"Pour vivre centenaire il faudrait abandonner toutes les choses qui donnent envie d'être centenaire !"

Dame nature m'a souffleté le museau il y a peu et m'a remis vite fait à ma place. Aussi après un petit temps de repos qui m'a été profitable, à plus d'un titre d'après ma vieille, j'ai décidé de me cantonner à la seule chose dont j'ai la maîtrise, mener mes vieux à la promenade...Si le printemps est de la partie, je ne m'en porterais que mieux et l'accueillerais avec l'enthousiasme et la gentillesse que tout le monde ici bas, me reconnaît. Comme d'habitude, je ferme la marche et veille ainsi sur mes deux bougres. Par la même occasion, j'ai décidé de faire du bénévolat écologique en devenant éboueur de la nature. J'en profite aussi pour vous donner de mes nouvelles dont vous êtes friands... Pas disponibles ? Qu'à cela ne tienne, je serais bref ! Au retour de ma dernière sortie hivernale, je suis resté apathique toute la journée du lendemain. La vieille a de suite calmé nos inquiétudes en faisant un diagnostic baclé : "il boude!" Le jour suivant, mes pattes flemmardes se traînent à un point dont vous n'avez pas idée et moi avec. Je passe d'un panier à un autre, sans y trouver d'apaisement, tout au plus un déplaisir croissant. Je n'ai pas cessé de râler et marmonner, troublant ainsi le silence de ma maisonnée qui s'est mis au diapason avec moi. Quand l'heure du repas a sonné, je n'ai pas montré le bout de ma truffe. Même sollicité abusivement, jusqu'à mes quartiers où je me suis retranché, je suis resté inflexible, refusant d'avaler quoique ce soit. Pour couronner le tout, mes vieux pris d'une soudaine fébrilité sitôt leur pitance avalée, décide de m'embarquer sans préavis, vers je ne sais quelle destination. Debout sur le siège arrière, la truffe contre la vitre de ma berline soudain à l'arrêt, j'ai poussé de longs gémissements en constatant qu'ils me déposaient lâchement chez "mon tortionnaire"....J'ai subi, coup sur coup, trois piqûres douloureuses qui ne m'ont pas ôté la vie pour autant. Mais elles ont eu pour effet de déclencher des aboiements rageurs ponctués de plaintes aiguës, digne de rameuter la SPA illico ! Touche finale à cette barbarie dont j'ai fait les frais, outre des mixtures peu goûteuses à ingurgiter, il a été question de surveiller un possible ulcère et de faire preuve de modération....Ben j'suis d'accord, j'tiens plus à le revoir celui là !!

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Pour clore cette lamentable affaire, j'ai fait la gueule à mon pote parce qu'il m'a tenu fermement pour que le bourreau fasse son office, mais je me suis trompé de cible ! J'ai oublié que, s'agissant de moi, "modération" est une étiquette que la vieille adore me coller sur le dos pour me foutre à la diète : ce qu'elle n'a pas manqué de faire deux jours durant !! Tout ça pour un petit mal au ventre qui s'est apaisé début de soirée et qui ne nécessitait pas tout ce bataclan...Je vous rassure, bien que moi je ne le sois pas ! Je suis à nouveau nourri sommairement deux fois par jour et tous les jours depuis cette terrible journée...uniquement des croquettes. La déprime me guette et c'est pourquoi je vous embarque avec moi. Je rêve de gourmandises et pour l'instant je n'ai rien trouvé à rabioter, pas même quelques crottes de bique et autres cochonneries. Il me reste seulement l'alternative vegan. Je me suis mis au vert et grignote de temps en temps, de long brin d'herbe bien tendre. Notre remise à niveau physique peine à se mettre en place et l'incertitude nous gagne quand à nos "prouesses" prochaines vers les sommets autrichiens. Tout à fait entre nous, je n'ai aucune de ces inquiétudes, car le plancher des vaches tyrolien suffit à mon bonheur. La vieille a pris un raccourci pour s'exercer vite fait à l'altitude nous laissant attentifs et inquiets à ses pieds. Je ne suis pas sûr que sa montée à la tour de guet soit d'une grande utilité pour l'ulcère que je n'ai pas encore. Revenue fièrement parmi nous, elle m'a gratifié d'effusions étouffantes sans modération, ce dont je me serai bien passé. Forte de cette première victoire et convaincue que nous étions sur la bonne voie, elle nous a mené vers l'étape suivante. Nous, encore à froid et elle bien échauffée, avons entamé, sous les yeux ébahis d'une biquette, une belle montée...qui nous a mis sur le cul, une fois arrivés. La descente dans l'autre vallon pour si douce qu'elle soit est une grande déception, car mon kiosque à piquenique, défraîchi par l'hiver est en cours de rafraîchissement, donc, pas question d'y faire une halte. Ça ne fait pas que des malheureux ! Une harde de daims qui glande en attendant mieux, profite encore pour un temps de ce bonheur tranquille, sous la coupe de la femelle la plus vieille...le monde est petit!

