"Tout le bonheur est dans l’inattendu..."

P1290886

Ce matin, je fais l'état des lieux en m'étirant de tout mon long, pattes de d'vant tendues, dos cambré, le cul qui remonte, la queue en point d'interrogation, je baille à me décrocher la mâchoire et exhale avec délectation mon haleine de chacal. Somme toute le bilan est positif malgré les dures épreuves traversés hier.  Mes vieux s'affairent en traînant des pieds, je me recroqueville prés du poêle pour profiter de son halo de chaleur moribonde en attendant le petit déjeuner. Les odeurs de bois brûlé, de fumée, se mêlent à celles du pain qui grille, du café et du miel de sapin. Je sors de ma torpeur quand mon pote me sollicite pour une brève sortie hygiénique, la porte s'ouvre et ô miracle ! Le soleil !!

P1300443P1300442

Tout soudain se réveille : les couleurs, les insectes, mille et un petit bruit m'interpellent lorsque mes pattes frôlent les herbes encore bien humides, ma peau se contracte et vibre sous le chaud-froid. Le fond de l'air est encore un peu frais et je contemple, les oreilles aux aguets, les nuages blancs qui tels de grands draps se lèvent doucement pour le cérémonial d'une inauguration, sommet après sommet : je déclare cette journée comme celle de mon bon plaisir ! Et sur ces bonnes paroles, trottinant le coeur en fête je suis rentré déjeuner !

P1300417P1300462P1290904

Nous sommes partis à pied le coeur léger,sans perdre de vue notre camp de base au fur et à mesure que nous prenions de la hauteur. Il faut dire que notre chalet se trouve idéalement situé sur la Zillertaler Höhenstrasse, cette jolie route alpine qui vous mène jusqu'à 2000 mètres d'altitude et est accessible par les cinq villages de la vallée : Ried, Aschau et Zell im Zillertal ainsi que Hippach et Kaltenbach.

P1300466P1300489

Nous avons commencé notre ascension sans temps mort ! Jamais un petit bout de chemin à plat histoire de reprendre son souffle. La voûte céleste se voile épisodiquement pour me faire des frayeurs, à chaque baisse de luminosité, je lève les yeux au ciel craignant de voir tomber un grand rideau de pluie. Le ciel se moque de moi et dépose sur les cimes une doudoune blanche et grise pour tout aussi rapidement découvrir à nouveau les mêmes sommets parés de neige sous mes yeux éblouis. Le soleil, de ses rayons, salue ce joli tour de passe-passe et à son tour se lance dans la joute artistique et chacun tour à tour de nous faire miroiter ses talents !

P1300492P1300500

Je respire à plein poumons, nous avons enfin atteint le sommet, je peux regarder dans toutes les directions à perte de vue, le spectacle est grandiose. Je me sens devenir roi du monde comme un loup prenant la mesure de son territoire ! Je hume ici et là les parfums des fleurs discrètes, petites et délicates. Mais lorsqu'elles se regroupent pour revêtir la montagne d'une tenue d'apparat, leur tapis chatoyant vous donne envie de s'y vautrer sans retenue. J'ai suivi pas à pas une corolle puis une autre.  Soudain un beau tapis blanc immaculé se déroule devant moi, j'y pose le pied avec délicatesse, le tour de magie auquel j'ai assisté il y a peu, est devenu réalité : je peux toucher la neige du bout de ma truffe !!

P1300510P1300518

P1300519P1300522

Soudain tous mes sens sont en éveil, je renifle d'autres êtres aux effluves inconnus, truffe au sol, j'arpente le terrain, me frayant un passage entre les buissons nains, mais pas autant que moi ! Genévriers, rhododendrons, gentianes, il me faut démêler l'écheveau des senteurs pour suivre "la" trace. Parfois je m'enfonce dans les profondeurs de la terre mais bien trop souvent rappelé à l'ordre par mes vieux, alors que je suis sur le point de découvrir le mystérieux animal, maître de ces lieux !

P1300524P1300534

Poussés par le petit vent frais, nous sommes parvenus à une plate-forme naturelle : on ne peut rêver meilleur emplacement pour se restaurer et être seuls détenteurs du sublime paysage. Paisiblement assis, nous nous sommes agrippés au temps, il s'est arrêté, lui qui depuis toujours ne fait que passer ! On dit qu'il jette des rides sur notre chemin, je trouve au contraire qu'elles s'effacent quand la route mène au paradis !

P1300529P1300528

P1300538P1300544

On a repris des forces, moi surtout parce que je mange à tous les râteliers. Mon repas s'est terminé en beauté, j'ai nettoyé le petit pot de nectar de fruits rouges, j'avais l'impression d'enfouir ma truffe dans le jardin d'Eden. Ma vieille a les mêmes goûts que moi, heureusement ! Puis il a fallu quitter ce belvédère et entamer notre descente.

P1300547P1300548

De grands espaces de liberté s'offrent à moi, je passe de névés en petites cavités d'eau glacée, puis soudain pris de frénésie je démarre en trombe. Je suis déchaîné, je cours droit devant moi comme un dératé et je rate...in extremis mon envol...pour contempler la vue vertigineuse sur la vallée ! Il me faut garder un peu d'energie pour d'autres découvertes, je décide donc de reprendre mon train-train, déambulant à côté de mon vieux afin de lui éviter les embûches, un accident est si vite arrivé !!

P1300558P1300567

P1300570P1300575

Une cloche tintinnabule au loin, je ne sais pas si c'est celle de la chapelle en contrebas, mais quelque chose me dit que l'on sonne le rappel et je presse le pas. Évidemment à chaque fois que je prends la direction des opérations, mes vieux se liguent contre moi, pour contrecarrer mes plans. J'ai du me résoudre à jouer la star sous les feux de l'objectif !

P1300580P1300581

P1300585

P1290953P1300597

Le temps se couvre, mais nous avons atteint la petite chapelle, qui si nous traînons encore, deviendra un excellent abri ! Lentement les faibles et pâles rayons du soleil tirent leur révérence,le rideau tombe, fin du spectacle. Un peu partout alentour, les montagnes environnantes remontent frileusement vers leur cime une blanche couverture. La froidure s'insinue et déjà mon esprit a pris de l'avance et se love égoïstement autour du poêle.... Au détour du chemin, sur le point d'arriver enfin à bon port, je contemple ébahi un banc, peut-être le plus beau de ma collection ! Voilà les mystérieux habitants des terriers maintes fois reniflés pendant ma balade. J'ai bien l'impression que ce sont des teckels autrichiens qui sont revenus à un mode de vie plus écolo, plus sauvage ! Je les trouve quand même un peu bizarres ! On a même sculpté leurs effigies... ça laisse rêveur ! Jadore ce pays, j'y prendrais bien ma retraite que j'me suis dis, tout en parcourant les derniers mètres qui me séparent de ma maison.... 

P1300602

"Celui qui sait ne désirer que ce qu'il faut possède tout ce qu'il désire."