octobre 2016

Interlude !

"Une heure n'est pas qu'une heure, c'est un vase rempli de parfums, de sons, de projets et de climats"

 

Sur notre route, quittant Ried im Zillertal direction La pension Seerose à Seefeld in Tirol, nous faisons une petite halte à Volders, pour visiter l'église abbatiale St Charles. Elle est de style Rococo. Construite de 1620 à 1654, elle présente la particularité d'avoir six coupoles et un clocher à bulbe. les fresques du plafond datent de 1765 et sont les oeuvres du fameux peintre baroque Martin Knoller. Dans les années 1970, l'église fut rénovée.

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Nous n'avons pas beaucoup de route à faire, moins de 100 kms, avant d'arriver à destination ! Alors nous avons pris le chemin des écoliers. Deuxième halte à Hall in Tirol, ville médièvale, qui était au Moyen Âge un lieu économique de premier ordre dans le nord du Tyrol, grâce à l’extraction du sel. Il y a tant de choses à voir et à visiter et tout compte fait si peu de temps, qu'il nous faudra revenir ! Voici tout de même un petit aperçu de notre promenade apaisante. L'église des Jésuites fondée en 1571.

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Quelques façades de la ville,

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Et pout finir, la Chapelle Ste Magdalene qui existait déjà en 1330, avec ses peintures du jugement dernier (1400-1610) et son triptyque (1490).

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On a repris la route. Arrivés à Seefeld, pour nous remettre de nos dernières visions apocalyptiques, nous avons choisi un petit coin de paradis...

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 « Les heures préfèrent le silence pour fuir. »

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08 octobre 2016

"Je n'ai qu'une qualité : je suis modeste et je m'en vante !"

 

"Aujourd'hui je me suis levé de bonheur"

 

La persévérance est une qualité. L'obstination peut être un défaut : celui de ma maîtresse qui persiste et signe. Elle nous réserve une nouvelle balade, encore un territoire vierge à fouler. Je trouve cette deuxième tentative tout à son honneur mais je qualifierais son acharnement de kamikaze. Je suis un être simple et pragmatique et pour ma part, j'aurais proposé plusieurs anciennes balades avec variantes à redécouvrir. Ce travail d'équipe m'aurait dédouané de toutes responsabilités. Mais, comme on ne m'a pas demandé mon avis, j'ai chaussé ma bottine et emboîté le pas à la décideuse. Son programme démarre au parking qui jouxte le Hintersteinersee. Le temps s'est considérablement rafraîchi. Hier mes vieux m'ont donné à réfléchir sur la complexité de l'humain : étude qui m'a laissé sur les rotules ! Aujourd'hui, c'est la nature qui veut me faire part de ses états d'âme. Alors pour que ce soit clair pour tout le monde, je ne souffrirai d'aucun contretemps. Cette promenade doit être pastorale et je ne veux entendre que la douce musique qui serine dans ma tête rythmant en douceur, les battements de mon coeur ! Un petit sentier contourne les quelques fermes et maisons au pied du lac. Nous le suivons doucement en lisière de forêt, chevauchant tantôt à droite, tantôt à gauche, un petit filet d'eau qui a élu domicile dans une ornière. Il se régale à dévaler la pente que nous montons. On se quitte bons amis parce que nous avons pu garder nos pieds au sec, ce qui nous change ! Dans ce charmant paysage, je ne sais qui, du lac ou du ciel prend son air maussade. Chacun se renvoie sa part d'ombre, les nuages de brume ainsi ballottés, s'enfuient en file indienne se réfugier derrière les montagnes. Sous la blancheur du ciel, la végétation d'un "vert autrichien" à nul autre pareil est d'une netteté presque factice. Quelques taches mouvantes, blanches et noires, viennent en rompre l'effet hypnotique. C'est un troupeau de brebis, autonome, qui a décidé de nous tenir compagnie un court instant.

 

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Très vite, nous nous séparons, le troupeau emprunte un chemin vaguement pierreux. Ils vont patrouiller dans le champ d'à côté, riche en centaurée et nigelle. Généreusement, ils laissent quelques engrais pour que les champignons puissent eux aussi s'y installer et prendre le relais : une sorte de rotation des cultures ! Nous voici arrivés au premier palier. Un crachin s'invite à la promenade et nécessite une pause pour mettre les Kway. Par deux fois, la bruine a fait mine de s'arrêter , puis a repris de plus belle. Nous avons décidé de l'ignorer afin qu'elle se lasse de ses plaisanteries de mauvais goût. Une piste large et sinueuse s'offre à nous et traverse une forêt dense. Elle continue de grimper, chemin faisant elle se scinde en deux ou trois, pour à nouveau se retrouver et natter le flanc de la montagne. Un bruit d'eau qui se déverse et ruisselle quelque part se fait clairement entendre. De temps à autre, on peut apercevoir au travers d'une trouée, la vallée qui doucement s'éveille d'une cécité nocturne. Dans le même temps, les nuages, pauvres balluchons renvoyés de part et d'autre, rendent les armes et déversent leur fardeau, ce qui nous vaut une belle rincée !! Dans l'urgence, mes maîtres déballent les surpantalons et panchos. Ils se débattent entre agacement et fou rire, tentant d'être rapide et efficace, bien qu'en équilibre précaire ! Bien mouillés mais finalement abrités, surtout moi dans mon "logimobile" nous reprenons notre marche pépère. La pluie s'arrête, nous aussi devant un nouvel obstacle et de taille : deux chemins balisés de...flèches jaunes ! Ces panneaux indicateurs posent un problème sans en être un, puisqu'ils proposent la même destination... Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué me direz vous : c'est exactement ce que j'ai pensé ! Je me suis rendormi, pensant que mes compagnons allaient choisir mon ptit bout de chemin qui tournoie, qui tournoie et nous fait dormir en marchant. Mes vieux ont choisi l'autre option...

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Il est vrai que celui ci est plus rustique et non dénué de charme. Le sol est jonché de feuilles d'automne, les odeurs fortes d'humus réveillent mes sens, mais je décide toutefois de renoncer à l'appel de la forêt, car le sol est fuyant. Des racines proéminentes se propagent un peu partout et recouvrent le sentier sur lequel mes vieux se déplacent, on se croirait sur une patinoire. J'aurais pu m'éclater en assistant au ballet quelque peu pataud de mes vieux, mais participant, bien malgré moi, à cette représentation, j'ai préféré m'enraciner tremblant et silencieux, à ma studette. Nous avons franchi deux ou trois ponts de bois et finalement, en levant les yeux un peu plus haut, j'ai perçu dans cette sombre forêt, une lumière opalescente et diffuse. C'était comme un message de l'au-delà, m'annonçant un supplément de vie, une fois de plus je m'en tirais à bon compte !!