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Enfin remis de cette première épreuve, j'ai pu contemplé un nouvel endroit plein d'attraits que la vieille a trouvé tout à fait par hasard, malgré sa carte qui n'en fait pas état. C'est toujours un mauvais signe ! Elle garde jalousement ce symbole du pouvoir qu'elle croit avoir sur nous. Je la laisse à ses illusions, car j'ai d'autres priorités. Il y a, en ces lieux, des odeurs fortes et appétissantes de garde-manger qui m'apaisent et m'incitent à la clémence envers mes vieux et même à supporter le énième petit nom dont la vieille m'affuble en ce moment. J'étais déjà son zigouioui, son trésor, son crapaud, puis son asticot ou son loulou et maintenant son choupinet, pourtant elle s'étonne que je ne réponde pas à l'appel de "CHARLY !". Quelquefois je fais des exceptions, là, c'est pour me montrer un lapin trop mignon, j'accours et je confirme ! Celui-là se refuse obstinément à ma dévorante affection et mes léchouilles appuyées dont je l'aurais volontiers enrobé... Soyez bon avec les animaux et voyez comme ils vous traitent ! Un peu plus loin, attiré par une messe basse, je me suis approché de l'étable pour y jeter un oeil. Les moutons et brebis tiennent un conciliabule de mandibules et ruminent un mauvais coup. Un bruit de sabot me fait dresser l'oreille et soudain l'entrée baignée de lumière s'obscurcit pour laisser place à un bourricot. Les comploteurs se dispersent pour lui céder la place, car il fait l'âne pour avoir le foin.

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Je constate qu'il n'y a guère de différence entre eux et moi, nous sommes obsédés par la bouffe. De mon côté, mon éclectisme me permet de ratisser large ! Eux, sont plutôt mono-maniaques, un peu au ras du sol quoi ! Alors je voudrais bien qu'on m'explique, pourquoi c'est toujours moi qui suis malade et eux, bien portants ?! De deux choses l'une, soit je souffre de carence alimentaire, soit je côtoie quelqu'un qui nuit à ma santé, suivez mon regard... Il est toutefois possible que mon alimentation ne soit pas suffisamment variée, peut-être me manque t-il un peu d'herbage etc... Manger du lapin et du saucisson d'âne parce que c'est plein d'herbes, de céréales et de carottes, pourrait me remettre d'aplomb... Tout à coup, alors que je termine mon automédication, je me prends en plein coeur, une nouvelle trahison. Mon pote nourrit et flatte cet âne bâté et me fait des infidélités. Quittant ces lieux, finalement inhospitaliers, il m'a déposé au sol sans un mot et je suis rentré dans le rang. Mon coeur est lourd, malgré le soleil printanier qui s'évertue à me faire plaisir. Je bouillonne intérieurement, c'est peut-être cet ulcère qui vient me manger de l'intérieur ? Inquiet, je m'arrête et me couche tel un sphinx, mes "chargés d'ans" se retournent, quelques mètres plus loin, pour découvrir ma faiblesse. De suite, la tête froide de notre groupe me diagnostique : "il boude ! il est jaloux !" Heureusement, mon pote revenu à de meilleurs sentiments, me fait prendre quelque repos, me rassure et me console. Il pense que j'ai tout simplement un petit creux à l'estomac, c'est sans gravité, tout va rentrer dans l'ordre incessamment sous peu ! Enfin ce dont j'ai une énorme envie : de la nourriture sensorielle...

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Le temps m'a paru bien long, jusqu'à ce qu'on fasse, enfin une halte digne de ce nom ! Nous avons d'abord fait un détour chez mon copain entrelardé, j'ai salivé d'envie rien qu'à le regarder se bâfrer. Il a trouvé une bonne pension le cochon !! Une auge pour lui tout seul et juste à côté dans le parc voisin, de la galante compagnie, qui se contente de graines pour garder la ligne. Je l'ai abandonné à son triste sort car il finira, un jour ou l'autre, par combler un de mes petits creux. Je ne veux pas lui gâcher son plaisir et sa digestion, ça nuirait à ma dégustation ! En quittant ma réserve pour l'hiver prochain, j'ai contemplé au loin le château, repère constant dans presque toutes nos balades, mais bien éloigné cette fois ci. Les arbres se réveillent, chacun leur tour, à leur rythme et doucement travaillent à leur bourgeonnement. Quelques moutons en pâture, nous observent avec flegme. Lentement au travers des fruitiers encore au repos, un toit se dessine, puis une maison toute entière, que nous laissons derrière nous. Une petite fontaine glougloute et me dit qu'il ne faut pas y boire, tout ce qui m'est vital m'échappe, je râle et crains de rendre mon dernier souffle. Soudain c'est la minute de vérité ! Un petit groupe de panneaux multidirectionnels nargue la vieille. Elle nous la joue sérieux et plonge le nez dans sa carte pour ne plus en ressortir. Une table de pique nique en attente juste à côté, nous séduit mon pote et moi, avec grande facilité. Je la reconnais immédiatement, pour y avoir posé mon cul, une journée d'hiver enneigée, pour un frileux piquenique. Pas besoin de carte, je suis en pays de connaissance et le fais savoir, seul mon pote m'écoute et nous installe au mieux, comme à chaque fois. Tant pis pour la vieille, je la laisse mijoter dans son jus. En tant qu'acteur principal et héros de cette aventure, j'ai eu droit à la meilleure place . Une fois de plus, on ne m'a pas donné de scénario mais mon sens inné de l'improvisation fait le job....

