"Comme rien n'est plus précieux que le temps, il n'y a pas de plus grande générosité qu'à le perdre sans compter."

 

Alors que je dormais si bien, le temps de digérer mon petit déjeuner, ma vieille m'a réveillé sans ménagement. Je suis allé ronchonnant et d'un démarche claudicante vers le plus proche de mes paniers, pour reprendre le cours de ma rêverie. La patronne déambule tout en récapitulant à voix haute une sorte d'inventaire, dans quel but ? mystère ! J'appelle ça : brasser de l'air. Tout ce chambardement m'oblige à ne dormir que d'un oeil et ça me fatigue. Mon vieux, sirote son café, attendant patiemment de faire le bilan de cette agitation. Elle récapitule à nouveau : carte, nerf de la guerre, vêtement pour la pluie, le froid, le chaud et tutti quanti... Me voilà enfin prête dit-elle, elle nous embrasse et disparaît, ma studette sur son dos, sans moi !! Je n'ai même pas eu le temps de me préparer. D'habitude je dispose toujours d'une bonne marge d'avance et j'en piaffe d'impatience, attendant le signal du départ. Interloqué je regarde mon pote, il semble détendu et reprend même une tartine à la délicieuse confiture de framboise. je m'extirpe du panier, m'étire et demande ma part du gâteau. Puisqu'elle nous a lâchement abandonné, nous n'avons pas d'autres choix, mon pote et moi, que de vaquer à nos occupations respectives. Lui, excellent au travail manuel : vaisselle du petit déjeuner et moi plus performant dans la réflexion ! Le thème de ce matin étant : pourquoi tout ce bouleversement ? La position allongée ainsi que l'observation de mes proches sont une aide précieuse. Tout bien réfléchi je peux, dés à présent, partager avec vous le fruit de mes cogitations : mon père nourricier et moi-même avons enfin obtenu une journée de repos....

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Mais voilà, ma mère protectrice excelle aussi dans son domaine : celui de parler pour ne rien dire, tout un art... Elle seule, sait me bercer de son bla-bla jusqu'à l'endormissement et c'est pourquoi quand elle s'en va, j'en perds le sommeil. Ceci explique que malgré mon jour de congé, je ne peux ronfler toute la journée sur mon coussin ! J'opte alors pour une surveillance des faits et gestes de mon partenaire, espérant qu'il me trouve un divertissement à la hauteur de mes attentes. Mes désirs sont des ordres : la préparation d'un pique-nique est en cours. Je suis rassuré et comblé. Cette balade sera dilettante, reposante, j'en ai la certitude car la chef est partie avec ma studette (ils sont devenus inséparables ces deux là !). On fera enfin le tour du lac comme j'en rêvais ! C'est une charmante promenade qui me permet de discuter avec bon nombre de volatiles, ils connaissent les bons coins pour se nourrir ! je m'essaierai à une partie de cache-cache avec les écureuils, mais je ne gagne jamais et ce petit jeu me lassera bien vite. Ma préférence, c'est de m'installer sous un banc en face du Seerose ; ma maison jaune, et d'y méditer longuement, bercé par le chant des roseaux.

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Tout s'est effectivement déroulé comme prévu ! De ma ptite tête, je nous voyais gentiment rejoindre le centre de Seefeld pour y choisir un encas un peu crémeux, il n'est pas interdit de faire des projets ! Mais, mon pote a décidé de prolonger la balade du Wildsee en prenant un chemin opposé au village. Derrière moi le lac rétrécit à vue d'oeil, au fur et à mesure que la forêt nous engloutit. Le sentier s'ouvre à nouveau largement un peu plus loin, pour nous déposer au pied de la montagne nommée Gschwandtkopf. Là, mon seigneur et maître a pris place sur un télésiège et m'a installé sur ses genoux, ma promenade s'est prolongé dans les airs, je me suis montré à la hauteur et n'ai point failli ! Profitant de ce poste d'observation idéal, j'ai tenté de repérer la vieille, alentour. Connaissant son aversion pour le vide, elle ne pouvait être que les pieds sur terre ! Nous étions seuls, personne en l'air, personne au sol et le ciel s'assombrissait lentement pendant notre progression. Je dodeline, fataliste. Une fois échoué au sommet, j'ai pris mes marques, déposant ici et là quelques infos pour d'autres naufragés.

