"Mon but dans la vie est d'être heureux. Parfait, je le suis déjà !"

 

Sachant que quoiqu'il advienne, ma nature optimiste reprend toujours le dessus, j'embarque avec mon pote pour une nouvelle balade concoctée par la vieille. Elle a beaucoup voyagé sur le net pendant les longues journées pluvieuses d'automne. Sans jamais ménager sa peine, avalant les kms sur... google map avec pour aimable compagnie sa petite souris aventurière et moi, endormi sur ses genoux ! C'est donc impatiente de nous faire découvrir un autre paradis, qu'elle prend joyeusement les devants ! Plutôt que de prendre le téléphérique, elle a choisi d'accéder à Steinplatte, via Waidring par une route "privée". Très vite parvenus au parking, nous nous sommes équipés à côté d'une chapelle. Une petite montée à pied sur le dernier tronçon de route goudronnée et l'on arrive chauds comme des bons pains au point de départ de notre périple. Devant une multitude de panneaux jaunes fléchés aux quatre points cardinaux, chacun d'entre eux nous offre au moins trois variantes. Ma vieille se poste devant ce rébus comme un point d'interrogation ! La voix monocorde de mon pote se fait enfin entendre :"Bon, c'est par où ?" Je me tourne vers la réponse qui tarde. Elle préfère consulter ses cartes et ses repères avant de prendre une décision, malheureusement elle ne trouve aucune corrélation avec les options proposées. Désarçonnée et perplexe, comme à chaque fois dans ces cas là, elle privilégie la montée.

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Le but était de rejoindre Steinplatte sur le piton rocheux qui nous jauge avec scepticisme. Mon vieux s'impatiente et se demande pourquoi toujours grimper ! Je les observe avec perplexité : souvent mon pote choisi d'aller à contre courant, plus encore maintenant que ses douleurs le taraudent sans ménagement. Il ne veut n'y monter n'y descendre... La vieille préfère se laisser porter par la vague du net qui lui fait miroiter des horizons nouveaux, faciles d'accés. Elle voyage sur des mots : point de vue, panorama, hütte, lac....Certains n'ont pas sa préférence ; altitude, dénivelé, durée... Tout cela me confirme ce que je pressentais déjà, cette journée va être difficile ! Finalement, mon copain a pris à gauche à "l'instinct" et la vieille a suivi avec sa carte en tournant le dos à son objectif. Dans un premier temps il a hésité devant plusieurs sentiers, deux d'entre eux se sont avérés être des impasses, puis chemin faisant on s'est retrouvé à l'orée d'une forêt, un petit havre de fraîcheur idéal pour nous remettre les idées en place. Dans un silence religieux on a repris notre errance. La forêt est traversée par d'innombrables rus, cachés par des fougères et autres plantes couvrantes et aucun d'entre nous ne s'est laissé tenter par un petit détour dans les bois.  Soudain la vieille en proie à un impérieux besoin se décide quand même à y entrer, mais juste en lisière, quitte à se trouver à découvert ! Tout aussi urgemment, elle ressurgit en faisant la danse de saint gui et pestant d'avoir trempé ses godillots. La distraite avait arrosé une fourmilière !! Mon pote alerté par ses cris, obligé de rebrousser chemin, a pris un malin plaisir à la fouetter de bas en haut pendant qu'elle secouait ses vêtements. J'ai fait le guet, quelques flâneurs auraient pu prendre peur à la vue de ce spectacle apocalyptique. Notre leader, sur un terrain souple et plat qu'il affectionne, marche à belle allure. Il allonge sa foulée, met ses oeillères et s'affûte pour une course d'endurance entre lui et son mal. Il a fort à faire, le dompter ou déclarer forfait : du coup il nous laisse à la traîne !

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l'écart se creuse entre mes deux carnes, le tacticien que je suis décide de se placer juste au milieu. Une fois positionné à égale distance de mes vieux, je peux enfin me détacher de toutes ces complications essentielles aux humains, pour contempler mon environnement. Les arbres au tronc gris et lisse, courts vêtus et semblent identiques, puis en pressant un peu le pas, j'ai eu une étrange impression de voir double. Sans doute une petite faiblesse due à trop d'efforts, je m'assois et mon regard se fait plus attentif. Les racines des arbres serpentent, se courbent et enlacent le tronc le plus proche. Sous mes yeux ébahis, se nouent d'étroites relations, il y a de la romance dans l'air. Reprenant ma balade, je repère ici et là le résultat de ces relations fusionnelles. Dans cette forêt, se cachent des couples de sapins amoureux que personne ne vient déranger. L'eau glacé de la fonte des neiges s'y faufile et rigole. Sur les bancs de terre qui affleurent ces petits canaux, foisonnent les Pétasites et les fougères qui font des haies d'honneur aux parades amoureuses du roi des forêts. La vieille bute sur moi, il me faut quitter ce royaume enchanté et me presser de reprendre ma place !

