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Entre nous, une supposition, hein ! Je dis bien une supposition qu'on rencontre des vaches ! En admettant, c'est toujours une supposition hein ! qu'on sympathise : qu'est ce qui se passerait ? "Un coup de corne et Charly éparpillé par petits bouts, façon puzzle" me dit la vieille !

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Bien que déçu par ces conseils soi-disant avisés, j'ai décidé qu'aujourd'hui je n'en ferais qu'à ma tête ! Passer de 140 à 1350 mètres, nécessite un petit temps d'adaptation, ce qui fait le bonheur de mon pote. Point n'est besoin de le répéter, mais je le fais quand même car je suis un teckel rebelle, mon fidèle comparse préfère les descentes et c'est probablement le seul jour où il pourra en profiter ! Je n'ai pas eu le temps de réfléchir à ce qui ferait mon plaisir, qu'il était déjà gâché. Mes vieux ont voulu immortalisé cette première journée de vacances au Tirol, en m'obligeant à poser avec Ellmi. Vous connaissez ma méfiance envers ces êtres verts, qui se disent à l'aise sous l'eau et feraient mieux d'y rester, au lieu de tenir le crachoir et nous bourrer le mou d'un verbiage qui nous coasse les oreilles, assis le cul sur des nénuphars ! Bref, j'la sentais pas cette journée et croyez moi j'ai l'instinct !!

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Pendant l'ascension en téléphérique, je rumine les yeux fermés, allongé sur les guiboles à mon pote. Songeant qu'il est bien difficile d'être un quatre pattes quand votre voix compte si peu pour qui l'entend et ne la comprend pas. C'est pourquoi, j'éprouve un grand attachement à côtoyer les vaches, pas les peaux de vache qui, selon mon expérience, n'ont que deux pattes ! Dés les beaux jours, on les envoie gagner leur pitance dans les alpages où elles passent tout leur temps à la tonte méthodique des prairies et la fabrication du bon lait pour leurs veaux et nous autres. Bien évidemment pour ces bestiaux, pas de retraite dorée, elle serait plutôt...anticipée ! Une fois réformée, elles se laissent vivre sans penser à mal, prennent du gras, on les regarde d'un drôle d'air et quand les carottes sont cuites, adieu veaux, vaches.... Je suis un végétarien contrarié, obligé de consommer ce qu'on lui met dans sa gamelle et bien que n'ayant aucune responsabilité dans cette triste fin, je n'ai pas le coeur à révéler cette date butoir à mes paisibles compagnons de balades. 

 

 

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Les bovins sont attentifs et attentistes. Mais, à force d'être pris pour des vaches à lait, ils sont devenus enragés et sont entrés en rébellion contre tous ceux qui viennent leur pomper l'air !! Se déplaçant en troupeau, au gré des sons de cloches, suivant ici ou là une pâquerette, une marguerite ou tout ce qui leur remplira la panse, ils investissent de nouveaux territoires, jusqu'à empiéter sur le macadam, histoire de montrer aux enquiquineurs, combien il est désagréable d'être importuné ! Pendant notre trajet en voiture pour rejoindre la station du téléphérique, nous avons dû stopper net sur la route. Le nez à la fenêtre, j'ai assisté à un sitting des plus pacifique. Nous étions, cinq à six véhicules bloqués par un petit troupeau dont les deux leaders tenaient tête, avec obstination, au capot de la première voiture. Pas très fiers et peu tentés de mettre pied à terre, nous avons courageusement attendu que quelqu'un se dévoue pour négocier avec elles. Finalement après avoir déposé leurs doléances, elles s'en sont allées, impavides, ça a fait un effet boeuf !!

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Évidemment, toutes ces histoires ont déclenché une psychose, dont je suis bien chagrin. Chaque fois que je rencontre des copines, j'ai droit à la laisse avec l'interdiction d'aller leur dire bonjour !! Pire encore, si je pleure (les meuh ça m'émeut !) mes vieux me planque dans mes "appartements" et me cache la tête pour que je passe inaperçu. C'est donc dans ces conditions défavorables, dés mon arrivée au sommet du Hartkaiser, que j'entame cette randonnée. Lorsque j'ai enfin retrouvé le plancher des vaches, c'était trop tard, elles avaient pris le large. Lentement le son de leur clarine s'évanouit dans le silence pendant que ma petite médaille dodelinant à mon cou, prend le relais. Je fais connaissance des lieux au rythme de ma claudication. Quelques désaccords du côté de mes pattes arrière, sèment la zizanie et cette indécision se prolonge jusqu'à mes yeux noisette qui ne savent où se poser tant ils s'extasient du panorama. Je laisse mon premier banc, lieu de repos, sous protection divine et m'en vais parmi les fleurs espérant avoir fait le bon choix...

