CHARLY dit "ZIGOUIOUI"

07 août 2017

" les vaches se rebiffent...."

 

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Entre nous, une supposition, hein ! Je dis bien une supposition qu'on rencontre des vaches ! En admettant, c'est toujours une supposition hein ! qu'on sympathise : qu'est ce qui se passerait ? "Un coup de corne et Charly éparpillé par petits bouts, façon puzzle" me dit la vieille !

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Bien que déçu par ces conseils soi-disant avisés, j'ai décidé qu'aujourd'hui je n'en ferais qu'à ma tête ! Passer de 140 à 1350 mètres, nécessite un petit temps d'adaptation, ce qui fait le bonheur de mon pote. Point n'est besoin de le répéter, mais je le fais quand même car je suis un teckel rebelle, mon fidèle comparse préfère les descentes et c'est probablement le seul jour où il pourra en profiter ! Je n'ai pas eu le temps de réfléchir à ce qui ferait mon plaisir, qu'il était déjà gâché. Mes vieux ont voulu immortalisé cette première journée de vacances au Tirol, en m'obligeant à poser avec Ellmi. Vous connaissez ma méfiance envers ces êtres verts, qui se disent à l'aise sous l'eau et feraient mieux d'y rester, au lieu de tenir le crachoir et nous bourrer le mou d'un verbiage qui nous coasse les oreilles, assis le cul sur des nénuphars ! Bref, j'la sentais pas cette journée et croyez moi j'ai l'instinct !!

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Pendant l'ascension en téléphérique, je rumine les yeux fermés, allongé sur les guiboles à mon pote. Songeant qu'il est bien difficile d'être un quatre pattes quand votre voix compte si peu pour qui l'entend et ne la comprend pas. C'est pourquoi, j'éprouve un grand attachement à côtoyer les vaches, pas les peaux de vache qui, selon mon expérience, n'ont que deux pattes ! Dés les beaux jours, on les envoie gagner leur pitance dans les alpages où elles passent tout leur temps à la tonte méthodique des prairies et la fabrication du bon lait pour leurs veaux et nous autres. Bien évidemment pour ces bestiaux, pas de retraite dorée, elle serait plutôt...anticipée ! Une fois réformée, elles se laissent vivre sans penser à mal, prennent du gras, on les regarde d'un drôle d'air et quand les carottes sont cuites, adieu veaux, vaches.... Je suis un végétarien contrarié, obligé de consommer ce qu'on lui met dans sa gamelle et bien que n'ayant aucune responsabilité dans cette triste fin, je n'ai pas le coeur à révéler cette date butoir à mes paisibles compagnons de balades. 

 

 

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Les bovins sont attentifs et attentistes. Mais, à force d'être pris pour des vaches à lait, ils sont devenus enragés et sont entrés en rébellion contre tous ceux qui viennent leur pomper l'air !! Se déplaçant en troupeau, au gré des sons de cloches, suivant ici ou là une pâquerette, une marguerite ou tout ce qui leur remplira la panse, ils investissent de nouveaux territoires, jusqu'à empiéter sur le macadam, histoire de montrer aux enquiquineurs, combien il est désagréable d'être importuné ! Pendant notre trajet en voiture pour rejoindre la station du téléphérique, nous avons dû stopper net sur la route. Le nez à la fenêtre, j'ai assisté à un sitting des plus pacifique. Nous étions, cinq à six véhicules bloqués par un petit troupeau dont les deux leaders tenaient tête, avec obstination, au capot de la première voiture. Pas très fiers et peu tentés de mettre pied à terre, nous avons courageusement attendu que quelqu'un se dévoue pour négocier avec elles. Finalement après avoir déposé leurs doléances, elles s'en sont allées, impavides, ça a fait un effet boeuf !!

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Évidemment, toutes ces histoires ont déclenché une psychose, dont je suis bien chagrin. Chaque fois que je rencontre des copines, j'ai droit à la laisse avec l'interdiction d'aller leur dire bonjour !! Pire encore, si je pleure (les meuh ça m'émeut !) mes vieux me planque dans mes "appartements" et me cache la tête pour que je passe inaperçu. C'est donc dans ces conditions défavorables, dés mon arrivée au sommet du Hartkaiser, que j'entame cette randonnée. Lorsque j'ai enfin retrouvé le plancher des vaches, c'était trop tard, elles avaient pris le large. Lentement le son de leur clarine s'évanouit dans le silence pendant que ma petite médaille dodelinant à mon cou, prend le relais. Je fais connaissance des lieux au rythme de ma claudication. Quelques désaccords du côté de mes pattes arrière, sèment la zizanie et cette indécision se prolonge jusqu'à mes yeux noisette qui ne savent où se poser tant ils s'extasient du panorama. Je laisse mon premier banc, lieu de repos, sous protection divine et m'en vais parmi les fleurs espérant avoir fait le bon choix...

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En apercevant la vieille en grande conversation avec un géant, j'ai de suite su qu'elle allait nous embarquer dans un coup foireux ! Il a tout du baratineur, l'oeil en coin et les bacchantes prétentieuses ! Ce paltoquet s'est approprié un de mes bancs d'une façon que je n'ai pas aimé et c'est bien parce que la patronne était là, que je n'ai pas pissé à son pied. Heureusement, on ne s'en est pas laissé conter. Délaissant ce raseur, je poursuis ma route et bute contre un tronc d'arbre, trop affairé à garder la truffe au sol en quête d'infos ou de quelques cochonneries à me mettre sous la dent. Un brusque coup de vent me fait lever le nez et je me retrouve face à un autre colosse. Ces yeux, qu'on dirait des valises, se penchent avec bienveillance vers moi. Grossière erreur ! Ce que je prenais pour un sourire n'est qu'un rictus, sa lèvre pendante et bavouilleuse salive à l'idée de faire de moi son ordinaire. La fuite est souvent salutaire. Je n'ai pas hésité, emportant mon courage avec moi! Selon toute apparence la vieille a eu le même réflexe et m'a laissé choir. Elle s'est volatilisée !! Je cours un peu partout, la chaleur qui se fait pesante m'handicape dans mes recherches, une sorte de murmure chuintant se glisse à mon oreille et n'est pas pour me rassurer. Un coup d'oeil alentour et je découvre à côté d'un banc, sous lequel je peux à peine me glisser, un malabar avec un ptit bonnet qui lui donne l'air benêt, mais les deux crocs qui le font zozoter ne m'incite pas à me foutre de lui !

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Je récupère de mes émotions, un peu plus loin, sous abri. Il est vital que je quadrille les environs afin de retrouver "mes appartements" et accessoirement, celle qui m'a mis dans le pétrin ! Soudain, des plaintes lugubres portées par le vent me parviennent. Je reconnais la voix aimée de ma maîtresse et oubliant tous griefs, je vole à son secours. Je sais où est mon devoir, mais je n'écoute que mon courage qui m'enjoint de prévenir mon pote (à deux on est plus fort!) J'ai joué de malchance, mon compère, que j'avais perdu de vue un moment, a creusé l'écart entre nous en marchant d'un bon pas. Soudain un horrible soupçon me trouble sournoisement et s'ajoute à mon inquiétude : serait-ce un abandon de poste ? Il me faut partir seul au combat et comme dit l'autre : je sens que ma dernière heure est arrivée et je voudrais bien la passer avec vous... Ma vieille branche qui n'en rate pas une, s'etait planquée derrière un autre géant avec lequel elle a sympathisé pour me faire une farce et ils s'en sont donné à coeur joie! J'étais si heureux d'être en vie et de l'avoir retrouvé que je ne me suis pas mis en colère de suite. Ma maîtresse m'a saisi et couvert de baisers pour s'excuser de m'avoir tant effrayé, puis m'a présenté son compagnon d'amusement en m'expliquant le pourquoi de cette couillonnade. C'est un subterfuge pour faire rire ce pauvre colosse au coeur tendre qui a la larme à l'oeil et s'attriste de jour en jour, l'âme solitaire. Vous n'allez le croire, mais nous avons en commun, le même penchant pour la race bovine. Malheureusement pour lui, elles ont changé de crémerie !! Les géants qui ont élu domicile sur ce versant de la montagne sont peu aimables mais craignent par dessus tout les bêtes à cornes, sauf notre nouvel ami qui est fleur bleue ce qui lui a valu d'être banni...

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Pour me rendre service et se faire pardonner d'avoir ri de moi, il m'a laissé m'exprimer à travers lui, pour rallier à ma cause, les troupeaux environnants. Nous nous sommes amusés à tour de rôle à jouer à "la boite à meuh" avec ma vieille. L'écho a porté nos mugissements vers les quatre derniers gardiens, les plus vindicatifs et monstrueux qui nous attendaient au tournant. Ils étaient tétanisés et aussi inoffensifs que du bois mort lorsque j'y ai déposé quelques sms bien senti !!(envie qui me tenaillait depuis un bon moment). Plus loin, on a profité des "tours de guet" mises à notre disposition pour s'y hisser tout deux et faire un repérage, ce ne fut pas une mince affaire, croyez moi! Un troupeau se trouvait effectivement en contrebas du lac, au beau milieu du seul et unique chemin à emprunter, j'en piaffait d'impatience. J'ai de suite senti une certaine nervosité chez la vieille qui soudain n'était plus pressée d'arriver, la frousse venait de changer de camp ! Toutes les conditions étaient enfin réunies pour que mon bonheur soit total...Encore que ! Je n'ai toujours pas repéré mon pote ce qui met une ombre à mon tableau.

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Puis soudain, le voilà ! Nous retrouvons notre compagnon avec plaisir. Il ne semble pas s'être aperçu de notre absence et encore moins de l'aventure que nous avons vécu. Assis sur son banc, plongé dans sa rêverie, il contemple le monde à ses pieds et goûte au silence, maintenant troublé par la vieille. Elle lui fait part de son inquiétude a traverser le chemin envahi par les laitières et leurs petits, suggérant que quelques heures à rêvasser dans ce coin paradisiaque, serait bien agréable, après tout dit-elle "il y a pas le feu au lac!" Pour le prouver, elle décide de prendre un bain de pied auquel elle m'invite d'autorité. Mon pote et moi avons d'autres objectifs :  marcher d'un bon pas, progresser en silence, et faire fi des dangers et désagréments. Puisqu'on ne me demande jamais mon avis, je le donne : ce qui mérite encore quelques préoccupations à cette heure, c'est de savoir quand est-ce qu'on mange. Il y a des moments dans la vie où il faut prendre le taureau par les cornes, c'est une question de survie !! Pour me punir de ma rébellion, ma maîtresse m'a renvoyé dans mes foyers, malgré cela la truffe à ma fenêtre, j'ai quand même pu échanger un regard qui en dit long avec un bel ours, du genre de ceux que j'ai dans mon panier, moins disproportionné bien sûr...

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Mes belles amies ont revêtu leur plus belle robe pour ce retour à l'alpage, le pied montagnard, elles flânent les mamelles gonflées. Leurs têtes plongent avec délice dans le champ fleuri où foisonnent une multitude de petits habitants. Au gré de leur préférence alimentaire le lait change de saveur, reste mystère et surtout plaisir pour le broutard qui vient encore profiter de ce breuvage. Malgré un nez imposant, elles font leur choix sans difficulté et leur langue s'enroule délicatement autour du bouquet de fleurs multicolores qu'elles ont choisi. De temps à autre, l'une d'entre elles, la tête levée, tousse, puis se lèche le mufle et nettoie ses naseaux puis replonge à nouveau en pays de gourmandise. A force de jappement plaintif, je me suis fait reconnaître par mes copines, celles qui n'étaient pas occupées à allaiter leur petit, sont venues me faire les yeux doux. Ma patronne s'est prise quelques suées, m'exhortant à me taire, tout en traversant le troupeau d'un pas rapide, style marche nordique ! Finalement, elle atteint la forêt de pins avec soulagement en s'essuyant le front et me laisse enfin mettre pied à terre tout en me sermonnant. La fraîcheur me saisi et la pénombre étrangement m'aveugle. Instinctivement, je me retourne vers la clarté du jour que les conifères ont auréolé de dentelle noire, magnifique écrin pour ce versant de la montagne que je quitte à regret. Il m'offre le spectacle dont jamais je ne me lasse, celui du ciel et de la terre cheminant ensemble sous la lumière... 

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Nous avons repris notre route, sans crainte, car là-haut les gardiennes qui broutent, fidèles à leur poste, ne céderont pas le passage aux géants belliqueux. Seuls ceux qui aiment les animaux auront droit de cité de ce côté-ci de la montagne. J'en ai croisé quelques uns avec qui j'ai sympathisé et beaucoup ri. "Il est poli d'être gai" c'est ce que dit souvent mon pote... mais où est-il d'ailleurs ? Il s'est fait rare et distant. J'ai peur d'avoir montré trop d'attachement à mes vaches et qu'il en ait conçu quelque chagrin. Nous n'avons pas non plus, comme à notre habitude, tracé la route ensemble, moi mettant mes pas dans les siens. Se pourrait-il qu'il m'ait cru capable de l'abandonner ? Je n'ose y croire, même si de mon côté, un long moment je l'ai soupçonné de pareille infamie ! J'étais encore à m'interroger tout en forçant l'allure, quand soudain mon coeur s'est emballé en apercevant sa silhouette solitaire, un peu voûté sous le poids de... Mon casse-croûte! Chassez le naturel, il revient au galop. Désolé ! je n'y suis pour rien, mon estomac me rappelle souvent à l'ordre et pas toujours au bon moment.

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J'ai rattrapé mon compagnon de route et me suis glissé à ses côtés, il m'a jeté un bref coup d'oeil, comme si nous ne nous étions pas quittés de la journée et m'a dit : "qu'est ce que t'en penses zigouioui, ce serait pas l'heure de manger ?" La vache !!! Il est comme ça mon pote, il sait tout, comprend tout, fidèle au poste, même dans la tempête il perd pas le nord. Je jette un regard derrière moi, pour voir où en est ma vieille, ce serait ballot que je la perde ! Rassuré, je me laisse bercer par les lointaines sonnailles, quelques parasols rouges attirent mon regard, un drapeau claque au vent et me salue et quelques odeurs diablement tentantes réjouissent mon estomac qui grogne d'envie. Et moi, le coeur gonflé d'une joie sans pareil, bombant fièrement la poitrine, je regarde ce géant qui marche prés de moi et m'aime tant. Une serveuse toute vêtue de pastel, dispose sur la table, bon nombre de victuailles, je jette un coup d'oeil protecteur autour de notre table, pour apercevoir, cerise sur le gâteau, une belle vache rien que pour moi, prés de laquelle je me suis endormi une fois mon ventre bien rempli !

