"J'étais sur la route toute la sainte journée, j'ai pas vu le doute en moi s'immiscer..."

 

On m'a poussé hors de mon petit panier, moi qui espérait tant me remettre de mes émotions de la veille. Il semble que je n'ai pas le choix, en plus le temps est au beau fixe. Le soleil me fait des clins d'oeil narquois à travers les rideaux. Lui aussi, se ligue contre moi et ne veut point que je roupille. Tout en m'étirant, Je surveille d'un oeil noir les préparatifs. Ne vous y trompez pas, je me serai volontiers réveillé plus tôt, notamment pour petit-déjeuner avec mes vieux, mais, comme je n'y étais pas convié, j'ai rabattu mes paupières sur mes beaux yeux doux, sans même saluer mes vieux quand ils m'ont lâchement abandonné. Lorsqu'ils ont regagné notre chambre, j'étais encore au pays des songes. Je n'ai pas jugé utile de répondre à l'appel de mon nom, puisque mes maîtres m'ont pris à rebrousse poil dés ce matin...à jeun ! Après avoir fini mes étirements, baillé ici et là les relents d'un estomac vide, je suis reparti me lover sur ma couverture avec mon jouet le plus bruyant, peu enclin à l'effort. Mon pote m'a passé sous la truffe, un petit bout de fromage en provenance directe de la salle à manger du Schönblick. J'ai compris qu'il allait me caresser dans le sens du poil cette fois. J'ai accepté cette marque d'allégeance et il m'a retrouvé devant la porte, prés du barda, une patte levée en signe d'absolution. Je suis très sensible à la façon dont on me présente les choses, un minimum de respect s'impose, dû à mon grand âge (j'suis vieux quand j'veux et quand ça m'arrange !). Pour cette balade, je serais premier de cordée et pas de fainéant avec moi, qu'on se le dise !  

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Bon je ne vous fais plus le topo, vous savez comment on procède. Dans un premier temps, c'est l'euphorie du départ, on s'embarque dans le téléphérique au Zillertal arena à Zell am Ziller. Ma vieille nous a trouvé une nouvelle balade, en se promenant sur google maps, le cul sur une chaise, que bien souvent, elle refuse de partager avec moi. Avec cette méthode, tout est facile, un peu trop même ! En général ce qui la sauve et nous avec, c'est un étrange instinct, mâtiné de chance, qui fait qu'elle retombe toujours sur ses pattes. Sur l'écran, la carte est toute plate, les sommets comme les vallées ! Forcément les distances s'apparentent à des lignes droites et "du coup" (j'avais juré que je ne le prononcerais jamais !) le temps n'a plus prise sur notre voyage et passe en second plan... Je vois que vous sentez vous aussi, le coup foireux dans lequel on nous embarque bien malgré nous. Arrivés au terminus, on piétine d'impatience pendant que ma maîtresse consulte sa carte. Elle peste comme à chaque fois : les noms des lieux ont changé, comme par hasard ! les maudits points cardinaux refont surface pour plomber l'ambiance et la tension monte ! Je vous propose de boire un coup avant de repartir, quand à moi, avec cette chaleur, j'vais poser mon arrière-train dans le ruisseau. Ma maîtresse, un brin agacée, déclare avec aplomb que le nord, c'est en haut ! Le sud, en bas et pour le reste : faites vos jeux mes amis ! Il y a là une certaine logique il faut bien le dire. L'essentiel étant de ne jamais perdre le nord, elle est assurée de faire ce pourquoi elle est venue : grimper !!

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Vous êtes inquiet ? Ne vous en faites pas, n'oubliez pas que dans le trio que nous formons, il y a un G.O* et vous pouvez, comme moi, compter sur mon pote qui a choisi le chemin le plus praticable, lisse et plat. Suivez le guide ! Mon job a moi, c'est de sécuriser notre progression par des points d'assurage : je signale, les bancs, les hüttes, les zones d'ombre et les points d'eau !! La rouscailleuse, toujours dans l'opposition, nous a finalement rejoint, tout en se dédouanant des suites de cette balade, qui mène dieu sait où. Bien évidemment, elle tient à nous préciser que le chemin opposé est, certes légèrement pentue, mais tout à fait adapté à nos capacités. Mais poursuivons notre chemin ouvert à tous les horizons. Il traînasse, pépère, sans but précis ( alors que le mien l'est !) tout en faisant de nombreux contours à chacune de ses découvertes. Certes ce n'est pas dénué d'intérêt, mais je me demande s'il n'a pas oublié sa fonction première et qui fait la raison de notre choix : descendre dans la vallée. Nous progressons presque machinalement sur ce grand ruban blanc qui nous joue la valse-hésitation. Pas âme qui vive sur cette voie royale pour l'astre solaire, il ne manquait plus que lui pour faire s'évaporer mon enthousiasme. Il se pare de mille feux et s'admire dans ce miroir où l'on traîne nos pattes sans grande conviction. Il y a des jours où, comme aujourd'hui, je me languis de mon chez moi. Lorsque la froidure et sa lugubre parure souffle et tape l'incruste autour de mon immeuble, je me blotti avec délectation sur mon fauteuil rouge et mesure ma chance. Ce sont des plaisirs simples. Mais quand mon pote vient me rejoindre, pile à l'heure pour un grand moment de télé réalité ; le journal télévisé, mon bonheur est total. Nous savourons ensemble une sucrerie ou deux, tout en regardant mon documentaire animalier préféré. On passe allégrement de la jungle au zoo, sans que je m'en lasse pendant que dehors le brouillard fait des volutes et vient frapper aux carreaux. Je joins l'utile à l'agréable et je parfais ainsi mon instruction....