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En apercevant la vieille en grande conversation avec un géant, j'ai de suite su qu'elle allait nous embarquer dans un coup foireux ! Il a tout du baratineur, l'oeil en coin et les bacchantes prétentieuses ! Ce paltoquet s'est approprié un de mes bancs d'une façon que je n'ai pas aimé et c'est bien parce que la patronne était là, que je n'ai pas pissé à son pied. Heureusement, on ne s'en est pas laissé conter. Délaissant ce raseur, je poursuis ma route et bute contre un tronc d'arbre, trop affairé à garder la truffe au sol en quête d'infos ou de quelques cochonneries à me mettre sous la dent. Un brusque coup de vent me fait lever le nez et je me retrouve face à un autre colosse. Ces yeux, qu'on dirait des valises, se penchent avec bienveillance vers moi. Grossière erreur ! Ce que je prenais pour un sourire n'est qu'un rictus, sa lèvre pendante et bavouilleuse salive à l'idée de faire de moi son ordinaire. La fuite est souvent salutaire. Je n'ai pas hésité, emportant mon courage avec moi! Selon toute apparence la vieille a eu le même réflexe et m'a laissé choir. Elle s'est volatilisée !! Je cours un peu partout, la chaleur qui se fait pesante m'handicape dans mes recherches, une sorte de murmure chuintant se glisse à mon oreille et n'est pas pour me rassurer. Un coup d'oeil alentour et je découvre à côté d'un banc, sous lequel je peux à peine me glisser, un malabar avec un ptit bonnet qui lui donne l'air benêt, mais les deux crocs qui le font zozoter ne m'incite pas à me foutre de lui !

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Je récupère de mes émotions, un peu plus loin, sous abri. Il est vital que je quadrille les environs afin de retrouver "mes appartements" et accessoirement, celle qui m'a mis dans le pétrin ! Soudain, des plaintes lugubres portées par le vent me parviennent. Je reconnais la voix aimée de ma maîtresse et oubliant tous griefs, je vole à son secours. Je sais où est mon devoir, mais je n'écoute que mon courage qui m'enjoint de prévenir mon pote (à deux on est plus fort!) J'ai joué de malchance, mon compère, que j'avais perdu de vue un moment, a creusé l'écart entre nous en marchant d'un bon pas. Soudain un horrible soupçon me trouble sournoisement et s'ajoute à mon inquiétude : serait-ce un abandon de poste ? Il me faut partir seul au combat et comme dit l'autre : je sens que ma dernière heure est arrivée et je voudrais bien la passer avec vous... Ma vieille branche qui n'en rate pas une, s'etait planquée derrière un autre géant avec lequel elle a sympathisé pour me faire une farce et ils s'en sont donné à coeur joie! J'étais si heureux d'être en vie et de l'avoir retrouvé que je ne me suis pas mis en colère de suite. Ma maîtresse m'a saisi et couvert de baisers pour s'excuser de m'avoir tant effrayé, puis m'a présenté son compagnon d'amusement en m'expliquant le pourquoi de cette couillonnade. C'est un subterfuge pour faire rire ce pauvre colosse au coeur tendre qui a la larme à l'oeil et s'attriste de jour en jour, l'âme solitaire. Vous n'allez le croire, mais nous avons en commun, le même penchant pour la race bovine. Malheureusement pour lui, elles ont changé de crémerie !! Les géants qui ont élu domicile sur ce versant de la montagne sont peu aimables mais craignent par dessus tout les bêtes à cornes, sauf notre nouvel ami qui est fleur bleue ce qui lui a valu d'être banni...

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Pour me rendre service et se faire pardonner d'avoir ri de moi, il m'a laissé m'exprimer à travers lui, pour rallier à ma cause, les troupeaux environnants. Nous nous sommes amusés à tour de rôle à jouer à "la boite à meuh" avec ma vieille. L'écho a porté nos mugissements vers les quatre derniers gardiens, les plus vindicatifs et monstrueux qui nous attendaient au tournant. Ils étaient tétanisés et aussi inoffensifs que du bois mort lorsque j'y ai déposé quelques sms bien senti !!(envie qui me tenaillait depuis un bon moment). Plus loin, on a profité des "tours de guet" mises à notre disposition pour s'y hisser tout deux et faire un repérage, ce ne fut pas une mince affaire, croyez moi! Un troupeau se trouvait effectivement en contrebas du lac, au beau milieu du seul et unique chemin à emprunter, j'en piaffait d'impatience. J'ai de suite senti une certaine nervosité chez la vieille qui soudain n'était plus pressée d'arriver, la frousse venait de changer de camp ! Toutes les conditions étaient enfin réunies pour que mon bonheur soit total...Encore que ! Je n'ai toujours pas repéré mon pote ce qui met une ombre à mon tableau.

