"Heureusement qu'il y a le malentendu, car sans le malentendu on ne s'entendrait jamais."

   

Tout fout l'camp, les saisons aussi. Réglé comme une horloge, le temps lui aussi, n'attend pas. Moi si ! Je suis prêt à entrer dans l'automne de ma vie, pour un voyage des plus agréables, mais l'été persiste à contrarier mes plans en jouant les empêcheurs de tourner en rond. Il ne me reste plus qu'à me vautrer ici où là en attendant des jours meilleurs...Les vacances sont finies et je me demande quand et où vais-je vous emmener promener ? Il me vient une idée qui devrait nous satisfaire mutuellement. Je me propose de vous faire voyager dans mes souvenirs que j'égrenne à l'occasion, le temps de mettre tout ça dans l'ordre et je vous embarque avec moi ! Je ne vous cache pas que je mets à profit la présence bien matinale et stimulante, de ma vieille en cuisine, pour me motiver. Nous nous sommes mis aux fourneaux sans plus tarder, de quoi exciter notre appétit, on s'en mettra plein la panse "après l'effort". Le tchak tchak du couteau rythmera notre marche évocatrice ... les pattes croisées devant moi, je suis prêt pour un de ces voyages immobiles que j'affectionne. Mon regard perdu vers l'horizon balaie mon album-souvenir, ne regardez pas le désordre, malgré le grain de folie qui trotte dans ma tête, j'ai quelques fils conducteurs pour ne pas me perdre en chemin...

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Première image...Un oiseau de mauvais augure, perché à contre-jour, est dans ma ligne de mire. Il me rappelle, bien malgré moi, une fébrilité que j'ai perçu dans mon sweet home, ces derniers jours. Tout est sens dessus dessous dans ma mémoire. Certaines photos prises au hasard d'un temps passé, loin de m'y entraîner à nouveau, semblent être des messagers d'un futur proche...Mon instinct me serine sans cesse "il y a quelque chose qui cloche !". Pauvres chiens que nous sommes. Pour vous avoir suivis, vous et votre exemple dans la périlleuse entreprise de domestication, on a hérité bien malgré nous de quelques uns de vos travers ! Heureusement, nous avons gardé nos quatre pattes sur terre et finalement, c'est nous qui vous avons apprivoisé. Cette aventure nous a rendu plus humain, c'est pourquoi bien souvent mes vieux font un transfert sur ma petite "personne" ô combien précieuse! J'ai aussi obtenu le statut d'animal domestique, mais je reste exclusivement à mon service...Il y a juste un petit hic, depuis que je me suis humanisé, mon animalité entre en conflit à chaque fois qu'il y a une ouverture...  Non ! Pas maintenant !! Je ne vais pas cracher dans la soupe, c'est pas le genre de la maison, encore moins quand elle embaume tout autant les épices que les aromates. Je vous abandonne un instant pour jeter un oeil sur le travail accompli en cuisine.

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Ma vieille m'accueille en tendant sa main vers moi. Je passe tous ses doigts en revue, c'est prometteur ! Je lui laisse enfin me faire cette caresse auquel elle tenait tant. Mon pote me répète à l'envi de profiter de la vieille et de venir me blottir dans ses bras, car bientôt, il faudra m'en passer un bout de temps...comprends pas ! Encore une devinette qui va me tarauder, comme s'il n'y en avait pas suffisamment dans ma ptite tête. C'est un grand réconfort pour moi, d'avoir votre oreille. Tout ce que vous ne me dites pas, apporte bien souvent, un écho favorable aux réponses que j'ai choisi pour rejoindre mes questions dans une grande farandole, où chacun trouve sa chacune... Mes retraités recommencent à brasser de l'air, me passant devant la truffe sans plus me calculer. Les portes s'ouvrent et se ferment, chacun à son tour relaye l'autre. Qu'est ce qu'ils mijotent ? Je renonce à déchiffrer l'incohérence et pars me réfugier dans mon  panier. A peine le temps d'y installer mon petit corps fragile et vieillissant que le ton impatient de mon pote me réclame au pied. Ils vont me faire devenir chèvre ! Dans le couloir, une vision d'apocalypse : mes deux perturbateurs portent leur tenue "exit" et la vieille à un sac noir sur l'épaule. Ils sont sur le départ et n'attendent plus que moi...à l'heure du goûter !!

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Comme trop souvent à mon goût, après avoir été bisouté à outrance par une hypocrite, je me suis retrouvé en exil à l'arrière d'ma berline. Au retour, j'ai eu l'exclusivité du bavardage inhabituel de mon pote, la vieille ayant fait bande à part. Mais, après réflexions, ce besoin soudain de vouloir me rassurer, comme pour me préparer à Dieu sait quelle catastrophe, m'a filé une angoisse monstre. A tel point que, dés notre arrivée, je n'ai pas respecté le protocole du nettoyage des pattes, laissant mon pote seul, penché avec sa petite serviette sur le paillasson que j'ai déserté... occupé à faire l'inventaire en cuisine. Dans la vie, y'a des priorités, certaines choses passent avant d'autres et pis c'est tout ! Enfin rassuré, je me suis installé sur le tapis devant l'entrée pour attendre ma vieille, partie traîner ses guêtres ailleurs. Profitons de cette interlude, pour continuer à feuilleter mon album-photo et enfin planifier cette balade tant attendue. Pas question d'improviser, je ne peux prendre le risque qu'un vent contraire souffle sur ma popularité.

