"Tous les matins du monde sont sans retour"

 

Il y a peu, je progressais dans les vignes parées d'un vert éclatant à faire pâlir de jalousie une radieuse journée de printemps. Pendant ce temps, cheminant à mes côtés, ma vieille maugréait comme une litanie "y'a plus de saisons" . Moi qui aspire tant à profiter en silence, des bienfaits de la nature, je m'interrogeais sur ce qui pourrait bien un jour, lui clouer le bec ! Le temps passant nous sommes revenus prendre l'air pour une petite mise en jambes et notre choix s'est porté tout naturellement sur notre petit circuit routinier. Celui ci offre l'avantage de rêver la truffe au vent pendant que notre foulée s'automatise et nous laisse libre de profiter des alentours. Le soleil n'était pas de la partie ce jour là, peut-être occupé à chauffer d'autres horizons que le notre, allez savoir ! La voiture entamait son dernier virage pour entrer en ligne droite dans le village. Face à nous, la première des nombreuses collines du vignoble de Durbach, était si lumineuse, que j'ai soupçonné le soleil bien paresseux de s'y être vautré pour se reposer. Émerveillés et surtout bouche bée...nous nous sommes harnachés. Laissant le parking derrière nous, nous grimpons, fascinés par le spectacle !

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Une petite araignée me tient compagnie et me taquine avec son jeu de cache cache, mais très vite je me lasse. Le chant des oiseaux se fait insistant et répétitif, je finis par les découvrir au sommet d'un prunier quasi dénudé. J'observe avec un brin de jalousie, les mésanges en train de se régaler des derniers fruits épargnés par la cueillette des humains. Malgré ma patience, je n'ai pu compter sur la maladresse des volatiles ni sur l'arrivée d'un Zéphyr bienvenu, impossible de prendre part au festin ! Dépité, mais surtout rappelé à l'ordre, j'ai repris le cours de ma promenade.

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Une symphonie fantastique se déroule devant nous au fur et à mesure que l'on avance. L'auréole de lumière éclaire et réveille progressivement l'un et l'autre versant de la colline. Un ballet incessant entre ombre lumière se joue de notre présence et l'on aperçoit, fugitivement, quelques carrés de vigne rouges ou pourpres en rébellion. Cette envie folle d'être remarqué, tout en restant dans le rang, s'est propagée aux autres végétaux sur le point de nous faire leurs adieux, ils se sont rejoints dans un dernier carnaval de camaïeu.

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C'est un défilé des plus réussi, que nous offre l'automne ! Courageusement, les feuilles accrochées vaille que vaille, dans un seul élan se sont fièrement tendues vers le ciel, parées d'un habit de lumière, elles enflamment le vallon. Frileusement, elles envoient un vibrant appel ou un chaleureux remerciement à la plus belle étoile de la voie lactée. Le baiser du soleil, tout au long de l'été, a généreusement caressé avec ardeur ces vignes. Chaque jour avec une infinie patience, il a gonflé le raisin de sucre et maquillé les feuilles de vigne, enivrées par cette effervescence. l'astre a fini par se mettre au vert, après avoir mis tant de coeur à l'ouvrage pour orchestrer cet époustouflant spectacle. Ce ne sont que formes géométriques dorées et ambrées artistiquement posées sur un tapis vert qui donnent à l'ensemble du tableau une note rafraîchissante. Il reste encore, cherchant une protection bien éphémère, quelques grappes de raisins en quête de noblesse...

 

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Le ciel ne flamboie pas, mais son bleu azuré vient quelquefois si violemment rebondir sur le vert gazon, que la richesse des chaudes tonalités de la vigne nous donne le tournis. Ce petit vertige me tire hors du pays des merveilles et je reprends pied dans mon monde ou plutôt celui qui régit ma survie : mon estomac ! tout le monde sait que la vie d'artiste ne nourrit pas son homme, encore moins un chien, surtout quand il s'efforce de vous emmener "en poésie"...

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J'explique tout cela à ma cheftaine. Car depuis qu'elle engrange les années au compteur avec une vitesse vertigineuse, elle acquiert tout aussi rapidement les défauts inhérents à sa qualité de vieille : sourde, radoteuse, comprend vite mais faut lui expliquer longtemps, enfin bref tout ce qui fait son charme ! Vous me voyez en train d'expliquer la nécessité de se sustenter et elle me fredonne " qu'est ce qu'il veut mon titi ?" on est mal !!!

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Dieu, merci ! Mon plus sûr compagnon, infaillible, organisé, on s'comprend rien qu'à se r'garder, est là pour redresser la barre. Je suis rassuré, on ne navigue plus à vue, il n'a rien oublié tout est là ! Comme je ne possède rien et lui : tout ! Ça me semble équitable que nous soyons dans le partage, à la vie à la mort !

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Enfin repu, je m'allonge pour profiter encore du théâtre de la vie, je suis comme installé devant un gigantesque kaléidoscope, le spectacle est prenant, intense. Quel sera le clou du spectacle ? L'automne a fait son maximum, nous en vivons l'apogée ici et maintenant ! Il me semble qu'il nous faut un final qui crée la surprise et nous laisse pantois. Je rêve déjà au petit vent chaud qui d'une ultime caresse, dénude le vignoble, d'un seul coup d'un seul !! Un peu comme un soufflé que l'on emmène à table... mon imagination me joue des tours, mes yeux se ferment. Le rideau est tombé sur Durbach ! Un autre s'ouvre en pays de gourmandise.

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Les ceps, longues tiges ondulantes, se sont habillés le temps d'une saison, de dentelle et soierie. Ces mannequins, dans un show automnale en apothéose, ne sont déjà plus dans l'air du temps. Leur rayonnante parure passera comme une fulgurance, s'embrasant une dernière fois. Mais quelque chose a germé, l'idée fait son chemin lentement avec l'hiver qui s'annonce et le feu qui couve la terre fera son oeuvre créatrice et perpétuelle.

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"Personne ne sait encore si tout ne vit que pour mourir ou ne meurt que pour renaître"

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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