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Deuxième station ! On retrouve notre large piste en équilibre entre prairie et forêt. Nous faisons une petite halte, histoire de boire un coup, quand une affiche à l'entrée d'un pâturage attire notre attention. La vieille pense que ce panneau a pour effet de dissuader les promeneurs de traverser le champ : la preuve, il y a quand même un passage prévu à cet effet. On utilisera ce raccourci au retour pour éviter les racines plutôt casse-gueule. Mon pote lui propose de poser devant l'écriteau, sans moi, j'ai déjà mis pied à terre. Ils plaisantent allègrement au sujet d'un mystérieux Bruno, champion de course à pied, qui aime le rouge parce que ça le motive !! Dans le silence embrumé de la montagne, un terrible beuglement, puis un mugissement relayés par l'écho, nous fait sursauter et dresser les poils !! On ne s'est pas concerté mais nous avons répondu, tous les trois, à la question subsidiaire du panneau* : résultat des courses, on lui a mis la pâtée au Bruno !! Y peut toujours fanfaronner, c'est nous qui détenons le record maintenant ! Histoire de se reposer, on a repris un rythme plus lent, non sans avoir surveillé nos arrières, on est jamais trop prudent des fois que Bruno soit un mauvais perdant !

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Nous sommes enfin arrivés à ce qui pourrait s'apparenter à un sommet. Et c'est avec soulagement que nous progressons à découvert, le ciel ne nous est pas pour autant favorable. En peu de temps, après avoir franchi deux, trois collines, j'aperçois les premiers repères qui ne trompent pas : un calvaire, une cabane un peu vieillotte, tout ce qui présage au retour vers l'humain. Reste à savoir si, ils seront nombreux ! J'ai remarqué que lorsqu'ils sont en grand nombre, la tendance est au regroupement et de préférence là où il y a à boire et à manger ! Je ne cause pas beaucoup, mais je suis un fin observateur et ne suis pas né de la dernière pluie... La chose se confirme, quand une brebis que je crois reconnaître, vient prendre l'air sur le pas de la bergerie. Elle m'assure que le couvert est excellent, dans le gasthaus de Walleralm. C'est parait-il, facile à trouver, il y a deux vaches vautrées devant. Je la crois sur parole, parce qu'elle est plus futée que nous et plus rapide que Bruno, elle a pris la jolie route en lacet, paisible et endormante...

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Moyenne

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Devant la jolie Hütte, les vaches nous jettent un regard blasé, un fumet de saucisses et de soupe vient caresser ma truffe. J'ai le coeur en fête comme mon pote, bien content de s'assoir ! Comme j'ai déjà eu l'occasion de vous le dire, de nous trois, c'est moi le chef, mon pote prend les décisions et en ce qui concerne ma vieille, c'est spécial... Elle a les cartes (on ne sait pas pourquoi, vu que le nord elle le perd souvent !) mais elle a aussi un truc que mon copain appelle "le nerf de la guerre". C'est une pochette, pleine de bout de papier, dés qu'elle en montre un, on lui donne à manger !! C'est comme un "sésame ouvre toi" qui me laisse bouche bée et qui explique que je lui suis entièrement dévoué. On pose nos sacs, prêts à passer commande. Mon sherpa s'agite et retourne ma studette dans tous les sens, ouvrant et refermant les poches sur le côté. L'inquiétude grandit dans les yeux de mon pote, la panique chez la vieille et quand à moi, le désespoir me submerge ! Tout fout l'camp ! Ma maîtresse a perdu le nerf de la guerre, on est foutu, c'est la misère, ils vont finalement y arriver à me faire maigrir ! Décision est prise de refaire le même chemin à l'envers et au plus vite, le nez au sol. Je jette un dernier regard envieux et désespéré aux voraces attablés à la terrasse et m'enfuit comme un voleur pour rejoindre mes deux patrons. Elle nous assure que, pas une seule fois pendant le trajet, elle n'a ouvert la fermeture éclair de ma studette : donc notre monnaie d'échange ne peut être que dans la voiture ! Dans ce cas, inutile de se presser, surtout sur un terrain glissant avec peut-être à la clé, Bruno guettant notre retour pour prendre sa revanche... Sachant qu'avec mon pote prévoyant, on ne part jamais les mains vides, il y a de quoi faire dans son sac, quelques croquettes et un peu d'eau ! "Pas question" dit-il "faut foncer et mettre toutes les chances de notre côté" Nous voilà en train de dévaler la route en lacets, glisser sur les racines casse-gueules, jusqu'au moment où, la vieille fait sécession. Elle veut boire, faire une pause pipi et ne voit pas pourquoi Charly (C'est moi !) devrait payer les pots cassés. Il faut qu'il boive et mange, ensuite on le mettra dans la studette, c'est mieux pour son dos. Moi, pas fou, je pose mon cul par terre, espérant tirer parti de la situation. Mais attention, hors de question que je prenne position tant que je n'aurais pas eu mes croquettes. J'ai englouti ma maigre pitance et me suis retiré dans mes appartements, les laissant se dépatouiller tout seul. Ma décision était prise, tout compte fait, c'est à moi et à moi seul, que je dois en toute partialité, allégeance !

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Après avoir refait tout le chemin à l'envers, sans avoir retrouvé notre "précieux", les deux bougons ont fini par se calmer. La brume persiste à nous faire de l'ombre. Nous n'étions plus très loin du parking, j'ai traînassé avec plaisir autour des jolies maisons bâties sur une terre au parfum fleuri. Les barrières de bois gris, vieillies par le temps qui passe, ne servent qu'à enjoliver le plus naturellement possible ce tableau. Mais trés vite, j'ai dû quitter à regret ce joli petit coin et rejoindre la route gravillonnée. Elle longe les sapins qui bordent le lac. De l'autre côté, des fermes imposantes au milieu des champs, cachent des animaux bien étranges, que j'ai approché au plus prés. J'aperçois la voiture et m'en approche, mon pote s'écrie : il est là ! Sur le siège passager, visible par tous, est posé bien en évidence, mon argent, notre bel argent !!Je reprends goût à la vie, tout heureux des nombreux festins qui me restent à faire... Le sourire aux lèvres, mon compère se tourne vers la vieille : "c'est encore Alzheimer qui te joue des tours !" J'ai découvert depuis peu le secret de ma maîtresse, grâce à mon pote. Il semblerait que ce "Al" squatte dans la tête de ma vieille mère et lui pique un paquet d'infos régulièrement, du coup elle ne se rappelle plus de ceci ou de cela ! Cette fois je n'ai pas l'intention de la coacher, ce n'est pas une élève docile. Je vais plutôt profiter de cette opportunité pour obtenir double ration le plus souvent possible, personne n'est parfait !!