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Puis soudain, le voilà ! Nous retrouvons notre compagnon avec plaisir. Il ne semble pas s'être aperçu de notre absence et encore moins de l'aventure que nous avons vécu. Assis sur son banc, plongé dans sa rêverie, il contemple le monde à ses pieds et goûte au silence, maintenant troublé par la vieille. Elle lui fait part de son inquiétude a traverser le chemin envahi par les laitières et leurs petits, suggérant que quelques heures à rêvasser dans ce coin paradisiaque, serait bien agréable, après tout dit-elle "il y a pas le feu au lac!" Pour le prouver, elle décide de prendre un bain de pied auquel elle m'invite d'autorité. Mon pote et moi avons d'autres objectifs :  marcher d'un bon pas, progresser en silence, et faire fi des dangers et désagréments. Puisqu'on ne me demande jamais mon avis, je le donne : ce qui mérite encore quelques préoccupations à cette heure, c'est de savoir quand est-ce qu'on mange. Il y a des moments dans la vie où il faut prendre le taureau par les cornes, c'est une question de survie !! Pour me punir de ma rébellion, ma maîtresse m'a renvoyé dans mes foyers, malgré cela la truffe à ma fenêtre, j'ai quand même pu échanger un regard qui en dit long avec un bel ours, du genre de ceux que j'ai dans mon panier, moins disproportionné bien sûr...

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Mes belles amies ont revêtu leur plus belle robe pour ce retour à l'alpage, le pied montagnard, elles flânent les mamelles gonflées. Leurs têtes plongent avec délice dans le champ fleuri où foisonnent une multitude de petits habitants. Au gré de leur préférence alimentaire le lait change de saveur, reste mystère et surtout plaisir pour le broutard qui vient encore profiter de ce breuvage. Malgré un nez imposant, elles font leur choix sans difficulté et leur langue s'enroule délicatement autour du bouquet de fleurs multicolores qu'elles ont choisi. De temps à autre, l'une d'entre elles, la tête levée, tousse, puis se lèche le mufle et nettoie ses naseaux puis replonge à nouveau en pays de gourmandise. A force de jappement plaintif, je me suis fait reconnaître par mes copines, celles qui n'étaient pas occupées à allaiter leur petit, sont venues me faire les yeux doux. Ma patronne s'est prise quelques suées, m'exhortant à me taire, tout en traversant le troupeau d'un pas rapide, style marche nordique ! Finalement, elle atteint la forêt de pins avec soulagement en s'essuyant le front et me laisse enfin mettre pied à terre tout en me sermonnant. La fraîcheur me saisi et la pénombre étrangement m'aveugle. Instinctivement, je me retourne vers la clarté du jour que les conifères ont auréolé de dentelle noire, magnifique écrin pour ce versant de la montagne que je quitte à regret. Il m'offre le spectacle dont jamais je ne me lasse, celui du ciel et de la terre cheminant ensemble sous la lumière... 

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Nous avons repris notre route, sans crainte, car là-haut les gardiennes qui broutent, fidèles à leur poste, ne céderont pas le passage aux géants belliqueux. Seuls ceux qui aiment les animaux auront droit de cité de ce côté-ci de la montagne. J'en ai croisé quelques uns avec qui j'ai sympathisé et beaucoup ri. "Il est poli d'être gai" c'est ce que dit souvent mon pote... mais où est-il d'ailleurs ? Il s'est fait rare et distant. J'ai peur d'avoir montré trop d'attachement à mes vaches et qu'il en ait conçu quelque chagrin. Nous n'avons pas non plus, comme à notre habitude, tracé la route ensemble, moi mettant mes pas dans les siens. Se pourrait-il qu'il m'ait cru capable de l'abandonner ? Je n'ose y croire, même si de mon côté, un long moment je l'ai soupçonné de pareille infamie ! J'étais encore à m'interroger tout en forçant l'allure, quand soudain mon coeur s'est emballé en apercevant sa silhouette solitaire, un peu voûté sous le poids de... Mon casse-croûte! Chassez le naturel, il revient au galop. Désolé ! je n'y suis pour rien, mon estomac me rappelle souvent à l'ordre et pas toujours au bon moment.

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J'ai rattrapé mon compagnon de route et me suis glissé à ses côtés, il m'a jeté un bref coup d'oeil, comme si nous ne nous étions pas quittés de la journée et m'a dit : "qu'est ce que t'en penses zigouioui, ce serait pas l'heure de manger ?" La vache !!! Il est comme ça mon pote, il sait tout, comprend tout, fidèle au poste, même dans la tempête il perd pas le nord. Je jette un regard derrière moi, pour voir où en est ma vieille, ce serait ballot que je la perde ! Rassuré, je me laisse bercer par les lointaines sonnailles, quelques parasols rouges attirent mon regard, un drapeau claque au vent et me salue et quelques odeurs diablement tentantes réjouissent mon estomac qui grogne d'envie. Et moi, le coeur gonflé d'une joie sans pareil, bombant fièrement la poitrine, je regarde ce géant qui marche prés de moi et m'aime tant. Une serveuse toute vêtue de pastel, dispose sur la table, bon nombre de victuailles, je jette un coup d'oeil protecteur autour de notre table, pour apercevoir, cerise sur le gâteau, une belle vache rien que pour moi, prés de laquelle je me suis endormi une fois mon ventre bien rempli !

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"Une jolie fleur dans une peau d'vache
Une jolie vache déguisée en fleur
Qui fait la belle et qui vous attache
Puis, qui vous mène par le bout du cœur..."


 

 

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