* 1er épisode : :http://miamigocharly.canalblog.com/archives/2017/11/11/34946852.html

"Un bleuet est de trop dans un champ de blé, et pourtant qui peut nier que c'est à lui que celui-ci doit son éclat ?"

Je sais ! ne râlez pas, vous allez me dire "j'ai failli attendre !" J'vous raconte pas tout ce qui s'est mis en travers de mon chemin pour m'empêcher de vous retrouver aujourd'hui pour que nous mettions un point final à mon aventure narrée le 11 novembre de l'année dernière. Bon ok, j'vous raconte, mais vite fait. J'ai assisté impuissant à la lobotomisation de mes deux vieux. D'abord, ils sont entrés dans une secte de procrastination. De lendemain en lendemain, ils ont finalement pris racine dans l'appartement. le cul bien ancré sur sa chaise, face à l'écran bleu qui l'hypnotise, la vieille a calé son dos, bien malmené à la gym, contre une bouillotte chaude. J'assiste impuissant à la fuite du temps et mes soupirs quémandeurs se heurtent à son regard vide. Mon pote s'est trés rapidement greffé sur le même mode de fonctionnement et la petite étincelle qui végétait en eux, ne s'est ranimée que lorsque, Dieu merci, nos trois estomacs au diapason criaient famine. Alors d'un pas pesant, tel des zombies, on prenait le chemin de la cuisine....ça fait peur hein !! Il me fallait les sortir de cette léthargie, leur redonner envie d'avoir envie de s'occuper que de moâ. L'hiver a fini de "nous endormir" et la pluie de nous mener en bateau. La neige s'est enfin invitée et l'occasion était trop belle de nous désengourdir à Durbach qui m'avait tant manqué. Maintenant que nous avons repris le chemin des bonnes résolutions, je peux à nouveau vous emmener avec moi en balade. Je sais que contrairement à ma vieille, vous avez bonne mémoire, mais voici tout de même de quoi vous rafraîchir les idées, avant de prendre la route. Je vois qu'il y en a quand même quelques uns qui ne suivent pas !! Non on ne va pas à Durbach, mais au Tirol! Les dernières paroles de la vieille résonnent encore à nos oreilles comme une menace :" Balade nulle et demain c'est moi qui mène la danse sur le même terrain"...

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Le lendemain, nous quittons le schönblick, toujours à jeun pour ce qui me concerne. La cheftaine décide de passer vite fait à la poste du village de Stumm, voisin du nôtre, pour timbrer son courrier de ministre. Mon pote et moi l'attendons patiemment dans la voiture. En jetant un oeil à la fenêtre, j'ai découvert à ma grande surprise, une belle vache mise sous cloche, fièrement campée sur son lit de paille. J'ai eu beau pleurer pour sortir du véhicule, rien à faire. C'est grand dommage ! Nous avions enfin une occasion de faire plus ample connaissance. La jolie laitière mise sous vitrine, ne risquait pas de me piétiner au cas où elle aurait eu quelques vapeurs rien qu'en me contemplant...Ce pays est le mien, je suis aussi "autrechien". Il est cher à mon coeur et... à mon estomac. Quelque soit l'endroit, il y a toujours de quoi s'installer pour boire et manger. La preuve ! Du producteur au consommateur... La vieille est revenue, le temps de farfouiller je ne sais quoi dans le coffre arrière du véhicule et nous avons enfin repris la route. N'ayant rien d'autre à faire que ruminer, je me faisais la réflexion que les vaches aiment beaucoup les fleurs, mais la bière tout autant, si je vous l'assure ! C'est pourquoi on les retrouve souvent au plus prés des hüttes où curieusement on déguste du bon lait, des gâteaux crémeux et du fromage. J'en déduis que cette magie n'opère que lorsque tous les acteurs entre en scène, dans un décor tyrolien. Pourquoi est ce que je me lance dans une leçon de choses ? Je m'rappelle plus... Si, ça me revient ! Depuis que la vieille est revenue de la poste, une furtive effluve me harcèle, ma truffe a trouvé le challenge distrayant et se met en devoir de découvrir ce qui vient troubler mes pensées d'une haute portée philosophique, voire même scientifique ! Alors que je suis débarqué hors de l'habitacle sans même me laisser le temps de rassembler mes idées, l'opportune émanation vient me gifler le museau tel une révélation. Je serais prêt à parier ma bottine, que dans ce coffre au milieu du barda, un morceau de fromage n'attend que moi et c'est bien volontiers que je tomberais en pâmoison devant ses arômes qui me trouble.