 

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Nous étions à peine sortis du parking, qu'un magnifique rayon de soleil a balayé la route devant nous. Un pied de nez, pour parfaire cette balade ! Mais mon pote ne s'en laisse pas conter et trouve une nouvelle place pour se garer, juste à côté d'une auberge. Le ciel se fait de plus en plus azur. A proximité, les bestiaux se regroupent en plein champ autour des petits veaux pour siester sous la chaleur du soleil. Mon compère propose de prendre un petit encas sur la terrasse avec vue sur le lac, à l'abri d'un parasol. On s'installe, chacun plongé dans sa rêverie. Je contemple stupéfait un somnambule en balade sur le toit juste en face de nous, légèrement en contrebas. Mon pote déclare que cette balade lui a beaucoup plu, un sourire éclaire le visage de la vieille, elle sort enfin de sa léthargie ! Un dialogue s'installe. "Il me semble qu'en me garant, j'ai aperçu des indications pour rejoindre Walleralm par une voie plus praticable et adaptée à mon handicap. "Alors pourquoi pas refaire cette promenade demain en commençant par le tour du lac, histoire de faire quelques photos ensoleillées cette fois !" Cet heureux dénouement, me fait retrouver l'appétit et j'ai aidé à finir le pain et saucisse de mes vieux. Alors que je me roule en boule pour me reposer, un gros balourd passant par là, m'oblige à me tenir en alerte. Il taxe avec constance auprès de chaque tablée, la pitance qui lui est dû, puisqu'il est le "fils" de la maison ! L'étreinte de la jalousie me serre le coeur un court moment. J'ai cru un instant qu'il y avait plus heureux que moi, mais un dernier coup d'oeil avant de tomber dans les bras de morphée, m'a rassuré : lui, il était gros et laid !!

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"Que l'égoïste est heureux ! il possède sans partage l'affection absolue du seul être qui lui est cher." 

 

* Notre Bruno court le 100 mètres en 9 secondes et 4 dizième. Et vous ? à quelle vitesse courrez vous ?

 

 

Comme je vous sais avide de connaître la suite de cette aventure, je ne vais pas vous faire attendre plus longtemps ! Cela s'est passé comme dans mes rêves, de la meilleure façon qui soit. On a démarré par le tour du lac. Cette préparation physique était indispensable avant de partir à nouveau vers Walleralm. Pour se faire, on a testé plusieurs bancs et nous avons jeté notre dévolu sur un emplacement idéal. J'ai pu admiré les poissons qui sont venus flirtés à la surface de l'eau, venant lustrer leurs écailles sous le soleil. Quand à l'astre luisant, il a passé son temps à lancer ses rayons en ricochet sur la surface émeraude et lisse du lac, faisant de larges cercles irisés. L'échauffement terminé, nous avons pris le joli chemin qui avait attiré mon oeil de professionnel de la marche, ce qui nous a évité de réveiller chez Bruno, le cuisant souvenir de sa défaite à la course à pied !

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Sous le soleil, le décor était plus avenant et forcèment, nous étions moins seuls. Nous avons décidé de boire un coup, sur la fameuse terrasse (à peine entrevue hier !) mon pote ayant pris quelques piécettes de ses fonds secrets, au cas où ! Quand fièrement, la vieille a brandi le nerf de la guerre, nous n'avons pas pu résister à une invite aussi alléchante. A la table à côté, deux randonneurs sont tombés en amour pour moi et m'ont généreusement nourri. Ils m'ont même trouvé beau ! Çà se confirme, il n'y a pas que moi qui le pense !

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Aprés notre repas, nous avons réparti les tâches : celle qui a mangé léger, grimpera pour satisfaire notre curiosité. Quand à nous deux, ayant profité des généreux bienfaits d'une nourriture de terroir, nous sommes allés vers le banc le plus proche pour pratiquer quelques étirements nécessaires aprés l'effort !

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Aprés avoir repris quelques forces, lentement mais surement, nous nous sommes à nouveau retrouvés tous les trois pour rentrer au bercail, non sans prendre quelques photos de fleurs des champs...

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"Être "bête", égoïste et avoir une bonne santé, voilà trois conditions voulues pour être heureux. Mais si la première vous manque, tout est perdu"

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24 septembre 2016

"Ca ne fait jamais de mal de dire du bien. Mais ça fait parfois tant de bien de dire du mal"

"Mon but dans la vie est d'être heureux. Parfait, je le suis déjà !"

 

Sachant que quoiqu'il advienne, ma nature optimiste reprend toujours le dessus, j'embarque avec mon pote pour une nouvelle balade concoctée par la vieille. Elle a beaucoup voyagé sur le net pendant les longues journées pluvieuses d'automne. Sans jamais ménager sa peine, avalant les kms sur... google map avec pour aimable compagnie sa petite souris aventurière et moi, endormi sur ses genoux ! C'est donc impatiente de nous faire découvrir un autre paradis, qu'elle prend joyeusement les devants ! Plutôt que de prendre le téléphérique, elle a choisi d'accéder à Steinplatte, via Waidring par une route "privée". Très vite parvenus au parking, nous nous sommes équipés à côté d'une chapelle. Une petite montée à pied sur le dernier tronçon de route goudronnée et l'on arrive chauds comme des bons pains au point de départ de notre périple. Devant une multitude de panneaux jaunes fléchés aux quatre points cardinaux, chacun d'entre eux nous offre au moins trois variantes. Ma vieille se poste devant ce rébus comme un point d'interrogation ! La voix monocorde de mon pote se fait enfin entendre :"Bon, c'est par où ?" Je me tourne vers la réponse qui tarde. Elle préfère consulter ses cartes et ses repères avant de prendre une décision, malheureusement elle ne trouve aucune corrélation avec les options proposées. Désarçonnée et perplexe, comme à chaque fois dans ces cas là, elle privilégie la montée.

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Le but était de rejoindre Steinplatte sur le piton rocheux qui nous jauge avec scepticisme. Mon vieux s'impatiente et se demande pourquoi toujours grimper ! Je les observe avec perplexité : souvent mon pote choisi d'aller à contre courant, plus encore maintenant que ses douleurs le taraudent sans ménagement. Il ne veut n'y monter n'y descendre... La vieille préfère se laisser porter par la vague du net qui lui fait miroiter des horizons nouveaux, faciles d'accés. Elle voyage sur des mots : point de vue, panorama, hütte, lac....Certains n'ont pas sa préférence ; altitude, dénivelé, durée... Tout cela me confirme ce que je pressentais déjà, cette journée va être difficile ! Finalement, mon copain a pris à gauche à "l'instinct" et la vieille a suivi avec sa carte en tournant le dos à son objectif. Dans un premier temps il a hésité devant plusieurs sentiers, deux d'entre eux se sont avérés être des impasses, puis chemin faisant on s'est retrouvé à l'orée d'une forêt, un petit havre de fraîcheur idéal pour nous remettre les idées en place. Dans un silence religieux on a repris notre errance. La forêt est traversée par d'innombrables rus, cachés par des fougères et autres plantes couvrantes et aucun d'entre nous ne s'est laissé tenter par un petit détour dans les bois.  Soudain la vieille en proie à un impérieux besoin se décide quand même à y entrer, mais juste en lisière, quitte à se trouver à découvert ! Tout aussi urgemment, elle ressurgit en faisant la danse de saint gui et pestant d'avoir trempé ses godillots. La distraite avait arrosé une fourmilière !! Mon pote alerté par ses cris, obligé de rebrousser chemin, a pris un malin plaisir à la fouetter de bas en haut pendant qu'elle secouait ses vêtements. J'ai fait le guet, quelques flâneurs auraient pu prendre peur à la vue de ce spectacle apocalyptique. Notre leader, sur un terrain souple et plat qu'il affectionne, marche à belle allure. Il allonge sa foulée, met ses oeillères et s'affûte pour une course d'endurance entre lui et son mal. Il a fort à faire, le dompter ou déclarer forfait : du coup il nous laisse à la traîne !

