« Si Dieu existe, qu'il le prouve, et s'il n'existe pas, qu'il ait le courage de l'avouer... » 

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J'étais si bien, enroulé sur moi-même, respirant mon odeur, bercé par le crépitement du poêle et le verbiage de ma vieille mettant en scène le petit déjeuner. Pas le temps d'y prendre goût, nous sommes déjà sur le départ et tout ça pourquoi ? il pleut ! Je me demande pourquoi ils s'acharnent à allumer des cierges, nous ne sommes toujours pas à l'abri des intempéries. Je ne sais pas auprès de qui ils déposent leurs demandes, mais ce doit être aux abonnés absents !

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J'étais persuadé que, convaincus comme moi de l'inutilité de ce pèlerinage à l'église du village, nous allions tous rentrer nous mettre au chaud. Que nenni ! Aussitôt sortis du véhicule, ils se préparent : gros godillots, ponchos et ô surprise, la chef accepte de faire le sherpa dans la foulée ! Quelquefois je me laisse emporter par mon côté râleur, j'avoue que cette gentille attention me réchauffe le coeur ! Je surveille toutefois le paysage environnant parce que je ne suis pas né de la dernière pluie et je préfère savoir où elle met les pieds.

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Nous traversons les bois, les feuillus se chargent de retenir l'eau du ciel. Il y a toujours quelques bancs en bonne place quoique peu abrités, mais cela me réconforte, je ne suis pas très exigeant. Nous grimpons gentiment pendant que je m'escrime à donner des coups de tête dans ce maudit poncho qui se rabat inlassablement devant ma truffe.

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Soudain sous mes yeux ébahis, une rivière tumultueuse apparaît quasi au bord du sentier. Je ne l'ai pas vu arriver, peut-être a t-elle jailli de sous la terre, en tout cas elle était bien planquée ! Elle passe et se précipite en toute hâte en direction de notre point de départ, tant mieux !

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Je rentre ma tête à l'abri pensant finir ma nuit si cavalièrement interrompue. Mais pas moyen d'être tranquille,je réalise que le pas de ma vieille est plus hésitant et son dos tout tendu, le sol doit être glissant avec toute cette pluie. Je mets la truffe dehors, pousse le poncho et... je vois la grande faucheuse qui m'attend au tournant !! Me voilà au désespoir, craignant qu'elle s'empare de mon souffle de vie, tremblant au point de rompre l'équilibre que je sens précaire chez ma compagne de voyage. Il souffle sur mes vieux maîtres un vent de folie : ils sont devenus casse-cou.

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Le bruit se fait assourdissant, l'eau suinte des roches qui nous surplombent, le ciel et la terre se sont ligués contre nous pour renvoyer à notre hauteur des milliers de gouttes d'eau glacé qui s'entrechoquent et giclent à notre trogne. Je ne vois pas âme qui vive, ce qui me laisse à penser qu'il n'y a pas de rescapés pour qui ose s'aventurer ici.

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J'ai un moment cherché à m'enfuir, mais où ? l'eau est partout. Ces passerelles et ponts branlants me fichent la trouille. Mes pensées se bousculent, je m'échauffe les sangs, la colère me prend et je gémis pour que l'on me sorte la tête hors de l'eau !! Ils comprennent enfin mon désarroi et après avoir enjambé un énième pont, ils me déposent sur la terre ferme. Là, reprenant confiance en moi, j'affirme haut et clair comme de l'eau de roche : le voyage est fini, je n'irais pas plus loin...

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D'aprés l'organisatrice des coups foireux, il parait qu'on fait un pélerinage à St Georgen, alors là je m'en bats les absentes !  Pour couronner le tout, mon pote n'est pas sur de pouvoir encore grimper et se sent mou du genou ; il serait alors question de faire demi tour, du coup mon sang se glace !  J'en ai ma claque de mes deux ça fait la deuxième fois qu'ils m'embarquent dans des opérations risque-tout. Aprés huit années de bons et loyaux services peut-être est-il temps de donner mon congé !! Quel dommage dit la vieille, il y a un vieux pont magnifique un peu plus loin ! je me porte à la hauteur de mon compagnon d'infortune et l'on se concerte tous les deux dégoulinants : bof ! semble t-il me dire. Je suis assez d'accord avec lui, mais là entre la peste et le choléra, je demande une pause !! La vieille pensant que je voulais boire...de qui se moque t-on ?! me prépare une gamelle d'eau tout en continuant à nous faire l'article : il parait même que là haut on peut manger ton plat préféré le groest'l ! Je ne sais pas lequel de nous deux a démarré le plus vite, mais on s'est retrouvé ex aequo pour entamer les derniers kilomètres ! La vieille a plus d'un tour dans son sac, j'entendais encore le rire interminable de notre tortionnaire remballant ma gamelle, contente une fois de plus de nous avoir entourloupé ou disons le crûment...couillonné !      

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Après s'être éloigné de l'eau, nous avons affronté les serpents de bruine. Sournoisement posée sur la cime des arbres, elle happe et engloutit les majestueux sapins en un rien de temps. Lorsqu'enfin elle termine son festin, la brume s'enfuit faisant glisser sur nous son long manteau humide et glacé. Je la suis des yeux alors qu'elle me dévoile lentement le monastère de st Georgenberg haut perché et qui parait-il reçoit si bien les courageux pèlerins !! Maintenant que j'ai vidé mon sac, je peux remplir mon estomac !

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Je traverse enfin un pont digne de ce nom, stable et solide, puis m'arrêtant en son milieu j'exhorte mes vieux à accélérer le pas. J'ai bien fait, sur place, lorsqu'ils ont ouvert la grande porte, une bouffée d'air chaud suivie d'odeurs sucrées salées m'ont mis le coeur en émoi, j'en ai presque suffoqué !! Il y avait un monde fou ça m'a rendu heureux, j'avais fini par nous croire seuls au monde...

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Le ventre bien rempli, je commençais à somnoler, bercé par le yodel des tyroliens. Mais comme à chaque fois que je me plais quelque part, il faut partir ! Une dernière vue sur le paysage environnant, une visite à la chapelle, quand soudain je vois mes autrichiens, majoritairement vieux comme moi, se défiler à l'opposé de notre route où je vous le donne en mille, un minibus les attendait ! L'histoire se répète toujours....

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Là je dis non, non et non ! Elle a galéré en tentant de me convaincre, mais cette fois son baratin n'a pas eu prise sur moi et je suis resté incorruptible : je vais prendre le prochain bus en compagnie de bons vivants pragmatiques. Alors de guerre lasse, elle m'a foutu dans ma studette et rebelote, droit au casse-pipe !

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Tout le long du trajet du retour, j'ai promené mon regard inquiet sur les roches luisantes, les enchevêtrements de végétaux suspendus dans le vide. Je sentais et devinais tout proche l'ombre noire de la mort menaçante qui glissait sournoisement avide de m'emporter avec elle !

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Finalement on s'en est sorti sain et sauf, peut-être qu'à force de solliciter le ciel et tous ses saints, ma boss a eu gain de cause, de toutes façons elle n'a pas son pareil pour avoir le dernier mot !

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Aussitôt sur la terre ferme, je n'ai pas traîné, même les racines des arbres, luisantes et noueuses, sorties de terre, n'ont pu me freiner dans mon élan. La civilisation était toute proche, je poussais un soupir de soulagement...

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"Il y a deux personnes absolument indispensables en ce bas mode : la sage-femme et le fossoyeur. L'une accueille, l'autre raccompagne. Entre les deux, on se débrouille."

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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