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"Une jolie fleur dans une peau d'vache
Une jolie vache déguisée en fleur
Qui fait la belle et qui vous attache
Puis, qui vous mène par le bout du cœur..."


 

 

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16 juillet 2017

« On n'a jamais autant besoin de vacances que lorsqu'on en revient. »

 "La vue, le toucher, l'ouïe, l'odorat, le goût... Ne font qu'un seul et unique sens... Le plaisir !"

"Le monde ne suffit pas" certains le disent ... J'ai le bonheur d'avoir découvert le paradis et plus encore d'en profiter sans avoir à rendre mon dernier souffle !! Tous les ans, je prends un bain de jouvence dans cet Eden. Depuis maintenant 14 ans, je n'ai pas d'autres horizons que le Tirol...Je profite du fait que Charly se repose (C'est bien connu, les vacances ça fatigue !) pour faire cette aparté. Il vous contera trés bientôt ses nouvelles aventures, pour l'instant, il gère son "moody blues" comme a chaque retour... Dans ce beau pays où nos cinq sens sont en éveil et toujours comblés, il est bien difficile de faire un choix. Je vous propose de découvrir celui que nous avons fait et qui est d'une grande importance : où déposer nos valises et nos soucis!! C'est à Sankt Johann in Tirol, niché entre le majestueux Wilder kaiser et le Kitzbüheler Horn, que se trouve notre jolie pension Noëlla, havre de paix où l'on vient se ressourcer chaque année.

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Tous les ans, nous débarquons comme prévu, dans les mêmes chambres que nous réservons à chaque fin de séjour. C'est un peu comme chausser ses pantoufles à peine arrivé chez soi ! Nous retrouvons avec plaisir les maîtres des lieux : Andréa et Roeland qui jour après jour, du soir au matin, nous accueillent avec le sourire. Charly y est le bienvenu, sauf bien sûr à la salle à manger, tout comme Sammy, son copain Caniche, gardien de cette maison.

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La cuisine est délicieuse et variée et nos hôtes sont aux petits soins pour nous. Tous les jours, de suite aprés le petit déjeuner, nous partons en randonnée. Si besoin est, Roeland nous apporte quelques compléments d'informations ou des suggestions de balades, lorsqu'il est disponible. Bref, tout se déroule à la perfection. Rien ne vient troubler ce séjour idyllique. Tout est là, immuable, les panoramas grandioses, les alpages d'un vert si particulier que surplombent encore les cimes enneigées. La lumière, quelque soit son intensité, glisse et enveloppe d'une façon particulière les calvaires et les clochers ronds et colorés des églises. Elle nous guide vers des bancs qui se languissent de nous. Dans ce décor naturel d'une beauté à couper le souffle, on goûte au silence assourdissant, béat et contemplatif. Le vent gentiment nous pousse à reprendre la balade, capte pour notre plaisir, quelques notes de musique tyrolienne, un chant, un rire et des effluves de vanille, de crème ou de pommes de terre roties qui nous font frissonner d'envie. Tout est traditionnel ; la cuisine, les costumes, les maisons, le mobilier...Puis, plus loin encore, des fermes isolées, s'accrochent à flanc de montagne. Les chevaux sauvages y caracolent et de belles vaches nous regardent passer, vautrées sur des prairies aux fleurs multicolores...

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Et soudain, dans l'euphorie du moment, un petit grain de sable vient enrayer la meilleure des mécaniques et voilà, fini le bonheur tranquille, les envolées lyriques ! Lors d'une de nos balades, Charly qui s'était installé sous un banc à l'ombre, pendant une petite pause, s'est mis à renâcler, s'étrangler, impossible de trouver une solution à cette situation qui devenait préoccupante. Jusqu'à notre retour à la pension, nous avons espéré que ça passe, même si, fort heureusement, il avait quelques périodes d'accalmie. Nous avons attendu de lui donner son dernier repas pour prendre une décision. Et c'est vers Andréa et Roeland que nous nous sommes tournés tout naturellement pour leur faire part de notre désarroi et notre inquiétude. Déjà, le doux parfum des vacances devenait éphèmère... Nos hôtes ont pris contact avec leur vétérinaire qui a déclaré, à notre grande surprise, être disponible vers 21h30 ! Notre Charly a eu la visite à domicile (Hé oui !!) du Dr. Lucia Miklosova, une charmante jeune femme, accompagnée de Roeland qui a gentiment fait le lien, en traduisant cette consultation. Je précise qu'en plus de l'heure tardive, c'était un jour férié !! Deux piqûres et un diagnostic plus tard, nous pouvions à nouveau "respirer". Il suffisait dés le lendemain de nous rendre à la clinique de Kitzbühel pour d'autres examens si son état n'évoluait pas vers un mieux. Aprés une nuit réconfortante, nous étions frais et dispos le lendemain pour une nouvelle randonnée, Charly en tête !!

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Deux jours plus tard, j'ai volé la vedette à Charly ! Un petit souci de santé persistant, que je n'ai pu résoudre avec ma petite trousse à pharmacie, m'a obligé à déranger Roeland à nouveau, à mon grand embarras. J'ai quitté la pension Noëlla sitôt  avoir pris mon petit déjeuner, munie d'un plan avec l'adresse de leur docteur (ou la possibilité de demander au centre de tourisme la liste des autres médecins de Saint Johann) ainsi que la localisation d'un parking gratuit au plus prés. Le Docteur Haas et deux assistantes médicales m'ont reçu avec patience et amabilité. Les analyses de sang etc ont eu lieu sur place, à mon grand étonnement et mon soulagement! Une heure plus tard, j'étais devant la pharmacie avec mon ordonnance (en tenant compte du délai dans la salle d'attente). Ma carte européenne d'assurance maladie a été mon seul sésame ! Je n'avais plus qu'à me soigner et m'hydrater correctement : un peu plus d'eau que de Radler !! Dehors, mes compères m'attendaient plein d'espérance et nous avons pu profiter agréablement de la journée entière à randonner sans souci. 

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Bien souvent, je me demande où les tyroliens passent leurs vacances... Peut-être en Autriche !!

 

"Le pays du "Kein problem" ne m'en pose qu'un seul : celui de ne plus vouloir rentrer chez moi !"

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06 juin 2017

"Si j'aurais su, j'aurais pas venu..."

« - Ah! qu'un beau jour, songeait le roi, quelqu'un m'aimât pour moi-même, sans trahison, ni calcul, ni mensonge. - L'aumônier dit: - - Prenez un chien. »

 

Depuis quelques jours qui me paraissent une éternité, je mijote doucement dans ma carrée où règne une étouffante atmosphère de 27°. Je ne demande pas la lune, qu'il s'agisse d'un temps de chien ou du beau temps, j'en veux un peu, mais pas trop, on est pas des bêtes!! La seule chose que je réclame insatiablement et pour laquelle le trop n'est pas assez, c'est ma pitance. Dans la pénombre, du soir au matin, j'ai l'étrange sensation de pesanteur et je perçois dans mon sillage un odeur de renfermé, je crains de finir momifié, tant je me dessèche. Mes vieux ont décidé de prendre la fuite et tenter leur chance dehors, le top départ est pour demain. Cette nuit, la pluie s'est enfin invitée et un délicieux courant d'air frais s'est engouffré dans notre appartement sous les toits. Comme portes et fenêtres étaient ouvertes, j'en ai profité pour me glisser discrètement dans la chambre de mes "parents", traînant avec moi, mon panier préféré. Je me suis endormi bercé par les ronflements de mon pote ! Bien m'en a pris, ni lui, ni moi n'avons entendu l'orage gronder...Je vous invite à profiter avec moi de cette sortie, fort prometteuse. Le soleil s'est levé paresseusement ce matin et le fond de l'air est frais. Prenez une petite laine ou un coupe vent, ce serait un comble de se retrouver fiévreux alors que la canicule rode...

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Je trotte allégrement aux côtés de mes maîtres, pressé de découvrir avec eux ce nouveau territoire. Tout me semble idyllique, à peine avons nous quitté la voiture, que déjà un banc sollicite notre présence. Je n'ai pas eu le temps de réfléchir à cette opportunité car la vieille fait des siennes ! Il faut toujours que je les ai à l'oeil ces deux là ! Mon pote s'est improvisé photographe pendant que ma maîtresse me fait quelques infidélités... Elle se laisse attendrir et séduire par quelques goinfres, quémandant caresses ou nourriture. Je ne puis tolérer cette abus de confiance. On ne travaille pas depuis dix ans pour que ce soit à fonds perdus. N'écoutant que mon devoir, je me suis précipité pour mettre fin à ce gaspillage, protéger ma vieille et mes intérêts...Un cri strident, des plaintes rageusement exprimées, mi-douloureuses, mi-effrayées ont soudain tétanisé tout le monde. Même le photographe qui a immortalisé ce moment en témoigne ! En voulant monter au filet, votre serviteur, s'est retrouvé pris au piège. Et c'est dans les bras de mon pote que j'ai trouvé refuge, espérant un peu de réconfort et de sollicitude. Encore faut-il que j'attende la fin d'un débat sur la raison de mes déboires, y manquerait plus que ça tourne au vinaigre ! La patronne assure que j'ai pris un coup de jus, mon compère touche le maillage et ne sent rien, résultat des courses en guise de consolation, ils m'ont fait deux "compliments" : douillet et trouillard. Si j'aurais su j'aurai pas venu !!

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J'ai pris les devants, ma façon à moi de leur tourner le dos ! Contrairement à ce qu'ils racontent, je suis très endurant et question débrouille, j'ai pas de leçon à recevoir. A bien y réfléchir, on est jamais mieux servi que par soi-même, aussi j'ai trouvé refuge et apaisement auprès du seul ami de l'homme, moi !! Ayant momentanément coupé le cordon ombilical avec mes vieux, j'ai patrouillé par-ci, par-là. Tantôt je baguenaudais à l'orée de la forêt, tantôt derrière les stères de bois qui délimitent mon chemin forestier. C'est là que j'ai découvert un banc légèrement ombragé, invisible d'hypothétiques passants et donnant sur le charmant village que nous venions de quitter. J'étais sur le point d'en faire profiter mes maîtres, quand il m'est revenu comme une petite amertume au bord des lèvres. N'ayant toujours pas digéré la toquade de ma vieille pour quelques bêlants, ce qui a failli me rendre chèvre, j'ai tout simplement omis de les informer de ma trouvaille. Un petit regard en arrière, résistant à la tentation de faire demi-tour, j'ai courageusement repris ma route, à découvert.

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Le soleil qui depuis ce matin s'étirait avec indolence, s'est finalement décidé, lui aussi, à partir en balade. Il semble bien proche de son zénith. C'est toujours à ce moment là qu'il s'installe et dispense généreusement ses lumières, un peu trop à mon goût. Étant, moi aussi, très éclairé, j'ai rapidement traversé ce no man's land. Seules quelques irréductibles et stoïques sentinelles persistent à faire leur devoir. J'ai retrouvé ma forêt baignée d'une lumière tamisée, le sol bien que sec, m'a fait profiter de la fraîcheur des dernières pluies. J'ai pris grand plaisir à fouler le tapis de feuilles, vestige automnal. Jadis, les grands feuillus les ont porté aux nues. A même les racines, ce tapis se veut caressant, bruissant une supplique que le récital des oiseaux couvre sans ménagement. Je suis attentif à ce murmure et m'amuse de cette litière où se nichent de minuscules habitants qui s'en repaissent. Petit à petit sous mes pas, les feuilles se désagrègent. Sous les rais lumineux, de petites particules mordorées se diffusent en halo autour de moi et viennent poudrer mon museau, je n'en finis plus d'éternuer !

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J'ai pris le large, histoire de reprendre mon souffle, quand j'ai aperçu au loin, à peine dissimulé par le sous-bois, un toit ! La forêt s'est entr'ouverte, les feuillus cèdent le pas aux fûts, qui ont du fait de leur grand âge, perdu bien du ramage, laissant ainsi passer plus de clarté. Les couleurs sont plus soutenues et l'on se croirait à l'approche d'une de ces clairières de conte de fées...Sous mes yeux, un petit coin de paradis me laisse rêveur. Il m'offre l'occasion de rendre la pareille à la vieille, une petite leçon profitable ! Une allée plantée de fleurs mène à une maisonnette. Après en avoir fait le tour, j'ai acquis la certitude que des petits d'hommes en sont les habitants. Ils doivent être nombreux, sept ou plus, si j'en juge les tables et bancs ainsi que les réserves de bois et la graaande cheminée du barbecue !! J'ai toutes les chances de devenir la star de ce petit groupe. Ayant décidé de changer de crémerie, je m'apprêtais à faire mes adieux à mes deux retraités, sur le point de me rejoindre.

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Comme souvent lorsque je dois prendre une grande décision, mon estomac se noue et la faim montre ses crocs ! le doute me prend en otage, l'incertitude me gagne !! Je jette un regard attendri à mes "deux" qui se portent à ma hauteur. Je sens bien que je leur suis un indispensable compagnon pour leurs vieux jours, eux qui portent si fidèlement mon paquetage... Je dois encore répondre à une question qui me permettra de prendre la bonne décision : Quand est-ce que les proprios de ce havre de paix, vont rentrer au bercail ? Instinctivement et pressé par le temps, j'ai opté pour la survie en rattrapant mon ravitailleur qui imperturbable traçait sa route. En découvrant, au creux des arbres et de quelques roches, d'étranges figurines à la mimique malicieuse et énigmatique, je me suis consolé de ma décision. Ce jeu de piste, semble le moyen idéal pour des petits êtres maléfiques et gourmands, de piéger quelques naïfs vers cette clairière un peu trop paradisiaque. En repensant au barbecue imposant, je me dis qu'il n'y a pas de fumée sans feu !! Une petite centaine de mètres plus loin, la vue s'est dégagée, un joli banc sur une pente moussue m'attend pour que je me remette de mes émotions. Je jette un coup d'oeil en arrière, ne tentons pas le diable une deuxième fois, il pourrait changer d'avis, pressons le pas mes amis...