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l'écart se creuse entre mes deux carnes, le tacticien que je suis décide de se placer juste au milieu. Une fois positionné à égale distance de mes vieux, je peux enfin me détacher de toutes ces complications essentielles aux humains, pour contempler mon environnement. Les arbres au tronc gris et lisse, courts vêtus et semblent identiques, puis en pressant un peu le pas, j'ai eu une étrange impression de voir double. Sans doute une petite faiblesse due à trop d'efforts, je m'assois et mon regard se fait plus attentif. Les racines des arbres serpentent, se courbent et enlacent le tronc le plus proche. Sous mes yeux ébahis, se nouent d'étroites relations, il y a de la romance dans l'air. Reprenant ma balade, je repère ici et là le résultat de ces relations fusionnelles. Dans cette forêt, se cachent des couples de sapins amoureux que personne ne vient déranger. L'eau glacé de la fonte des neiges s'y faufile et rigole. Sur les bancs de terre qui affleurent ces petits canaux, foisonnent les Pétasites et les fougères qui font des haies d'honneur aux parades amoureuses du roi des forêts. La vieille bute sur moi, il me faut quitter ce royaume enchanté et me presser de reprendre ma place !

 

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Nous sortons du bois pour longer un court instant un ruisseau qui fait son lit dans la prairie. J'aperçois au loin de nombreuses maisons en contrebas. La vieille s'inquiète de savoir où l'on est et rattrape notre guide. Au regard de la carte, il semblerait que ce hameau soit probablement en territoire allemand. Elle suggère de faire demi-tour. Sans s'arrêter à ces considérations, il décide toutefois de bifurquer à gauche, pour éviter de palabrer. Nous retrouvons le ruisseau qui dévalait la colline un peu plus haut. La cascade perd de la vitesse, s'infiltre un peu partout et finit par suinter sur la paroi qui surplombe notre chemin, qui n'en ai pas un !! La vieille bougonne qu'il ne figure pas sur la carte, ce n'est pas raisonnable, le terrain n'est pas approprié pour le pauvre titi (c'est moi !) on ne sait pas où ça mène... Et le vieux de répondre, perdant à nouveau patience, ça devrait te plaire toi qui aime bien l'aventure !! L'écart se creuse à nouveau, ce n'est pas le moment de flâner, encore moins celui de revendiquer, je m'intercale à nouveau. J'ai un poste important dans cette équipe de bras cassés, celui de milieu de terrain ! Mes qualités de stratège et mon endurance me placent entre la défense et l'attaque pour une promenade qui n'est pas de santé. Le sol est trempé, l'herbe haute finit par m'engloutir et je n'aperçois plus les membres de mon équipe ! Obligé de progresser comme un lapin bondissant, je suis assuré de retomber sur mes pattes à chaque fois, mais beaucoup moins certain que ce soit sur la terre ferme. Le plus souvent, faute de chance je me retrouve dans un trou d'eau. J'en ai ma claque de cette balade et je n'ai que deux "options". D'un côté, ma vieille à la traîne crie son inquiétude pour mon dos et me rappelle pour me mettre dans ma studette. Hélas, je suis beaucoup trop loin pour faire demi-tour ! De l'autre, (petit plus qui fait la différence !) mon maître porte le ravitaillement. De plus, il trouve toujours le moyen de nous sortir des bourbiers, même quand c'est lui qui nous y met ! J'ai donc choisi celui qui est en tête de file et je m'empresse de le rattraper. Seule ma vieille surveille mon avancée en guettant chacun de mes bonds dans la tourbière. Soulagée de voir poindre une oreille puis deux, mais en apnée et sans voix, à chacune de mes nouvelles disparitions et ainsi de suite !!

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Quand je me suis retrouvé quasi sur les talons du vieux, l'horizon s'est élargi nous laissant quelques espoirs de quitter ce marais ! Lui aussi semblait y croire et n'a pu s'empêcher de le claironner, sûr de lui. Il n'avait pas fini sa phrase, que ses deux pieds se sont retrouvés dans l'eau. Le ruisseau devenu torrent s'était répandu de façon tentaculaire et à peine visible, chaque motte de terre surmontée d'une épaisse touffe herbeuse se révélait un piège instable. Il fallait faire vite car il nous était impossible de rester sur ces frêles esquifs. La tâche fut ardue. Enfin arrivés au sommet de cette première colline, nous avons pu souffler et nous sécher. C'est la mi-temps, ils se concertent et semblent disposés à donner une fin heureuse à cette aventure. Mais je déchante vite, la vieille distingue une route sableuse un peu plus bas et de nombreux panneaux jaunes (rebelote) et opte pour une descente. Mon leader trouve plus judicieux de prendre de la hauteur pour avoir le point de vue le plus large possible et préfère grimper, allez comprendre !!

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On ne m'a rien demandé mais je précise que je voudrais manger, ni en haut, ni en bas, ici tout de suite !! Puisque tout le monde s'en fout, je déclare forfait. Hors de question que je joue la seconde partie, je reste dans mes appartements, emmitouflé dans ma serviette magique. Comme vous l'avez sans doute compris, chez nous, c'est moi le patron et mon pote est seulement celui qui prend les décisions ! La vieille ne dit mot et nous mène vers les hauteurs. Le dos tendu comme un arc, les mains dans les poches, mon sherpa avance rageusement. Devant nous, sur le chemin que nous devons emprunter, se forment de nombreux barrages de vaches potentiellement tueuses, une autre épreuve que je vais vivre à l'abri cette fois ! Mon pote se traîne derrière mais se veut rassurant. Sachant que la vieille a peur des ruminantes, il l'assure de son soutien et de sa protection. Mais ces quelques tentatives d'approche visant à lui faire oublier l'épisode précédent la laisse d'une indifférence glacée. Sans un regard vers l'arrière, elle allonge sa foulée et son air déterminé et buté ont un effet radical sur les bêtes que l'on approche sans faiblir, elles se détournent ou reculent pour nous céder le passage.