 

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Nous sortons du bois pour longer un court instant un ruisseau qui fait son lit dans la prairie. J'aperçois au loin de nombreuses maisons en contrebas. La vieille s'inquiète de savoir où l'on est et rattrape notre guide. Au regard de la carte, il semblerait que ce hameau soit probablement en territoire allemand. Elle suggère de faire demi-tour. Sans s'arrêter à ces considérations, il décide toutefois de bifurquer à gauche, pour éviter de palabrer. Nous retrouvons le ruisseau qui dévalait la colline un peu plus haut. La cascade perd de la vitesse, s'infiltre un peu partout et finit par suinter sur la paroi qui surplombe notre chemin, qui n'en ai pas un !! La vieille bougonne qu'il ne figure pas sur la carte, ce n'est pas raisonnable, le terrain n'est pas approprié pour le pauvre titi (c'est moi !) on ne sait pas où ça mène... Et le vieux de répondre, perdant à nouveau patience, ça devrait te plaire toi qui aime bien l'aventure !! L'écart se creuse à nouveau, ce n'est pas le moment de flâner, encore moins celui de revendiquer, je m'intercale à nouveau. J'ai un poste important dans cette équipe de bras cassés, celui de milieu de terrain ! Mes qualités de stratège et mon endurance me placent entre la défense et l'attaque pour une promenade qui n'est pas de santé. Le sol est trempé, l'herbe haute finit par m'engloutir et je n'aperçois plus les membres de mon équipe ! Obligé de progresser comme un lapin bondissant, je suis assuré de retomber sur mes pattes à chaque fois, mais beaucoup moins certain que ce soit sur la terre ferme. Le plus souvent, faute de chance je me retrouve dans un trou d'eau. J'en ai ma claque de cette balade et je n'ai que deux "options". D'un côté, ma vieille à la traîne crie son inquiétude pour mon dos et me rappelle pour me mettre dans ma studette. Hélas, je suis beaucoup trop loin pour faire demi-tour ! De l'autre, (petit plus qui fait la différence !) mon maître porte le ravitaillement. De plus, il trouve toujours le moyen de nous sortir des bourbiers, même quand c'est lui qui nous y met ! J'ai donc choisi celui qui est en tête de file et je m'empresse de le rattraper. Seule ma vieille surveille mon avancée en guettant chacun de mes bonds dans la tourbière. Soulagée de voir poindre une oreille puis deux, mais en apnée et sans voix, à chacune de mes nouvelles disparitions et ainsi de suite !!

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Quand je me suis retrouvé quasi sur les talons du vieux, l'horizon s'est élargi nous laissant quelques espoirs de quitter ce marais ! Lui aussi semblait y croire et n'a pu s'empêcher de le claironner, sûr de lui. Il n'avait pas fini sa phrase, que ses deux pieds se sont retrouvés dans l'eau. Le ruisseau devenu torrent s'était répandu de façon tentaculaire et à peine visible, chaque motte de terre surmontée d'une épaisse touffe herbeuse se révélait un piège instable. Il fallait faire vite car il nous était impossible de rester sur ces frêles esquifs. La tâche fut ardue. Enfin arrivés au sommet de cette première colline, nous avons pu souffler et nous sécher. C'est la mi-temps, ils se concertent et semblent disposés à donner une fin heureuse à cette aventure. Mais je déchante vite, la vieille distingue une route sableuse un peu plus bas et de nombreux panneaux jaunes (rebelote) et opte pour une descente. Mon leader trouve plus judicieux de prendre de la hauteur pour avoir le point de vue le plus large possible et préfère grimper, allez comprendre !!

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On ne m'a rien demandé mais je précise que je voudrais manger, ni en haut, ni en bas, ici tout de suite !! Puisque tout le monde s'en fout, je déclare forfait. Hors de question que je joue la seconde partie, je reste dans mes appartements, emmitouflé dans ma serviette magique. Comme vous l'avez sans doute compris, chez nous, c'est moi le patron et mon pote est seulement celui qui prend les décisions ! La vieille ne dit mot et nous mène vers les hauteurs. Le dos tendu comme un arc, les mains dans les poches, mon sherpa avance rageusement. Devant nous, sur le chemin que nous devons emprunter, se forment de nombreux barrages de vaches potentiellement tueuses, une autre épreuve que je vais vivre à l'abri cette fois ! Mon pote se traîne derrière mais se veut rassurant. Sachant que la vieille a peur des ruminantes, il l'assure de son soutien et de sa protection. Mais ces quelques tentatives d'approche visant à lui faire oublier l'épisode précédent la laisse d'une indifférence glacée. Sans un regard vers l'arrière, elle allonge sa foulée et son air déterminé et buté ont un effet radical sur les bêtes que l'on approche sans faiblir, elles se détournent ou reculent pour nous céder le passage.

