"Dans la vie, il n'y en a qu'un qu'il ne faut pas gêner : c'est soi-même."

Nous sommes bien nombreux embarqués dans la même galère. Je contemple avec un certain dégoût, les milliers de gouttelettes qui viennent ruisseler sur la vitre. Dehors c'est pire encore, la pluie fait des claquettes et bat la mesure, arrêtez cette musique ! Je retourne à mon panier prés du radiateur, malgré ma nausée, j'ai décidé de mettre les voiles vers des cieux plus accueillants ; je vais rendre visite au printemps. Je vogue sur mon arche pour échapper au déluge, snobe les giboulées de Mars. Avril est versatile, je fais l'impasse. Mon choix est fait, j'accoste en Mai...hé oui ! je fais ce qu'il me plaît !! Venez vous joindre à moi, bienvenus et en route pour une balade ensoleillée...

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Je rouvre les yeux et me voilà à côté d'un ruisseau, mais cette fois la mélodie est toute autre, enjouée, spontanée ! la petite digue laisse le trop plein s'évader en contrebas et le soleil qui s'invite passe au travers et donne de la légèreté au tableau. Les pierres astucieusement posées sur le lit de la rivière, affleurent à la surface et permettent de gagner les deux rives au gré de nos envies. Un petit ru vient se noyer dans la rivière et me dévoile un trésor : des fraisiers échappés de quelques jardins sont venus s'installer loin de toute pollution. Il ne fait pas trop chaud, l'air est léger, mes os se réchauffent au contact du sol, je folâtre gaiement sur le chemin. Le sous-bois est encore clairsemé et de temps à autre, les feuillus laissent apparaître à claire-voie, de grandes fermes au milieu des vergers. J'ai fait fi du banc qui m'aguichait entre ombre et lumière, trop heureux et pressé de vivre cette nouvelle aventure !

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Soudain le chemin s'est fait plus discret, un peu moussu. Nous étions indécis sur le point de faire demi-tour car en face de nous, une rangée de magnifiques cyprès faisait barrière à tous regards intrusifs. Mais un bruissement et le joli chant d'un oiseau m'a incité à me faufiler sous les rameaux buissonnants du conifère. Mes vieux acolytes m'ont emboîté le pas pour me rejoindre et découvrir une jolie clairière ! Nous y faisons une étonnante découverte : un lieu de recueillement qui semble à première vue abandonné. Il y règne un petit brin de folie...très étudié. La nature que l'on a voulu discipliner a repris ses droits et sans rancune a apporté sa touche de poésie, un je-ne-sais-quoi ! Nous sommes restés un instant auprès des tombes qui jalonnent la clairière, ma vieille égrenant les prénoms des religieuses qui reposent ici. Puis nous avons quitté presque à regret cet accueillant cimetière et la forêt qui le ceinture. Ce coin me plaît beaucoup il est à mon bon plaisir. Je choisis tel ou tel banc, me désaltère à quelques fontaines, j'y ai même rencontré un rouquin écossais des highlands qui s'est exilé en Allemagne ! Il avait l'air heureux, un peu bigleux mais je me suis gardé de lui en faire la remarque, sa belle paire de cornes aurait eu vite fait de me soulever pour m'envoyer paître ailleurs. Il m'a d'ailleurs confié qu'il était issu d'une longue lignée rustique, engraissée aux résidus de distillerie de whisky, histoire de tenir le coup dans la neige ou les marécages. Ça me laisse rêveur et je vois sous un autre angle cette masse musclée et protéinée... qui me fait penser que l'heure tourne et midi n'est pas loin !!

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Nous avons gravi la petite colline bordée d'arbres en fleurs. La chapelle comme un poste avancé et protecteur, faisait le guet au dessus du village qu'on aurait cru presque endormi. Évidemment, ça n'a pas manqué, à chaque fois je dois montrer pattes blanches et ce n'est pas facile croyez moi. J'essaie toutefois d'être persuasif et de faire état, moi aussi, d'un descendance des plus dignes. Certes ma branche s'est égaré ici ou là et pour ma part, au pays des fromages qui puent, bon sang c'que j'ai faim! Mais, j'ai d'indéniables origines germaniques, je ne suis pas sûr que certains de ces gardiens peuvent en dire autant, enfin j'dis ça, j'dis rien... Ayant finalement reçu mon laisser passer, j'ai pu rejoindre mes maîtres qui avaient pris un peu d'avance.

