« Je suis beaucoup moins sage que mon image ! »

 

Tôt ce matin, mon pote et moi-même sommes sortis, pour mon pipi du matin. Je n'ai pas voulu que cette incursion frileuse, de mon point de vue, s'éternise, le taux d'humidité étant beaucoup trop élevé. De plus, je déteste quitter mon chez moi juste au moment où la vieille se lève, le cheveu en bataille pour s'assoir devant son bol de café chaud, fixant avec une inertie qui me fait gémir d'impatience, le pot de miel ou de confiture de fruits rouges...Comme elle est longue à la détente et ayant été entraîné de force hors de chez moi, je n'ai pu lécher la cuillère tant convoitée comme à mon habitude, après chaque fin de petit déjeuner. Je suis rentré trop tard, tout était consommé ! Je suis allé me réfugier dans un de mes paniers et mon choix s'est porté sur le plus réconfortant. C'est le plus petit et aussi celui qui m'a accueilli lorsque j'ai débarqué dans cette maison il y a 9 ans. Il est un peu défraîchi et rafistolé, mais je lui suis très attaché ! Consciencieusement, je me suis acharné sur mon jouet pour calmer ma frustration, sans plus prêter attention à mes vieux. Depuis un bon moment déjà, j'ai pris mes quartiers d'hiver et vis sur mes acquis et nombreux souvenirs. Situation que j'affectionne, car je peux à l'envi vous emmener promener au Tirol sans effort, au risque peut-être de vous lasser ou pire de vous fatiguer !

Pour nous tirer de cette douce somnolence, mes vieux ont fait tout récemment, sous ma houlette, quelques virées dans le coin, que je m'en vais vous conter histoire de vous faire changer d'air et de saison. Mais je préfère vous prévenir, je n'en ai pas encore fini avec les sommets du Tirol et il vous faudra à nouveau chausser vos godillots et prendre vos bâtons pour me suivre. Comme je ne suis pas chien et que vous êtes mes plus fidèles amis, on va se faire cette promenade en douceur. Le temps de m'installer confortablement dans mon ptit panier et je vous raconte.... Ben oui ! Il faut pas abuser des bonnes choses, je préfère rester au chaud pour mieux en profiter, pas vous ?

 

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Il était une fois... un beau et vaillant teckel en goguette (on est jamais mieux servi que par soi-même !). 

Au sortir de la voiture, je m'ébroue et piétine pour que la froidure ne me saisisse pas d'un coup, d'un seul. Juste à côté du parking, quelqu'un de bien intentionné a exposé un assortiment décoratif et gourmand qui m'a donné l'eau à la bouche. Il flottait déjà sous ma truffe, le fumet d'une soupe de potimarron et chorizo grillé. J'ai du me faire violence pour quitter ce bon coin. Je débarque chez dame nature en plein déménagement. L'été indien s'en va traînant en longueur ramassant ici et là ses couleurs chaudes sous un ciel assombri, lors même que l'hiver s'impatiente, ses bagages déjà grands ouverts... Dans ce meli-mélo, je chemine foulant aux pattes de beaux tapis de feuilles, épais et moelleux à la fois. Puis je me retrouve saisi par la fraîcheur de la rosée. Elle perle sur l'herbe grasse et mon ventre pour finalement s'égoutter sur la route menant au vignoble. Le temps n'est jamais au point mort et poursuit sa moisson, printemps, été, automne, hiver et ça continue encore et encore...

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Certains versants du vignoble d'un vert encore vif, se refusent à céder le pas devant l'automne trop indécis. Un rayon de soleil rebelle et fugueur s'amuse à quelques diableries ! Tour à tour, il me titille l'oeil de son éclat puis donne de l'intensité aux grappes de raisins vermeils. Hors de ma portée, elles ont le parfum de la tentation et me narguent. Je les guette du coin de l'oeil, assis prés de mon pote qui contemple le paysage. Peut-être pensent t-elles que je leur voue une grande admiration, mais moi je sais que bientôt, elles perdront de leur superbe et seront à mes pattes....