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J'ai beau m'évader, suivre mon esprit qui vagabonde, je n'en ressens pas moins la brûlure du soleil sur mon dos, ça commence même à m'échauffer les oreilles ! Nous passons notre chemin sans un regard vers les fermes accueillantes, même les bancs sont sans attrait. Pas un coin d'ombre, je contemple tout autour de moi, d'inacessibles sommets enneigés, je ferme les yeux à l'évocation de quelques plaisirs frissonnants. En les rouvrant, mon regard croise celui de la vieille qui regarde avec envie le même horizon que moi, ce pourrait-il que cette fois, j'ai misé sur le mauvais cheval.... Soudain au détour d'un virage en épingle, le soleil a dardé ses rayons droit devant, me laissant un peu de répit. J'ai trouvé, au pied d'un arbre bien solitaire, une bienfaisante pénombre et suis resté en son aimable compagnie. Pour le remercier, je l'ai arrosé du mieux que j'ai pu, étant moi-même bien déshydraté.

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J'ai laissé mes vieux prendre un peu d'avance, mais déjà l'astre luisant les a rejoint. C'est pourquoi,je n'ai pas bougé d'un poil et malgré ma soif de connaissance, je reste insensible aux exclamations de mes compagnons qui se focalisent sur dieu sait quoi au milieu du chemin. Mon ventre posé sur l'herbe, profite de cette accalmie pour me rappeler mon devoir, c'est un maître exigeant et je ne rechigne jamais à lui faire plaisir. J'ai donc jeté un oeil vers mes sherpas et mon repas puis leur étrange comportement a fini par piquer ma curiosité. Qui sait ! Il n'est pas interdit d'espérer un autre repas plus raffiné. "Regarde Titi, la pauvre grenouille elle crève de chaud, tu nous aides à la pousser hors du chemin " Non mais je rêve ! J'me suis déplacé pour ça, déjà que la fréquentation des rainettes me filent des boutons, mais celui là c'est un pustuleux, un vulgaire crapaud. Il ne risque rien, son besoin d'eau n'est utile que pour faire ses fredaines, d'abord c'est pas l'heure et pis c'est un bon marcheur, qu'il se débrouille !! Vexé et un peu jaloux, je suis retourné auprès de mon arbre, j'aurai jamais dû le quitter des yeux, car le voilà maintenant baigné de lumière.

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Ma vieille a de suite compris ce que j'attendais d'elle, c'est dans ses bras que j'ai fait les derniers cent mètres avant qu'elle me mette au frais avec les bouteilles ! Après mon petit bain revigorant, je m'apprêtais à faire une petite sieste en attendant que la table soit mise devant ce décor idyllique pour saucissonner. Mon pote en décide autrement et de son propre chef il reprend la route, ayant aperçu il y a peu, un panneau accrocheur... Une auberge, l'Enzianhof, n'attend que nous pour festoyer à peine à trois kilomètres de là. Je ne peux que me rallier à cette bonne idée, mon appui est total parce que j'y trouve mon compte. De plus, c'est lui qui gouverne et je lui dois ma promotion. En tant que premier de cordée je n'ai pas besoin de me justifier, il me suffit d'ouvrir la voie, vous m'suivez ! Reprenons notre progression, je vous sens requinqués et motivés. La vallée se rapproche et semble presque à nos pieds. De prairies en pâtures, nos yeux dévalent la montagne sans obstacle, glissent sur les toits de quelques granges éparses. Les tapis de fleurs à perte de vue s'étalent jusqu'aux portes des villages de la vallée. Mais il suffit qu'un sous bois apparaisse en contrebas tirant un grand trait sombre sur mon paysage pour que l'horizon se bouche. la haute muraille forestière encercle un beau clocher et le fait disparaître. Sans repère, le doute vient murmurer à mon oreille. Il y a maintenant plus de deux heures que ce maudit panneau a fait son apparition, nous l'avons revu plusieurs fois sur notre chemin, mais sans plus !! La voix froide de la vieille nous intime l'ordre de nous arrêter. Sans rien dire d'autres, elle me sert mes croquettes et me donne à boire, je sens bien que ce n'est pas le moment de discuter ! Aussi sec, elle s'octroie deux saucissons en distribue deux autres à mon pote et sans plus attendre, ils reprennent la route, tout en grignotant. J'ai le nez en l'air, avide de participer à ce repas d'un nouveau genre qui me laisse frustré au final. Les temps sont durs, la vieille a pris le pouvoir !!