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Tout en douceur, on se laisse porter par nos pas vers la vallée, la chaleur est à son comble, mais fort heureusement sur mon chemin, j'ai pu prendre des bains de pied rafraîchissant, sans modération. Ma préférence va toutefois à la fontaine, elle m'offre une baignade pépère et sans risque et je peux, le cul dans l'eau, m'y asseoir et humer les parfums de mousse et de fougère. Nous avons longuement cheminé le long du ruisseau, puis nous nous sommes séparés à regret pour prendre un petit chemin gravillonné. Le long de celui-ci court un petit ru qui s'enfuit, tout en faisant la course avec des tracteurs ou cyclistes plus à l'aise sur le bitume. La vieille s'est enfin aperçu de ma présence et me porte pour que mes ongles bien usés ne me fassent pas souffrir. En parallèle au petit cours d'eau, un long grillage, dont je ne veux en aucun cas m'approcher, délimite une prairie où gambadent biches et daims. Mon pote a trouvé un banc à quelques mètres de là, pour y manger et profiter du spectacle sans risquer une électrocution, quelle délicieuse idée ! La vieille traîne encore captivée par le spectacle. Je tourne la tête pour suivre mon pique-nique du regard, pressé qu'on le rejoigne et là, stupeur et tremblement !! Un congénère, mais de basse extraction, avec une idée derrière la tête que je devine aisément, prend le pas de mon pote d'une démarche débonnaire...

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La vie de chien, n'est pas facile ! Il faut sans cesse lutter pour garder sa place alors que d'autres, pique-assiettes, vils flatteurs, tentent de s'approprier en un court instant, le fruit d'un labeur acharné, lentement remis sur l'ouvrage!! Bon, c'est pas le tout de blablater, faut que je joue serré pour gagner ma pitance ! Je suis resté aimable, une part pour lui, une part pour moi. Mon pote ne m'a pas demandé mon avis ! Dieu merci, mes croquettes : je les ai consommé sur le banc à la bonne hauteur et sur haute protection, y'a encore du respect pour les vieux !! Mais quand même, j'ai bien du mal à digérer tout ça...On a remballé les affaires et malheureusement j'avais vu juste, le pot de colle était aux premières loges. Pour protester, j'ai fait un sitting, tardivement remarqué par les trois affreux qui avaient repris la route. Ma patronne m'a installé dans ma retraite où j'ai pu à loisir méditer sur l'inconstance des sentiments qui seule perdure... Au fond de mon oubliette, j'observe cet ersatz, pâle copie de l'être exquis qui vous cause, urinant aux quatre coins avec une obstination louche qui donne à penser qu'il est, ni plus, ni moins, qu'un pisseux !! Voilà qui est dit... Il a continué à faire avec nonchalance, le guide à ma place. La patronne lui a même fait une caresse, pour finir elle a flâné, pris des photos, au point que j'ai perdu de vue mon pote infidèle et mon voleur. A force de remuer dans mon antre, ça m'a échauffé la bile et j'ai "rendu" ma jalousie et ma rancoeur, le long de ma "fenêtre" et des vêtements de la vieille. Ce qui, je ne vous le cache pas, m'a fait un bien fou... 

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J'ai appris beaucoup au cours de cette sortie et surtout...que tout vient à point à qui sait attendre !! Du haut de ma citadelle, j'ai assisté avec délectation à la désertion du gros tacheté, sous les yeux interloqués de mes maîtres enfin retrouvés. Il nous a faussé compagnie, laissant tomber sa proie pour squatter une coquette résidence bien plus tentante à son goût, il est loin d'être bête le bougre ! J'ai aussitôt mis pied à terre avec l'aide de mon pote qui a pu constater avec inquiétude mon état de santé... J'ai fait l'objet d'un suivi vigilant sur la route du retour alors que je menais fièrement ma mauvaise troupe, tout heureux de bénéficier enfin de l'attention qui m'était due !! J'ai fait un écart en passant prés de quelques chevrotants venus donner la patte, craignant que l'histoire ne se répète. Seul mon pote s'est brièvement attardé, leur accordant une furtive caresse. Dans un souci de réconciliation, j'ai fait mine de ne pas m'en apercevoir. Fidèle à moi-même ( au moins je ne suis pas déçu ) j'ai préféré rendre visite à Marguerite, une amie très chère, parce que fiable et sachant rester à sa place !

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Une fois chez moi, mes vieux ont ouvert les volets et fenêtres, un petit courant d'air s'est engouffré dans l'appartement. Je me suis installé sur la terrasse, prés des fraisiers sur lesquels je veille jalousement. J'étais venu là pour bouder mais j'ai très vite perdu le fil de mon idée ! Ma curiosité et ma soif d'apprendre ont profité d'une représentation du haut de mon balcon, donnée par des deux et quatre pattes. Un tranche de vie est mise en scène sous mes yeux plein de candeur ! J'étais cette fois un spectateur avide, distant et protégé... Les rires venant de la cuisine m'ont fait levé l'oreille droite. Rentrant à l'intérieur, j'ai suivi une chaude effluve de rhum raisins, qui ne m'était pas encore parvenu, me rappelant qu'il ne faut point déroger aux us et coutumes d'une maison : tea time !!

 

"Heureux qui sait pardonner. Plus heureux qui peut oublier!"

 

 

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14 mai 2017

« Le pays de l'homme, c'est son caractère ; le pays de la bête, c'est son maître. »

 

"Même un chien trouve immangeable une querelle de ménage."

 

Ces derniers jours, je n'ai mis la truffe dehors que pour mes deux sorties hygiéniques, pas une de plus ! Que ce soit le matin avec mon pote ou l'aprés-midi avec la vieille, à chaque fois j'ai pris la saucée. J'ai battu mon record : 5 minutes, montre en main, aller et retour tout compris ! Comme vous le savez, la vieille a rejoint notre club des seniors. Elle pensait en prenant ses nouvelles fonctions, que cela lui serait profitable, mais ses os et ses articulations se sont mis aux normes "ancien combattant" . Elle s'ankylose et râle à tout bout de champ ! Mon pote en rajoute : "On va pas vers le beau ! T'as pris un coup de vieux..." Il règne un petit côté "guerre froide" qui me pèse...Pour se consoler de ces discussions à fleurets mouchetés, ma patronne s'est mis à la pâtisserie. Une délicieuse idée qui m'a distrait de ses jérémiades et je l'ai à nouveau classé dans mes "bonnes fréquentations". Sans plus attendre, je me suis installé à la cuisine. J'ai veillé longtemps sur le gâteau pendant qu'il refroidissait pour finalement assister avec une inquiétude grandissante, à son emballage. Puis mon pote l'a embarqué dans la voiture et moi avec ! Quand il s'est garé plus loin, j'ai alors caressé l'espoir que nous en ferions la dégustation. Mais il a disparu avec mon "précieux" sous le bras me laissant sur ma faim, avec pour seule info un laconique "pas bougé". Ayant patiemment attendu son retour avec l'objet de ma convoitise, j'ai bien vite déchanté, seul mon pote m'est revenu et ma gourmandise "voguait" déjà au pays breton chez mon cousin Jules...

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J'ai repris mon train-train dans ma prison dorée, mais tout comme mon maître, je m'en suis lassé ! Décision fut prise de m'ennuyer parce que ça occupe et demande énormément de temps. Tout d'abord en choisissant un panier approprié pour cette activité, j'y ai installé mon auguste postérieur après avoir tourné sur moi-même un bon nombre de fois. J'ai recommencé à trois reprises pour enfin trouver ma place. Posant mes deux pattes de devant sous ma tête, baillant à m'en décrocher la mâchoire, j'ai poussé trois ou quatre profonds soupirs, histoire d'expulser toutes ondes négatives et je me suis mis au boulot ! C'est un travail de longue haleine, d'une grande complexité qui requiert patience et "zénitude" ! De son côté, mon vieux, préférant ne rien faire, passait d'une fenêtre côté nord, à l'autre, côté sud, bougonnant contre ce p..... de temps qui le retient prisonnier entre ses quatre murs.

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Finalement alors que je me ratatinais dans mon panier, mes os menaçant de faire une partie d'osselets, une belle éclaircie est venue dérouler ses promesses au pied de mon panier. Derrière la baie vitrée où je m'hypnotisais jusqu'alors à regarder le ciel pleurer, je m'ebroue avec rudesse pour sortir de cette morbide torpeur. Trois prisonniers ont mis un point final au plan d'évasion concocté à la va-vite, en s'engouffrant dans la voiture. Ce n'est pas avec des idées fixes qu'on avance et mes vieux l'ont enfin compris ! C'est parti pour une nouvelle aventure aux pays des lutins, territoire inconnu, pour élargir notre horizon.

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Ma bottine en place, j'attends mes deux sherpas, chacun en charge du matériel de survie; mon pique-nique et ma "retraite". Nous entrons très vite dans la forêt, située à quelques pas du parking. Dans un silence monacal, on progresse à la queue leu leu. Ayant stoïquement affronté quelques déconvenues il y a peu, ajouté à cela, l'enfermement avec deux compagnons de cellule mal lunés, j'étais fermement décidé à mettre un terme à cette poisseuse atmosphère. Évidemment j'aurais pu laisser passer l'orage et faire le dos rond, mais la faculté me l'interdit...

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J'ai acquis beaucoup de connaissances en dix ans de fréquentation assidue des humains. Je comprends beaucoup de choses et suis très autonome mais la seule chose qui dépasse mes compétences, c'est le rire !! C'est quelque chose qu'j'sais pas faire, seul les deux pattes en détiennent le secret. A mon goût, mes vieux partagent ce bienfait avec avarice, il a pour moi autant de saveur qu'un bon repas et je ne m'en lasse pas. Mes patrons devraient le pratiquer aussi souvent que je remue la queue. Ça les libère d'eux-mêmes, quand à moi, il me rafraîchit des pieds à la tête, qu'on se le dise ! A force de philosopher le long du chemin, le péripatéticien que je suis, a fini par se dessécher le gosier. Il semble qu'enfin la chance me sourit, à  peine le temps d'ébaucher mon envie de me désaltérer que déjà ma soif était étanchée. A la claire fontaine, j'ai trouvé l'eau si claire que je n'ai pas voulu m'y baigner de peur d'en troubler l'onde où se mirait mon altier profil... Mon compère a proposé de nous prendre en photo. J'ai bien volontiers posé en tant que médiateur. Les compétences et l'humanisme dont je fais preuve sont reconnus et sollicité pour ménager la chèvre et le choux ! Mais ne me demandez pas "qui est qui"....

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Un moment donné, quelques murmures de rébellion au creux de mon estomac, m'ont rappelé à l'ordre. Je suis depuis bien longtemps asservi à toutes ses demandes du soir au matin. Mais, j'étais sans espérance, persuadé que mes vieux avaient perdu l'appétit ! Les deux tablées, en terrasse et à l'intérieur, n'ont même pas déclenché le réflexe pavlovien, par moi tant espéré. Ils sont restés de marbre. Je suis passé devant eux, en menant la cadence, pour être dans les temps. On reprend la route assombrie par d'interminables enfilades de sapins, ce qui n'arrange pas mes affaires, ni la morosité ambiante. De temps à autre, quelques feuillus baignés de clarté viennent remplacer les conifères, sous la surveillance de mirador de chasse, guetteur solitaire et infatigable. Un peu comme moi ! 

strohbach (35)seelbach suite (28)             Alors j'ai décidé de m'acagnarder, en m'installant dans ma "retraite". Bien embusqué, je reste à l'affût, espérant dénicher un petit peu de temps perdu... S'il passe prés de moi, je l'emprisonnerais, pour qu'il sonne à mon bon vouloir la seule heure qui m'est un réconfort : midi ! Mais le temps m'échappe sournoisement, c'est bien le seul que l'on ne peut mettre en cage. Tel est pris qui croyait prendre. Je n'en suis pas le maître mais son servile sujet et en attendant qu'il me sonne, j'ai trouvé refuge au pays des songes. Soudain, notre chemin bute sur "un boulevard" de pierres à peine tassées. D'une largeur de quatre à cinq mètres et d'une impressionnante épaisseur, elle traverse la forêt comme une plaie ouverte. De l'autre côté, mes vieux croûtons ont vainement tenté de retrouver l'autre moitié de notre itinéraire. Rien, pas même un panneau jaune, jeté aux orties !! Finalement, ils se sont engagés dans un crapahut des plus désagréables sur cette étrange avenue. Pas moyen d'être peinard, j'ai mis le nez hors de mon "sweet home" pour leur dire ma façon de penser : "si vous ne voulez pas faire en sorte de m'arranger, ne me dérangez pas !!" Se pourrait-il que je sois contaminé ? Ils ont réussi à me mener au pays des rouspéteurs !!

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Après une longue marche chaotique, j'ai préféré mettre pied à terre. Nous passons devant une grande ferme, qui bénéficie d'un joli point de vue, agrémenté d'une terrasse des plus conviviale. Mais malheureusement aujourd'hui c'est leur ruhe tag (jour de congé). Je sentais monter en moi le "maudit" blues en suivant la route goudronnée qui descendait lascivement vers une autre forêt... Un petit ru, nous suivait sur le côté droit de la route. Son clapotis a fini par m'apaiser à tel point que je progressais machinalement sans plus prêter attention alentour et ce sont mes vieux qui m'ont rappelé à la réalité. J'ai amorcé un demi-tour pour les rejoindre. Ils riaient, se moquant de moi, installés sur un banc. Puisque bien malgré moi, j'avais pu les dérider, je n'allais pas à mon tour, me montrer susceptible et bouder, d'autant plus que l'heure de manger venait enfin de sonner. Tout compte fait, je préfère que ce soit eux qui vide mon sac, plutôt que moi !

