"Quand on quitte cette terre, ce n'est pas pour bien longtemps puisque quelques jours plus tard on vous y remet"

 

Ces dernières semaines, ma patience a été mise à rude épreuve ! Pour commencer, malgré tous mes efforts déployés et une surveillance accrue de mes vieux, je plafonne à 7,200 kgs ! Je grignote à peine, je patrouille deux fois par jour pendant presque une heure et rien n'y fait, la balance sur laquelle je passe ma vie ne fait rien qu'à mentir et je compte bien lui réserver un chien de ma chienne. Tout le monde se ligue contre moi et je me demande si même vous n'êtes pas en train de vous dire : "encore Charly le râleur de service !" J'vous laisse juge, j'étais convié à une virée au supermarché, rituel que je partage avec le sac de courses si bien rempli à notre retour. A  chaque fois, j'installe douillettement mon postérieur sur mon coussin, ma tête pensante calé sur mon accoudoir, puis je dresse, les yeux fermés et sans erreur, l'inventaire de nos provisions, à l'arrière de ma berline. Mais, ce jour là, lorsque la porte du garage s'est levée, une odeur pestilentielle, chimique, m'a littéralement sauté au pif, me faisant faire marche arrière. Finalement la curiosité a été la plus forte, mon pote me soulève et me dépose à l'arrière de cette nouveauté sur roues, sans même me faire passer par le coffre ! J'ai tellement tourné autour de moi avant de poser mon fondement, que j'en avais le tournis. Pire encore, je constate qu'on m'a volé mon accoudoir et j'ai l'impression d'être au bord du précipice, le siège avant a pris ses distances et je me sens perdu. J'ai bougonné, râlé et pour finir j'ai eu un haut le coeur heureusement coupé dans son élan... Pour marquer cette journée de m.... j'ai boudé jusqu'à l'heure du repas. Je suis contestataire non violent mais en aucun cas gréviste de la faim ! Le lendemain, nouvelle sortie dans cette "vouâture" et ma berline n'est toujours pas rentrée !

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Mon pote se propose de nous faire changer d'air et me promet de régler mon inconfort ! Une petite halte chez "toupourtoutou" et tout va enfin rentrer dans l'ordre. J'ai patiemment attendu mes vieux dans mon char. À leur retour, ils m'ont installé un hamac, relié à l'arrière du siège conducteur pour je me sente cosy et à l'abri du vertige. En route pour notre petite balade automnale ! J'ai parlé trop vite, pas moyen de piquer un roupillon tranquille. Je suis chaotiquement bousculé d'avant en arrière et de gauche à droite dans les virages ... Pas besoin de chercher qui est ce chauffeur du dimanche, je me dresse pour lui signifier ma désapprobation, vu que le hamac me bouche la vue. Stupeur et tremblement, c'est mon pote qui conduit, alors là, tout va à vau-l'eau ! Cette voiture est comme moi, le changement de nourriture ne lui vaut rien de bon, là voilà qui broute...Mes deux vieux lui donnent de l'essence et ben elle marche beaucoup moins bien que ma berline qui bouffait du diesel, elle était lourde, bien ancrée au bitume et je pouvais dormir. Celle là est légère, elle pue et trouble mon repos...J'espère qu'on arrivera quand même indemne et à bon port ! Mes patrons déclinent et me donnent bien du souci. Depuis quelques jours déjà, je dois les rappeler à l'ordre, ils se laissent aller et ne sont plus réglés comme une horloge. Je subis au moins soixante minutes de décalage horaire qui m'oblige à un harcèlement qui m'épuise. Je fais le coucou qui passe de l'un à l'autre en répétant c'est l'heure ! c'est l'heure ! dans l'indifférence la plus totale. Mes enfoirés ont changé d'heure sans m'en avertir. Mais je les ai à l'oeil, pour qu'il ne renouvelle pas leur coup foireux en changeant les jours de la semaine. Je connais tous les jours dans l'ordre, à chacun correspond une activité que j'aime, pas question que l'on change quoique ce soit qui s'y rapporte. Tous les jeudis, après ma sortie hygiénique, sur le chemin du retour, on fait une halte chez ma mamie pour un ptit bonjour. J'adore ça, dès que la porte s'ouvre je fonce dans la cuisine pour faire du nettoyage ! Avec le temps, je trouvais de moins en moins de quoi réjouir mon estomac parce que mamie avait trouvé une "perle" qui nettoyait tout à ma place. Une trahison qui m'avait causé beaucoup de peine, moi qui ne ménageait pas mes efforts. Hors ce jour là, la vieille m'a dit d'un air morose, alors que je bifurquais pour rendre mes hommages hebdomadaires," non mon Titi, on rentre à la maison". Encore un rituel dont je suis floué !