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Après quelques essais malheureux pour converser avec la vieille : petites phrases portées par le vent sans jamais recevoir d'échos, mon pote a préféré un interlocuteur plus réceptif avec une capacité d'écoute et un maximum d'empathie, j'ai nommé : votre serviteur ! Tout à la joie d'avoir retrouvé mon maître, redevenu lui-même, j'ai décidé de quitter ma studette, en vérifiant toutefois que la voie était libre et sans danger. Nous avons marché côte à côte, tout en douceur et j'ai compris le pourquoi de son étrange comportement quelque peu bourru, brusque, voir caustique. Il a dû lutter seul contre un ennemi invisible et sournois et n'a pas eu d'autres solutions que de combattre le mal par le mal, la douleur s'est alors enfuie ou peut-être seulement tapie dans un coin. Cette tactique bien que brillante a provoqué quelques dommages dont je me remettrais aisément après un repas digne de ce nom. Quand à la vieille, c'est une autre histoire et je demande à voir...

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En empruntant un chemin sinueux, zigzaguant à travers les pâtures et les petites fermes disséminées ici ou là, nous sommes finalement parvenus laborieusement au sommet. A la vue du petit lac, qui semblait être une des "nombreuses premières" étapes auxquelles la vieille voulait nous convier, un rictus que je nommerais sourire s'est posé sur son visage : un rien prometteur ! Nous nous sommes rapprochés du plan d'eau et j'y ai trouvé un banc juste en face avec une vue magnifique. Ma maîtresse ressort son appareil photo: signe très encourageant ! Mon pote se dévoue pour nous prendre tous les deux en photo, proposition acceptée : on progresse ! J'ai encouragé mon pote du coin de l'oeil, lui montrant une jolie fleur juste sous ma truffe, puis épuisé par tout ces avatars, ayant donné mon maximum comme d'habitude, j'ai regagné mon antre en attendant toujours mon repas. Admirant le paysage en silence, mon maître a glissé doucement son bras autour du cou de ma vieille à fleur de peau, de l'autre lui a tendu une fleurette et voilà l'travail ! On a évité le pire...Pour conforter ces accords de paix et surtout récompenser mes talents de négociateur, la vieille a déposé les armes, mon pote a installé le barda sur le banc que j'avais choisi et on a festoyé dans la joie et la bonne humeur.

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J'ai ensuite entamé une sieste magistrale doublée d'un massage d'oreilles exécuté par un virtuose et je n'aurais qu'une chose à dire à mes vieux, merci pour ce moment !!

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Soudain derrière nous, les voix de deux hommes se font entendre, se rapprochant rapidement, on ne distingue rien ni personne derrière les futaies et les arbres. D'un seul coup, un de mes congénère surgit des fourrés, suivi de deux magnifiques tyroliens en culottes de peaux et chapeaux à plumes. Samy, le teckel à poil ras noir se précipite vers la vieille qui le caresse avec plaisir. J'ai su de suite que le moment n'était pas approprié pour des contacts amicaux trop rapprochés, mon odorat m'avait averti que ce tyrolien à quatre pattes avait une hygiène plus que douteuse, en bref, il cocotait ! La confirmation nous est venu des deux gardes forestiers avec leurs excuses, Samy s'etait roulé dans la bouse de vache. Un rituel qui lui vaut à chaque fois de prendre un bain dans le lac. La vieille qui n'y a plongé que sa main est revenue grelottante !!

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Mon vieux nous a fait la promesse de revenir faire cette balade l'année prochaine dans son intégralité. Il n'a pas manqué d'avoir le dernier mot : " à toute chose malheur est bon, ils nous restera encore des choses à découvrir" pour les prochaines vacances ! Si tu veux, on peut monter jusqu'à la chapelle mais je ne peux pas faire mieux !" J'ai joué une partie de cache-cache avec ma maîtresse, laissant un temps d'avance à notre compère qui peinait à vue d'oeil dans la montée. Puis, j'ai regagné mes appartements, jugeant que ce handicap pour mon porteur (mes 6 kilos et des poussières) aiderait mes compères à marcher de concert, ce qui fut le cas. Heureusement que je suis là...

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Sachant que son genou droit ne voulait pas monter et que son pied gauche ne voulait pas descendre, nous avons fait une halte juste avant de regagner le parking pour prendre un Kaffeesahne. Pied et genou ont bien voulu se plier pour s'asseoir et faire de nous : trois heureux ! On ne m'otera pas de l'idée, ces tourments viennent du fait qu'un jour un humain a eu l'idée saugrenue de marcher uniquement sur deux pattes et parler une autre langue que la notre. C'est depuis ce jour qu'ils collectionnent les ennuis, par chance nous ne les avons pas abandonné à leur triste sort...

"L’homme est un animal raisonnable à qui la raison sert surtout à déraisonner"

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30 août 2016

"Il est où le bonheur, il est où ? il est là le bonheur, il est là !"

"Eldoradin : qui n'accepte de partager avec personne son petit coin de paradis."

Mais pour vous mes amis, je fais une exception ! Ce matin direction le kitzbüheler Horn par l'Alpenhausstrasse ça ne se prononce pas, ça se déguste. Il fait frais et le regard bovin un peu incrédule des petites grises des Alpes me confirme que nous sommes les seuls à entrer sur leur territoire dés potron-minet. Des pourparlers sont à l'ordre du jour et concernent notre balade. Ce marchandage a lieu dans la voiture et nul doute qu'ils trouveront un accord une fois arrivés au parking. Je me réjouis de dégourdir mes pattes impatientes, les fourmis y ont élu domicile sans que j'y prenne garde, pendant ma journée de repos d'hier. Au fur et à mesure de notre ascension, nous croisons de gros nuages blancs qui ne respectent même pas la priorité ! Ils jouent à cache-cache sans nous, la truffe sur la vitre je les regarde avec envie.

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Un petit coulis frisquet me souffle sur la truffe et s'incruste alors que je m'extirpe de mon cocon douillet. Même pour un teckel, passer de 20 à 5 degrés demande d'être aguerri, un petit échauffement et il n'y paraîtra plus. Au bout d'une demi-heure à marcher au radar, je m'aperçois que mes vieux se comportent bizarrement. Mon pote me cherche un banc alors que je n'ai rien demandé, ce n'est pas de cette façon que je vais dégourdir mes pattes ! On finit par en choisir un. Aussitôt installés, alors que je faisais le guet, les vaches jusqu'alors dispersées un peu partout dans l'alpage, se regroupent en direction du virage, juste en contrebas de notre camp de base. Pendant que j'observais les manoeuvres d'approche des mammifères encore dans le lointain, j'en oubliais la protection rapprochée de mes vieux, trop tard !! Une petite dizaine de peaux de vache, en avant-garde, nous ont assiégé. Il n'y a pas d'issue, derrière nous c'est le vide. Il faut choisir l'affrontement ou la négociation !! Depuis quelques temps on nous parle de vaches-tueuses trés susceptibles qui ne supportent pas qu'on les regarde droit dans les yeux. Il parait qu'elles redeviennent sauvages dans les alpages et plus encore quand elles ont des petits. Du coup, je change de statut : de chien de compagnie je passe à prédateur. Courageux mais pas téméraire, j'ai gardé mes distances. Mais revenons à nos moutons ! Il semble qu'une solution s'offre à nous. La vieille veut emprunter un chemin un peu abrupt sur la gauche, il contourne le sommet du KitzBüheler Horn. Puis on descendra en douceur vers le Harschbichl pour nous restaurer. C'est un trait de génie, je suis partant ! Je me vois déjà là-bas l'estomac plein, tout au bonheur de ma petite sieste digestive, admirer la vue sur le sommet que nous avons quitté. Appâté par cette délicieuse idée, j'en oubliais la voiture garée là haut !! Le ciel s'assombrit pour moi, un court instant seulement, je réalise de suite qu'avec mon fidèle sherpa je pourrais gravir des montagnes. C'est un plan audacieux tout compte fait, on remontera par le chemin opposé à la descente, un peu plus long certes et nous prendrons les mugissantes à revers. Et voilà comment on gagne la bataille !! Mon pote est d'accord à condition  que je voyage dans ma studette, soi-disant que le terrain n'est pas approprié pour un bancal... de qui se moque t-on ? De plus, si le brouillard s'invite et persiste au point de perdre pied, on rebroussera chemin, avant que "l'accro au vide" ne prenne son envol !!