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Mes vieux se prélassent l'air béat, en plein soleil, si rare en ce moment. Ils m'ont installé sous le banc, un petit coin tranquille avec vue, pour je puisse contempler l'astre radieux, à l'ombre. J'ai englouti à toute vitesse ma ration de croquettes, car ce qui est à moi, reste à moi, mais ce qui est à mes vieux restent négociable...La vieille nous a concocté une copieuse salade maison. Le partage a été drastique me concernant, heureusement mon compère y a rajouté quelques épluchures de pommes et autres bricoles. Je ne peux pas tout vous dire, car la patronne nous surveille. Il nous faut ruser souvent, mon pote et moi pour manger à notre faim. En sirotant notre café, le regard droit devant nous, on observe au loin, des hommes en plein travail sur la nacelle d'une éolienne. Voilà le pourquoi de cette trouée pleines de caillasses dans la forêt. C'est une voie d'accés pour les lourds camions qui transportent, les mats, les pales et tout le matériel nécessaire pour créer un parc éolien.

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Petit à petit, l'atmosphère s'est détendu, il flottait dans l'air du temps un peu plus de douceur. Un regard furtif, puis un sourire, le deuxième suit et l'envolée d'une rigolade, éprise de liberté, s'échappe vers les hauteurs. En percutant les ailes du moulin à vent, elle nous revient comme un écho, en éclats de rire contagieux. Et moi, heureux, remuant la queue, je me désaltère d'un bonheur retrouvé... Aux abords du village de Strobah, nous avons fait une dernière pause. Je me suis endormi comme de juste, sous le parfum du lilas, bercé par le bourdonnement des insectes. Le carillon de la chapelle m'a gentillement réveillé, au passage le petit lutin de bois m'a adressé un clin d'oeil. Sur le chemin du retour, mon compère a stationné quelques instants prés d'un beau champ de couleurs, pour y cueillir une bouquet de fleurs. Pendant ce temps, j'ai pris la pause pour plaire à ma patronne. J'en ai profité pour saluer une bonne copine à moi ! Malheur à moi... 

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...C'est une grande spécialiste météo, elle m'a confié qu'il pleuvrait dru, dés demain et ce, pour deux, trois jours ! J'hésite à être le porteur de cette mauvaise nouvelle, mes "soupes au lait" sont encore fragiles. Je ne fais ni la pluie ni le beau temps malheureusement ! Couché dans mon panier, sur le siège arrière de la voiture, je commence à me sentir aussi triste que la pluie et surtout très ennuyé par ce secret bien lourd à porter. Mes maîtres n'ont pas encore atteint le dernier échelon "vieux sages" pour faire un bon usage de mes découvertes. Une journée en plus est une journée en moins, je n'en démords pas et pis c'est tout ! C'est peine perdue que de vouloir tuer le temps ou d'en arrêter le cours, il fera son oeuvre de toutes façons. Faites comme moi, laissez vous porter par lui pour faire un beau et long voyage, les pieds en éventail ! J'oubliais : et pis c'est tout !!

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Une fois chez nous, la vieille a proposé un petit café. On s'est attablé à cette bonne idée, mon pote a sorti les spéculos. La patronne qui s'était absentée un cours instant, est revenue avec "mon précieux" ou plutôt son sosie ! Elle avait doublé la mise profitant de notre absence. Ce fut une belle fin de journée comme je les aime. Contrairement à mes vieux, je me refuse à être mon propre prisonnier, beaucoup trop contraignant entre nous soit dit. La seule prison que m'est douce et j'en ai jeté la clé, c'est l'amour qui m'enchaine à mes "gâteux*" ! Et la mauvaise nouvelle ? me direz-vous. Je l'ai mangé ! Demain est un autre jour....   

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*gâteux : qualificatif donné aux vieux croûtons qui me dorlotent, me bichonnent et font mon bonheur contrairement à ce que l'on pourrait croire, rien à voir avec le fait de "sucrer les fraises" !

 

"Le temps est un grand maître, il règle bien des choses."

 

 

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24 avril 2017

"Quand on fait trop le grand, on paraît bien petit."

« Le rire est une chose sérieuse avec laquelle il ne faut pas plaisanter. »

 

Mes chers amis, je n'ai pas besoin de vous dire combien vous m'avez manqué. Cette année, la vieille rejoint mon pote dans le clan des retraités ! Elle farfouille dans la paperasse et ronchonne sans cesse, il n'y a plus que sa tête qui dépasse. Quand elle sort le nez de ses papiers, c'est pour se pendre au téléphone alors qu'il y a jamais personne qui y répond. Bref, ça lui prend son argent qu'elle n'a pas encore et surtout, tout son temps qui est le mien ! De mon côté, pour ne pas être en reste, j'ai moi aussi, fait ma demande de mise à la retraite et j'attends toujours. Tout à fait entre nous, je crains de perdre au change. Dieu sait quelle restriction ils vont m'imposer rien que pour me faire bénéficier du minimum syndical ! De jolies journées printanières défilent jour après jour et il devient impossible de résister à la tentation. Finalement, la patronne a levé le nez de ses archives poussiéreuses, pour mettre tout son coeur à nous concocter une balade aux petits oignons. Mon compère veut se taper des dénivelés, histoire de se roder et être aux taquets pour nos vacances au Tirol. Soyons réalistes, il faut bien quelques mois d'entraînement intensif pour que trois petits vieux atteignent les sommets ! le training sera à la hauteur, pour ça on peut faire confiance à la vieille....

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Et ça n'a pas loupé ! Sans échauffement, on se fait un démarrage en côte sur les chapeaux de roues, en prenant une petite route, réservée aux riverains. Les conifères, des plus jeunes aux plus aguerris, nous observent avec curiosité. Certains d'entre eux, se penchent avec complaisance, pour nous permettre de reprendre notre respiration sous leur ombrage. Le silence est perturbé par le bruit infernal d'un soufflet de forge, ponctué de quelques chuintements, ça sent le sapin du côté de mes deux acolytes ! Ils ont même réussi à couper le sifflet aux oiseaux... 

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J'ai fait une petite pause pour contempler avec envie l'habitat des fermiers. Y'en a qui dise que les paysans sont incultes. Y'a erreur, la culture, c'est leur rayon ! Depuis le temps que je patrouille dans le secteur, j'ai fait l'inventaire de ces exploitations agricoles. A chaque fois, je songe au beau métier de chien de ferme qui m'aurait tant convenu ! Pas étonnant qu'ils gardent jalousement leurs biens. La journée commence avec les chèvres, brebis et vaches qu'ils regardent passer et paître en attendant l'heure de la traite. Ils veillent aussi au grain et se couche le plus souvent devant les portes. Habituellement, c'est un lieu de passage où l'on est constamment dérangé. Je ne vois aucune raison valable pour y rester, sauf si, derrière celles-ci, sont entreposés quelques fromages triple crème. Quitte à monter la garde autant que ça vaille le coup ! Les lapins et poules bénéficient des fruits et légumes cultivés alentour. Le fermier, en retour, est récompensé de quelques oeufs ! Ben oui, les lapins aussi donnent des oeufs... De l'eau de vie et le miel de sapin permettent aux uns et aux autres, de passer sans souci, les hivers rigoureux ! Un petit étang est oxygéné et irrigué par un torrent qui se presse d'atteindre le village un peu plus bas. Et voilà un réservoir idéal pour des truites argentées qui frétillent allégrement en attendant de bouffer les restes...Rien ne se perd tout se transforme ! N'oublions pas mes amis pour la vie, compagnons de toutes les saisons: les cochons ! Le bois des forêts fumera le jambon et les saucisses et tiendra au chaud la maisonnée, tout au plaisir de regarder la neige tomber... Pour finaliser mon joli tableau, les plus beaux sapin de la forêt qui encerclent ce coin de paradis, seront abattus pour Noël ! Le pays de l'autarcie possède tout ça.... Sauf peut-être les boules !! C'est nous qu'on les a...

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J'ai quitté bien à regret cet Eden en trottinant pour rattraper la vieille. A ce moment là j'ai réalisé qu'elle portait sur son dos mon nouvel habitat. L'observant longuement sous toutes les coutures, je l'ai trouvé bien haut perché, plus que ma studette. Après maintes réflexions, je l'ai finalement baptisé "ma retraite" en hommage à ma maîtresse qui le vaut bien, enfin certains jours seulement ! Notre entraînement se poursuit à la hauteur de la demande de mon pote : monter, descendre puis remonter etc. Il faut varier les plaisirs. Elle nous a quand même emmené à 693 mètres. Mon compère a rendu son verdict : globalement, c'est bien ! Mais... Pourquoi faut-il toujours rajouter un "mais" ? De suite, ça nous emmène vers des débats philosophiques qui dérapent, c'est épuisant quand on marche ! "Dommage qu'il faille souvent s'arrêter pour s'assurer de notre itinéraire, ça casse le rythme" dit-il. La réponse de notre guide n'a pas traîné :" j'aime pas la marche "nez au sol, gardons le rythme", autant faire la même promenade ad vitam aeternam. Je serais aussi bien à la gym sur mon tapis avec pour seul horizon ma tronche dans le miroir."  La vieille n'est pas rancunière !! Il n'est pas évident de faire la part des choses entre les chemins proposés sur la carte et les nombreux autres n'y figurant pas. D'autant plus qu'ils coïncident une fois sur deux avec les options proposées sur les panneaux. La nouveauté, c'est problématique ! Moi j'm'en fous, la seule chose que je suis des yeux, c'est la bouffe et ma nouvelle résidence...

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Pour pallier à son manque d'orientation, la patronne a opté pour la mémoire photographique avec l'aide de google map. Elle consulte sa carte et ses annotations et nous annonce fièrement : là à droite, encore deux virages et on arrive à la fontaine...Pas de bol, un joli banc nous invite à faire la pause !  Mon vieux et moi, sans mot dire, avons fait mine de rien, histoire de ne pas lui faire perdre la face. T'inquiètes pas Charly, au prochain croisement, il y a une jolie cabane avec un peu d'ombre pour toi...Pas de bol, j'ai dû me contenter d'une souche d'arbre pour me mettre à l'ombre. Et ainsi de suite ! Les déceptions se succédant, ses commentaires sont devenus laconiques pour finir par des soupirs las et dépités. S'en était trop pour mon acolyte et moi-même. On a pris un peu d'avance pour se marrer en douce !! Tout compte fait, avec cette nouvelle méthode, notre balade s'est faite au ptit bonheur la chance. Nous allions de surprises en surprises en s'amusant comme des fous. Le plus incroyable, c'est qu'elle n'a pas perdu le nord, son itinéraire est un sans faute, seuls les "repères photos" étaient en désordre !!

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Soudain, mon complice nous ordonne de stopper et rester silencieux. Il perçoit des bruits et craint qu'on ne se trouve sur le chemin d'une harde. La vieille surveille nos arrières, j'assure la protection rapprochée de mon compère, mais rien, pas un bruit. Mais à force de persister, on découvre finalement l'origine de ces grognements barbares : c'est l'estomac de la patronne qui s'est rallié à mon leitmotiv "il faut vivre pour manger et pis c'est tout". Enfin une alliée de poids pour défendre ma cause, un bonheur ne vient jamais seul, dans la dernière montée, j'aperçois enfin le Brandeckturm. Nous installons notre camp de base et profitons d'un repas bien mérité. Pas un enquiquineur à l'horizon. Alors que je m'apprêtais à déguster mon café, moment que j'affectionne particulièrement parce que je l'accompagne d'un spéculos, un marathonien s'est arrêté un court instant pour nous saluer. Il a eu beau me faire risette, je n'ai rien partagé. Il a disparu après quelques étirements, tout aussi rapidement qu'il avait surgi hors du bois.

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J'ai fait ma petite sieste habituelle, sur les genoux de mon maître. Notre "guide" est monté dans la tour faire quelques repérages visuels, peine perdue nous le savons bien ! Mais il serait injuste et peu charitable de dissuader les bonnes volontés. Je me suis éloigné sous le prétexte d'un petit pipi. J'aime bien faire comme les filles, c'est confortable. J'en ai ras le bol de lever ma patte et rester en appui sur l'autre bancale !! Une fois cette affaire réglée, l'esprit plus libre, j'ai fait mon boulot de chien écolo, nettoyeur des forêts et autres contrées : une charogne par ici, un vieux croûton de pain par là etc... Oubliant la vigie qui m'a repéré immédiatement, en montant au créneau. De la-haut, elle m'invective et me traite de "hyène" avec un manque de délicatesse et de discrétion qui me hérisse le poil.

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Je suis retourné, la tête basse, vers mon boss qui remballait nos affaires. J'en ai profité pour passer une inspection plus poussée de mon nouveau logement, profitant qu'il était adossé au banc, juste à ma hauteur ou presque ! Il n'y a rien à redire question confort. Mais ce qui m'inquiéte, c'est de déménager dans un gratte ciel. Je crains d'avoir le vertige et que cet édifice soit un peu branlant. Lorsque j'étais dans ma studette, je me sentais tout contre le dos de ma maîtresse. D'une certaine façon, c'est moi qui tenait les rênes tout en ruant, gigotant et grognant pour donner mes ordres ou mes consignes. Par exemple: lui signifier de ne pas traîner pour prendre des photos car je perds de vue "mon grand timonier" ou exiger de descendre pour une urgence ou parce que je veux mettre pied à terre. L'armature qui nous sépare maintenant, me condamne à l'isolement. Certes il me donnera aussi de la grandeur avec un petit côté dominateur qui peut ajouter à mon charme. La vieille a coupé court à mes états d'âme en chargeant ma demeure sur son dos, moi, je suis à ses pieds ! Au bout d'une heure, nous sommes parvenus à la dernière étape de ce nouvel itinéraire pour finalement découvrir cette fontaine qu'elle nous promettait depuis le départ et là, j'ai tout compris ! Pas vous ? On a pris le départ au point d'arrivée et maintenant nous sommes proche d'arriver à ce qui aurait du être le point de départ ...Pas plus compliqué que ça ! Ce remue-méninges m'a fatigué, il est temps pour moi de pendre la crémaillère, aussitôt dit, aussitôt fait.

