"Même un chien trouve immangeable une querelle de ménage."

 

Ces derniers jours, je n'ai mis la truffe dehors que pour mes deux sorties hygiéniques, pas une de plus ! Que ce soit le matin avec mon pote ou l'aprés-midi avec la vieille, à chaque fois j'ai pris la saucée. J'ai battu mon record : 5 minutes, montre en main, aller et retour tout compris ! Comme vous le savez, la vieille a rejoint notre club des seniors. Elle pensait en prenant ses nouvelles fonctions, que cela lui serait profitable, mais ses os et ses articulations se sont mis aux normes "ancien combattant" . Elle s'ankylose et râle à tout bout de champ ! Mon pote en rajoute : "On va pas vers le beau ! T'as pris un coup de vieux..." Il règne un petit côté "guerre froide" qui me pèse...Pour se consoler de ces discussions à fleurets mouchetés, ma patronne s'est mis à la pâtisserie. Une délicieuse idée qui m'a distrait de ses jérémiades et je l'ai à nouveau classé dans mes "bonnes fréquentations". Sans plus attendre, je me suis installé à la cuisine. J'ai veillé longtemps sur le gâteau pendant qu'il refroidissait pour finalement assister avec une inquiétude grandissante, à son emballage. Puis mon pote l'a embarqué dans la voiture et moi avec ! Quand il s'est garé plus loin, j'ai alors caressé l'espoir que nous en ferions la dégustation. Mais il a disparu avec mon "précieux" sous le bras me laissant sur ma faim, avec pour seule info un laconique "pas bougé". Ayant patiemment attendu son retour avec l'objet de ma convoitise, j'ai bien vite déchanté, seul mon pote m'est revenu et ma gourmandise "voguait" déjà au pays breton chez mon cousin Jules...

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J'ai repris mon train-train dans ma prison dorée, mais tout comme mon maître, je m'en suis lassé ! Décision fut prise de m'ennuyer parce que ça occupe et demande énormément de temps. Tout d'abord en choisissant un panier approprié pour cette activité, j'y ai installé mon auguste postérieur après avoir tourné sur moi-même un bon nombre de fois. J'ai recommencé à trois reprises pour enfin trouver ma place. Posant mes deux pattes de devant sous ma tête, baillant à m'en décrocher la mâchoire, j'ai poussé trois ou quatre profonds soupirs, histoire d'expulser toutes ondes négatives et je me suis mis au boulot ! C'est un travail de longue haleine, d'une grande complexité qui requiert patience et "zénitude" ! De son côté, mon vieux, préférant ne rien faire, passait d'une fenêtre côté nord, à l'autre, côté sud, bougonnant contre ce p..... de temps qui le retient prisonnier entre ses quatre murs.

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Finalement alors que je me ratatinais dans mon panier, mes os menaçant de faire une partie d'osselets, une belle éclaircie est venue dérouler ses promesses au pied de mon panier. Derrière la baie vitrée où je m'hypnotisais jusqu'alors à regarder le ciel pleurer, je m'ebroue avec rudesse pour sortir de cette morbide torpeur. Trois prisonniers ont mis un point final au plan d'évasion concocté à la va-vite, en s'engouffrant dans la voiture. Ce n'est pas avec des idées fixes qu'on avance et mes vieux l'ont enfin compris ! C'est parti pour une nouvelle aventure aux pays des lutins, territoire inconnu, pour élargir notre horizon.

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Ma bottine en place, j'attends mes deux sherpas, chacun en charge du matériel de survie; mon pique-nique et ma "retraite". Nous entrons très vite dans la forêt, située à quelques pas du parking. Dans un silence monacal, on progresse à la queue leu leu. Ayant stoïquement affronté quelques déconvenues il y a peu, ajouté à cela, l'enfermement avec deux compagnons de cellule mal lunés, j'étais fermement décidé à mettre un terme à cette poisseuse atmosphère. Évidemment j'aurais pu laisser passer l'orage et faire le dos rond, mais la faculté me l'interdit...