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Il est vrai que lassé d'attendre, j'ai tourné le dos à mes amuse-gueules. Le hasard fait bien les choses, devant moi sur la pente descendante où le raisin est déjà récolté, la vigne a laissé pour moi, bien en évidence sur un lit de paille et de feuilles, une belle grappe acidulée ! On dit que l'espoir fait vivre, n'en croyez pas un mot, mes vieux m'ont privé de ce don providentiel et déjà je me sens faible et vacillant ! Ils ont dégusté ma trouvaille et se sont gorgés de sucre sans jamais partager avec moi. J'ai eu droit à un de ces arguments fallacieux qui donne bonne conscience à mes deux égoïstes. Il parait qu'ils m'ont sauvé la vie en m'empêchant de déguster ce nectar. "C'est du poison" disent-il... Mensonge ! Mon instinct m'en aurait averti. Cette promenade démarre très mal pour moi : temps d'chien pour les teckels ! J'ai fait bande à part jusqu'à ce que l'on atteigne les vergers.

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Encore affaibli et un peu démoralisé, j'ai observé mon pote si peu soucieux de moi, creuser l'écart entre nous. Un ou deux Krâa bruyants, bataillent au sommet d'un prunier ! Je crois rêver mais il me semble pourtant que les branches ploient sous le chargement des fruits, affleurant le sol pour je puisse m'en repaître. Inutile de partager cette aubaine avec mes vieux filous, la vengeance est un plat qui se mange froid. En m'approchant de mon festin, je n'ai perçu aucune odeur et les fruits étaient tous décolorés, je ne parlerai même pas de la dégustation qui m'a plutôt refroidi, beurck !! Encore un repas qui m'échappe !

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La vieille m'appelle, je me méfie ! Je fends la bise et rejoins mon pote, avec lui je ne risque rien. Il me parle de soupe qui serait au fond d'un trou. Là, je m'interroge, je dirais même plus, je l'interroge. Qui va aller la chercher ? La patronne s'en mêle pour se préoccuper uniquement de l'hypothétique locataire de ce terrier : un joli lapin que l'on ne doit pas effrayer ! Je n'ai aucune intention de déranger qui que ce soit. Je n'irais sous terre qu'à mon dernier souffle rendu et pis c'est tout ! J'attends un soutien de mon vieux. Il déclare avec aplomb que je suis né pour ça : aller au charbon et ramener ma pitance et quoi encore, on touche le fond !!

J'ai un corps de rêve, un poids idéal, suis musclé et doté d'un fort caractère. J'ai aussi quelques autres critères atypiques.... Bon, je vous en fais la liste mais vite fait et c'est la dernière fois : pas de couilles (mais chien, quand même !) et boiteux : ce qui me donne un démarche virile et conquérante ! Enfin bref, je ne vais pas tout vous énumérer, vous me connaissez par coeur maintenant. Par conséquent, vous en conviendrez avec moi, mon pote a une vision un peu rétrograde du teckel à poil dur. De nos jours et c'est comme ça que ma mère m'a élevé, j'ai la fonction exclusive de chien de compagnie polyvalent : pour les sportifs et pour les sédentaires... Et franchement, je suis à la hauteur et fais du bon boulot.

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Il faudrait peut-être de temps en temps songer au pôvre Charly que l'on voudrait envoyer au casse-pipe ! Pour quelle raison irais-je me perdre dans les entrailles de la terre et me retrouver au milieu de 4 ou 5 affamés les yeux luisants de gourmandise, ravis de me garder comme garde manger pour y piocher à l'envi pendant l'hiver. A cette idée insupportable, un frisson me parcourt l'échine, je n'ai pas pu me soumettre à ce diktat. Malgré tout mon courage, j'ai pris la fuite manquant de tomber dans un piège tout aussi barbare. Il y avait devant moi un banc où je pensais me réconforter en prenant de la hauteur. Ce n'était qu'un appât cerné par une armée de hérissons qui m'attendait sans broncher. Après un volte-face magistral, j'ai quitté ces lieux hostiles avec un horrible soupçon, je vous le livre tout net mes amis : la chasse aux teckels est ouverte !! Et si ça continue je vais finir au fond du trou !