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Comme ça, à vue de nez, c'est pas mal ! Je suis content d'avoir inauguré mon gratte ciel. Sachant que nous étions maintenant sur un terrain de connaissance, de plus en plus à mon aise, j'ai fini par dodeliner au rythme des pas de mon sherpa. Mais des aboiements joyeux et impatients m'obligent à mettre le nez à ma fenêtre. Je me rassure très vite, nous sommes bien seuls ! Je reconnais que cette fois j'avais un endroit rien que pour moi et personne pour bouffer mon oxygène... Quoique, un truc blanc sur 4 pattes qui était dans un angle mort, se montre soudain au grand jour. C'est Carla ! Nous avons sympathisé au temps des cerises, l'année dernière, pique-niquant tous les quatre dans la cerisaie dont elle avait la garde. La journée fut délicieuse, unis par une même passion, la bouffe ! A la différence que Carla, c'est une goulue, elle aime tout et moi en particulier. Un an après, elle me regarde encore avec gourmandise comme si j'étais une paire de cerises ! Elle devient insistante, m'annonce qu'au printemps dernier, elle a mis au monde 8 merveilles. Je tombe de haut! J'comprends pas ! J'ai les boules et comme une vague impression de me faire arnaquer. Je me réfugie illico dans mes appartements et n'y suis pour personne !!

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Mes vieux se fendent la poire de me voir si craintif. Ben oui j'ai peur et pas qu'un peu ! (Il faut s'attendre au pire dans ces cas là) Je me vois déjà chargé de famille avec une progéniture génétiquement plus proche de leur mère que de moi. Des voraces qui vont m'obliger à bosser en partenariat avec Carla, à la ferme. Parce qu'à mon avis, pas la peine que je me pointe avec elle et les petits chez mes vieux, ça va pas les faire rire bien longtemps... C'est bien plus facile pour moi de gérer mes vieux croûtons que ce clan des neufs. Soudain elle disparaît. Je tente une sortie et met la truffe dehors. Elle est partie se rafraîchir et boire un coup. Ce genre de nouvelles, dessèche le gosier ! Me voyant à nouveau disponible, elle revient me donner l'estocade, mettre un point final à son histoire. C'est curieux le pouvoir des mots, je me sens revivre, libéré d'un grand poids, alors que Carla me vante les mérites de l'heureux papa, un labrador !

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En s'éloignant lentement du Ritterhof, je prends conscience de ma chance, celle de n'avoir à m'occuper que de moi et de faire la fortune de mes vieux, parce qu'ils sont les heureux maîtres d'un être exquis, un teckel qui leur fait la vie belle et je le dis bien modestement !! Maintenant que je suis en sécurité, j'exige de descendre pour faire une halte et me désaltérer. Pendant que l'on réchauffe nos vieux os, je fais le bilan de cette énième balade. Il faut avoir un bon nombre de qualités pour se tirer de situation difficile, se mettre à l'abri d'importuns autant que des prédateurs, disons le tout net, il faut être à la hauteur ! Je jette un oeil satisfait sur "ma retraite" qui est, somme toute, une excellente acquisition.

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Je râle et fanfaronne souvent, mais mon plus grand plaisir, c'est d'être le "petit zigouioui", le "ptit trésor de nous autres" comme m'appelle la vieille. Enfin chez nous, dans mon petit panier, je contemple avec ravissement mes maîtres. Ils vaquent, à bâtir jour après jour mon petit coin de paradis. En songeant au métier de chien de ferme que j'avais peut-être un peu idéalisé, j'ai compris que c'était une affaire de famille, générations après générations, pas un boulot de tout repos !! Très peu pour moi. Bercé par les effluves de notre plat préféré "un frichti" j'attends avec impatience le cri de guerre de la patronne "à table !" Je suis toujours le premier arrivé et jamais le dernier servi...

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"La faim est un droit pour tous ceux qui n'ont d'autre loi que l'appétit." 

 

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02 avril 2017

« Le sport, c'est une très mauvaise idée : ça fait grossir quand on arrête ! »

Dédicace à mon amie Nadine, fan de la première heure, des léchouilles encore et encore ! Et les amicales pensées de la vieille.

 

"L'unique liberté des chiens est celle de changer de maître, qu'on se le dise !"

 

A l'approche de nos vacances montagnardes, il est question de se remettre à l'entrainement ! Ma studette est aux mains de bricoleurs qui effectuent des travaux de rénovation pour que je puisse en profiter avec un maximum de confort, au Tirol. Je me languis de l'essayer. Deux fois par semaine, pendant quatre heures, je vais par monts et par vaux. Deux semaines que ça dure et comme par hasard le soleil s'est installé au zénith pour suivre mes progrès ! Heureusement, j'ai deux excellents porteurs qui prennent grand soin des bagages que je leur confie. Ce sont les deux seules choses que j'ai dans mon viseur : mon repas champêtre et mon "vieil appartement". Mes maîtres s'imaginent que je leur voue un attachement fusionnel et d'une certaine façon, ils ont bien raison ! Mais c'est pour mon gîte et mon couvert que j'ai un amour immodéré. Je garde ça secret pour ne pas faire de peine à mes vieux, ni les décevoir. D'autant plus qu'aujourd'hui, j'ai besoin de tout le monde, fidèle au poste, car j'entre en territoire inconnu. A peine sorti de la voiture, on s'équipe vite fait et de suite, je suis dans le bain ! Parcours de santé et échauffement sont de mise. Je sens mes partenaires un brin bucolique et ça me rassure. Je crois que notre pas sera plus léger. Le village de Seelbach est le centre de notre parcours, on en fera le tour entre prairie et forêt qui le ceinturent.

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Tout se déroule comme je l'ai finement analysé. Dès la fin de ce parcours sportif, alors que je me porte comme un charme, mon pote m'a invité à lui tenir compagnie pendant sa courte pause. De mon coté, j'ai regretté que le pédiluve ne soit pas encore mis en eau. Les mâts d'acier disposés aux quatre coins du bassin sont prêts à accueillir une toile d'ombrage juste au dessus de ce futur oasis rafraîchissant. Après cette promenade de santé, on s'est engouffré dans un sous bois en prenant un peu le frais. Niché dans une clairière, un petit hameau y a élu domicile. Un sentier herbeux, envahi par les blanches ancolies et les pervenches bleues,étouffe le bruit de nos pas. Sous ma truffe, je devine le parfum des fraisiers planqués sous ce tapis floral protecteur. Les muscaris violacés montent la garde autour de ce pactole qui prend de l'ampleur : mon futur garde-manger ! 

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Les papillons foisonnent dans ce petit coin paradisiaque. Le citron, messager du printemps et le paon du jour sont en effervescence. Quelques abeilles viennent tour à tour courtiser les fleurs du magnolia qui hésitent encore à s'ouvrir.  Elles se laissent voler la vedette par quelques oeufs multicolores, annonciateurs d'une fête que je ne goûte guère : celle du chocolat ! Ceci dit j'aurai pu faire honneur au lapin qui les a déposé. Mon maître aime les deux, mais ne mange que le chocolat, le lapin n'a pas droit de cité dans notre assiette !

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Nous reprenons encore un peu de hauteur dans le petit bois accueillant et finalement je débouche sur un petit tronçon de bitume en plein soleil. Il a embrumé le paysage d'un voile de chaleur, ce n'est pas à mon goût, même si je peux encore trouver de l'ombre grâce aux sapins qui bordent la route. Les merles s'en donnent à coeur joie pour se foutre de moi. Je jette à peine un coup d'oeil à la grande bâtisse où l'un d'entre eux à élu domicile. Je préfère à nouveau disparaître dans la forêt. Sur plusieurs mètres s'étendent des tas de bois, rangés et empilés avec soin. Un petit appel du pied vers l'hiver qui vient à peine de tirer sa révérence, à chacun sa préférence ! 

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Le bois clairsemé nous permet de garder quelques repères, les habitations que l'on devine et les aboiements des chiens de ferme, sont presque rassurants pour moi. Petit à petit la forêt se fait dense et nous engloutit. Je marche dans les pas de mes vieux, dodelinant de la tête au rythme de notre cadence. Le spectacle n'a guère d'attrait. Les oiseaux, rendus invisibles par leur plumage fade et discret, se fondent dans le paysage et pourtant ne passent pas inaperçus. Ce sont des virtuoses de la vocalise et le récital qu'ils nous offrent est un pur enchantement. Les chemins, larges ou étroits se croisent et se décroisent, on a tellement le choix qu'on s'y perd ! Les panneaux de bois au nom énigmatique semblent nous narguer. Seuls les volatiles s'y retrouvent. Chacun a sa petite maison dans les arbres, c'est un vrai lotissement ! Le rouge gorge habite au 31 du moserdobelweg et le mignon troglodyte au 36 du blaulisfeldweg, enfin je crois...

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A force de lever le nez dans les arbres, on a tourné plus ou moins en rond et le doute s'est immiscé en nous ! Pour faciliter les choses, mon pote a embarqué avec lui, un document impossible à déchiffrer. Ce plan minimaliste reste obstinément évasif quand à la distance réelle ou figurée. Après plus de deux heures de marche, nous avons pu affirmer, avec une quasi certitude, que nous étions perdus !! Dans ce cas, pourquoi ne pas varier les plaisirs, chacun d'entre nous y a mis du sien : si on allait un peu à droite, essayons par là et pourquoi pas par ici, le nord, le sud, on en avait plus rien à faire ! Nous n'étions pas vraiment perdu puisque tous les chemins mènent à Rome. D'un autre côté, ça me semblait un peu trop tôt pour aller voir les cloches, d'autant plus que j'en ai déjà deux qui bourdonnent à côté de moi...

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Nous étions toujours dans le flou le plus total et comble de malchance, il nous était impossible de faire une pause déjeuner sans banc. Les oiseaux n'en ont aucun besoin et en ont refusé l'implatation sur leur territoire pour que leur chant ne soit pas perturbé par des bipèdes qui élèvent la voix. Un énième virage nous a projeté hors de cette forêt sur une petite route gravillonnée et barrée. Elle longe un cours d'eau vive en contrebas. C'est là que nous avons enfin découvert de quoi nous asseoir. Évidemment il a fallu argumenter pour convaincre mes vieux de s'arrêter là car ils étaient tentés de continuer pour trouver mieux. Le point de vue ne leur convenait pas, mais c'est finalement le mien qu'on a pris en compte ! Au moment de nous installer, j'ai laissé mon pote prendre les commandes et préparer notre pause déjeuner. Pendant ce temps sans trop m'éloigner, j'ai surveillé alentour et veillé à ce que l'on ne nous dérange pas. Alors que je m'apprêtais à passer à table, mes vieux se sont intéressés à une petite pancarte, cherchant à en comprendre le sens.

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D'aprés eux, sans le faire exprès, nous avons pénétré sur le territoire des grenouilles ! Une piètre excuse pour plier bagages et partir des heures durant à la recherche d'un autre banc avec vue panoramique. J'ai reculé de quelques pas, histoire qu'il puisse voir dans mes yeux, mon refus de poursuivre cette quête dérisoire. Et c'est à ce moment là que j'ai buté contre une grenouille verte, dodue et en fort bonne santé, qui lorgnait vers mon pique-nique avec une certaine gourmandise. Elle a eu beau me faire les yeux doux et me jurer les grands dieux, qu'elle était venue en amie, je l'ai ignoré et laissé sur place.

 

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J'ai mangé bien vite pour aider mon pote à finir son repas et en même temps pour surveiller dame rainette qui flegmatiquement attendait son heure. Heureusement, j'ai eu assez de force pour tout ingurgiter vite fait et c'est heureux parce qu'elle a failli me couper l'appétit à me regarder bêtement comme ça !

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Nous sommes repartis sans nous éterniser. Deux cent mètres plus loin, nous avons retrouvé notre chemin. Nous étions tout simplement à l'opposé de notre position de départ ! Juste en face, au-dessus du village, en lisière de forêt, je devine l'emplacement de notre parking... Et ça m'a fichu un ptit coup de fatigue ! Dans la foulée, sur un petit sente naturel, un banc et sa table s'offre tardivement à nous, mais en territoire occupé...Décidément tout le monde s'est ligué pour me pourrir la vie !!

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Le regard sans complaisance de mes compères m'a pesé sur l'estomac. Je n'ai pas voulu polémiquer et j'ai traversé l'habitat des moutons au plus vite. Leur façon d'avancer en rangs serrés, rasant tout sur leur passage, ne présage rien de bon. C'est un coup à se faire manger le peu de laine qu'il me reste sur le dos et je n'ai pas l'intention de me faire tondre manu militari ! Une fois hors de leur portée, je me suis laissé distraire un instant, par un couple d'éperviers au ventre presque orange. Ils zigzaguent à grande vitesse, évitant les obstacles au tout dernier moment, louvoyant au ras du sol. Soudain ils se redressent et tout aussi rapidement, d'un brusque changement d'altitude, effectuent un piqué droit sur les mottes de terre du champ fraîchement labouré. Chacun son tour s'exhibe et me laisse admirer ses figures aériennes. Un festival fascinant interrompu par les vieux qui m'ont rejoint.

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"Aujourd'hui tu te balades dans un joli bestiaire, Charly !" me dit la vieille. Les fables sur les animaux me laissent froid, la seule histoire qui m'interesse c'est la mienne ! Je n'ai pas prolongé cette conversation, car le nez au ras du sol, je rumine et peste sur le fait de n'avoir aucun endroit à moi pour me balader en père peinard. Du coup, j'ai failli buter sur un colosse. Ma patronne m'a saisi dans ses bras avec vivacité et de justesse, pour me sauver la mise. Je venais de pénétrer dans le domaine réservé des géants aux pieds d'airain. Celui qui était face à moi, n'était pas un mauvais cheval. Ce sont des êtres faciles à vivre, comme moi et doux comme des moutons la plupart du temps à condition de ne pas leur chercher des noises. Un coup de queue : dix mouches se retrouvent balayées au sol ! Un taon les pique : dare-dare, ils foncent droit devant piétinant tout sur leur passage, c'est vous dire !! Malgré toutes mes contrariétés, je suis bien forcé de reconnaître qu'aujourd'hui c'est mon jour de chance.  

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Nous étions presque arrivés, quand mes vieux ont décidé, à peine à cinq minutes du parking, de s'arrêter faire une pause, histoire d'en prendre encore plein les mirettes. Tout à fait entre nous, je n'étais pas contre. C'est à cette endroit précis que j'avais repéré, à l'aller, une mamie qui semait d'épais morceaux de pain de mie autour des bancs. Surveillé de prés par ma coach, je n'ai pas pu nettoyer la place comme je le souhaitais. Vous me connaissez, j'ai de la suite dans les idées et j'étais heureux de revenir prélever mon dû. Nous étions sur le point de prendre possession des lieux, quand une pie voleuse, tenant en son bec mon repas, m'a survolé, poursuivie par une corneille aussi contrariée que moi ! Plutôt chagrin, couché sur les genoux de mon patron, j'ai poussé un ouf de soulagement quand j'ai aperçu au loin, le pays des vaches que nous avons évité, bien malgré nous !