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J'ai acquis beaucoup de connaissances en dix ans de fréquentation assidue des humains. Je comprends beaucoup de choses et suis très autonome mais la seule chose qui dépasse mes compétences, c'est le rire !! C'est quelque chose qu'j'sais pas faire, seul les deux pattes en détiennent le secret. A mon goût, mes vieux partagent ce bienfait avec avarice, il a pour moi autant de saveur qu'un bon repas et je ne m'en lasse pas. Mes patrons devraient le pratiquer aussi souvent que je remue la queue. Ça les libère d'eux-mêmes, quand à moi, il me rafraîchit des pieds à la tête, qu'on se le dise ! A force de philosopher le long du chemin, le péripatéticien que je suis, a fini par se dessécher le gosier. Il semble qu'enfin la chance me sourit, à  peine le temps d'ébaucher mon envie de me désaltérer que déjà ma soif était étanchée. A la claire fontaine, j'ai trouvé l'eau si claire que je n'ai pas voulu m'y baigner de peur d'en troubler l'onde où se mirait mon altier profil... Mon compère a proposé de nous prendre en photo. J'ai bien volontiers posé en tant que médiateur. Les compétences et l'humanisme dont je fais preuve sont reconnus et sollicité pour ménager la chèvre et le choux ! Mais ne me demandez pas "qui est qui"....

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Un moment donné, quelques murmures de rébellion au creux de mon estomac, m'ont rappelé à l'ordre. Je suis depuis bien longtemps asservi à toutes ses demandes du soir au matin. Mais, j'étais sans espérance, persuadé que mes vieux avaient perdu l'appétit ! Les deux tablées, en terrasse et à l'intérieur, n'ont même pas déclenché le réflexe pavlovien, par moi tant espéré. Ils sont restés de marbre. Je suis passé devant eux, en menant la cadence, pour être dans les temps. On reprend la route assombrie par d'interminables enfilades de sapins, ce qui n'arrange pas mes affaires, ni la morosité ambiante. De temps à autre, quelques feuillus baignés de clarté viennent remplacer les conifères, sous la surveillance de mirador de chasse, guetteur solitaire et infatigable. Un peu comme moi ! 

strohbach (35)seelbach suite (28)             Alors j'ai décidé de m'acagnarder, en m'installant dans ma "retraite". Bien embusqué, je reste à l'affût, espérant dénicher un petit peu de temps perdu... S'il passe prés de moi, je l'emprisonnerais, pour qu'il sonne à mon bon vouloir la seule heure qui m'est un réconfort : midi ! Mais le temps m'échappe sournoisement, c'est bien le seul que l'on ne peut mettre en cage. Tel est pris qui croyait prendre. Je n'en suis pas le maître mais son servile sujet et en attendant qu'il me sonne, j'ai trouvé refuge au pays des songes. Soudain, notre chemin bute sur "un boulevard" de pierres à peine tassées. D'une largeur de quatre à cinq mètres et d'une impressionnante épaisseur, elle traverse la forêt comme une plaie ouverte. De l'autre côté, mes vieux croûtons ont vainement tenté de retrouver l'autre moitié de notre itinéraire. Rien, pas même un panneau jaune, jeté aux orties !! Finalement, ils se sont engagés dans un crapahut des plus désagréables sur cette étrange avenue. Pas moyen d'être peinard, j'ai mis le nez hors de mon "sweet home" pour leur dire ma façon de penser : "si vous ne voulez pas faire en sorte de m'arranger, ne me dérangez pas !!" Se pourrait-il que je sois contaminé ? Ils ont réussi à me mener au pays des rouspéteurs !!

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Après une longue marche chaotique, j'ai préféré mettre pied à terre. Nous passons devant une grande ferme, qui bénéficie d'un joli point de vue, agrémenté d'une terrasse des plus conviviale. Mais malheureusement aujourd'hui c'est leur ruhe tag (jour de congé). Je sentais monter en moi le "maudit" blues en suivant la route goudronnée qui descendait lascivement vers une autre forêt... Un petit ru, nous suivait sur le côté droit de la route. Son clapotis a fini par m'apaiser à tel point que je progressais machinalement sans plus prêter attention alentour et ce sont mes vieux qui m'ont rappelé à la réalité. J'ai amorcé un demi-tour pour les rejoindre. Ils riaient, se moquant de moi, installés sur un banc. Puisque bien malgré moi, j'avais pu les dérider, je n'allais pas à mon tour, me montrer susceptible et bouder, d'autant plus que l'heure de manger venait enfin de sonner. Tout compte fait, je préfère que ce soit eux qui vide mon sac, plutôt que moi !