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Suivant de multiples traces, j'ai cru un instant percevoir celles de ma vieille, tant je l'espérais. Mais, attiré par un champ de fleurs multicolores du plus bel effet, mon esprit vagabond à changer d'horizon. La truffe aspirant jusqu'au vertige des senteurs évoquant mille et un souvenir, je poursuis jusqu'à en perdre la tête, la parade colorée qui se répand, incontrôlable, d'un alpage à un autre. Seule ma queue reste visible, au-dessus de ce fouillis printanier, comme un jalon, histoire de guider mon pote un peu à la traîne. J'avais déjà perdu la notion du temps, il n'était pas question que je paume mon compagnon de route. Une sorte de gloussement étouffé m'a fait sortir la tête hors de mon pré carré. A contre-jour, une silhouette noire, adossée aux barrières, m'observe impassible. Je plisse les yeux et n'y vois guère, une embellie vient soudain m'éclairer : ma vieille est revenue !! Je me sais victime d'un complot, mais peu importe trois est mon chiffre porte bonheur. La preuve, juste à côté, pour fêter nos retrouvailles, se trouvent table et chaises pour faire ripaille. J'attends, content de moi, que ma maîtresse finisse son shooting photo, pendant que mon pote sort de quoi nous désaltérer dans un premier temps... Cette journée s'est enfin décidée à se mettre au beau. En contrebas, les vaches sortent du bois pour regarder les aventuriers enfin de sortie, se balancer dans leurs nacelles, au dessus de leurs têtes. Une occupation à plein temps, qui ne leur coupe pas l'appétit ! Sujet d'importance qui me ramène illico vers mes vieux. Mais, stupeur, ils ont remballé et fermé les sacs et sont sur le départ !

 

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Je me suis consolé comme j'ai pu, en batifolant à droite et à gauche. Je renonce à patauger dans la mare au canard, deux coin-coin y sont déjà. Ils glissent sous une lumière céleste, le cou voluptueusement niché dans leur plumage. J'ai préféré m'aventurer seul dans les bois, butant quelquefois sur un bovin aussi étonné que moi. Ma truffe au ras des pâquerettes et lui le mufle au vent, nous n'avions pas la même ligne d'horizon ! On a entamé une partie de cache-cache, qui m'a beaucoup plus ! Les bovins pas bien futés se sont fait repérer à cause de leurs cloches, victoire facile d'accord, mais combien consolatrice ! Pour me faire pardonner, je les ai mené droit à la pâture fleurie, ils étaient si impatients que certains m'ont coursé peut-être un peu revanchard !

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Le soleil est resté en notre compagnie, d'une tape chaude et amicale dans le dos, il nous a encouragé à aller plus loin. Un dernier regard pour contempler la Rosshütte, le Seefelder Joch et Spitze juste en face de nous et je tourne le dos aux sommets, pour continuer notre balade en lisière de forêt en direction de Mösern. Ce fut plaisant et bucolique, je n'ai pas boudé mon plaisir, je n'ai fait qu'apparaitre et disparaître au gré de mes découvertes et des magnifiques point de vue qui me laisse sur le cul.

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La forêt s'est fait moins dense et s'est réduit à de multiples bosquets éparpillés le long du chemin. Les prairies un peu plus nombreuses m'offrent quantités de cachettes et d'envies d'escapade, mais la vieille me rappelle au pied à l'approche de quelques fermes. L'une d'elles attirent son attention. Elle a, sous son immense balcon de bois sculpté qui la ceinture, la plus étonnante collection de cloches qui plastronne et décore l'ensemble. Un peu plus loin, au-dessus du village dont je devine le clocher, je découvre un banc idéalement orienté, surplombant la vallée. J'étais justement sous le charme du paysage, quand j'entends mes compagnons discuter de moi. Il serait question de mettre une cloche à mon collier pour ne pas me perdre...  Je m'en trimbale déjà une et une vieille, c'est quelquefois lourd à porter ! Ha, les vaches ! D'ailleurs ça me fait penser qu'il faut que je m'économise, je m'étends à l'abri du soleil sous mon banc, exprimant clairement ma réprobation. Mon pote, toujours solidaire, déclare que je n'ai pas besoin de bling bling autour du cou, car je ne vais pas bien loin, la preuve ! J'accepte volontiers ma tambouille comme signe de ralliement à ma cause, ainsi qu'un petit shoot d'anti-inflammatoire, avant de piquer un roupillon. A titre de représailles, je veux et j'exige que ma maîtresse, qui ne peut faire autrement, m'installe dans ma studette pour une durée que je n'ai pas encore déterminé...