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On a progressé lentement, sur un sol humide et glissant. Comme de bien entendu, le brume est venue s'immiscer dans nos affaires. J'ai même eu l'impression que le vent tournait et que mon compère avait le vertige... Le décor est devenu fantomatique et inquiétant, adieu mon plan de bataille ! On a rebroussé chemin bon gré mal gré. De toutes manières, à l'aller j'étais le nez dans la bruine. Au retour, pas mieux, j'étais collé contre la paroi rocheuse et obligé de rentrer la tête, comme un escargot glissant dans sa coquille. Bravo l'harmonie des programmes !!

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On a regagné notre banc que personne n'était venu revendiquer. J'étais déçu de faire une 2ème journée de repos et ma maîtresse frustrée de cumuler les handicaps : deux éclopés, le brouillard et le vertige !! Le vieux va avoir du mal à rattraper le coup. Alors que j'allais reprendre la surveillance de mes ennemies potentielles, voilà soudain qu'elles battent en retraite sans avoir combattu. Les vaches ! Elles se tirent, cherchant secours et protection auprés de la chapelle, enfin une bonne nouvelle ! Pour m'amadouer et regagner mes faveurs, le chef me propose un en-cas propice à apaiser mon insatisfaction. Il faut dire qu'avec moi c'est facile... Mais ce sera plus mal aisé avec ma copine qui erre comme une âme en peine, contemplant alentour, le désastre blanc se rendre maître des lieux. Après avoir longuement réfléchi, tout en prenant des forces, le vieux suggère d'aller quelques centaines de mètres plus bas au jardin des fleurs alpines. Les nappes de brouillard font la queue, grimpe pour atteindre le sommet et se laissent glisser le long de l'autre versant. Fort bien ! Laissons les à leurs jeux d'hiver et rendons visite au printemps. Le regard de ma maîtresse s'illumine et d'un pas décidé nous partons vers une autre saison. Dans le soucis de lui être agréable, nous l'avons laissé seule avec ses fleurs. Comme mon ami et moi avons les mêmes goûts, on s'est installé à nouveau sur un banc face à la vallée. Un pèlerin solitaire surgi de nulle part est venu nous tenir compagnie, enfin surtout à moi, vu que l'ancêtre est plutôt taiseux !!

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Blasé par le bavardage et les papouilles du pèlerin je suis allé, moi aussi, saluer mes amis les fleurs, laissant ce voyageur au bon soin de mon vieux. Penché sur le délicat myosotis, je lui ai prêté une oreille attentive parce qu'il craint toujours qu'on ne l'oublie. D'autres beautés aux éclatantes couleurs m'entourent et se plaisent à parader dans leurs beaux atours. La renoncule, la primevère et la soldanelle m'accueillent. Puis le pavot,l'orchidée vanille et bien d'autres nous rejoignent. Chacune de raconter sa vie et combien d'efforts il a fallu pour rivaliser avec les étoiles ! Puis, à force, elles ont fini par se plaindre. Nous avons tant lutté pour capter un rayon de lumière, une chaude caresse du soleil alors que nos pieds se glaçaient dans le sol blanc. Nous avons affronté le brouillard taquin qui frôle et fait frissonner nos fragiles pétales. Puis bien souvent, on a subi les coups de milliers de gouttes d'eau qui vous font courber la tête. Pire encore, quand vient la nuit et le vent, nous avons désespéré d'une aube nouvelle. Quand, enfin le petit matin se montre, il faut encore attendre le soleil et des admirateurs pour s'ouvrir à nouveau et faire un coup d'éclat ! Las de ces jérémiades, je leur ai dit qu'ici elles étaient protégées et privilégiées, mais plus haut, leurs copines servaient de pâture à de redoutables prédateurs ! On est bien peu de chose m'a dit mon amie l'anémone...

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Elles ont fini par me faire perdre mon temps, moi qui n'est pas toute l'éternité. Levant la truffe au vent, j'aperçois de grosses volutes blanches cerner le banc de mon vieux. Le brouillard veut le chasser pour s'y installer et il y réussit ! Mon patron se dirige vers moi, nimbé d'une blanche lumière, on dirait qu'il glisse entre ciel et terre, épaté, je le suis du regard. Mais la voix un peu colère de ma copine me fait tourner la tête. Je l'entends, mais ne la vois pas. A peine un peu plus loin, quelques marches contournent un roc imposant et c'est là, que je la retrouve pour constater que, sur ce versant aussi, on a éteint la lumière ! Petit à petit, chaque fleur, les jolis bancs à rajouter dans ma collection, le chalet, le paysage tout entier est englouti dans un linceul blanc. 

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On a quand même réussi à se retrouver tous les trois. Sans même se concerter, décision fut prise de regagner le parking puisque nos projets tombent à l'eau l'un après l'autre. Finalement cette montagne qui promettait monts et merveilles a accouché d'une souris ! A la queue leu leu, on progresse sur le chemin. Soudain le voile se lève un court instant sur l'alpage et m'offre la confirmation de ce que je reniflais depuis un bon moment. En équilibre sur un rocher, à l'aplomb de la vallée, une vigie veille : c'est un beau pépère d'au moins mon poids, un rongeur au pelage brun. Le rideau se referme aussitôt sur ma découverte qui ne m'a pas détecté ! 