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En sortant du téléphérique, nous avons repris pendant un petit quart d'heure, le même itinéraire qui nous avez mené vers le fameux Enzianhof. Cette échauffement terminé, nous voilà face au carrefour litigieux qui avait permis à mon pote de reprendre la main la dernière fois. Il en profite pour me glisser en aparté, avec un air sous entendu, "prêt pour faire une balade de santé avec ta mère ?". Ne laissant aucune place au débat, la vieille a pris le chemin opposé, celui qui je crois me rappeler, ne grimpe guère ! Il semble tenir ses promesses et je lui trouve un charme particulier. Sincèrement, je pense que nous devrions nous laisser aller entre les mains de notre leader, qui n'a pas son pareil, pour nous dégotter de belles surprises pour les yeux. Vous trouvez que j'en fais trop ? Ça se voit tant que ça que je fayotte ? Mais c'est de famille, la fine mouche m'a mis à sa botte tout en douceur et quoiqu'il advienne je la suivrais fidèlement jusqu'à...l'heure du repas. Le soleil a baissé sa garde et se fait plus caressant. De temps à autre, la fraîcheur d'un ruisseau divague et vient me rafraîchir la couenne et les idées. L'enthousiasme qui me guidait jusqu'à présent se refroidit et je suis pris d'un affreux doute. Ce pourrait-il que la vue de cette belle ruminante m'ait exalté les sens, au point de faire de mes envies, une réalité sans fondement ? Autrement dit : est ce que je me serais fait enfumer par mézigue ?

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Ma vie n'est pas de tout repos, j'engrange tellement d'infos dans une journée que je n'ai guère le temps de mettre de l'ordre dans ma petite tête. Hors de mes sentiers battus, c'est évidemment plus difficile puisqu'il me faut en plus, analyser des nouvelles données. A la maison, il m'arrive de quitter une pièce d'un pas décidé et pressé pour arriver dans l'autre et d'y rester en arrêt, perplexe ! J'avais bien une idée dans mon ciboulot mais impossible de la retrouver ! Il peut régner un certain désordre dans mes hautes sphères, mais rien à voir avec des pertes de mémoire, je vous rassure de suite, juste un petit défaut d'organisation ! Pour y pallier, j'ai installé un panier dans chaque pièce afin d'y faire des escales "remise à plat". Ici, à mille sept cent mètres de hauteur, mes neurones se déshydratent et je n'ai plus ma tête ! Entre mes deux vieux mon coeur balance et je m'abstiens de trancher, l'un porte le pique-nique et l'autre un hypothétique frometon, il est urgent d'attendre ! Mon estomac s'en balance, il mangera aux deux râteliers. Laissons cette idée faire son chemin, pendant que je m'en vais du mien...

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Notre route est belle, elle s'étale généreusement sous un beau ciel azur et nous sommes seuls à en fouler le sol. Je vais clopin-clopant, lorsqu'un petit ru surgit de nulle part et vient se glisser entre mes pattes pour me tenir compagnie. J'étais alors sous le charme d'un lit de fleurs blanches, rosissantes sous mon regard inquisiteur mais une marguerite bien vigilante, me toise sans crainte et mine de rien, je m'éloigne tout en glissant ma truffe sur la mousse couleur pistache. La friponne me chatouille et je suis pris d'éternuements tant et si bien que je me retrouve le cul dans l'eau. Dorénavant, je cheminerai aux côtés de mon nouvel ami afin de rester les pattes au sec. Je ne risque plus de prendre froid et c'est le nez en l'air que je contemple mon royaume tout en étant attentif au bla-bla du ruisselet. Que je lève les yeux vers les crêtes déneigées ou que je scrute les vallées en contrebas, le paysage se recommence à l'infini sans pour autant me lasser. Mais voilà que le filet d'eau se fait la malle, il court, il court, espérant échapper au torrent qui bat le rappel de ses troupes. Le flot torrentiel se rue droit sur moi, menaçant, entraînant avec lui des pierres qui s'entrechoquent. Tout ce fracas pour que je lui cède le passage, mais je n'ai pas faibli et au dernier moment, il a bien été obligé de rentrer sous terre. Sous mes pattes, je sens encore gronder sa colère dans les entrailles de la terre. Le courageux ruisseau revient se jeter à mes pieds, sa joie de serpenter librement à la lumière et un plaisir pour les yeux ! De creux en bosses, il prend de l'élan, saute, gicle, éclabousse les pentes ventées. Il crisse le long de quelques roches recouvertes de lichens jaunes et orangés. Le soleil profite de ce miroir improvisé pour faire le beau et rutiler. Mon ami ruisselant me renvoie ces brillants éclats comme un clin d'oeil complice avant de disparaître hors de ma vue. La nature se donne au printemps et j'en suis le témoin ébloui. Ce spectacle exaltant me fait sentir fort et grand et lorsque mon torrent revient de l'enfer, rejaillissant d'entre les blocs rocheux tout proche de moi, je n'ai pas hésité une seule seconde à dompter les flots furieux !         