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Finalement exaspéré par cette journée d'efforts qui n'en finissait pas, je décidais de ne pas abuser des bonnes choses plus longtemps. Et pour faire simple, j'ai posé la question suivante : où est le territoire des teckels dans tout ça ! Cinq minutes plus tard, j'ai eu ma réponse, en prenant la place qui me revient à l'arrière de ma berline... avec chauffeur s'il vous plaît !!

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"Ceux qui n'aiment pas les bêtes n'aiment pas les animaux."

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11 mars 2017

"Je suis d'une grande fragilité, c'est ce qui fait ma force"

 

"Je n'ai pas d'autre ennemi à craindre que la peur."


Coucou, me revoilà ! Eu égard à mon grand âge et un hiver rigoureux, ma vieille dans sa grande bonté, m'a laissé profité de mon poil hirsute et mou qui généralement nécessite au moins trois toilettages par an. J'en étais fort aise. Mais déjà le printemps rode et je dois remiser ma fourrure. Je me suis donc livré à l'insu de mon plein gré à la vieille qui a un poil dans la main, pour qu'elle trime enfin. Mon pote dit souvent qu'il n'y a pas pire qu'un fainéant quand il se met au boulot ! Je confirme : ça fait deux jours qu'elle est sur mon dos et croyez moi, il en faut de la patience quand on est confronté à un amateur. Épuisé, mais plus léger, j'ai retrouvé comme une seconde jeunesse et j'en étais content. Je paradais pendant ma sortie pipi, quand j'ai perçu un léger malaise. Certains quatre pattes m'ont dévoré des yeux pendant que leurs maîtres me déshabillaient du regard, moi qui suis presque nu ! En rentrant à la maison, dans l'ascenceur, le miroir m'a renvoyé une silhouette inconnue de moi. Il m'a fallu quelques secondes pour percuter : devant la glace se tenait votre serviteur, relooké d'une coupe un tantinet efféminée. Je me suis même trouvé amaigri et je n'ai pas manqué d'en faire part à mon pote.

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De son côté, mon maître bien marri, venait lui aussi de constater une horrible et impardonnable fourberie de sa vieille et me prend à témoin ! "Tu as vu ce qu'elle a fait ta patronne Charly ?!" Joignant le geste à la parole (comme ça je pige mieux !) il cogne sur le coin de la table un épais morceau de pain d'épices dur comme de la pierre, donc immangeable, qu'il a trouvé planqué dans un tiroir. La vieille est sommée de s'expliquer au plus vite. Notre accusation de haute trahison n'a pas tenu longtemps. Ma patronne est très maligne et elle a de la ressource, ses arguments ont fait mouche et nous ont rabattu le caquet !! Face à deux piranhas(?)rodant autour du pain d'épices à Noël, elle n'a pas eu d'autres choix que d'en prélever une portion pour la manger en suisse et plus tard. Ses dernières justifications sont indiscutables, elle déclare avec force : "je ne connais même pas le goût de ce gâteau, c'est pourtant moi la cuisinière !" Pour se remettre de ces émotions mon pote m'a emmené promené au bord du Rhin, en laissant comme un reproche, l'objet de la discorde, bien en évidence sur la table. De son côté, la patronne s'en est allée à son cours de gym, brûler les calories qu'elle avait oublié de consommer ! Nous nous sommes tous trois retrouvés en fin d'aprés midi dans mon "chez moi" qui embaumait le pain d'épices. L'objet de la discorde s'etait changé en un miraculeux dessert qui a fait le bonheur de nos yeux écarquillés. Après dégustation, le tribunal des septuagénaires a délibéré et déclaré à l'unanimité l'acquittement de la vieille ! Contrairement à ce qu'elle raconte, nous lui avons offert le fruit de son travail, qu'elle a pu dégusté en notre compagnie ! Et, avec générosité, pour lui éviter d'engranger un surplus de calories, nous nous sommes sacrifiés en finissant la dernière part...



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Cette belle journée a fini par une pesée, la mienne : 6kg300 !  J'ai de suite pensé à ma dernière balade au Tirol, l'année dernière ! Dés notre retour de vacances, mes vieux, persuadés que j'étais bon pour un énième régime, m'ont fait subir le supplice de la balance. J'ai courageusement attendu son verdict sans broncher : le même record qu'aujourd'hui. J'en déduis que manger ne fait pas grossir, au contraire ! Ce n'est que l'inquiétude et la contrariété qui nous gonflent et nous fait prendre du poids...                                                                                                            Mais revenons à ma première préoccupation : il n'en reste pas moins que maintenant je travaille à découvert. Dans le quartier les nouvelles se répandent comme une traînée de poudre et les cancans vont bon train : je ne suis pas couillu, bla-bla,bla-bla, j'en passe et des meilleures !! Pour preuve, lors de ma deuxième sortie pipi de la journée, j'ai pu constaté les dégâts collatéraux causés par le mauvais goût de ma maîtresse. Alors que j'étais en pleine entente cordiale avec un westie, son maître a stoppé net nos échanges de civilités par cette réflexion saugrenue "laisse la petite chienne tranquille !" Après réflexion, l'assiduité de ce lascar m'a semblé suspecte et ce n'est pas un mal, finalement d'avoir écourté ce moment... Il faut que je me fasse oublier. J'ai intérêt à squatter mon panier en attendant que je reprenne du poil de la bête pour revêtir à nouveau ma tenue de camouflage. Le froid s'en est allé, le brouillard est de retour, temps idéal pour passer inaperçu : je n'aurai pas besoin de raser les murs. C'est aussi une bonne occasion pour moi de vous conter ma dernière promenade au Tirol. Prenons un peu de hauteur, histoire de changer d'air...

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...Tout en restant dans l'air du temps qui est bien changeant en montagne ! Lorsque dans la vallée, le brouillard s'infiltre un peu partout, rampe le long des toits pour finalement avaler chaque maison et en faire des cocons, il est temps de monter à l'assaut d'un sommet. Là haut, l'ivresse vous rend euphorique. Le bleu du ciel donne le vertige. L'envie vous prend de marcher sur l'épais tapis nébuleux qui renvoie au soleil, ses éclats de lumière ... Mais ce jour là, la situation allait s'inverser. De mon panier où je profitais d'une grasse matinée, j'observais mes compagnons vaquer aux derniers préparatifs de départ. Puis en fin de matinée, nous avons fait quelques courses et notamment des provisions de miel! C'est à ce moment précis que mes compagnons ont découvert une nouvelle balade via un téléphérique tandem. Le premier départ des cabines étant prévu pour 14 heures, nous avons pique-niqué juste à côté pour profiter de cette dernière aubaine ! Le hasard nous a mené à 1650 mètres d'altitude, via le gerlossteinbahn, pour avoir une dernière fois la tête dans les nuages. Quand à moi, malgré ma préférence à rester les pieds sur terre, j'ai suivi, n'ayant pas d'autre choix. 

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Nous étions seuls lors de la montée. A l'arrivée, le froid et l'humidité nous ont saisi. Face à une multitude de panneaux indicateurs jaunes, mes maîtres sont restés sans voix !! Portés par le vent, quelques échanges verbaux tendus nous parviennent et nous font lever la tête. Quasi à l'aplomb sous une paroi rocheuse enrubannée par les nuages, se tient un petit groupe bien hésitant malgré leur GPS. De mon point de vue et il est limité par ma petite taille, j'opte pour un tout schuss ! De toute façon, sans boussole et sans carte je ne leur demande pas leur avis, j'impose le mien. Le chemin transpire, l'eau suinte de tous côtés. Les ruissellements effacent et emportent les traces de gibier, mais l'humidité magnifie les fragrances de la forêt. Je commence à prendre goût au voyage d'autant plus que je suis dégagé de tous soucis, car j'ai la peau du ventre bien tendue.                       

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Quelquefois, à l'approche de certains passages risqués, nous reprenons nos places respectives. Mon pote ouvre la marche, la vieille la ferme et moi, j'occupe le poste-clé au milieu ! Il y a comme une sauvagerie dans ce paysage, une envie démesurée de vivre. Les rus épris de liberté, se font torrent, grondant et bataillant sur les rochers, tandis qu'à la verticale de nos têtes, de jeunes arbres téméraires, s'accrochent avec assurance à la falaise, tels des équilibristes. Derrière ces guetteurs, s'avance en rang serré et en grand nombre, le bien nommé roi des forêts qui s'impatiente...      

 

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La tension est palpable, la pression exercée par Dame nature est pesante, suffisamment pour que je prenne mes distances. Je ne peux pas toujours être brave et là, j'en ai pas envie et puis je suis pressé par le temps qui me pousse au cul ! Je sursaute bien souvent et suis en vigilance orange : ici un bruit de pierre qui roule et dégringole, là un cri plutôt qu'un chant d'oiseau et le cliquetis enfiévré des bâtons de marche de mon maître qui veille à ne pas glisser ! L'ambiance n'est pas au beau fixe, sauf peut-être chez la vieille, qui mine de rien nous a poussé à la roue pour cette dernière promenade, le hasard a bon dos ... Les jolis chalets isolés s'accrochent à la partie escarpée de la montagne pour faire le guet en se languissant d'une visite. Je frémis à la pensée que ces volets resteront clos malgré notre visite. Plus encore, ce qui me terrifie, c'est l'idée qu'aucune hütte au "fumet" de cheminée qui me met en pâmoison, ne nous accueillera ici...

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Nous entrons dans la phase la plus ardue de cette marche ! Je redoutais ces quelques passages difficiles. En bon guide prévoyant, je me suis rapproché puis placé à la droite de mon père. Comme je l'avais prévu, il m'a aidé à descendre les escaliers de bois transformés en patinoire. Mais l'affaire s'est avérée plus longue et délicate que je ne le pensais et m'a donné matière à réflexion. Faut-il avoir le courage d'être peureux ou être un peureux sans courage ? Pourquoi de se mettre martel en tête, de toutes les façons je dois me retrouver en bas des marches d'une manière ou d'une autre! Je ferme les yeux pour mieux réévaluer mes options : je dévale seul le terrain casse-gueule la peur au ventre ou je reste tétanisé dans les bras de mon compagnon alors que sa stabilité laisse à désirer. Finalement j'ai abandonné la partie, non pas par lâcheté, mais pour rendre la direction des opérations à ceux qui se veulent compétents. Excellent choix, fort judicieux qui m'a permis de franchir le premier obstacle ! Mes vieux tiennent énormément à ma compagnie, probablement parce qu'ils sont conscients qu'à leur âge, ils ne trouveront plus un aussi bon accompagnant que moi. Ils mettent toutefois une condition à notre partenariat, qui échappe à ma compétence et même à ma compréhension : ils ne veulent pas que je perde la vie,j'vois pas pourquoi je la perdrais, vu que je sais même pas de quoi y cause!!

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L'horizon reste bouché, il n'y a que la végétation ébouriffante qui s'impose à nous. Quelques troncs de pins centenaires se sont lourdement couchés sur l'humus, rendant quelquefois le chemin plus aléatoire. Même les maîtres des lieux rendent l'âme, ce n'est pas pour me rassurer ! Je ne suis pas une "couille molle", j'ai beau les avoir bien accrochées (Ben oui, fut un temps...) je n'en mène pas large. J'ai les nerfs à fleur de peau et beaucoup d'imagination, j'aperçois déjà des ombres menaçantes rodant autour de moi. Le vent me fait des messes basses, m'avertissant de je ne sais quel chagrin puis geint à mon oreille. Soudain je ne l'entends plus et le long du petit sentier zigzaguant, un grondement effrayant prend le relais pour me tenir compagnie jusqu'à ce que j'aperçoive en contrebas un pont ! Le torrent est revenu croiser notre route et une deuxième épreuve m'attend: le traverser!                                 

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Heureusement m'a vieille s'est péniblement penchée pour me prendre dans ses bras qui savent si bien me réconforter lorsque j'en ai besoin. La voix de mon maître, presque plus tonitruante que les flots, lui dit : "laisse le, il peut se débrouiller tout seul, c'est un teckel !" J'vois pas le rapport et vous ? Alors comme ça, d'un coup d'un seul, sans prévenir, je ne suis plus le Titi de son papa, le ptit zigouioui ! Mes représailles n'ont pas traîné ! Mon copain dont je me refuse dorénavant à être le servile compagnon, m'exhorte à le suivre. J'ai fait durer le plaisir et tout à fait entre nous, j'ai pas eu à me forcer, because j'étais tremblant et paralysé sur ce foutu pont !! On a été un bout de temps à se jauger, quand ma patronne a dit : " T'as raison, mais tu n'auras pas le dernier mot avec un teckel, il s'est buté et il a la trouille" La bougresse me connaît bien, un peu trop même ! Alors il m'a ôté à l'attachement de cette maudite passerelle en bois. Je suis sûr qu'au moment de me prendre dans ses bras, il a pu saisir dans mes yeux cette lueur narquoise qui disait : j'ai failli attendre!!

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Libéré de toutes angoisses, mais vexé, j'ai exigé de mettre pied à terre pour aussitôt prendre de la distance au point qu'ils me perdent de vue. Cette promenade s'éternise, le manque de perspective et de lumière me file le blues ! Je commence à me lasser de ces bois qui sans cesse se referment sur nous. Comme pour me donner tort, la forêt se désintéresse de moi et m'offre en pâture aux nuages. Ils survolent en rase-mottes les flancs de la montagne et m'ont taquiné un bon moment, me faisant apparaître et disparaître au point que je doute de ma propre existence. Puis, attirés par un autre ailleurs, les petits "moutons blancs" m'ont abandonné l'un après l'autre, devant un spectacle qui vaut la peine qu'on s'y arrête, ce que j'ai fait !