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Cette façon étrange qu'ont les images à me parler d'aujourd'hui, j'ai beau faire, elles persistent à me raconter une toute autre histoire que celle que je voudrais mienne. Je n'y vois que mon pote et moi, l'un à la recherche de l'autre... L'angoisse me reprend. Il faut que j'en ai le coeur net, mon maître, où est-il ? Les grands esprits se rencontrent, il m'appelle pour me rassurer : "Charly, la soupe !!". Sans plus réfléchir, je fonce vers ma gamelle pour y engloutir vite fait mes croquettes appétentes, puis mon pote m'installe à côté de lui sur le banc...à la place de la vieille !! On se regarde, un peu contrarié de devoir commencer sans elle, alors dans un même élan, comme pour conjurer le sort, on s'est empiffré pour se remonter le moral et supporter son absence. La nuit est tombée, portes et fenêtres sont fermées, dans nos fauteuils respectifs, nous veillons...Mon pote et moi avons souvent rêvé d'être célibataire, état qui a toujours été notre nature profonde, mais contrariée par une enquiquineuse de première. Il semblerait qu'enfin notre voeu se réalise et pourtant, il nous laisse un goût de cendre sur la langue...à moins qu'on ait trop mangé ?!

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A l'heure du coucher, toujours célibataire ou peut-être orphelin, j'ai pris mes quartiers chez mon pote pour la nuit, mon petit panier au pied de son lit. Une lueur de phare, un claquement de portière venait parfois réveiller la nuit pesante. Au travers de ce demi-jour, je distingue le bras de mon maître, pendant le long du lit. C'est un appel pour que je veille sur son sommeil. En glissant ma tête sous ses doigts engourdis pour le réconforter, je sollicite en retour une papouille avec de plus en plus d'instance. Ce fut une caresse fugitive, relayée par un grognement puis suivi de ronflements qui suffirent à me rassurer. Enfin bercé par cette petite musique de nuit, je sombrais dans un sommeil peuplé d'affreux jeu de cache-cache où se mêlaient mes petits cris rageurs tout autant qu'effrayés. Un petit courant d'air m'a réveillé, je l'ai bien volontiers suivi jusqu'au bureau où mon pote prenait le frais, sur le balcon. Je me suis couché à ses pieds pour scruter en contrebas une possible arrivée de notre retardataire. Le froid petit à petit prenait possession de nous tout entier. Au moment de rejoindre la chaleur d'un cocon déserté par une traîtresse, mon pote m'a aperçu, toujours fidèle au poste, petit être frêle, compagnon des bons et mauvais jours (si peu !). A trois heures du matin, je suis peu réceptif, mais j'ai exceptionnellement accepté qu'il me fasse la conversation, sentant chez lui un besoin urgent de s'épancher. "Mon pauvre Titi ! Si tu viens faire le poireau à c't'heure sur le balcon pour attendre ta vieille, c'est que j'ai bien raison de me faire du mouron". Et voilà le travail ! De l'écoute, encore de l'écoute et toujours de l'écoute... C'est un boulot de chien, personne d'autre ne tiendrait sur la longueur, on est des pros dans ce domaine. Je le sens tout à fait rassuré et serein maintenant. Allez aux plumes, demain sera un autre jour....

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Vous l'aurez compris, je n'ai plus le coeur à m'en aller promener, j'espère que vous ne m'en tiendrez pas rigueur ! Je suis accaparé par mon pote ou peut-être est-ce moi qui le monopolise. Le temps, indifférent à ce qui nous bouleverse, s'écoule fluide et sans temps mort, interminablement routinier. Qu'il s'en aille après tout, laissons le temps au temps. Quand à nous, pas question de prendre racine, il faut qu'on avance et le meilleur moyen c'est de mettre la vieille au rayon souvenir!! Faisons table rase, il faut faire un dernier sort à ce repas des condamnés... à l'abandon, hypocritement offert par notre ex-colocataire. Après ma petite sieste, mon pote m'a demandé de garder la maison et s'en est allé en prenant le sac réservé au seul usage des courses, dans lequel je trouve toujours à son retour, un petit os friandise. Les vieux réflexes sont revenus et c'est bon signe. Je l'ai patiemment attendu ainsi que ma récompense, sur le paillasson devant l'entrée.

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Un bruit de clé m'a fait sortir de ma somnolence, je me suis de suite préparé à lui faire l'accueil qu'il se doit, mais je suis resté sur l'cul en découvrant la vieille sur le palier et mon pote hilare. J'en avais gros sur le coeur, refoulant mes jappements plaintifs je suis tout de même trahi, par ma queue qui balaye la carpette frénétiquement. Notre premier échange entre quatre yeux fut bref, mais plein de reproches de ma part. message qu'elle reçu cinq sur cinq : trois jours qu'elle est partie la bougresse !!! J'ai passé le reste de la journée (enfin je crois !) à digérer mon amertume tout en la suivant, chaque fois qu'elle quittait son siège de crainte qu'elle ne s'en aille à nouveau. Finalement n'y tenant plus, je suis allé lui dire combien elle m'avait manqué. Mon coeur s'est emballé quand la joie est revenue s'y installer. Je n'ai pas boudé mon plaisir, à faire le mort sur ses genoux pendant de longues heures, grisé par ses caresses. Puis, las de toutes ces émotions, je me suis couché dans mon fauteuil, les observant tour à tour : à deux, en amour, on ne fait plus qu'un. Mais, on peut se demander lequel ? Pour éviter que mes vieux ne se posent cette question et m'en fassent un problème, je les entoure d'un amour indéfectible. Dans ce trio que nous formons à nouveau, nous ne sommes plus qu'un: moi !! Et ça fonctionne au poil ! Fermez portes et fenêtres, le bonheur ne doit point quitter ma maison ! Mon pote et moi allons nous faire une nuit royale et nos ronflements berceront le sommeil de not'vieille.

 
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"Sur les ailes du temps, la tristesse s'envole"