 

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Finalement, elle m'a déposé, devant l'église et nous sommes allés voir de prés la "Friedensglocke" symbole de la paix entre voisins alpins. Cette cloche pèse plus de 10 tonnes et sonne tous les jours à 17 heures, j'ai refusé tout net de poser pour la postérité en dessous du gros bourdon, pas folle la guêpe !! Plus question de traîner, il reste de la route à faire, je prends la direction des opérations car la faim me tenaille et c'est elle qui dicte sa loi. Nous quittons Mösern, perché à 1245 mètres d'altitude et profitons une dernière fois de sa vue fascinante sur la vallée de l'Inn jusqu'à l'Arlberg. Ce village se niche au creux de la belle forêt que nous traversons et nous voici de l'autre côté : celui des trois lacs ! On fait l'impasse sur le plus grand, le Möserer see. Mes vieux sont eux aussi très pressés, par pour la même raison que moi, mais pour découvrir si le Lottensee et le wildmoosee ont daigné se montrer !!

 

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Déçus, nous contemplons son lit, vide ! La nature fait ce que bon lui semble et les eaux se montrent et disparaissent sans véritable explication : c'est un lac périodique et son frère jumeau et à 2kms de là. On pique-niquera juste après ! En attendant, je regarde le Höhe Munde s'enrouler dans son étole blanche, boudant du haut de ses 2662 mètres, lui qui rêvait de se mirer dans le lac... Soudain, j'ai cru apercevoir au loin deux étranges animaux avec deux bosses sur le dos ... On s'éloigne doucement en longeant le petit sentier bordé d'une barrière en bois. Je préfère rester à l'ombre des bouleaux et des mélèzes, le soleil m'a tapé trop fort et j'ai des hallucinations ! La vieille semble, elle aussi, sujette aux mêmes berlues, mon pote en est bien amusé. Il se marre tellement, qu'elle exige un demi-tour pour en avoir le coeur net et cette fois j'y souscris. A notre tour, nous avons pu avec plaisir, contempler la bouille stupéfaite de notre compagnon : il y avait bien des chameaux en goguette au tirol !!

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Après cette amusante récréation, il n'était plus question de lambiner, on a un peu forcé l'allure, marchant le long du beau parcours de golf de Seefeld-Wildmoos. Je suis parti en éclaireur pour finalement découvrir notre troisième lac évaporé, tant pis ! Il est tant maintenant de trouver un joli banc et j'ai pris les devants, car c'est un boulot qui demande des compétences ! Fièrement posté devant notre camp de base, j'attends mes vieux. Les canards et les libellules bleues ont investi les marais. La belle clairière est nimbée de soleil et les vaches descendent des forêts environnantes pour changer de pâtures. Cataclop, cataclop, les beaux chevaux noirs trottent jusqu'au Wildmoosalm, terminus gourmand pour des randonneurs vétérans qui préfèrent les balades en carriole. Ils vont après tant d'effort manger et boire à la Hütte ! Après un repas léger mais vitaminé, j'ai entamé une sieste majestueuse avec mon "papa". Ne croyez pas que j'abandonne ma maîtresse pour autant, mais l'ayant sollicité du regard, elle a refusé mon invitation, préférant tenir compagnie au temps qui passe, d'où son surnom de la vieille ! Ma recette secrète c'est perdre la notion du temps : ça me fait rajeunir !

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Étrangement et comme à chaque fois, j'ai du mal à mettre un point final à mes balades ! je râle au départ, par principe et par paresse, puis petit à petit j'apprivoise l'effort à fournir, je goûte aux petits plaisirs et amusements qui jalonnent mon itinéraire et suis content de moi. J'aime être en ma bonne compagnie ! Mais plus que tout, ce qui m'enchante c'est d'avoir mes deux copains. Chaque jour et depuis 8 ans déjà, je fais le plus extraordinaire des voyages ! Ils me propulsent dés potron-minet dans le monde fascinant des humains que je n'ai pas fini d'explorer...

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Nous avons regagné la forêt pour rentrer à Seefeld, un chemin trés instructif qui nous raconte l'histoire du ski à travers le temps, tout un programme... épuisant. Le dôme de la Sainte Chapelle (Seekirchl) me conforte, je vais prendre un peu de repos au Seerose, demain sera un autre jour !

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"Les choses qui vont sans dire, vont mieux en les disant" 

 

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