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Mes vieux se prélassent l'air béat, en plein soleil, si rare en ce moment. Ils m'ont installé sous le banc, un petit coin tranquille avec vue, pour je puisse contempler l'astre radieux, à l'ombre. J'ai englouti à toute vitesse ma ration de croquettes, car ce qui est à moi, reste à moi, mais ce qui est à mes vieux restent négociable...La vieille nous a concocté une copieuse salade maison. Le partage a été drastique me concernant, heureusement mon compère y a rajouté quelques épluchures de pommes et autres bricoles. Je ne peux pas tout vous dire, car la patronne nous surveille. Il nous faut ruser souvent, mon pote et moi pour manger à notre faim. En sirotant notre café, le regard droit devant nous, on observe au loin, des hommes en plein travail sur la nacelle d'une éolienne. Voilà le pourquoi de cette trouée pleines de caillasses dans la forêt. C'est une voie d'accés pour les lourds camions qui transportent, les mats, les pales et tout le matériel nécessaire pour créer un parc éolien.

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Petit à petit, l'atmosphère s'est détendu, il flottait dans l'air du temps un peu plus de douceur. Un regard furtif, puis un sourire, le deuxième suit et l'envolée d'une rigolade, éprise de liberté, s'échappe vers les hauteurs. En percutant les ailes du moulin à vent, elle nous revient comme un écho, en éclats de rire contagieux. Et moi, heureux, remuant la queue, je me désaltère d'un bonheur retrouvé... Aux abords du village de Strobah, nous avons fait une dernière pause. Je me suis endormi comme de juste, sous le parfum du lilas, bercé par le bourdonnement des insectes. Le carillon de la chapelle m'a gentillement réveillé, au passage le petit lutin de bois m'a adressé un clin d'oeil. Sur le chemin du retour, mon compère a stationné quelques instants prés d'un beau champ de couleurs, pour y cueillir une bouquet de fleurs. Pendant ce temps, j'ai pris la pause pour plaire à ma patronne. J'en ai profité pour saluer une bonne copine à moi ! Malheur à moi... 

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...C'est une grande spécialiste météo, elle m'a confié qu'il pleuvrait dru, dés demain et ce, pour deux, trois jours ! J'hésite à être le porteur de cette mauvaise nouvelle, mes "soupes au lait" sont encore fragiles. Je ne fais ni la pluie ni le beau temps malheureusement ! Couché dans mon panier, sur le siège arrière de la voiture, je commence à me sentir aussi triste que la pluie et surtout très ennuyé par ce secret bien lourd à porter. Mes maîtres n'ont pas encore atteint le dernier échelon "vieux sages" pour faire un bon usage de mes découvertes. Une journée en plus est une journée en moins, je n'en démords pas et pis c'est tout ! C'est peine perdue que de vouloir tuer le temps ou d'en arrêter le cours, il fera son oeuvre de toutes façons. Faites comme moi, laissez vous porter par lui pour faire un beau et long voyage, les pieds en éventail ! J'oubliais : et pis c'est tout !!

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Une fois chez nous, la vieille a proposé un petit café. On s'est attablé à cette bonne idée, mon pote a sorti les spéculos. La patronne qui s'était absentée un cours instant, est revenue avec "mon précieux" ou plutôt son sosie ! Elle avait doublé la mise profitant de notre absence. Ce fut une belle fin de journée comme je les aime. Contrairement à mes vieux, je me refuse à être mon propre prisonnier, beaucoup trop contraignant entre nous soit dit. La seule prison que m'est douce et j'en ai jeté la clé, c'est l'amour qui m'enchaine à mes "gâteux*" ! Et la mauvaise nouvelle ? me direz-vous. Je l'ai mangé ! Demain est un autre jour....   

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*gâteux : qualificatif donné aux vieux croûtons qui me dorlotent, me bichonnent et font mon bonheur contrairement à ce que l'on pourrait croire, rien à voir avec le fait de "sucrer les fraises" !

 

"Le temps est un grand maître, il règle bien des choses."

 

 

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