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Le cul sur un tapis de mousse, j'ai fait un tour d'horizon. Mon oeil, s'est immédiatement focalisé sur une lointaine terrasse avec un parfait alignement de table, cette vision a pansé ma blessure d'amour propre.       J'ai forcé l'allure quand un souvenir m'a traversé l'esprit comme une fulgurance et j'ai freiné des quatre fers : le nerf de la guerre !! Sans ce laissez-passer, impossible de prendre une collation. J'avais beau tourner et retourner tout ça dans ma tête, il me fallait revenir sur mes pas, collaborer avec l'ennemi et faire table rase de mes griefs. Non pas question ! La "faim" justifie les moyens certes, mais finassons avant que mes motivations ne soient perçues à jour. Crever de faim, c'est terrifiant, je me l'imagine trop bien.  Pour que ça ne m'arrive pas, je suis même disposé à manger des pissenlits par la racine...

 

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J'ai promptement fait demi-tour pour me poster aux limites de la forêt, guettant l'arrivée de mes adversaires que j'allais duper ! En s'extirpant de la forêt inhospitalière, mes vieux découvrent le triste spectacle d'un teckel boitillant qui dans la foulée se couche difficilement sur le dos pour une caresse. Et mon Titi par ci et mon zigouioui par là, j'en ai eu pour mon argent et n'ai pas boudé mon plaisir ! Inquiet mon maître un peu plus conciliant, me propose le repos dans ma studette ce que j'ai "courageusement" refusé et pour cause.      Je les ai mené, mine de rien, jusqu'au panorama où ma Hütte occupe la place d'honneur : impossible de la manquer ! Et n'y tenant plus, avant d'avoir leur approbation, j'ai dévalé la pente en ligne droite jusqu'au pré jouxtant mon auberge, ravi de les avoir roulé une fois de plus ! 

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En me rejoignant, la vieille s'est fendue d'une remarque déplacée : "Miracle ! Charly n'a pas besoin d'aller à Lourdes, il lui suffit de voir un restau et le voilà guéri..." Elle a même rajouté, que sur mes vieux jours je devenais tyrannique et que dans peu de temps, je les mènerai à la baguette. C'est pas gagné, j'ai encore du boulot avant de mettre la vieille au pas...Mon pote ne s'est pas fait prier et c'est ainsi que nous nous sommes attablés juste à l'heure pour le goûter ! J'ai eu droit à ma capsule de crème et une gaufrette au parfum de framboise que mon pote a prélevé sur la part de la patronne puisque je ne peux manger de chocolat. Elle n'a pas aimé ce partage arbitraire et d'un air revanchard elle nous dit : "vous creusez votre tombe avec les dents !" Ben là tout de suite, j'peux pas ! Je digère, allongé sous la table. Mais plus tard, je dis pas non ! Mais attention, faut pas me prendre pour une truffe, avec les dents c'est plus difficile alors je ne creuse que si il y a un os ou deux !!

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Enfin revenus à notre point de départ, nous avons fait une halte prés d'une jolie chapelle, aux dômes couleur cerise et sous sa protection, mes vieux ont contemplé la vallée. Assis sur un banc, pendant que le soleil se faisait caressant, ils en ont pris plein les mirettes, histoire de faire provisions de souvenirs jusqu'aux  prochaines vacances. Pendant ce temps, dans un petit parc attenant à ce lieu de recueillement, j'ai investi un fauteuil à ma stature. J'étais heureux de vous avoir prés de moi pour m'accompagner, comme ça j'ai pu me remémorer cette balade en père peinard. Elle m'a permis d'y puiser du réconfort et une autre façon de gérer mes prochaines semaines dans mon secteur ! Lorsque l'on est comme moi, pourvu de nombreux défauts et handicaps au point de ne plus pouvoir les cacher, une seule solution s'impose : les revendiquer et m'en faire des atours pour parer l'être exquis que je suis !! Vous verrez qu'on finira par me jalouser dans mon quartier....

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"Ma faiblesse m'est chère. Je tiens à mon imperfection comme à ma raison d'être."

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26 février 2017

« Moi je suis de la race ferroviaire, je regarde passer les vaches »

"Parler, parler pour ne rien dire, parler pour faire peur au silence. Parler pour tout dire. Mais on demande toujours trop aux mots. Plus qu'ils ne peuvent dire."

Et puis pour cette fois, ça m'arrange ! Je vous propose, de mon point de vue, une petite promenade à la Rosshütte de Seefeld au Tirol que j'affectionne et qui fait le plaisir de mes vieux jours....En attendant de vous retrouver pour une de mes nouvelles aventures !

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« Vivre! Ça prend du temps et je n'ai pas une minute à moi. »

à très bientôt !

 

05 février 2017

"Travailler n'a jamais tué personne mais pourquoi prendre le risque !"

 

Fainéhantise : peur obsédante de la paresse, du temps mort, de la durée non remplie...

 

Une chose est sûre, ce n'est pas mon cas. Je savais bien que je n'étais pas fainéant ! Dans mon petit panier, la tête posée sur mes deux pattes croisées, je contemple la multitude d'étoiles des neiges venues me rendre visite sur le balcon. J'ai rassemblé tous mes jouets à côté de moi, pour me tenir chaud sur le flanc droit tandis que le flanc gauche engrange la chaleur de mon copain radiateur, retrouvé avec bonheur, mais qui semble long au démarrage ce matin...

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Dans la pièce d'à côté, ça brasse à mort, pas moyen d'être au calme ! Mon pote rentre et sort de l'appartement, son comportement m'oblige à surveiller ses allées et venues. Quand finalement il nous revient, c'est pour se mettre sur le balcon. Il me bouche la vue et fait rentrer le froid ! la journée commence à peine et déjà je pressens qu'elle va être difficile. Qu'est que je disais ! Je me colle littéralement contre mon "chauffeur" mais je sens qu'il faiblit lentement. Je vais aux nouvelles, voir la vieille, elle est fébrilement accrochée au téléphone et ne daigne pas m'accorder son attention. Puisqu'elle m'envoie paître, je retourne dans mes appartements pour constater avec angoisse que le froid s'est incrusté et que mon radiateur a rendu l'âme. J'ai fait toutes les pièces, les unes après les autres, espérant y découvrir un autre "point chaud" en état de marche. J'ai dû me rendre à l'évidence, ils sont tous en grève !! Plutôt furax, mon pote a décidé que nous serions plus au chaud, à marcher dehors ! J'comprends pas trop comment c'est possible. J'y étais ce matin pour ma sortie pipi éclair et je peux vous dire que je me suis gelé les absentes!!

En très peu de temps, je me suis retrouvé sur le siège arrière en vrac avec ma studette, ma serviette magique, et autres accessoires, enfin bref le début des embêtements !! Je me suis mis en boule et la vieille m'a dit de ne pas ronchonner. Je sais je pourrais être sympa, mais ce serait chiant ! Au bout de quelques minutes, une douce chaleur a rempli l'habitacle et m'a adouci le caractère et celui de mes vieux, un vrai bonheur! 

 

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C'est encore une idée lumineuse de mon copain qui nous sauve la mise. Se mettre au chaud dans la voiture et se promener sans se fatiguer, c'est du grand art, il fallait y penser ! J'avais complètement zappé ce radiateur de secours. Quelquefois je m'inquiète pour mon maître et me dit qu'il devrait lever un peu le pied, maintenant que nous sommes tous les deux retraités. Je ne vois pas pourquoi il faudrait bosser et plus qu'avant ! Ça épuise et c'est mauvais pour la santé. J'ai pris mes désirs pour des réalités ; on s'arrête et mon pote coupe le chauffage ! Mes vieux sortent au froid en oubliant de fermer les portières puis s'emmitouflent comme deux ours polaires. Forcé de mettre pied à terre, chaussé d'une unique mais indispensable bottine, mes pattes ont dansé la gigue, histoire de ne pas geler sur place ! Mon grand ami, qui ne l'est plus, celui que je croyais le plus fidèle, me dit : "une fondue, ça se mérite mon titi !"

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Je ne comprends pas toujours ce qu'on me dit ! Les deux pattes, n'ont aucun problème pour se comprendre... C'est bien plus simple pour eux : Y'en a qui pigent avec des signes, d'autres en lisant sur les lèvres ou sur le papier et même dans les cartes pour certains. Bien sûr, j'ai le son, quelquefois même accompagné d'images décalées ou même pas décodées. Mais je n'ai aucune traduction de tout ce galimatias. Ce qu'il me faudrait c'est un message olfactif, tout de suite ça me parlerait... dans ma langue ! Du coin de l'oeil je les observe, tentant de comprendre cette phrase énigmatique. La mine réjouie de la vieille, son enthousiasme au propos de notre compagnon me met sur la voie. Je n'ai plus besoin d'interprète, je sais avec certitude que la seule chose qui peut la mettre dans cet état, c'est la bouffe ! C'est un point, le seul, que nous avons en commun. Je la soupçonne même de me mettre au régime pour avoir un plus de rab. Elle ne donnerait pas sa part au chien! J'entrevois des réjouissances stomacales qui me font rentrer la tête entre les épaules, d'aise et de plaisir anticipés, à moins que ce ne soit un effet sournois du froid !!

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Il est préférable de prendre la route de suite, histoire de mettre fin à cette corvée vite fait bien fait. Puisqu'il faut en passer par là, allons travailler, bien que ce soit contraire à toutes mes règles de sécurité.. La carotte est trop tentante et je n'y puis résister, je suis mon propre esclave ! Certains de mes congénères, se taperaient des kilomètres la langue pendante pour rendre visite à une louloute, moi ce qui m'excite ce sont les plaisirs de la table!                                                            Jusqu'ici, nous n'avons rencontré âme qui vive, il n'y a dans cette blanche vallée que trois fous en goguette. Par moment et le plus souvent dans les montées, la neige disparaît laissant apparaître une épaisse couche de glace. Ma bottine devient pour moi un handicap, je n'ai plus de prise au sol. Je deviens un patineur désarticulé pour la plus grande joie de mes vieux. Dés qu'on se fout de moi, le retour de bâton est immédiat. Je les foudroie du regard puis prends le large, les laissant en rade, ça leur fait les pieds...

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Le boulot c'est pas mon truc, j'y vois pas d'intérêt ! Au sein de l'espèce canine, toutes races confondues, on trouve des bosseurs, qui s'imposent des régimes draconiens, des entraînements du soir au matin, afin d'obtenir des titres de champion de sauvetage, de chasse, de course ou de beauté. Je leur voue bien évidemment une admiration sans borne ! J'ai bien essayé à mon arrivée dans cette famille devenue mienne, de fournir quelques petits efforts, par exemple dans le fameux exercice de "va chercher la baballe". Mais franchement !! Elle était à nos pieds au départ, on me l'envoie au loin, pourquoi ? Je la retrouve, j'me pose à côté et là c'est limite qu'on me fasse passer pour un abruti parce que je la ramène pas à son point de départ !! Je les trouve bizarres les deux pattes!                                                                                 Mais comme je suis un être exquis, aimant et pas contrariant, après quelques supplications de ma vieille, j'ai ramené la balle. Ce fut la seule et dernière fois, parce qu'aussitôt, elle me l'a relancée au loin. J'ai de suite remis de l'ordre dans tout ça. Je me suis assis pour la regarder et cette fois, c'est elle qui a cherché et ramené ma balle. Au fond de moi, je savais que j'étais né pour exiger et non pour obéir ! Avec mon pote, on s'est de suite compris, me voyant partisan du moindre effort, on a simplement joué à "donne la papatte à son papa". Amusement qui avait lieu habituellement dans la cuisine et le plus souvent sur ses genoux. C'était, je le confesse, peu fatigant. Je pouvais dans le même temps, jeter négligemment un oeil sur son assiette, pendant que je collaborais avec zèle à ce passe-temps. C'est à ce moment là que je me suis découvert une passion pour la bouffe, une sorte de délicieuse idée fixe, pour laquelle je ne dédaignerai pas de mourir, mais comme dit l'autre, de mort lente...

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Je partage bien volontiers mes escapades et mes découvertes importantes. Mais je ne suis qu'un éternel étudiant qui chaque fois revient à la case départ, avec cette fatigante impression d'être à nouveau ignorant ! Mes vieux ont pris le temps, que j'ai perdu à chercher un abri, pour me rattraper. Je reste persuadé que c'est finalement le temps qui nous aura à l'usure et c'est justement à cette évocation, que je me suis retrouvé quasi enseveli sous la poudreuse en essayant d'atteindre un banc bien abrité et...hors neige ! D'abord compatissant, mon pote m'a débarrassé d'envahissants glaçons qui squattaient mon pelage. Puis il m'a pris sous le bras, sans me demander mon avis, pour me remettre sur le droit chemin que je venais de quitter.

 

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La marche reprend et nous ne sommes plus que des silhouettes qui loin d'être éphémères, grandissent entre ombre et lumière. La forêt s'éclaircit au détour du chemin et nous contemplons le beau spectacle qui s'offre à nous. La première chose qui me saute aux yeux, c'est la disparition de la neige sur les autres versants en contrebas. Elle y est plus rare et bien moins épaisse et je me demande ce que je suis venu faire ici ! Entre mes deux oreilles sommeille un vent de liberté, il ne tient qu'à moi de lui laisser prendre son envol. A chaque fois, que ma laisse m'abandonne et me livre à moi-même, je me laisse griser. Je voudrais n'en faire qu'à ma tête, quitter mon ancrage pour ne suivre que les parfums de ce monde. Mon odorat battrait la chamade en suivant de mystérieux fumets, je me laisserais mener par le bout du nez, jusqu'à m'enfièvrer et finalement me rendre à quelques appâts attractifs. Ainsi, esclave consentant, je vivrais de plaisirs furtifs et troublants. Teckel déserteur, infatigable vagabond... mais qu'est ce que j'raconte ! Bon dieu ! Où sont mes vieux, même pas foutu de me tenir la bride, je ne peux compter que sur moi-même et encore pas trop...

Devant moi des traces sanguinolentes m'inquiétent, chasseurs ou gibiers !! J'vais pas rester pour le découvrir. J'ai rapidement retrouvé mes maîtres après quelques minutes d'égarement et comme à mon habitude lorsque je suis désemparé, je m'amarre à mon pote, la discipline y'a qu'ça de vrai !! Toutes ces divagations m'ont refroidi, frissonnant je cherche refuge vers des questions-réponses plus terre à terre : quand est-ce qu'on bouffe ? 