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Les flancs de montagne piquetés de buissons d'un vert soutenu se vautrent les uns contre les autres. Les aroles remontent des versants éloignés en longues processions tout de noir vêtus. Plus prés de moi, les pins cembro se dispersent et descendent lentement vers les contreforts dodus et fleuris. Je recherche à leur pied, quelques pignons que m'aurait laissé, par chance, le casse-noix qui sévit dans les parages. Ce charmant volatile est aussi cachottier que l'écureuil, mais sa mémoire est plus fidèle...Il suffit de quelques abeilles en plein travail sur les renouées roses ou la vision inattendue de la sauge bleue violacée, pour échapper de justesse à la séance d'hypnotisme, orchestrée par le tapis végétal de linaigrettes, qui me berce d'un bruissement caressant. Dans cet univers où j'ai tant à faire, je folâtre pour un court instant avec le souffle du vent. Emporté par mon élan, je tombe, roule sur moi-même pour finir ma course à l'orée du chemin. Il vient mettre le holà à ma cavalcade et stopper pour un temps, l'avancée des rondeurs montagnardes. J'ai pris de l'assurance depuis que j'ai dominé les eaux et je me surprends à espérer d'autres conquêtes rondement menées ! Aussi je retourne en embuscade dans ma jungle parfumée. Soudain, je perçois un changement dans l'air ! Je tente de sortir ma tête au dessus de la haute végétation de graminées, mais c'est peine perdue. Alors les oreilles tendues comme des périscopes, faisant fi des papouilles de quelques agaçants brins d'herbe, je capte de puissants souffles, suivis de brusques ronflements. Me frayant un passage dans la prairie pour rejoindre à nouveau le chemin, je stoppe net pour m'aplatir au ras du sol en compagnie du myosotis et nous contemplons ensemble, de l'autre coté du no man's land, un fascinant spectacle !        

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Un magnifique troupeau de géants à quatre pattes est réuni sous l'ombrage des pins. Ils expirent des frémissements tranquilles, les uns contre les autres comme au réveil d'une sieste, d'autres plus voraces se sont déjà remis à la pâture. C'est à peine si deux ou trois d'entre eux nous prêtent attention, il y a bien quelques renâclements pour exprimer un peu de curiosité, mais la crainte n'est pas de mise. Leurs belles crinières blondes rappellent les champs de blé et les oreilles en cônes sont à l'écoute l'une tournée vers l'arrière et l'autre de mon côté ! Je sens bien que mes projets de chevauchées fantastiques sont à mettre au rencart, fini la folie des grandeurs ! Nous nous éloignons doucement sans les perdre de vue l'un baille et se tend, l'autre se masse les deux côtés de l'échine, exactement comme moi, au réveil ! L'alpage, haut en couleur, ne manque pas d'attrait gourmand. Tant d'émotions pour un petit coeur comme le mien, me fait défaillir. Je quitte ces fières montures insoumises, contemplant une dernière fois leur robe couleur brioche dorée. Bon sang de bois, je me disais bien que j'avais oublié quelque chose, la nature, cette traîtresse, me fait perdre de vue l'essentiel ! Je ne sais peut-être pas où je vais, mais je sais pourquoi je marche, hors de question de s'attendrir à nouveau....

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Après ce moment d'égarement, plus question de se laisser aller. Je me suis rapproché de mon pote qui depuis notre départ, n'a pas décroché un mot. Son bâton donne le rythme et je les suis. Le calme est assourdissant, pas même le son d'un cloche. Au détour d'un virage quasi à angle droit, on aperçoit enfin quelques signes de vie. Une ferme nous annonce avec de grandes promesses imagées, du bon lait du Tirol, mais pas une vache alentour, nada !! Un peu plus loin, un îlot de maisons sans âme qui vive, nous confirme que l'endroit est déserté. Quoique, j'aperçois un drapeau qui claque au vent, ce qui ne manque pas d'attirer l'attention de mon pote. Je l'encourage vivement et nous faisons le tour des lieux, mais brusquement, je réalise dans quel guépied je me suis fourré ! Une troisième opportunité pour assouvir ma faim, it's too much. Fromage ou dessert ? Ce n'est qu'un dilemme de plus! Allongé sous l'étendard de cette hütte, je laisse libre choix à mes deux vieux qui se sont rejoints pour en débattre. C'est la croix et la bannière pour qu'il prenne enfin une décision, la vie c'est pourtant simple... Tout ça pour accoucher d'une souris : fermée !! Au tirol !! C'est la fin du monde, l'apocalypse est pour demain... Ben oui, me v'là soudain déçu ! J'ai traîné prés de deux ou trois autres fermes, sans même qu'un bout de rideau aux fenêtres ne se lève, puis j'en ai eu ras le bol et j'ai fini, comme mon pote, à renoncer aux plaisirs de la table. J'ai manqué de flair, me suis bercé d'illusions, mais ça va changer, je serais sans pitié maintenant que la faim me tenaille ! On dit souvent qu'être bête, c'est manquer d'intelligence, croyez moi, c'est le genre de superflu dont je me passe aisément ! Ceusses qui en sont pourvus, s'appliquent à faire de votre vie un jeu de piste fastidieux, suivez mon regard...