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Après quelques essais malheureux pour converser avec la vieille : petites phrases portées par le vent sans jamais recevoir d'échos, mon pote a préféré un interlocuteur plus réceptif avec une capacité d'écoute et un maximum d'empathie, j'ai nommé : votre serviteur ! Tout à la joie d'avoir retrouvé mon maître, redevenu lui-même, j'ai décidé de quitter ma studette, en vérifiant toutefois que la voie était libre et sans danger. Nous avons marché côte à côte, tout en douceur et j'ai compris le pourquoi de son étrange comportement quelque peu bourru, brusque, voir caustique. Il a dû lutter seul contre un ennemi invisible et sournois et n'a pas eu d'autres solutions que de combattre le mal par le mal, la douleur s'est alors enfuie ou peut-être seulement tapie dans un coin. Cette tactique bien que brillante a provoqué quelques dommages dont je me remettrais aisément après un repas digne de ce nom. Quand à la vieille, c'est une autre histoire et je demande à voir...

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En empruntant un chemin sinueux, zigzaguant à travers les pâtures et les petites fermes disséminées ici ou là, nous sommes finalement parvenus laborieusement au sommet. A la vue du petit lac, qui semblait être une des "nombreuses premières" étapes auxquelles la vieille voulait nous convier, un rictus que je nommerais sourire s'est posé sur son visage : un rien prometteur ! Nous nous sommes rapprochés du plan d'eau et j'y ai trouvé un banc juste en face avec une vue magnifique. Ma maîtresse ressort son appareil photo: signe très encourageant ! Mon pote se dévoue pour nous prendre tous les deux en photo, proposition acceptée : on progresse ! J'ai encouragé mon pote du coin de l'oeil, lui montrant une jolie fleur juste sous ma truffe, puis épuisé par tout ces avatars, ayant donné mon maximum comme d'habitude, j'ai regagné mon antre en attendant toujours mon repas. Admirant le paysage en silence, mon maître a glissé doucement son bras autour du cou de ma vieille à fleur de peau, de l'autre lui a tendu une fleurette et voilà l'travail ! On a évité le pire...Pour conforter ces accords de paix et surtout récompenser mes talents de négociateur, la vieille a déposé les armes, mon pote a installé le barda sur le banc que j'avais choisi et on a festoyé dans la joie et la bonne humeur.

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J'ai ensuite entamé une sieste magistrale doublée d'un massage d'oreilles exécuté par un virtuose et je n'aurais qu'une chose à dire à mes vieux, merci pour ce moment !!

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Soudain derrière nous, les voix de deux hommes se font entendre, se rapprochant rapidement, on ne distingue rien ni personne derrière les futaies et les arbres. D'un seul coup, un de mes congénère surgit des fourrés, suivi de deux magnifiques tyroliens en culottes de peaux et chapeaux à plumes. Samy, le teckel à poil ras noir se précipite vers la vieille qui le caresse avec plaisir. J'ai su de suite que le moment n'était pas approprié pour des contacts amicaux trop rapprochés, mon odorat m'avait averti que ce tyrolien à quatre pattes avait une hygiène plus que douteuse, en bref, il cocotait ! La confirmation nous est venu des deux gardes forestiers avec leurs excuses, Samy s'etait roulé dans la bouse de vache. Un rituel qui lui vaut à chaque fois de prendre un bain dans le lac. La vieille qui n'y a plongé que sa main est revenue grelottante !!

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Mon vieux nous a fait la promesse de revenir faire cette balade l'année prochaine dans son intégralité. Il n'a pas manqué d'avoir le dernier mot : " à toute chose malheur est bon, ils nous restera encore des choses à découvrir" pour les prochaines vacances ! Si tu veux, on peut monter jusqu'à la chapelle mais je ne peux pas faire mieux !" J'ai joué une partie de cache-cache avec ma maîtresse, laissant un temps d'avance à notre compère qui peinait à vue d'oeil dans la montée. Puis, j'ai regagné mes appartements, jugeant que ce handicap pour mon porteur (mes 6 kilos et des poussières) aiderait mes compères à marcher de concert, ce qui fut le cas. Heureusement que je suis là...

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Sachant que son genou droit ne voulait pas monter et que son pied gauche ne voulait pas descendre, nous avons fait une halte juste avant de regagner le parking pour prendre un Kaffeesahne. Pied et genou ont bien voulu se plier pour s'asseoir et faire de nous : trois heureux ! On ne m'otera pas de l'idée, ces tourments viennent du fait qu'un jour un humain a eu l'idée saugrenue de marcher uniquement sur deux pattes et parler une autre langue que la notre. C'est depuis ce jour qu'ils collectionnent les ennuis, par chance nous ne les avons pas abandonné à leur triste sort...

"L’homme est un animal raisonnable à qui la raison sert surtout à déraisonner"

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