Dédicace au copain de Charly... à mon pote, mon mari, mon amour qui fait ma vie belle !

 

"Je pense que je suis un cadeau, mais je m'emballe peut-être..."

Ce matin là, après le petit déjeuner, la vieille s'en est allée, seule, prenant le petit chemin qui jouxte notre pension, pour monter 500 mètres plus haut, aller à la chasse aux fleurs et papillons. Grand bien lui fasse! Mon pote et moi avons échangé silencieusement, mode de transmission dans lequel on excelle et qui évite toutes incompréhensions. Grisée par le vent, les pieds toujours sur terre, elle a caracolé en parallèle avec d'autres passionnés, adepte d'Éole, qui lui ont offert un spectacle illuminant sa journée à peine ébauchée. Son énergique retour a fatigué notre belle journée de repos si prometteuse. Pour écourter son monologue épuisant, nous l'avons promenée un bref instant en voiture et débarquée tout aussi rapidement sur un parking avec ses deux bâtons et son appareil photo. La vieille n'est pas un cadeau contrairement à moi, mais mon pote la garde quand même ! Elle doit avoir bon nombre d'attraits que j'ai peine à distinguer encore aujourd'hui. Me concernant, je lui reconnais le mérite d'oeuvrer en cuisine et d'être une accompagnatrice attentive lors de mes visites chez le véto, pas de quoi fouetter un chat ! En somme, on la garde parce qu'elle est une énigme...

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De la plage arrière de ma vouâture j'ai regardé sa silhouette s'amenuiser puis disparaître. Un bref instant, mon coeur s'est serré de l'avoir abandonnée et j'ai même cru qu'elle me manquait déjà ! Ce n'était qu'un effet de mon imagination débordante. Que voulez vous, elle a le don de déclencher des réactions épidermiques auxquelles, mon pote et moi répondons avec la tolérance qui nous caractérise par une réaction "d'évitement". Le "problème" enfin déplacé, nous avons retrouvé nos penates et je suis allé ronfler sur le balcon où le soleil naissant m'a agréablement tenu compagnie. M'étirant un long moment, dans la fraicheur de l'appartement, je décide de m'abreuver vite fait, pressé de reprendre mon repos bien mérité. Mon pote apparaît soudainement devant moi en tenue de randonneur et me prend sous son bras de façon fort cavalière, pour finalement me déposer dans le coffre de la vouâture. Notre logeuse, qui sortait au même moment, s'est exclamée avec effroi, mi-scandalisée mi-décue : "Charly dans le coffre ! pourquoi ?" lorsqu'elle a vu de ses yeux vu, que le coffre et les sièges arrière avec mon panier ne faisaient qu'un seul territoire spacieux, aménagé exclusivement pour moâ, mon pote est remonté dans son estime et j'ai su que j'avais une alliée dans la place, c'est toujours utile... D'autant que je craignais subir le même sort que la vieille, moi qui n'avait même pas dit un mot ! 

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Revenus sur les lieux du "crime" nous n'avons pas retrouvé la vieille. Quand mon pote m'a installé dans mes appartements puis sur son dos, j'ai pu à loisir, faire un tour d'horizon et glaner quelques indices sur la suite de notre journée. Mon pote judicieusement, a pris le train à crémaillère, plutôt que de suivre quelques traces, de la vieille, plus trés fraîches (les traces, bien sûr, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit !) qui nous auraient mené Dieu sait où ... Tout en contemplant le paysage, je n'ai pu m'empêcher de guetter son hypothétique présence, sur le terrain qu'elle affectionne, mais rien ! Débarqués en douceur au sommet, on nous annonce une belle journée et de suite mon enthousiasme grimpe en flêche ! Mon horloge interne fort à propos, égrenne les heures pour moi et j'ai de suite compris qu'il était temps de manger. Mais, contre toute attente, nous avons ignoré tous les plaisirs qui s'offraient à nous pour s'isoler et s'installer un peu plus haut. Je me demande pourquoi, à chaque fois que nous sommes tous les deux, mon pote perd son appétit pour le retrouver aussitôt que la vieille apparaît ? Etonnamment elle me manque déjà et comme de bien entendu, elle n'ai jamais là quand on a besoin d'elle !

