"Ce qu'il y a de meilleur dans l'homme, c'est son chien."

Je viens de faire une incroyable découverte ; on se fait vieux ! Pour preuve : on se la coulait douce à la maison, épuisés par la chaleur, quand soudain à la faveur d'un orage, nous avons brutalement refait surface, déconcertés, en constatant la fuite du temps : dans trois jours, nous prenons la route...La livebox a rendu l'âme, nous sommes coupés du monde, impossible de vous dire au revoir ! Tant bien que mal, valise bouclée, on m'a casé à l'arrière du siège conducteur où j'ai eu la désagréable surprise de constater que la vieille allait conduire, ça m'a rendu malade !! Aussitôt arrivé à la Pension Noëlla, j'ai reconnu "ma résidence secondaire" et la transition s'est faite en douceur. J'étais enfin chez moi...ou presque ! Contempler toutes mes petites affaires bien installées dans la chambre m'a mis en joie. Sitôt mangé, j'ai expédié vitesse grand V ma sortie hygiénique pour me précipiter vers mon panier. Trois ptits tours sur moi-même et puis s'en va au pays des songes. La nuit fut fraîche et douce, propice à la rêverie. Je m'imaginais passer de longues heures prés de mon copain Sammy, jetant un oeil dans la cuisine de temps en temps tout en profitant de caresses et compliments des hôtes de ce havre de paix. Mais, c'était sans compter la sangsue à laquelle j'essaie désespérément d'échapper et qui se réjouit de partager ses extravagances avec moi ! Ce matin, J+1, je me tiens sur mes gardes, tout peut arriver, mais le pire n'est pas certain....

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En sortant du téléphérique, de blanches volutes sont venues encercler trois pauvres fous, seuls voyageurs débarquant pour s'émerveiller des lieux. Le paysage s'est chichement dévoilé au fur et à mesure de notre progression. Sur un panneau, en lettre verte fluo, le chiffre 4° fait un clin d'oeil plus qu'appuyé à la vieille, ce qui ne l'a malheureusement pas empêché de commenter le temps qu'il fait. Mon pote et moi avons stoïquement subi son bla bla inutile, sauf à nous les geler, lui plus que moi, soyons honnêtes. Pendant qu'elle en rajoute une couche, j'ai traîné mon pote au bout de ma laisse pour éviter qu'il ne se perde dans le brouillard. Nous avons fait une halte sur une plateforme suspendue au-dessus du vide. J'ai scruté ce plancher, transparent par endroits et troué à d'autres. Je n'y ai découvert que des nuages qui faisaient mumuse sous mes pattes. Le vent s'est engouffré à travers les grilles pour me siffler aux oreilles et me glacer le ventre, j'ai aussitôt pressé le pas pour d'autres horizons. Peine perdue, je suis alourdi par la brume qui se prélasse sur mon dos. Sans cesse elle me taquine, me voilant les yeux : un coup j'te vois, un coup j'te vois plus. En entamant un virage en épingle à cheveux, j'ai deviné une brèche dans cette purée de pois et soudain, j'ai vu... Je veux bien sympathiser avec les vaches, mais une aussi grosse pas question ! Bien qu'en y réfléchissant, j'ai aussitôt envisagé que sa production de lait et de crème serait proportionnelle à sa taille, pas bête le teckel nain ! N'écoutant que mon courage, je me suis faufilé sous son ventre pour constater son inutilité dans ma chaîne alimentaire. Mon pote et moi l'avons abandonné au brouillard, qui l'a englouti. Soudain, dans un coin de ma tête, ça m'a fait tilt ! Il me semble que j'ai mal évalué le bestiau, avec une dentition pareille, il doit bouffer à tous les râteliers. Ma vieille toujours à la traîne, pourrait bien lui servir d'ordinaire. Comme pour confirmer mes soupçons, son hurlement glacé retentit... Ils ont fait connaissance !!

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Je me voyais déjà orphelin de mère, sans encore percevoir si c'était un mal pour un bien. J'ai été frustré de ce débat intérieur fort intéressant. Bien vivante, gesticulant au loin, elle nous a rejoint à fond de train pour nous conter son aventure, dont on se fout puisqu'on en connaît la fin ! De montées en descentes, la plupart du temps n'y voyant goutte, nous avons cherché notre chemin dans cette contrée peuplée de créatures peu sympathiques. Puis on a découvert une terrain, propice à quelques exercices, comme s'il en était besoin ! De suite je me suis planqué derrière mon pote, je ne tenais pas à faire la vedette, jouant l'équilibriste pour le plaisir de mon paparazzi. Seul, mais peinard, j'ai assisté à l'amusant spectacle de deux vieux retombant en enfance, suspendus à leur tyrolienne. C'est alors que mon pote a poussé un cri de douleur en touchant terre, son genou est venu lui rappeler le poids des ans...La fête est finie. Encore que, "un mal pour un bien" prend ici tout son sens : mes vacances farniente comme je les aime, vont enfin commencer. Certes je compatis et malgré la pluie qui vient faire déborder le vase, je ne vous cache pas, que personnellement, mon moral est au beau fixe.

