"A mon âge ce n'est plus moi qui vieillis, c'est le passé qui recule"

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Chose promise, chose due, enfin une balade ! Comme vous, je n'y croyais plus. Le froid de l'hiver par petites vagues successives tape l'incruste. L'automne ne l'entend pas de cette oreille et entre en résistance. Quelques fulgurances estivales viennent troubler la partie qui se joue. L'été qui jour après jour, a fait de moi un phoque échoué sur une plage des Antilles, a bien du mal à plier bagages! Traînant sa parure quelque peu ternie et oubliant ici et là quelques rayons de soleil, il a finalement pris congé de moi. Tous ce monde là se bouscule au portillon des quatre saisons et c'est grand plaisir de les voir se tenir tête. Les champignons, chapeaux bas me saluent mouillant ma truffe de rosée et les châtaignes jonchent traîtreusement le sol pour compliquer ma progression, il n'y a pas qu'eux qui me hérissent le poil ! Depuis que ma vieille est revenue, elle a changé quelques uns de mes rituels sans me demander mon avis, ce qui est très dommageable pour moi qui entre dans le grand âge...

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Elle se refuse à me porter, que ce soit dans ses bras ou sur son dos... A chaque fois que j'ai besoin de ses services, elle me regarde d'un air embarrassé. J'ai beau lui tourner autour, la harceler, rien n'y fait : elle ne comprend plus rien ! Son incompétence gagnant du terrain, elle a finalement délégué ses pouvoirs à mon pote, qui me porte ou me dépose aux différents endroits où je dois me rendre tout au long d'une journée : mon fauteuil, à table, pour ma séance journalière de toilettage, la randonnée si nécessaire ou pour méditer sur les genoux cagneux de ma vieille...Par contre, grâce à elle, nous faisons de petites balades dilettantes sur terrain plat qui me donnent le temps de saluer tous mes amis. Je profite de ma tournée pour faire du maraudage, domaine dans lequel j'excelle. Tous ces changements sont liés, à sa visite chez un véto pour deux pattes qui l'avait kidnappé, ça n'arrive pas qu'aux teckels, enfin la parité !! Bien que son absence nous a fait ressentir un petit, mais rien qu'un petit manque, on est passé d'un extrême à l'autre, car maintenant qu'elle est revenue, on l'a dans les pattes du soir au matin et inversement. Le besoin d'espace, de liberté nous taraude, mon pote et moi. Elle persiste à nous coller aux basques même pendant nos virées bucoliques, mais à l'allure d'escargot ! Mine de rien, l'écart a fini par se creuser et on a pris la poudre d'escampette. Profitant des deux jours d'absence de la patronne, j'avais agrémenté ma vie de quelques nouveaux rituels et voilà qu'à peine rentrée, madame veut me remettre au pas !! Les absents ont toujours tort et maintenant c'est moi qui décide...J'en profite pour vous raconter vite fait ma ptite révolution !

