«Il n'est point de bonheur sans nuage. »

 

Pour ne rien vous cacher, ce matin j'étais un peu à la traîne. Encore embrumé de sommeil, je me suis vu embarqué dans la voiture sans ménagement, arraché à mon cocon douillet et déposé en vrac avec tout le barda ! le temps de suivre le trajet, la truffe sur la fenêtre et nous voilà déjà arrivés. Incapable de mettre un pied devant l'autre, tremblotant dans la fraîcheur du petit matin, mes vieux ont finalement pris en considération, mon traumatisme et j'ai pu me pelotonner, bougon dans mon "sac sherpa". Tout ça pour vous dire que j'ai dormi et suis incapable de vous dire comment j'ai atterri là !

 

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Je m'expulse de mon sac à dos et franchement pour une surprise, c'est une surprise, un vrai beau temps de teckel ! le sol est luisant alors que la lumière s'est absentée. Le brouillard me fait face et quelques volutes s'échappent pour se faufiler sous mon ventre et me caresser dans le sens du poil. Je sens que je vais aimer cette balade ...

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Trés vite j'ai pris mes marques, je me sens pousser des ailes à force de côtoyer les nuages. Ma vieille qui rêve de tutoyer les étoiles, saute et grimpe comme un cabri, il n'y a que mon pote qui reste mesuré, les deux pieds bien ancrés au sol, histoire de ne pas réveiller de vieilles douleurs ! L'essentiel était là, à notre portée : des bancs, le silence et le spectacle certes un peu fantomatique de la nature, mais non dénué de charme...

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la montagne est recouverte de rhododendron. Il reste encore quelques fleurs rouges, à demi fanées, accrochées aux buissons. La montagne rougeoyante qui s'embrase avec la complicité du soleil, doit être une vision éblouissante en été ! Quelques cairns apportent une touche décorative, s'il en était besoin, à la nature. Je me suis fié à mon instinct et ma truffe, plutôt que suivre ces improbables balises.

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Chemin faisant, le long de passages plus ou moins étroits, je me suis pris à rêvasser. Pas de plancher des vaches, pas de toit sur ma tête, je suis entre ciel et terre, encore un pas ou deux et j'embarque sur mon nuage qui n'attend plus que moi. "Charly ! Charly !"  bon sang ! voilà c'est loupé, j'ai raté mon décollage ! Ma vieille a le chic pour tomber comme un cheveu dans la soupe...

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J'ai repris mon chemin sur la terre ferme. Le terrain est un peu accidenté, tantôt bordé par d'irréductibles plaques neigeuses et verglacées, tantôt entouré par les pins cimbres qui colonisent de gros rochers pour se donner encore plus de hauteur ! L'un d'entre eux portait fièrement suspendu à son tronc, un panneau annonçant son âge canonique : 250 ans...Ils adorent les longs hivers rigoureux et ne vivent que dans les hauteurs 1700 à 2800 mètres. Les arolles déploient depuis des siècles des racines tentaculaires. Elles s'enroulent autour de gros rocs jusqu'à les broyer. Les azalées opportunistes profitent d'interstices pour proliférer à l'abri des cimes protectrices. Dans cet enchevêtrement artistique, de petits rus cascadent, se fraient un chemin, s'infiltrant sous ce dédale de végétation colorée, pour enfin rafraîchir les racines noueuses.

 

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Enfin le meilleur moment de la journée se précise : le pique-nique ! Nous ne sommes restés que le temps d'admirer la vue sur la vallée de l'Inn délaissée par le brouillard et la chaîne du Karwendel juste en face. Mais notre chef a préféré déjeuner ailleurs et plus tranquillement, parce que, dit-elle je pourrais tomber dans le vide. Je sais bien qu'elle se cache derrière ce faux prétexte parce qu'elle a la frousse,le vertige !  Tout compte fait, on n'a pas perdu au change, quelques minutes plus tard j'ai aperçu flottant derrière un piton rocheux, un drapeau ! J'ai tournoyé autour de mes vieux sans répit, jusqu'à ce qu'ils comprennent que j'étais sur une bonne piste et c'est ainsi que nous avons trouvé le refuge Boscheben.

 

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Moyenne

 

Après cette halte agréable et réconfortante, ils ont décidé de prendre le "chemin des écoliers" pour rejoindre l'Almen wanderung, Sistranser alm , lanser alm, et retour au point de départ ! Ma mère poule me couvait de ses litanies "Charly ! attention ton dos !"  "Charly ! pas bouger, je vais te porter !" elle m'a saoulé et privé de ce grand luxe qu'est le silence ! Soudain l'inclinaison du terrain s'est amplifiée, emportés par cet élan, nous sommes parvenus très vite aux pâturages, soulagés ! Enfin libre de m'en donner à coeur joie, j'ai couru ici et là comme un fou, sans augurer de la suite de cette aventure...

 

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Il me semble qu'en restant sur le zirbenweg, la promenade aurait été plus facile et sans trop de dénivelé. Mais pour varier les plaisirs, on est passé de 1964 à 2247 mètres puis à 2030 pour manger, ensuite les pâturage 1615 puis 1718 et retour à l'envoyeur 1964 mètres. A trop abuser des bonnes choses... en pleine remontée, mon pote qui souffrait en silence, se laisse glisser sur un banc et aussi blanc que le brouillard de ce matin, nous annonce "mon genou déclare forfait".

 

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J'ai senti, la tension au sein de notre groupe, l'heure est grave ! Il nous faut marcher lentement, au ralenti, mais combien de temps encore ? et sans savoir si nous avons pris le bon itinéraire !! J'ai cessé de contempler le paysage pour faire des aller-retour, entre la reconnaissance du terrain et le soutien indéfectible à mon bon maître...

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Ce jour là, encore, le patron des montagnards Saint-Bernard était avec nous et plus encore que vous ne l'imaginez ! car nous étions pressés par le temps...

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Hé oui ! notre téléphérique à fait sa dernière descente de la journée avec nous ! à 10 mn près ! J'ai eu les félicitations de "mère poule" pour mon comportement exemplaire et j'ai regardé avec effroi et soulagement du haut de ma cabine, à quel autre périple pédestre nous avions échappé !! Somme toute l'aventure était belle, mais comme a dit mon pote : "la prochaine fois on fera le Zirbenweg d'un bout à l'autre"

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Malgré l'état de mon copain (celui avec qui je partage le pain!!) nous avons pris le temps de manger une friandise, pour nous requinquer ! J'ai eu quelques inquiétudes quand la chef a pris le volant, elle nous a ramené à bon port...ouf ! Saint-Christophe lui aussi était là. Sorti de voiture, je n'ai pas demandé mon reste, ravi de retrouver le confort de la maison jaune du bord du lac !

 

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« Sans doute l'homme est-il le maître de son destin, il n'est pas le maître du chemin qui y mène. »