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Mais ce n'est pas parce que la tournure des évènements est à mon avantage, qu'il faut que je baisse ma garde. Je ne vais pas passer le reste de ma journée à humer le vent, les bonnes nouvelles ça creuse ! J'ai pris la tête de ma troupe et la chance me souriant une fois de plus, j'ai découvert une jolie chapelle un peu de guingois, qui m'a donné la direction à suivre pour trouver un abri. Un joli petit chalet nous a offert sa terrasse abritée pour que mon pote s'y repose un peu et l'on a fait d'une pierre deux coups ! Ma tambouille ingurgitée, j'ai pris place sur le banc à côté de ma vieille pour lui tenir compagnie... C'est alors que nous avons été encerclé, puis harcelé par de sinistres charognards. Il parait que lorsqu'ils ouvrent leur bec, ils ne répandent que pestilence ! Un, deux... puis quatre ou cinq, resserrent l'étau, effrontément, l'oeil noir. N'écoutant que mon devoir, j'ai pris place sur les genoux de ma mère, lui faisant un rempart de mon corps, pour la protéger, ainsi que son repas, au péril de ma vie. Les chocards ont tenu le siège pour voler notre ration de survie, mais ils ont dû rabattre leur caquet. Optant pour une autre stratégie, de séduction cette fois ci, ils nous gratifient d'une parade de pattes rouges et de mélodieux sifflements. Ce spectacle, que je trouve de piètre qualité, ne leur a rapporté que quelques miettes, semant la discorde entre eux. Quand à moi, je me suis gavé de ce qu'ils n'ont pas obtenu, juste prix pour ma bravoure.

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Un rayon de soleil est venu balayé le perron, donnant ainsi le signal du départ. Quelques nuages récalcitrants se refusent à nous montrer la voie et le doute s'installe à nouveau. Ce pourrait-il que la patronne nous ai égaré dans un monde parallèle à notre Tirol, sans que l'on ne puisse jamais s'en échapper ? Armé de jumelles, mon pote s'essaye à la clairvoyance, perte de temps que j'utilise à profit, en allant de l'avant, ma truffe rivée au sol. Rien ne vaut les méthodes naturelles : je tombe nez à nez sur mes meilleures (vraies) amies, quelques mètres plus loin, nichées en contrebas, là où le soleil donne. Elles sont lascivement vautrées dans l'herbe humide tout en prenant un bain de soleil. Tout autour d'elles, en équilibre sur les fleurs, des insectes sèchent et réchauffent leurs ailes. Ils sont sur le départ et ne vont pas tarder à tanner le cuir de mes belles brunettes. D'un coup de tête, faisant tinter sa cloche, la meneuse me montre la marche à suivre. Je bats le rappel immédiatement et adieu Jurassic Park !!

 

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La montée est un peu rude sur ce flanc de montagne heureusement encore ombragé. Un virage nous fait passer de l'autre côté, la lumière rasante nous salue chaudement puis se fracasse et incendie les parois rocheuses qui nous surplombent et rougeoient. Les nuages ont tiré leur révérence, déroulant sous nos pieds le magnifique paysage tant attendu. Le doute n'est plus permis, j'ai retrouvé mon paradis. La vieille vient troubler notre silence extatique et se propose de faire le guide. On n'est pas dupe, depuis le temps qu'on la pratique ! Elle a toujours quelques idées, dont une fixe, derrière la tête. L'échange promet d'être intéressant, mon pote a intérêt à ne pas baisser sa garde, car ma maîtresse est maligne. Tant qu'à faire, asseyons nous. "Tu vois là-bas,le seul coin qui reste encore un peu sous les nuages ?". dit-elle. Je retiens mon souffle. Mon maître fait mine de rien et reste silencieux pour ne pas ajouter d'eau à son moulin...à paroles. Elle s'en fout ! "C'est notre nouvelle et jolie balade comme on aime, prévue pour ces jours-ci, il y a une hütte où on mange un Tiroler Gröstl délicieux... Zut, j'ai oublié ton genou blessé, c'est dommage ! Ce sera peut-être pour l'année prochaine..." Attention, ne cédons pas à la tentation, on joue mes vacances de rêve sur ce coup là, il faut la jouer fine. Mon pote sourit, c'est bon signe ! Il lui demande: " Les marcheurs Autrichiens, ils la font en combien de temps, cette balade ?".  Yes, c'est plié !!!. Au moment même où elle a répondu "4 heures", elle a compris que la partie était perdue ! Soyons clairs, 3 vieux qui vivent à l'année à 140m au-dessus du niveau de la mer, feront "la promenade" en 6 heures. Et encore, si on ne se perd pas !!

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On reprend la route. Après quelques instants de silence, elle s'adresse à moi, sachant que je n'ai pas droit à la parole. "Qu'est ce qu'il en dit le titi, sa maman va profiter du panorama, au sommet prés des croix (1869m) c'est tout prés, ce serait dommage de passer à côté. Tu vas rester avec ton papa et te baigner dans le lac juste à côté". Et pis quoi encore ! Elle ne lâche jamais le morceau, un vrai pitbull. Sa passion pour les hauteurs et son vertige ne sont pas toujours compatibles. Pensant qu'elle renoncerait à faire la grimpette pour cause de poids excédentaire, mon pote lui dit :"Je t'attends sur un banc prés du lac emmène donc Charly avec toi, il sera content". Et pis quoi encore !! Mais rien n'y a fait : "viens mon titi, monte dans tes appartements". Comme d'habitude, qui c'est qui s'y colle, toujours le même qui est de corvée, j'ai une vie de chien ! En nous disant "à plus tard" mon maître, ce traître, lui a juste rappelé qu'elle avait charge d'âme. Ça ne l'a pas empêché de me livrer à la vieille, pour quelle me mette sur la croix. Adieu, monde cruel !

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"Ça valait la peine, hein Titi ?". Ché pas, je tanguais sur ton dos, ça m'a donné mal au coeur. Cette sortie m'a épuisé, à moins que ce ne soit mes vieux... Vivement demain, que mes vraies vacances commencent...

"j'ai passé une excellente journée...mais ce n'était pas celle-ci."