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Vous et moi, sommes restés bien trop longtemps en balade au Tirol, le temps s'est arrêté et tout s'est déglingué. Finis les vacances, reprenons le cours de notre terrestre vie. Quel bonheur d'enfoncer mes pattes dans la mousse odorante, elle trace pour moi un chemin automnal. Je suis d'humeur à faire plaisir ! J'ai déniché avec l'aide de rais de lumière complices, une magnifique collection de champignons pour la vieille. À quoi ça sert d'être sympa quand personne ne s'en aperçoit, j'ai beau sollicité l'attention de ma patronne, elle est ailleurs. Son attitude me perturbe et je ne la lâche plus d'une semelle. Lorsqu'un peu plus loin, j'aperçois mon pote arrêté devant une grande armoire, haute sur pattes, je suis en alerte. Il en ouvre un pan et déjà je suis posté à ses pieds pour assister à la complète ouverture du présumé garde-manger ! Voilà de quoi requinquer le moral des troupes et c'est à la vieille que nous offrons cette dégustation, tout à fait exceptionnellement. Heureusement que je suis là pour faire la vaisselle, j'ai léché le petit gobelet plastique et franchement cette petite liqueur de mûres est un régal. La patronne reprend du poil de la bête et moi, la chasse. A chaque champignon, je me mets à l'arrêt et la vieille mitraille ma trouvaille. En entrant à nouveau dans les bois, j'ai pensé que je méritais amplement de prélever une part de notre butin pour ma consommation perso. Aussitôt la vieille m'a mis le grappin dessus en s'exclamant "ma parole, tout le monde veut mourir ou quoi ?" Elle me nettoie le museau avec excès et du coup m'efface tous mes sms et photos gustatives récoltés dès l'aube de cette magnifique journée. Je l'ai laissé en rade, dégoûté par tant d'ingratitude et j'ai rejoint mon pote que je n'aurais jamais dû quitter ! Nous avons échangé comme souvent en aparté et il m'a révélé le secret qui mine not'vieille. Mamie s'en est allée, envolée !! Alors là, si les deux pattes disparaissent d'un coup d'un seul sans laisser d'adresse, c'est le début de la fin ! En même temps, si la fin, c'est le début, elle finira par revenir...ça vaut-y la peine d'en causer et se mettre la rate au court bouillon ? Alors j'suis reparti en vadrouille, traîner ma truffe ici et là, loin des regards indiscrets.

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Puisque mes vieux sont un peu à la traîne, je prends de l'avance, car mon chemin est parsemé bien souvent de "hérissons" dangereux qui montent la garde prés des châtaignes. Une petite brise s'est levée par intermittence, faisant voleter les résidus de l'été, j'ai pris grand plaisir à courser ces paillettes végétales en fin de vie. Éparpillées aux quatre vents, elles seront nourriture terrestre pour tout ceux qui voudront éclore à la vie. Encore une qualité que je ne me connaissais pas, je suis un teckel écoresponsable ! Tout ça m'a donné faim, je pose mon arrière train sur un tapis de feuilles en attendant mes vieux. Elles sont parcheminées, prêtes à l'envoi vers d'autres cieux. Au gré du vent, chargées de souvenirs, elles toucheront au coeur les promeneurs et s'en iront passer l'hiver au chaud. Un banc s'offre à nous et mes vieux viennent m'y rejoindre. Je m'installe au chaud sur les genoux de l'ancêtre tentant de la dérider, j'ai bien une idée derrière la tête qui pourrait faire l'affaire, mais je dois m'armer de patience ce n'est pas mon fort ! En attendant, je fayotte. Quelques léchouilles sur ses doigts crochus, mon regard compatissant et aussi triste que le sien pour qu'enfin elle me cause. C'est la première fois que je me languis qu'elle ouvre la bouche, car le plus souvent elle nous gave. "T'es triste toi aussi, fini les jeudi à nettoyer la cuisine de mamie, elle s'en est allée au paradis" Ben, mon cochon, y'en a qui manque pas d'air !! Elle a pris de l'avance, j'espère qu'elle nous laissera des gâteaux quand on ira la rejoindre l'année prochaine. C'est quand même pas la peine de se mettre dans des états pareils, y suffit d'être patient, j'le suis bien moi...

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Prévoyante mamie avait déjà fait un ptit tour en été au Tirol. Gourmande, comme moi, elle a repiqué au truc et s'en est allée le 14 au paradis... En attendant de la retrouver, j'ai guidé mes vieux vers ce qui me semble le plus indispensable lot de consolation, une halte "Au bourdon de la vallée" et nous avons porté un toast à la plus vieille d'entre nous !

 

"Les gens superstitieux ne se font jamais enterrer un vendredi 13 de peur que ça leur porte malheur"