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Lorsque j'ai fini de manger...aux deux râteliers, j'invite mes vieux à se débarrasser au plus vite de leurs corvées. Qu'ils mâchent la besogne pour qu'enfin on en vienne à l'indispensable : mon installation sur mon fauteuil rouge où j'y découvre, sans surprise, trois croquettes cachées dans l'oreille de mon poêt-poêt. Aussitôt que tout mon monde reprend sa place respective, le calme s'installe à nouveau. J'adore cette fin de journée où je peux enfin déconnecter. Mon pote met en route le traditionnel zapping, programme d'une platitude égale à mon encéphalogramme (que j'ai mis à niveau pour l'occasion !) ce qui a, invariablement, pour effet de nous endormir dans tous les sens du terme...J'ai repris ma vie en "main"!  Depuis que je passe mes nuits au pied du lit de mon pote, je demande à quitter mon fauteuil de plus en plus tôt, pour soi-disant boire un coup, mais sitôt fait, je vais me poster devant la porte de "ma chambre" attendant qu'elle s'ouvre ! La vieille se marre et mon pote râle. "Si on le laisse faire, on se couchera bientôt comme les poules " dit-il. Hé alors, il n'est pas interdit de suivre de bons exemples...J'ai enfin grand plaisir à m'installer dans mon panier du soir. Je plie mes pattes sous ma carcasse, qui descend lentement, recouvrant mes quatre fidèles soutiens pour les mettre au chaud, un peu comme si je couvais "la chair de ma chair". Ensuite, mon cou s'engonce entre mes deux épaules et ma tête pensante reprend sa place ! Et c'est aux premières loges, que j'assiste au rituel du couchage de mon pote qui est pour moi source d'émerveillement...La fenêtre toujours ouverte invite l'hiver à dormir avec nous, je ne suis plus qu'une boule de poils impatiente d'être anesthésié par le froid glacial. Mes ronflements prennent de l'ampleur histoire d'accueillir la vieille en fanfare, quand elle se décidera à nous rejoindre...ou pas !! Dans ma grande mansuétude, je lui ai laissé porte ouverte, mais je ne manque jamais de lui réserver un grognement de mécontentement quand elle se pointe tardivement et dérange mon sommeil. Coucher tôt, lever tôt ! C'est une méthode qui a du bon, je suis disponible aux aurores pour emmener mon pote faire sa sortie matinale, une bonne heure au moins, afin qu'il finisse de se réveiller en douceur...

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Je vous ai fait miroiter une promenade pépère et voilà déjà que j'y glisse quelques apartés, à ce rythme là on est pas rendu. Ha! voilà mon copain vacher, il a en charge un petit cheptel tout droit venu d'Ecosse. Me connaissant, il m'invite à une quête...de nourriture. Tout au long du chemin, les arbres habillés de jaunes et rouges, se délestent généreusement d'un excès de poids, pommes et poires jonchent le pré et leurs chairs éclatées nappent le sol. On s'est gavé de cette manne en compagnie des belles vaches des Highlands. Elles se sont très bien adaptée à l'alcool de fruits, ayant été engraissées en des temps bien lointains, avec les résidus des distilleries de whisky !! Mes vieux nous ont retrouvé quelque peu chaloupant, grisés par le sucre devenus alcool. Pour finir leur repas, après ces mises en bouche enivrantes, les vaches folles ont fait une razzia sur le foin, l'envoyant paître d'un coup de corne, histoire d'enguirlander les branches du pommier ! Ces décorations, rehaussées de belles pommes rouges encore suspendues aux branches, m'ont donné un avant-goût de Noël. Ce drôle de spectacle nous a distrait un bon moment jusqu'à ce que le taureau ronchon et peu disposé à la rigolade, mette le holà à la fiesta. Non loin de là, mes vieux se sont, eux aussi, laissés tenter par un distributeur providentiel... de schnapps! La température est remonté d'un cran et dédaignant la petite cahute mise à disposition pour cuver ou poursuivre la dégustation bien à l'abri, mes vieux ont préféré un banc avec point de vue, alors que le froid s'évertuait en pure perte à les geler sur place. Les meilleures choses ont une fin et j'ai repris la route !

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Nous étions bien nombreux à mettre le nez dehors et l'occasion était trop belle pour rendre visite à quelques pur-sang. Ce n'est pas la modestie qui les étouffe, ces bourrins prétentieux m'ont battu froid, moi qui suis de si bonne compagnie et toujours attendu avec impatience. Certes, je ne suis pas à cheval sur les principes, mais je trouve le procédé quelque peu cavalier, j'ai aussitôt tourné casaque, les laissant à leur triste pâture ! Soudain, une ribambelle de poulettes caquette dans mon dos, elles m'aguichent et m'éveillent les sens. J'ai pour elles quelques gourmands projets et m'apprète à revenir sur mes pas ! Un emplumé un peu enroué mais vindicatif m'interpelle et fait le coq. J'apprends que lui aussi à des intentions louables qui me semblent dénuées d'intérêt, chacun ses goûts !! Ce bellâtre ne mérite qu'une basse-cour que je lui abandonne volontiers...N'empêche que ce petit intermède m'a laissé sur ma faim et voilà que mon estomac réclame son dû. J'ai rejoint mes vieux pour leur faire part de l'info et je les ai trouvé bien installé, un peu plus loin, prêts à se goinfrer...sans moi. J'ai d'abord eu ma ration de dopant. C'est une cure anti-douleur, toujours bienvenue pour pallier aux défaillances mécaniques de mon petit corps, qui ceci dit, en toute modestie, continue de s'embellir en vieillissant ! Puis, après avoir vidé consciencieusement toutes les gamelles, j'ai été déposé quelques sms ici et là en attendant que mes vieux s'harnachent.