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la croisée des chemins ! Grand dilemme pour mes compagnons, dans ce décor immaculé, tout leur semble familier et cependant pas tout à fait pareil ! Autrement dit, on s'est encore paumé... J'aime Durbach parce que, quoiqu'il advienne lors de nos balades, on trouve toujours une planche de salut. Ça me permet de partir confiant, surtout quand je suis peu motivé et contraint à l'effort ! Et ça n'a pas loupé, une table débarrassée en partie de son épais manteau neigeux, puis recouverte d'un imperméable, a accueilli ma modeste et frileuse présence. Évidemment, qui dit table dit manger ! C'est tout naturellement que mon maître, dont je suis l'heureux propriétaire, m'a chargé de tenir compagnie au garde-manger. Le soleil compatissant est venu réchauffer mes vieux os. Pendant que je "fondais" doucement, mon pote a réparti les rations avec un manque d'équité frisant la discrimination. Je contesterai plus tard, l'heure est grave, mes vieux sont en conférence et délibère sur la conduite à tenir pour repartir du bon pied. Pendant qu'ils répondent à la question "c'est quand qu'on va où ?" Je m'interroge sur un sujet autrement plus important, cette halte improvisée, fort bien au demeurant, sera t-elle unique ou est-elle l'avant-goût d'une prochaine étape plus roborative ? Du genre qui tient au ventre quoi !

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Je ne vous cache pas que j'ai dédaigné et laissé aux chiens errants quelques résidus de viande de gibier découvert ici et là sur mon chemin. Je ne pouvais prendre le risque de me couper l'appétit et ne plus avoir assez d'estomac pour m'attabler au fameux "repas qui se mérite" J'espère avoir fait le bon choix ! Une harde de cervidés se tient aux aguets dans le sous-bois juste en face à nous, séparée par un fossé. Ils m'attendent pour sprinter dans la neige. J'ai toujours été fidèle en amitié, tout le monde vous le dira. Les bêtes à cornes sont de bons compagnons de jeux que j'apprécie, tout autant d'ailleurs, que lorsqu'ils finissent malencontreusement dans ma gamelle. Que voulez vous je suis un fan inconditionnel !! Dans ce froid polaire, j'essaie de discipliner ma truffe, pour qu'elle réduise au minimum, ses inspirations et expirations mais rien n'y fait elle s'emballe toute seule. Le message me parvient enfin, hé oui c'est moi le cerveau ! Je gère, j'analyse, je donne les ordres et de mon propre chef, je m'exécute. Donc je fais corps avec mon pisteur et dévale la pente. Au bout du chemin, je découvre ce que ma truffe a senti : le Hummelswälderhof ! Autrement dit le bourdon de la vallée, mon restau préféré dont je vous parle de temps à autre et qui propose à l'occasion... du cerf ! J'ai couru si vite, que mon cul a failli passer par dessus ma tête. Je virevoltais sur place quand mon enthousiasme a été coupé net par un sifflement de rappel. J'en croyais pas mes oreilles, une trahison de plus, je suis revenu vers eux, traînant la patte et comme à chacune de mes contrariétés qui sont nombreuses, j'ai regagné ma studette pour bouder.

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Tremblant dans le dos de ma vieille, je me faisais la réflexion... Hé voilà, c'est là où le bât blesse : réfléchir, toujours réfléchir !  A force je n'ai plus le temps de trouver des idées pour me venger. Le retour s'est déroulé sans encombres, au chaud. Au passage, mes vieux se sont arrêtés à Offenbourg faire des achats. Dans la voiture, quelques arômes de clémentines et pommes me sont venus au nez, rien de folichon en somme ! Ma truffe et moi nous nous sommes mis en sommeil jusqu'au retour à la maison. Une fois toiletté, rituel immuable, j'ai regagné mon panier et passé ma rancoeur sur mon poêt-poêt, avec en mode avertisseur, mon oeil noir pour qui passerait trop prés ! Puis, las, je me suis endormi à côté de mon radiateur enfin disposé à travailler. Je songeais aux jours bénis de mon enfance, du sortir du ventre de ma mère jusqu'au moment où j'ai adopté de façon inconsidérée mes deux vieux. Tout n'était que jeux et rêveries pour moi, électron libre, qui jouissait de l'instant présent. Parce que je me suis pris d'un amour fou pour mes deux lascars, je suis asservi et sans cesse au travail. D'après la vieille, ce qui me fatigue le plus, c'est ne rien faire !! Mais moi, je sens bien le poids des ans, rien à voir avec mes 6kg600 dont on me rabat les oreilles... Je crains même de ne pas pouvoir passer l'hiver ! J'étais en plein délire de persécution, cauchemardant à ma fin prochaine ou pire à une fugue qui me laisserait démuni et solitaire, quand mon odorat m'a rappelé à la raison. Je m'suis précipité à la cuisine où mon chef cuistot officiait avec talent et de suite les effluves ont traduit avec force la phrase obscure "une fondue ça se mérite". Finalement, cette balade m'aura rassuré sur un point : être insoumis au sein d'une famille tout confort, c'est ce qui me convient le mieux, l'idéal quoi ! Fort de cette conclusion, l'estomac plein,j'ai mis un point final à cette aventure en ronflant...

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"Le véritable travail, c'est de savoir attendre"

 

 

 
 
   
 

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18 janvier 2017

"J’ai un don… celui de ne rien avoir à dire et d’en parler pendant des heures !"

 

"La vie est une douche écossaise et ça dit bien ce que ça veut dire : dés qu'une chose vous fait plaisir, faut qu'il y en ait une qui vous déplaise !"

J'étais tranquille peinard, sur le dos, les quatre fers en l'air contre le radiateur quand soudain, j'ai été pris en otage par deux vieux hurluberlus en train de se faire la belle avec le carrosse de mes potes ! Tapi à l'arrière de la voiture j'ai désespérément essayé de me faire discret. Mon museau frémissant s'est niché contre mon ventre. Ma respiration, centrée sur moi-même, m'a finalement apaisé. Ce petit souffle léger, ponctué de petits bruits que certains malfaisants appellent ronflements, m'a emmené en douceur au pays des rêves ! toute chose a une fin et je me suis fait débarquer sans ménagement d'un voyage onirique, pour me retrouver les pattes collées à l'asphalte. Nous ne faisons plus qu'un, me voilà statufié ! Je lève les yeux vers mes kidnappeurs pour qu'ils prennent conscience de mon état. Mais je prends très vite la mesure de leur détermination à vouloir battre campagne, vaille que vaille. Je ne suis plus qu'un petit être tremblant et fragile entre leurs mains impitoyables. Façon de parler ! Entre leurs mains, même de tortionnaires, j'aurais bien voulu. J'étais plutôt au bout, du bout de la laisse, tenue par deux fous. Et déjà, je ne suis plus que l'ombre de moi-même, c'est rien de le dire !!

 

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J'ai eu beau traîner la patte aux approches d'une ferme, rien n'y a fait. En quémandant quelques secours ou chaleur animale alentour, j'ai perdu toute dignité. Même les moutons m'ont battu froid ! Après un temps qui m'a paru bien long, j'ai fini par accepter l'épreuve qui était la mienne. En approchant des bois, je jetais un coup d'oeil perçant et attentif sur les panneaux perdus au milieu des feuilles mortes. Je n'ai rien compris à ces hiéroglyphes, ce qui m'a rendu encore plus inquiet. Était-ce de mauvais augure ? J'ai repris espoir en apercevant, installé sous un cyprès, un oracle que je décidais de consulter en douce. Mais soudain comme un présage, le vent glacé s'est enroulé autour du saint homme pour s'engouffrer sous mes oreilles, apportant avec lui la réponse prémonitoire que je redoutais "vous qui entrez ici abandonnez tout espoir !". La peur m'a saisi et toute honte bue, j'ai gratté la jambe de mon ravisseur, le priant de me sauver ! Pris de remords, il m'a installé sur le banc pour me rassurer. Instinctivement, j'ai su que c'était auprès de lui que mes chances de survie seraient les plus grandes. Je lui ai léché la main, plein de reconnaissance et il m'a servi une tambouille goulûment avalé. Me voilà déjà à fraterniser avec l'ennemi : sans doute le syndrome de stockholm ! En y regardant de plus prés, je lui ai trouvé une mine avenante presque familière. On ne peut pas en dire autant de sa comparse!

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Je suis finalement devenu le chien soumis et fidèle de ce grand gaillard un peu voûté. Malgré notre fuite en avant, il m'a délivré de mon joug, pour que je puisse enfin aller où bon me semble. Mais c'est bien beau tout ça ! La seule chose dont j'ai envie, c'est d'être à côté de mon radiateur qui chauffe mes vieux os sans jamais ménager sa peine. J'ai senti dans mon dos une présence. Sa complice a longuement posé ses yeux sur moi avec insistance. Je reste sur mes gardes, scrutant sa petite tête chafouine en me demandant ce qui pourrait bien en sortir. Elle voulait que je pose pour la photo, une véritable obsession ! Pour cela, elle m'a fait essayé tous les bancs environnants. Cet étrange comportement a un temps parasité ma réflexion. Après ce petit moment de flottement, j'ai compris le pourquoi de cette mise en scène. C'est pour prouver à mes maîtres que je suis encore en vie et obtenir une rançon. A moins qu'ils ne veuillent , mais je n'ose y songer, me vendre pour dieu sait quel odieux trafic !! Je me sens un peu vaseux, il y a comme un grand brouillard dans ma tête, peut-être à cause des excès pendant les fêtes, je ne vais pas tarder à me réveiller...Je suis en plein cauchemar !!                     

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Faut vous dire que la période des fêtes avec les deux pattes, à force d'être attablé, avait fini par me donner un certain embonpoint ! N'ayant plus la force de traîner mon ventre que je trouve encombrant, uniquement pendant la marche, j'ai choisi de le porter à l'envers. Allongé sur mon dos, ce qui le protège, je me soulage dans le même temps d'un lourd fardeau. Ma bedaine fièrement levée vers le ciel, prés de mon "chauffeur" personnel, je peux me tordre comme un vermisseau, m'étirer voluptueusement et m'endormir heureux d'avoir trouvé pour mes vieux jours un havre de paix. Sensation vite écourtée par quelques fusées et autres artifices, la belle rouge, la belle jaune, bing, bang, boum, très peu pour moi !! Manque de chance, pas de pluies diluviennes pour stopper ce déluge de feu ! Pour être honnête, j'ai eu le soutien d'une pilule ou deux, voire trois, j'sais plus ! Ce qui m'a permis de passer sans encombre le deuxième épisode des festivités. Peut-être en reste t-il encore quelques traces hallucinatoires...

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Mes deux ravisseurs, sont toujours là et moi au milieu ! Je suis bel et bien dans le monde réél. Nous parvenons finalement au sommet de cette maudite colline. Le vent givré me fouette l'arrière train, du coup je presse le pas. Je tente de me situer de ce paysage brumeux où il n'y a pas âme qui vive. On se croirait sur un petit îlot flottant sur les nuages ce qui me laisse peu d'espoir d'évasion. Aussitôt mes vieux réflexes reprennent le dessus, je pars en repérage, laissant mes cerbères réfléchir devant une carte. En faisant le tour de la petite chapelle si accueillante, j'aperçois, regroupés prés de la porte, des cailloux et autres objets en remerciements pour voeux exaucés. A ce moment là, j'ai pensé à mon sweet home et mon radiateur puis forcément à mes chers maîtres ! Vous n'allez peut-être pas me croire, mais la porte de cette petite église s'est ouverte pour céder le passage à mes deux vieux !!! Tout à ma joie de ce miracle, j'ai passé l'éponge sur les réflexions médisantes de ma vieille, faisant état de ma sénilité précoce. Je leur ai fait une fête endiablée. Heureux de ces retrouvailles, je n'ai pas cherché à comprendre la soudaine et mystérieuse disparition des deux voleurs qui m'avaient mené jusqu'ici.

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En descendant l'autre côté de la colline alors que je fermais la marche, je n'ai pu m'empêcher de jeter quelques regards furtifs derrière moi, histoire de m'assurer que nous n'étions pas suivi ! Au fur et à mesure de notre progression, le brouillard se prosterne devant nous un peu lèche-botte et lentement glisse vers la ville. Petit à petit, il dévoile et met à nu, le paysage, les clochers et se fait rassurant. Le froid m'avait, tout ce temps, retenu captif et anesthésié l'esprit. Maintenant que mon coeur se réchauffe lentement rien qu'à contempler mes compagnons, j'en viens à m'interroger sur l'étrange ressemblance qu'il y a avec mes kidnappeurs disparus ! Tellement frappante, qu'en heurtant deux étranges ivrognes n'ayant même plus la peau sur les os, la vérité toute nue m'est apparue. Tout cela n'était que délire, pure invention, je me suis fait un film tout seul ! Depuis le début il s'agissait de mes potes qui ont eu une furieuse envie de prendre la clé des champs...

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Sur le chemin de croix, pour le moins original, j'ai enfin retrouvé toute ma tête. Arrivés en ville, j'ai de suite remis les pendules à l'heure et j'ai eu la dent dure ! Ils ont compris qu'un teckel de 70 printemps, ne doit pas inconsidérément être "jeté" dehors pendant les grands froids soi-disant pour prendre l'air. Je fais déjà suffisamment d'efforts pour descendre faire pipi en bas de chez moi ! J'exige le respect et la considération qu'on doit aux anciens. J'ai repris tout doucement du poil de la bête et la direction des opérations et comme de bien entendu, on a pris au plus court en traversant un joli jardin de curé. La brume revenait en force et mes bougonnements aussi. En arrivant centre ville, quel bonheur de découvrir bon nombre de chalets toujours en place, nous faire un appel du pied. La bruine qui s'est très vite invitée a rendu le pavé luisant. Frigorifiés, nous avons tous trois cédés à la tentation de déguster, debout sous un bel auvent bleu, les plus délicieuses saucisses chaudes accompagnées d'une compotée d'oignons.... Né chien, certes ! Mais pas chien, dans mon infini bonté, je leur ai pardonné même ce dont ils n'étaient pas coupables...Tout compte fait cette balade n'était pas inintéressante et mérite qu'on remette le couvert... Aux beaux jours, cela va sans dire !

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L'espèce de bonheur qu'il me faut, ce n'est pas tant de faire ce que je veux que de ne pas faire ce que je ne veux pas.  

 

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