"Le véritable metteur en scène de notre vie est le hasard."

Et c'est reparti, la truffe sur les talons de mon leader, avec un enthousiasme certain, l'un comme l'autre avançons à petits pas ! Le torrent dans sa course effréné, exhale un petit coulis frisquet qui se glisse subrepticement entre les lattes en bois du pont. Je m'éveille doucement sans rompre pour autant le rythme que nous avons adopté d'un commun accord mon pote et moi. Je prends lentement conscience du fouillis végétal qui m'entoure. Ces derniers jours, accaparé par un objectif disproportionné à atteindre, je n'ai pas vraiment porté attention à ce qui m'entourait. Je me suis surpassé, tenez vous bien : 6,500 kg au prix d'un effort démesuré ! Plus que 200 grammes à perdre ce qui ne serait tarder sous les rayons de l'astre luisant. Maintenant que le soleil éclaire au plus prés et guide mes pas, je côtoie étroitement mon ombre, espérant une protection qu'elle me refuse systématiquement, à toutes mes tentatives d'approche ! Ça commence à m'échauffer les oreilles. Pour me rafraîchir, je me laisse tenter par quelques touffes d'herbe bien grasse : une sorte de petit en-cas végétarien dont je me régale pour parfaire mon régime. La végétation se glisse sournoisement hors de son territoire, devenant invasive au point de rendre mon sentier plus étroit par endroit ! J'ai l'impression qu'une multitude de petites mains cherchent à me retenir et j'ai bien du mal à résister à tant d'invitations.

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La nature, force tranquille, contemple son oeuvre. Une débauche de teintes vertes se bouscule, zigzague, rampe et grimpe jusqu'à rejoindre le bleu du ciel. Même les fruits à peine ébauchés se mettent au vert ! Les discrètes violettes se pâment dans cet écrin, enivrées par leur propre parfum. Le pollen disséminé par une bise légère vient poudrer les délicates pétales. Ainsi fardées de poussière d'or, métamorphosées, pleines d'audace et d'assurance, elles se tendent sous la caresse du soleil. les herbes hautes de la berge aidées par le vent, ont ployé sous leur propre poids. Elles se sont couchées dans le lit du torrent, formant une longue chevelure. Opportuniste, le cours d'eau serpente, prend ses aises et glisse sur le tapis ondoyant. Tout en caressant, il s'octroie mine de rien, un peu plus de territoire ! Le temps presse, allez savoir pourquoi, la débordante rivière scintille et prend des reflets métalliques, il me semble qu'elle me lance quelques clins d'oeil au passage ! Mais la vieille capte soudain, mon attention "Alors mon crapaud, tu tiens la forme maintenant que tu as perdu du gras !" Je ne sais pas d'où lui vient cette fâcheuse habitude de m'affubler de petit nom ridicule et autres que le mien ! "Titi", "Zigouioui", passe encore! "Clafoutis" je ne dédaigne pas! mais "Crapaud"...D'ailleurs les sons en ô, je déteste ! L'eau on en sort à peine, depuis Janvier on a vu que ça. Mes os finissaient par devenir spongieux et mon coeur menaçait de s'engourdir. J'étais sur le point de prendre la tangente, afin de ne pas prolonger cet échange stérile quand elle a rajouté : " Maintenant que tu as la ligne tu pourras partir au Tirol avec nous." Je sais bien qu'en ce qui la concerne, il faut lui expliquer les choses longtemps pour qu'elle comprenne vite.  Mais pour ce qui me concerne il suffisait d'aller à l'essentiel, me donner le "pourquoi" du "comment" et l'affaire aurait été réglée en 48 heures avec une petite grève de la faim pour les besoins de la cause. J'ai tenu comme ça presque une semaine au chenil : au garde à vous que je les ai mis ! On m'a finalement nourri avec du "fait maison" et du jambon, à mon bon plaisir...très chouette endroit pour des vacances ! La vieille ne veut plus m'y envoyer, j'avais trop grossi....

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Je continue cette charmante promenade sur mon petit nuage, le coeur en fête. Dans ma tête, des images bucoliques de l'été dernier viennent se coller au paysage dans lequel j'évolue présentement. Durbach et Tirol s'entremêlent, le soleil se met de la partie et m'éblouit un instant, en rouvrant les yeux je crois percevoir un changement de décor !! Loin au dessus des sapins, je devine quelques vertigineux sommets emmitouflés d'un blanc manteau neigeux... Le frou-frou endiablé des abeilles accompagne le gazouillis des oiseaux. Porté par ce charmant babillage, je ne sens plus de raideurs dans mes membres, une douce fraîcheur s'installe dans les bois et me voilà bien léger.

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J'étais tellement plongé dans mes souvenirs que l'eau m'est venu à la bouche. Je me suis mis en route pour mon paradis avant l'heure, avec les abeilles qui m'amènent au miel, les prairies aux vaches, les vaches à la crème, la crème à....Catastrophe !!! Je refais surface alors que j'allais déguster un kaiserschmarren, pour apercevoir mon pote en difficulté. Quelques troncs d'arbres abattus sont heureusement bienvenus et permettent à mon maître de s'asseoir pour examiner de plus prés la situation : les nouvelles sont inquiétantes, son genou ne répond plus ! Je suis chargé de veiller sur mon pote éclopé. La vieille s'en va en repérage, disparaît après le virage pour presqu'aussitôt réapparaître en criant : "une cabane !"  Nous la rejoignons. Aidé de ses deux bâtons, il progresse à l'allure d'escargot. Notre tandem boitillant fini par s'installer avec soulagement dans cet abri confortable. Nous profitons de cette halte forcée pour manger, sage décision !