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Je suis en transe, mon instinct me dit "taïaut" ! Mais presque aussitôt je devine les silhouettes de jeunes inconscients au culot monstre. Ils sont persuadés de la protection du brouillard et de leurs sentinelles et jouent une partie endiablée qui me donne envie de me joindre à eux. La vieille a suivi mon regard et émerveillée comme moi, les observe se renifler les joues. Avant même que je ne me décide à prendre part à leurs jeux, elle m'attache ! Ça fait la deuxième fois qu'on me prend pour un prédateur. Je trouve ce verdict injustifié et hâtif, si elle me laissait faire, je pourrais lui prouver que mes intentions sont tout à fait amicales !! On progresse doucement et silencieusement et au fur et à mesure, on repére d'autres membres de la colonie qui se fondent dans le décor. Certains espérant se "soleiller" se dressent, comme une chandelle vers le ciel, quémandant qu'il s'ouvre pour chauffer leurs pistes. Ma frustration grandissait dans le même temps et à bout de patience j'ai commencé à geindre pour attirer leur attention. Je n'ai pas reçu leur invitation tant attendue, au contraire, l'une d'elles a tourné sa tête, poussé un cri strident et houps tout ce petit monde a disparu comme happé par les entrailles de la terre !

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On est reparti silencieusement, en direction du parking, encore sous le coup de cette merveilleuse représentation. J'étais un peu penaud et peiné à la fois. Mais d'un réflexe unanime, à la vue d'un banc, on s'est installé espérant sans trop y croire que le spectacle reprenne. Mon vieux a sorti les ponchos pour nous isoler du froid, ma copine m'a recouvert de ma couverture magique et on a fait un petit pique-nique improvisé. Nous étions face au vent et mes cousines avec qui j'ai beaucoup de points communs ; un beau pelage, la gourmandise, une vue basse mais le nez fin, n'ont plus voulu le montrer ! Il est vrai qu'avec un temps pareil, on serait tenté d'hiberner à nouveau. Enfin rassasié, on a goûté au silence dense et glacé, si lourd qu'il en devenait assourdissant. Pour calmer mon coeur qui bat la chamade, j'ai scruté le paysage sous la brume dansante au point de m'hypnotiser, ici l'écoulement du temps n'a plus cours. Une odeur de bête, autre que la notre, m'est apportée par le vent. Dans la pairie en pente douce, les sifleux, acteurs amateurs certes mais de talent, nous annoncent la reprise de la représentation. Le bonheur est dans le pré...

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Puisqu'en toutes choses il faut une fin, les marmottes outrées que l'on baillonne le silence, ont mis fin à leur exhibition en baissant le rideau. Lorsque que le grand voile blanc s'est relevé, nous avons aperçu, puis perçu plus bas, des prédateurs à deux pattes poussant des cris et brassant des mains et du bâton. Bref ils se se donnaient en spectacle, sans grand attrait celui là ! Nous avons plié bagages emportant avec nous ce moment enchanteur dont nous étions les témoins privilégiés. Puis enfin installés au chaud dans la voiture, moment simple mais de grand plaisir il faut bien le dire, le vieux s'est tourné vers nous, cherchant à nouveau une solution pour que notre frustration ne nous laisse pas abattus et mécontents. Mais ils nous a trouvé satisfaits et heureux, alors avec brio, il a mis une touche finale à ce moment de grâce en s'exclamant : "et si on allait manger des gâteaux ?" mon vieux a soudain disparu et j'ai retrouvé mon pote !!

 

"En route le mieux c’est de se perdre. Lorsqu’on s’égare, les projets font place aux surprises et c’est alors, alors seulement que le voyage commence"

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13 août 2016

"L'impondérable est ce qui vous pend au bout du nez."

 

"J'ai trop pensé pour daigner agir."
 

Les pattes bien ancrées dans le lit du ruisseau glacé, je laisse le soleil chauffer mon épine dorsale pour éviter la déperdition de chaleur. J'observe mon pote en face de moi, se reposer sous la caresse de l'astre du jour. La vieille a repris ses habitudes et mitraille à tout va, évidemment je reste sa cible préférée mais c'est le prix à payer pour qu'elle nous laisse rêvasser ! La chaleur se fait plus vive et à moins de plonger et rester en apnée, je ne peux y échapper. Je guette mon pote, espérant le voir faire l'effort de passer au banc suivant, légèrement ombragé, afin que je puisse me vautrer sur ses jambes, ce qui ferait mon bonheur ! La vieille, plus rapide que moi, vient lui tenir compagnie et bavarder, tout en faisant dorer ses guiboles. Il va falloir que je m'arme de patience !! Je pose mon cul dans l'eau, mes pattes sur la terre ferme, prêtant l'oreille à ce qui se dit. Mon instinct ne m'avait pas trompé, ça se confirme, c'est la journée de récupération pour mon copain, en gros un jour sur deux si tout va bien ! Du coup, je me couche sur le flanc, tranquille ! J'ai déjà fait cette balade autour du Pillersee, terrain plat et léger, très cool et pépère, y a donc pas urgence à décaniller dés maintenant ! Soudain mon vieux aperçoit au loin dans les hauteurs, une croix géante. Il montre une curiosité aussi grandissante que mon inquiétude ! La vieille saisit au vol cette option inespérée et lui assure que cette balade est prévue mais, ça dépend de son état !! Et voilà, emballez, c'est pesé !!

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On ne peut pas faire de projet avec la vieille, c'est toujours elle qui a le dernier mot ! Effectivement quand on est arrivé devant le téléphérique, on ne l'a plus entendu, un rien fébrile en attendant l'embarquement. Le télésiège nous happe et nous perdons pied ! Mon maître a rabattu la barre de protection devant nous et je me suis installé confortablement sur ses genoux pour admirer la vue. J'ai tourné la tête pour une vision panoramique et là, horreur !! En poussant un cri de frayeur je découvre à côté de moi, une horrible bonne femme au visage déformé et grimaçant, qui grinçait des dents. Passé le premier moment de frousse et de rejet, j'ai réalisé que c'était la vieille, qui s'acrochait tétanisée à son sac à dos comme à un parachute ! Étant un grand humaniste, je l'ai rassuré comme j'ai pu mais mon aide s'est avérée inefficace : ses yeux sont restés exorbités. Finalement son imitation du carlin que je croise souvent prés de chez moi était très réussie, c'était amusant et je n'ai pas boudé mon plaisir !!

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Enfin débarqués au sommet, la vieille reprend des couleurs et visage humain. J'adopte un train de sénateur pour cette promenade improvisée. Le petit sentier est étroit mais fort bien délimité. En montant faire la cour au soleil on s'est mis, plus encore, sous les feux de ses projecteurs. Déjà je n'en peux plus de son ardeur à me chauffer la couenne. Les pins même nains sont touffus et me cachent la vue. Bonne excuse pour regagner mes appartements et du même coup m'abriter du soleil, voilà une affaire rondement menée ! En fin de compte mes vieux ont plutôt flâné et moi aussi par la force des choses. Seul mon estomac psychorigide dont je suis l'esclave servile, ne cesse de grogner : l'heure, c'est l'heure ! oui mais quelle heure ?