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Je me suis d'abord régalé du drôle de spectacle que nous offrait la chef en train de se dépêtrer avec les noms des panneaux et ceux sur la carte qui se refusent à toute connivence, contrairement à mon pote et moi ! Comble de malchance, elle a une fois de plus perdu son flair et le nord et n'est pas près de remettre la main dessus. Las, j'ai fini par m'embêter. L’ennui a pris le relais, soi-disant pour me distraire ! Il ressemble à un grand point d’interrogation, suspendu au dessus de ma tête. Un leurre qui se met en embuscade dans ma vie, lorsque je suis comme aujourd'hui en mode pause. Je ne le laisse jamais trop longtemps me sonder, sinon il se faufile sournoisement dans ma tête, s'incruste comme un brouillard épais et verdâtre. Je finis toujours par lui tenir tête et lui renvoyer la question : pourquoi tu m'ennuies ? Alors ce désoeuvré se secoue, tourne en rond et va se morfondre ailleurs. Je me remets aussitôt sur le cul, pour me reposer de cet ennui qui m’a beaucoup ennuyé. Vous voyez comme il faut être vigilant et ne pas laisser les bonnes occasions se faire la malle ! Mon pote entame déjà son plat de résistance, je me débarrasse vite fait de ma tambouille réglementaire et hypnotise mon vieux, qui de suite m'obéit. Nous passons rapidement au fromage, un peu trop vite à mon goût, mais je stresse de peur que la patronne ai retrouvé le sens de l'orientation et vienne perturber le notre... J'ai déjà pris une bonne dose de calcium et en attendant la suite, pour rendre service, je nettoie tout ce qui traîne. Le soleil vient troubler ce repas presque gastronomique et ma langue se pâme, je m'asphyxie ! La vieille s'approche et je sens que la fête est finie "tiens Titi, regarde tu seras mieux comme ça, à l'ombre" dit-elle en mettant mon sac entre l'astre luisant et moi. J'en suis tout ému, mais les effusions seront pour plus tard, car c'est l'heure de mon café crème à l'abri de mon parasol improvisé.

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Mon ptit réconfortant avalé, je m'apprétais à prendre mon dessert préféré, un petit speculoos, quand la patronne perplexe en regardant l'horizon, a déclaré forfait, ne sachant plus où donner de la tête. Cette annonce qui fait l'effet d'un flop, nous a tout de même interrompu en pleine transaction, mon pote et moi ! Je n'ai pas eu d'autres alternatives que de faire moi-même le transfert, avant que la vieille ne me siffle le marché sous le nez... Maintenant que je suis rassasié, advienne que pourra ! Je la laisse tranquillement manger sur le pouce, sa portion proportionnelle à ses compétences. C'est dire qu'il y a trop peu à quémander pour que je me fatigue...Je décide toutefois de la remercier d'avoir rompu mon jeun et par la même occasion, j'accorde bien volontiers mon pardon, à mon pote qui a partagé le pain avec moi. Une fois déposé au sol, comme je l'avais demandé, je piaffe d'impatience pour leur montrer la voie. Fini les questions existentielles : "c'est quand qu'on va où ?" Mon vieux l'a de suite compris en remballant vite fait notre barda : "Maintenant qu'il a bouffé, il n'a plus qu'un objectif c'est de rentrer à la maison, t'inquiétes pas il connaît le chemin !" La vieille n'est pas rassurée pour autant, mon pote en rajoute : "Charly sait pourquoi il marche et vers quoi : un autre repas l'attend ce soir au bercail, son flair ne le trahira pas". Pas même une heure plus tard, c'était plié, nous étions arrivés au parking, moi devant et eux derrière. Deux visages admiratifs et reconnaissants se sont penchés au dessus de moi, pour me remercier d'une caresse, manifestement heureux que je ne les ai pas laissé tomber...

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"C'est le ventre qui porte la tête"