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Le coeur gros, la truffe au sol, je ratasse. La voix claire de ma vieille qui n'a dit mot jusqu'ici, se fait soudain entendre. Je crains le pire, du genre : y'en a encore pour une heure ou maintenant ça va grimper ou  pourquoi pas, on a oublié la bouffe... Mais non, elle propose tout simplement une pause déjeuner. Enfin !! Je retiens mon souffle et ne suis pas sûr de survivre à cette journée après tant d'émoi. Mon dieu que c'est long, l'installation de tout ce bataclan, juste pour manger ! J'ai la gorge nouée, l'odeur du fromage que j'ai tant imaginé vient à nouveau me narguer. Mes yeux se plissent un petit moment quand j'entends le bruit prometteur d'un papier qui se froisse. Dans le même temps mon pote installe mon ombrelle pour m'abriter du soleil tapant et je perds un instant de vue, la scène où se joue toute ma vie...Là ! Là mes amis, vous le voyez ? C'est-y pas le plus beau morceau de fromage qu'on ait jamais vu, je ressuscite ! Dans ma gueule, il y tant de saveur qui se répandent, un magnifique voyage rien que dans une bouchée, le paradis tout simplement. Je vous l'avais bien dit, la vieille n'a pas son pareil pour nous épater et pis entre nous soit dit, je suis obligé de le reconnaître, c'est la plus maligne de nous trois ! La vue nous a laissé sans voix, enfin presque ! Mon pote s'est fendu d'un compliment, enfin je crois : " C'est beau !" Voilà tout est dit...

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Apaisé, j'ai pris le chemin du retour. Regardez ! voilà mon ru qui dévale la montagne, il a pris ses aises et semble bien pressé. Je cours vers lui pour partager le bonheur de cette journée, mais il louvoie entre les racines apparentes des sapins, entraînant avec lui, pierres, bois et mousse tendre. Alors que je suis sur le point de le rejoindre, le ruisseau se rue dans une anfractuosité et je sais qu'à son retour il ne sera plus mon ami mais un fier torrent tumultueux. Il ne me calcule plus, de même que mon compagnon de route, que j'ai désavoué le temps de me soumettre à mon seul maître, mon ventre ! Mon pote, des bons et mauvais jours, devrait se rappeler combien, de nombreuses fois, je lui ai rendu moultes services. Notamment, durant mes sorties hygiéniques où tentant de faire demi-tour quand le temps ne m'était pas serviable, mon ami m'encourageait à poursuivre en disant : "Charly, avec tout ce que JE mange, il faut bien que TU marches..." Je ne comprends pas son attitude de promeneur solitaire, ça me tarabuste : il boude ou il est fâché ? Il faut que j'en ai le coeur net. Arrivé à sa hauteur, je l'ai longuement observé pour savoir si c'était du lard ou du cochon. Mais je n'ai rien pu déchiffrer sur son visage, il était trop occupé à se remplir les yeux de souvenirs alors que notre balade touchait à sa fin. Et c'est seulement dans la cabine du téléphérique, qu'il a daigné refaire surface, en me prenant sur ses genoux pour me dispenser de généreuses caresses. Pendant que je ronflais d'aise, il a levé les yeux vers la vieille en disant : t'en as d'autres comme ça ! Un compliment déguisé quoi, une façon de lui dire combien il avait aimé cette balade et qu'elle était reconduite dans ses fonctions de guide alpin. J'ai compris tardivement, que mes vieux m'avait épargné jusqu'au dernier instant, avant de m'annoncer la terrible nouvelle : les vacances sont terminées. C'est à cela que serve les souvenirs, à continuer le voyage à l'infini, sans se fatiguer ! Alors pour vous et moi, l'aventure continue...

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"Est ce possible que partir ne serve qu'à se rappeler quelque chose"

 

 

 

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