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Un des avantages à fréquenter la vieille, c'est qu'elle a bon dos ! Il suffit que je prenne ma démarche chaloupée, tanguant soudain légèrement à droite et aussitôt elle me porte sans rechigner...enfin presque ! Nous voyageons, installés dos-à-dos, façon boudeuse. On arrive enfin à découvert et une fois encore, me voilà pénalisé. Je n'ai que la vue sur le sous-bois que je viens de quitter, tandis qu'elle admire un grandiose panorama à l'opposé. Je réclame avec insistance une escale et on me débarque avec, me semble-t-il, une pointe d'agacement. Dans la vallée, le joli village de Sankt Ulrich longe le Pillersee. Le lac lissé par la brûlure du soleil, miroite et me parle par intermittence. Je me rends compte alors qu'il est malgré tout plus judicieux de s'élever ne serait ce que pour profiter du petit coulis frais qui circule de-ci de-là. Ma patronne à raison, ne restons pas au ras des pâquerettes alors qu'ici l'on peut contempler les primevères et les raiponces. Leur senteur et leur goût est incomparable. Deux puis trois papillons farandolent et se courtisent non loin de ma truffe et me font loucher. Je m'ébroue, éternue et me retrouve au milieu des champignons dont les bords se sont retroussés pour montrer des dessus de dentelles et me tenter ! Le chapeau s'est creusé, puis posé délicatement en équilibre sur son pied. Dans ce petit calice on peut encore y goûter la rosée du matin. Je fonctionne un peu comme un diesel, au matin mon enthousiasme est limité, encore froid puis doucement je ronchonne par principe, bougonne par habitude puis finalement ronronne par plaisir ! D'une certaine façon, je me demande si la vieille n'a pas sa part d'utilité dans tout cela, car somme toute, sans le savoir elle me délivre de moi-même. Le plaisir est double parce que je ne me suis jamais vraiment perdu et lorsqu'arrive le soir, lové dans mon panier, je me retrouve !

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Dés que je me laisse attendrir, mon esprit vagabonde et s'emporte. La réalité s'évanouit, le seul fil conducteur qui me rattache à la terre ferme, c'est mon panel de parfums dans lequel il manque soudain celui de mes vieux, je ne les respire plus ! Je fonce comme un dératé, pour finalement les rater de peu, c'est un sifflement qui m'a stoppé net dans mon élan. Un rapide examen des lieux m'a permis de les découvrir allongés dans l'herbe ! Je ne me suis pas fait prier et pour être sûr qu'ils ne repartent pas sans moi, je me suis calé contre mon vieux pour le rejoindre au pays des songes. Quelques bruits insolites m'ont fait hausser les sourcils, trop ensommeillé pour ouvrir l'oeil, je me suis dit que mon chef de meute me tiendrait au courant ! Ça n'a pas tardé, la vieille qui revenait d'explorer les environs, s'est mise à bavarder toute seule, peut-être un peu envieuse de notre sieste majestueuse. On avait pourtant convenu que c'était la journée de repos des deux éclopés ! Mais en levant les yeux au ciel, j'ai aperçu deux gaillards suspendus au-dessus de nous qui réparaient pour l'hiver prochain, les lignes du télésiège !

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Il a fallu plier bagages à nouveau. Cette journée d'errance ne me convient pas du tout. Je sais bien que je voyage souvent à dos de sherpa, mais le nomadisme très peu pour moi. Autant je peux être un jeune chien plein de vitalité, autant quand il s'agit de survie, je peux prendre un coup de vieux et ressembler à un clebs sur le déclin ! Étrangement cette fois ça n'a pas marché, mon pote est passé à côté de moi sans un regard. Aurais-je un peu trop tiré sur la corde ? Il va falloir la jouer fine pour rattraper le coup. Au prix d'un effort considérable, j'ai pris les devants. La chance éclaire mon chemin et me guide droit sur un lac avec en option deux bancs, l'un avec vue sur l'eau bleu azur, l'autre sur la vallée ! C'est donc fièrement que j'ai rejoint mes compagnons pour les mener à cette troisième étape, de loin la plus jolie. Troisième station ! On s'installe, mon estomac et moi-même attendons vainement que l'on déballe le picnic, mon copain fait le mort et la vieille, la sourde oreille. En désespoir de cause, je me couche au milieu d'eux et ne dors que d'un oeil parce que jamais deux sans trois ! Je me console en regardant les nombreux itinéraires que nous aurions pu emprunter et dont je laisse volontiers à d'autres pèlerins, la primeur de la découverte. Je songe à cette fameuse croix géante, probablement une illusion d'optique qui a permis à ma maîtresse de nous traîner ici. Mon estomac et moi sommes en stand-by. L'oreille largement ouverte, étalée sur le banc, je suis aux aguets. Je capte, le souffle du vent, quelques insectes bourdonnants, une cloche dans le lointain, un beuglement qui fait frémir ma peau. Je m'assoupis à nouveau, quand soudain, je crois percevoir dans le lointain une note ou deux de musique portées par le vent. Elles s'éloignent et reviennent se glisser dans mon pavillon, jouant à cache-cache avec ma patience, hop ! Mon esgourde se referme pour emprisonner ces sons que j'analyse au plus vite. Je dois dire que parmi mes nombreux talents, j'ai l'oreille musicale ! Une excellente mémoire aussi qui me confirme que la musique est toujours accompagnée par le boire et le manger ! Je mets mon radar olfactif au boulot pendant que je relâche les deux notes d'accordéon auquel j'ai extorqué toutes les infos dont j'avais besoin ! Le retour est plus que prometteur : il y a une fête qui n'attend plus que nous ! Reste à me mettre sur mes quatre pattes histoire d'être plus rapide que mes vieux et en route mauvaise troupe !!

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On ne peut avoir raison à tous les coups, en suivant des effluves qui me mettent l'eau à la bouche, je reste un instant à l'arrêt, impressionné, une croix gigantesque surplombe la montagne et me jauge. Il était là comme un nez au milieu d'une figure et nous ne l'avions pas vu ! Il parait que c'est la maison de Jakob le vieux je ne le connais pas, mais la vieille tient absolument à lui rendre visite ! Il parait qu'il y a un peu partout des chemins qui portent son nom ils aboutissent tous au même endroit : Saint Jacques de Compostelle. les humains marchent des jours et des jours, pour finalement arriver trop tard, parce que le vieux monsieur à force d'attendre a rendu l'âme. Le pire dans cette affaire, si j'ai tout bien compris, c'est que les gens ne nourrissent que de mollusques pendant le trajet !  Hors de question que je me fasse avoir, je ne marche que pour une seule raison, la seule, l'unique, la vraie : remplir mon estomac de plaisir ! En attendant la vieille, on a patienté au premier étage. Mon pote m'a consolé en me prenant dans ses bras, lui aussi peu disposé à poursuivre l'aventure et nous avons contemplé de cette hauteur un repas tant mérité mais toujours inaccessible !

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 "Ceux qui ne savent pas où ils vont sont surpris d'arriver ailleurs."

 

 

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