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Mon copain a plus d'un tour dans son sac, je sais qu'il va trouver une solution comme à chaque fois. Il est très organisé, méthodique et prévoyant, pas comme ma vieille qui s'embarque souvent sans biscuit ! Il vide son sac, y trouve des onguents et cachets, boussole, couteau, serviettes, gel désinfectant, à manger pour trois, mon café et...des biscuits ! (Qu'est ce que j'vous disais, je les connais par coeur !)  Après plus d'une bonne heure de pause bien agréable, vient le moment de vérité. Le souffle coupé, ma vieille et moi suivons du coin de l'oeil ses premiers pas...

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Puisque tout semble en ordre, nous repartons. Le retour se fait sur le mode de la flânerie ce qui nous satisfait tous les trois. Le ruisseau qui jusqu'alors naviguait en conquérant, voit soudain son cours, partiellement et arbitrairement détourné. En passant au travers d'un tuyau, bon gré malgré, il rejaillit en cascade sur un bassin à truites qui une fois oxygéné et filtré, déverse le trop plein d'eau dans un deuxième bassin légèrement en contrebas. Aussitôt le job fait, le ruisseau retrouve sa moitié, reprend sa trajectoire et s'enfuit sans demande son reste, pendant que les poissons heureux s'ébattent dans l'eau froide.

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A regarder Dame nature se la couler douce, je me dis que c'est une belle journée qui s'achève tout en douceur. Mais en y réfléchissant, je me dis qu'il serait bien téméraire de retenter le diable à mon tour. Je double la vieille, m'arrête pile devant elle et lui bloque le passage. Évidemment elle rouspète alors qu'il serait plus simple de regarder où elle met ses pieds ! "Déjà fatigué, l'asticot !" je m'appelle CHARLY, nom d'un chien !! Après un bref échange de point de vue, j'ai obtenu gain de cause...comme à chaque fois, mais il faut pourtant que j'en passe immanquablement par ce rituel qui me fait perdre mon temps ! Confortablement installé dans ma studette, rasséréné, je ne peux que me féliciter de cette heureuse initiative qui me permettra de vivre intensément des vacances au Tirol, après tous les renoncements que je me suis imposé pour les mériter...

                                                                             

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Cette balade délicieuse s'est poursuivi sans anicroche. J'ai du m'arrêter chez l'un de mes vieux amis, un bouc, heureux papa de deux petits devenus grands. Impossible d'y échapper, il m'a vu arriver de loin. Chacun leur tour, sollicitant mon attention de leur regard insistant, ont cancané d'une voix chevrotante. Soudain une mère poule égarée et inquiète de cette agitation, y a mis un terme au pas de course en gloussant. J'en ai profité pour planter tout ce beau monde, les laissant à leur cacophonie pour reprendre le cours de ma promenade, haut perché et au calme !

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Lorsque nous sommes arrivés prés de l'Hotel restaurant le Rebstock, mon pote a réclamé une pause. Je me suis allongé sous le banc tout prés du jardin des délices, odorant et coloré. Au dessus de nous un seringat au parfum de jasmin balance ses effluves. L'éléphanteau, infatigable, arrose de sa trompe, les plantes environnantes qui finissent par le masquer. Tout en contemplant les nénuphars qui oscillent sous les rides de l'eau, je guette l'endroit où les carpes jaunes et rouges viendront respirer l'air pur ! Un puzzle d'odeurs taquine ma truffe sous forme de quizz. Je ne me lasse pas de faire le tri des molécules sucrées, salées, des épices et arômes qui me mettent sens dessus dessous ! Un vertige me prend soudain et m'oblige à m'étendre sur l'herbe tendre et rafraîchie. Le léger clapotis de l'eau accompagne le pépiement des moineaux, ils sont bien paresseux à faire leur nid, certains piaillent et exigent que le printemps s'affirme enfin ! Sous l'oeil bienveillant de ma bonne fée, je me laisse aller, une douce torpeur m'envahit... 

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C'est le parfum des fraises qui m'a réveillé ! La vieille nous avait abandonné à notre... triste sort et pour se faire pardonner, elle est revenue avec ce délicieux dessert, juste de quoi nous donner un regain d'énergie pour franchir les derniers mètres menant au parking...

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Vous connaissez mon grand coeur, je compatis bien évidemment au malheur de mon maître, mais soyons clair mes amis, la chance est avec moi. J'peux bouffer aux deux râteliers, j'suis gagnant dans l'ordre ou le désordre ! Soit mon vieux déclare forfait et je me la coule douce chez moi, à me remplumer et m'engraisser en attendant l'hiver, soit il sort vainqueur de l'épreuve et vive le Tirol ! Il reste une dernière option qui a ma préférence et qui frise l'apothéose, partir malgré son handicap. La vieille ira crapahuter et distraire les "pauvres" marmottes, toute seule. Vous connaissez mon don d'empathie surtout envers mon pote : la preuve nous sommes tous deux boiteux ! Alors à nous les bouffées d'oxygène, le banc prés du lac, la sieste ronflante prés des coin-coin, les gâteaux, le paradis tout simplement, what else ?

CHARLY (297)

 

  "Pour être le meilleur, il suffit parfois que les autres soient moins bons."

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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