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Le petit chemin s'épanouit doucement sous la chlorophylle des feuillages. Une multitude de fleurs blanches aux parfums subtils se penchent au dessus de nous pour nous souhaiter la bienvenue ou bien pour faire la conversation aux pissenlits et jolies pâquerettes. Nous avons trouvé un petit coin idyllique pour un repas des plus classique sur lequel je ne m'étendrais pas : car il n'a pas été à la hauteur de mes attentes et de mon imagination ! Une sieste réparatrice a tout de même fait de moi un teckel comblé ! En reprenant la route, je me suis retrouvé face à un autre rouquin, moins encombrant celui-là, quoique... Pot de colle, sans arrêt dans mes pattes, il essayait de me faire croire qu'il s'était perdu. J'le vois venir celui là, jeune, beau, le port altier et mince de surcroît, il a toutes les chances de trouver preneur! Non mais, perdu? à qui veut-il faire avaler un bobard pareil? A mon pote pardi!!

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Ça n'a pas loupé, il le prend en pitié, l'écoute et le caresse. Soudain mon pote découvre sur le collier de ce "clébard" abandonné, une cachette secrète avec un petit message dedans. Il est rusé, le bougre, en plus de son collier on lui met MA laisse au cou. Teckel ou pas, c'est un parasite efflanqué, voilà c'qu'il est ! Mon vieux s'est fait avoir et il est de mon devoir de l'en avertir. Je me positionne devant lui et entame un long travail de persuasion, d'autant plus difficile que dans le même temps il reste collé à son téléphone ! Finalement l'appareil est remisé au fond du sac, une brève causerie se tient entre mes deux complices, puis un long regard sur votre serviteur et le "sans domicile fixe" et nous rebroussons chemin !! J'en tremble d'inquiètude, je ne suis pas jaloux mais ça m'a pris beaucoup de temps à vivre seul, faire le deuil d'un frère ou d'une soeur que je n'ai pas eu ! Alors maintenant c'est trop tard, je suis fils unique et pis c'est tout !!

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A mon grand soulagement, après avoir tourné, viré, hésité entre ce chemin ou celui-ci, nous sommes finalement arrivés devant une ferme imposante. Il y avait là un beau jardin avec pelouse, une balançoire  et un verger à perte de vue, mon coeur a fait un bond ! J'avais réussi à convaincre mon pote que faire le bonheur du rouquin en le ramenant chez nous ferait mon malheur ! Compatir c'est notre credo et je reconnais bien là, mes vieux futés. Donner un jeune teckel pour adoption à des paysans, dans son pays d'origine : quel beau cadeau pour les deux parties ! Mes vieux ne se sont pas foutus de lui, il a eu de la chance de tomber sur nous. On l'a laissé attaché devant sa maison en bon gardien, en attendant ses maîtres qui n'allaient plus tarder. Je l'ai longuement regardé, bizarrement, j'ai eu l'impression qu'il connaissait parfaitement les lieux et qu'il appréciait notre choix. J'ai repris la route du retour, le coeur en joie !

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Vous me connaissez, le principe de précaution est un droit et un devoir, j'y souscris. Aussi, lorsque j'aperçois une guérite de chasseur alors que nous sommes sur le point de quitter la forêt, je me dis que prendre de la hauteur ne serait pas un mal, histoire de voir si il y a d'autres âmes perdues aux environs et si nous ne sommes pas suivis... J'ai longuement fait le guet, rien n'est venu troubler ma quiétude retrouvée. J'ai reçu auprès d'un angelot qui gardait les lieux, approbation à notre bonne action et sous le joyeux gazouillis des oiseaux, le coeur en paix je suis rentré chez moi. Vous conviendrez avec moi que c'était une bonne décision, il n'y avait pas de place pour deux, la preuve : une seule vieille et deux bras pour me porter, un seul pote qui partage déjà avec môa, un seul os et un seul poêt-poêt. Je n'allais pas sacrifier, huit années d'un long et difficile apprentissage au bout duquel mes vieux compères ont fini par me comprendre rien qu'en me regardant, sauf peut-être la vieille qui est encore un peu hermétique à l'instruction....

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 « Se voir soi-même c'est être clairvoyant. »