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Je retrouve mon clocher qui m'accueille à l'entrée d'un village, mais lequel ? C'est au bord de la route que l' on découvre finalement l'Enzianhof qui trône sans complexe à 1270 mètres d'altitude, face à la vallée et Zell am Ziller, 700 mètres plus bas ! Après nous avoir découragé, l'auberge nous aguiche et nous invite avec plaisir à faire la pause. Son immense terrasse est prise d'assaut par de joyeux drilles. Ils chantent et se désaltèrent, leurs moustaches brillent lorsqu'elles s'enrobent de mousse blonde. Je soupire au passage de jolies dames au parfum de vanille qui font virevolter leurs jupons, tout en portant d'impressionnantes chopes de bière. Ce panneau prometteur nous a fait faire un détour conséquent, nous avons sérieusement dérivé à l'opposé de notre point de départ et ça, ça lui reste sur l'estomac à la patronne... Elle déclare que seul l'emblême (gentiane) de cet établissement aura droit de cité sur notre blog et rien d'autre ! Mon estomac se serre, quand j'emporte avec moi, la vision d'un plateau de cochonnailles, ovationné par les gais lurons. Désolé les amis, mais va falloir serrer notre collier d'un cran, la grande bouffe c'est pas pour aujourd'hui !! Notre chef fait une pause un peu plus loin pour nous mijoter la suite et fin de cette balade. Pendant ce temps, mon pote prépare le ravitaillement en boisson fraîche et me baigne. Le verdict vient de tomber, nous avons tout les deux atteint notre niveau d'incompétence. C'est le lot de tous les hiérarques, Grosso modo quant tu montes trop haut, t'es obligé de redescendre, sauf quand tu fais partie de l'élite, comme mon pote et moi ! Dans ce cas là, on te maintient dans tes fonctions ! Bref, c'est le même job mais fictif, t'as plus la rate au court-bouillon, tu fais le beau, tu causes pour ne rien dire (comme moi en ce moment !) mais surtout tu ne bosses plus...Un beau cadeau quoi !

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C'est la première de cordée qui nous a ramené dans le droit chemin ! On a marché à l'ombre cette fois, avec des bancs tous les cent mètres, l'odeur des roses et des fougères se glissait dans notre sillage. De temps à autres quelques passerelles de bois ont agrémenté la balade. La traversée d'un sous-bois nous a laissé entrevoir, avec un certain soulagement, la possibilité d'un retour au bercail sous peu. J'ai médité assidûment sous les quatorze bancs de ce chemin de croix accompli sans douleur. On a fait une halte à la dernière station où une roche "ensanglantée" pansait ses plaies sous une source fraîche et miraculeuse. Une fois rentré "chez nous" j'ai dû sacrifier au sacro-saint passage en revue. J'ai pris le temps, à tête reposée, de me faire un résumé de cette journée passée. La chose qui me perturbe le plus, c'est le "beau cadeau", je me demande si c'est négociable ! Que je vous explique : "rien foutre" j'en ai la maîtrise, j'en use ou en abuse dés que l'envie s'en fait sentir. Je préférerais obtenir un vrai avantage, en chair et en os, si vous voyez ce que j'veux dire !! Soudain, la voix de mon compère s'est élevé, alors qu'il finissait de ranger nos paquetages. Lui qui n'avait dit mot ou à peine, semblait se réveiller d'une longue rêverie et mine de rien, les pieds dans le plat il déclare avec un grand sourire ravi " On s'est bien fait avoir avec ce satané panneau de 3 kms !"  Il me prend à témoin avec un "hein, mon titi !" Je tourne la tête et fais la sourde oreille, mais je n'en pense pas moins. On va avoir droit à un débriefing je le sens...

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Dieu merci, elle était tout aussi exténuée que nous et surtout pressée de filer sous sa douche, aussi a t-elle écourté le bilan de cette journée pour en faire une synthèse claire et précise : "balade nulle et demain c'est moi qui mène la danse sur le même terrain !" Puis elle est partie se rafraîchir les idées...Enfin sur notre trente et un, je me suis positionné dans mon petit panier, une oreille baissée en guise de soumission mais l'autre en l'air prêt à réagir aux bonnes nouvelles. Je n'ai aucune limite, aucun scrupule pour arriver à mes fins, j'adhère aux deux partis et me positionne illico derrière celui de mes vieux qui prend le pouvoir !!  Puis j'en ai remis une couche, en levant mes yeux de pôve titi perdu et inquiet. La patronne m'a dit que j'étais le meilleur d'entre nous et que je ne suis pas fautif de ce fiasco (suivez son regard !!) Je n'ai pas attendu la fin du discours, le message m'a semblé fort et clair, j'étais déjà devant la porte, direction la salle à manger du Schônblick !!

"On va d'un pas plus ferme à suivre qu'à conduire"

* (G.O)acronyme sous lequel se cache un gentil organisateur. C'est un employé de club de vacances. Ce nom a été inventé par le club méditerranée.

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