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Lorsque j'ai enfin eu la certitude d'être à l'abri de mes prédateurs, j'ai repris goût aux choses qui m'entouraient. Malheureusement, je n'ai pu me défaire de cette idée fixe qui se balance comme un métronome dans ma petite tête et s'avère impossible à déloger : manger !! Une odeur reconnaissable entre toutes s'enroule autour des brins d'herbe. Les gouttelettes d'eau en transportent les molécules fongiques qui s'éclatent sur mon poil et me racontent des histoires. Moi, ça me parle ! Vous n'avez pas idée du trip que je me fais la truffe au sol. Ça sent bon la mousse et le champignon, quelquefois ça pue bon, d'autres moins, c'est affaire de goût. Des relents de viande...de pieds... De punaise mais aussi d'abricot, de noisette et de topinambour, j'arrête de vous mettre l'eau à la bouche, à table !! "Charly ! pas toucher aux champignons !" Encore des menteries rabâchées par mes deux mielleux. J'ai repris mon bonhomme de chemin sans même un regard en arrière, espérant envers et contre tout, trouver quelque chose à me mettre sous la dent. Quelle vie de chien !!     

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Soudain, on exige de moi que je reste en retrait à cause d'une visite inopinée que je qualifierais d'intrusive. Puis bouquet final, mes vieux s'en vont à tour de rôle, caresser et flatter un âne qui fait le bête et ne l'est pas du tout. Trop c'est trop, je suis d'une humeur de chien et j'en viens à me demander quel est le maître qu'il me faut suivre pour obtenir ce que je veux. Je les jauge tous les deux un bon moment et réalise qu'ils sont indissociables. Ce n'est pas encore aujourd'hui que j'obtiendrais gain de cause mais l'espoir fait vivre !

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Finalement, en se rapprochant du village, je me suis rabattu sur une dernière opportunité de me nourrir. J'ai aperçu une belle pomme qui se baignait à la fraîche dans le ruisseau. Je ne voulais pas mouiller mon chausson, alors moi aussi j'ai fait l'âne pour obtenir mon fruit. Mon pote a essayé à l'aide de son bâton de me ramener à manger, tout en pestant ! La chance tourne, il perd l'équilibre, mouille ses chaussures et fait fuir une grue que la vieille tentait de photographier...  J'ai savouré la mine déconfite de mes deux vieux avec le même plaisir que j'aurai eu à déguster ma pomme, finalement emportée par les eaux glacés.

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Enfin installés sur un banc, je n'y croyais plus, je me suis couché dans ma studette. Mais très rapidement, alléché par les victuailles que mes vieux ont disposé entre eux, je suis sorti de ma retraite pour réclamer ma part. Ils m'ont refilé les sempiternelles croquettes pour chien que je suis tout prêt à partager avec eux ! Il y a des aliments qu'on engouffre presque sans s'en rendre compte et qui n'ont que peu d'intérêt, sauf à vous remplir sans aucune joie. Ce que je veux c'est : manger ! Pas beaucoup, encore que! Mais surtout, que ce soit prometteur, festif, jouissif et empreint de réciprocité, très important la réciprocité...

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J'ai été clair pourtant, je croyais m'être bien fait comprendre. Je me suis pourléché les babines avec ostentation, puis j'ai attendu sagement, soumis et admiratif : je n'ai rien eu ! Je connais des ingrats qui n'hésitent pas à mordre la main qui les nourrit, mais ce sont des mal élevés, ce que je ne suis pas ! Poussé dans mes retranchements, je me suis servi tout seul... Alors que j'avais perdu tout espoir, j'ai finalement pu manger à ma faim. Épuisé par toutes ces batailles que j'ai livré pour survivre et garder ma place, j'ai fini le reste de cette balade dans ma studette. ce petit roupillon s'est prolongé sur le siège arrière de la voiture, avec deux gros potirons dont j'ai bien volontiers accepté la compagnie. Je savais qu'ils allaient faire mon bonheur ce soir dans ma gamelle et je leur devais bien ça !!

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"Vivre sans chien est possible...mais insensé !"

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