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Pendant ce temps mon décevant partenaire, se régale d'un Frédéric Dard, je reste assis à ses côtés, stoïque sur ce banc feng shui loin de posséder les énergies nécessaires à ma bonne santé. Commençe alors une longue et douloureuse attente, pendant que le vent me taquine d'effluves qui font gronder mon ventre frustré. Soudain, le téléphone vibre, fait rarissime, car l'objet a surtout pour but de nous tourmenter en nous donnant l'heure et occasionnellement la lumière quand nous sommes dans....l'ignorance. En l'occurence il sonne pour ne rien dire et je m'en désintéresse. Pourtant un petit rire étouffé, tout proche, me parvient dans le même temps, un bref coup d'oeil à 180° rien à signaler. Des randonneurs montent vers les sommets d'autres descendent où je ne suis pas ! Blasé, je baisse ma garde et me couche, résigné à une journée détox. Deux éclats de rire distincts mettent fin à mon jeun, la vieille nous est revenue... Piaffant d'impatience, j'harcèle la pipelette et le bel au bois dormant, privé à nouveau d'un bien précieux et difficile à conserver, le silence ! Notre aventurière n'a pas perdu son souffle et sa bouche déverse avec enthousiasme, un flot de mots qui vrillent mes oreilles alors que moi, bouche bée je n'aspire qu'à remplir la mienne de nourriture, le monde est mal fait ! Tout ça parce que la vieille exaltée a enfin réussi à immortaliser deux magnifiques Machaon qui lui ont fait perdre la tête et notre temps...Mon pote, imperturbable, a bloqué ses écoutilles, masquant son stratagème sous un sourire tendre et complice. Quand à moi, enfin affranchi de toutes contraintes, je me précipite pour réserver notre table, laissant le soin à mes vieux de me rejoindre au plus vite.

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C'est en dévalant la pente à ma suite, elle toujours le bec ouvert et mon pote continuant de s'arnacher, qu'ils m'ont retrouvé montant la garde devant la plus belle table ! Je suis sourd comme un pot... mes vieux en sont persuadés. Mon air candide et fier du devoir accompli, leur a coupé l'herbe sous le pied. A défaut de pouvoir me sermonner, la vieille a tout de même déclaré qu'il devenait nécessaire de me mettre en laisse constamment, car ma surdité m'empêche d'entendre ses consignes et qu'en prenant la poudre d'escampette pour un oui ou un nom, je risquais de me perdre. Je n'ai qu'une chose à dire : "ventre affamé, n'a point d'oreilles"!  Ils m'ont laissé dans ma studette, pour faire le guet sur notre banc et garder la place. Le regard figé sur l'entrée du restaurant, j'ai pu assister, rassuré, à l'arrivée triomphale de mes deux plateaux repas...

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On s'installe très vite. J'étais sur le point de faire mon choix entre un plat végétarien ou carné, quand la vieille me prend à témoin: "Alors mon titi, tu te demandes pourquoi je t'ai abandonné si longtemps". M'en fous ! c'est hors sujet ! J'oscille ma bouille entre elle et ma bouffe au point d'en perdre la tête. Elle, la traîtresse, me caresse, tout en jetant un oeil gourmand par dessus mes sourcils et déclare sa flamme à mon pote qui s'en laisse conter..."pour dire au monde entier qu'elle l'aime, elle a mis toutes les fleurs au parfum" bla-bla bla-bla... Tu parles ! Elle veut nous avoir aux sentiments pour rafler une double ration..." Mais je manque à tous mes devoirs, mon pôve titi, je cause, je cause et tu meurs de soif ! " et voilà comment mine de rien, elle s'est débarrassé d'un rival en l'oubliant sous la table...J'ai moi aussi usé de mon pouvoir de séduction en faisant les yeux doux au pied de mon maître, qui m'a aussitôt élevé au rang de favori, à son côté, juste en face de la vieille jalouse, qui le regarde avec des yeux de merlan frit...

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Cette fatigante journée, heureusement enrichie de quelques vitamines et proteines indispensables pour survivre en montagne, s'est terminée dans mes appartements. Là j'ai entamé, comme tous mes amis, chevaux, poneys et vaches, une sieste digestive, certes pas aussi ombragée que celle de mes congénères. De toute façon, les regards ombrageux des quatre pattes qui avaient squatté les meilleurs emplacements, ne laissaient présager rien de bon et nous n'avons pas insister plus que nécessaire. Mon pote et moi avons repris notre route paysagée, lui en rêvassant et moi dodelinant. Et la vieille ? me direz vous ! Elle a pris quelques chemins de traverses pour répandre la bonne parole, croisant ponctuellement le nôtre, histoire de nous maintenir éveillés... Ce chassé-croisé agaçant a grandement ralenti ma digestion et de fait, je n'étais toujours pas en état de randonner. Finalement comme il faisait aussi chaud dedans que dehors, j'ai demandé à prendre l'air, le parking tout proche, ne m'a laissé qu'à peine cent mètres pour me dégourdir les pattes ! La vieille, accrochée au bras de mon pote, n'avait toujours pas décidé de la fermer et continuait son harcélement, la bouche contre l'oreille de mon pote qui semblait de plus en plus enclin à lui prêter l'oreille, un peu comme moi quand mon pote me propose un petit pot de crème, impossible d'y résister...

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 "On ne ment pas la bouche pleine, beaucoup d'aveux se font à table"