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Alors qu'on prenait lentement le chemin du retour, j'ai contemplé avec envie un petit groupe de biches sous l'ombrage des pommiers, en train de siester paisiblement. Mais le temps s'est gâté, le soleil a eu un moment d'absence inattendu, plus question de s'attarder. Dans un petit jardinet, le long de la route que nous devions traverser, trois petits chats se planquaient dans les fourrés, effrayés par je ne sais quoi. Le vent s'est levé, quelques belles bourrasques nous ont secoué tout autant que les noyers sous lesquels nous étions ! Par chance, nous n'avons pas été pris pour cible, quand un déluge de grelots noirs s'est abattu sur nous. Aussitôt mes vieux se sont mis à courir dans tous les sens pour ramasser ces coques, tombées du ciel. Je n'ai vu aucun intérêt à cette débauche d'énergie et perplexe me suis interrogé sur le pourquoi de toute cette agitation. C'est l'arrivée d'une voiture jouant les casse-noix qui m'a donné la réponse. Après son départ, elle a laissé sur l'asphalte, une odeur de noisette et de pain frais beurré qui m'a précipité sur la route pour profiter de l'aubaine. Ça n'a pas duré longtemps, mes vieux faisaient une razzia d'enfer de leur côté, mais la vieille m'a repéré puis mis à l'attache. Le reste de notre trajet s'est fait en douceur ou presque ! J'avais encore en bouche, ce délicieux trésor dont je fus très vite frustré, mais sans aucune rancune, j'ai réclamé consolation dans les bras même de ma tortionnaire. Elle m'a refusé ce réconfort et c'est mon pote qui m'a porté jusqu'au parking !!

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Dés notre retour, elle m'a entrepris pour un toilettage minutieux, sous le prétexte fallacieux, que j'étais pouilleux et négligé. Je sais très bien, que c'est parce qu'elle ne veut pas que je dorme dans leur chambre. Il parait qu'il fait trop froid pour moi et que ça lui fait peine, mon oeil !! Évidemment cette épilation ne va pas me faciliter les choses, j'suis plutôt dégarni ! Si elle compte sur moi pour prendre sa bonne décision, elle peut toujours courir... Soudain, je pousse un hurlement et c'est l'affolo, ils sont deux à m'ausculter sous toutes les coutures et ne trouvent rien ! Secouée et penaude, la vieille range ses outils de torture. Tant mieux, il ne me restait plus beaucoup de poils sur le caillou...Le lendemain matin, je ne marchais plus que sur trois pattes, déjà une patte folle et maintenant l'autre qui entre en rébellion. Mes deux arrières m'ont lâchement abandonné, on est jamais trahi que par les siens ! Sans que je puisse prendre mon petit déjeuner, ils m'ont embarqué, je vous le donne en mille...chez mon véto! Chacun son tour, mais moi au moins, ça ne m'a pas pris deux jours... A mon retour en fin d'après midi, j'étais un peu vasouillard. Mais lorsque mon pote, m'a installé sur ses genoux, j'ai fait table rase de tous mes griefs pour que la vieille puisse y déposer un odorant gâteau aux pommes accompagné... de noix. A mon tour d'être le centre d'attention, j'en ai profité pour changer mes rituels, il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis! Le soir venu, je suis resté dans mon fauteuil pour la dernière séance avec ma vieille et c'est à minuit passé que j'ai pris mes quartiers pour la nuit. Lorsqu'elle m'a invité à entrer dans leur chambre, je lui tourné le dos pour retrouver ma chambre à moi, et dormir bien au chaud....preuve que je ne suis pas rancunier !!


 

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 "ma santé ne décline pas elle s’incline"